Le château de Clisson est un ancien château fort, ruiné sous la Révolution puis partiellement restauré, dont les vestiges se dressent sur la commune française de Clisson dans le département de la Loire-Atlantique, en région Pays de la Loire, sur un promontoire granitique dominant la rive gauche de la Sèvre nantaise.
Édifié par les puissants seigneurs de Clisson du , ce château fort devient un point stratégique et défensif des marches de Bretagne, protégeant la frontière du duché de Bretagne. Le château n'est alors qu'une enceinte polygonale agrémentée de tours défensives. Après la chute des seigneurs de Clisson, le château devient la propriété des ducs de Bretagne puis de leurs descendants. Le duc transforme le château en véritable forteresse avec l'adjonction d'une seconde enceinte munie de nombreuses tours défensives couvrant la partie ouest, plus exposée.
Déserté par ses châtelains au milieu du , le château est incendié par les troupes républicaines pendant la guerre de Vendée. Longtemps en ruines, il est restauré de 1974 à 1975, de 1986 à 1989 et de 1991 à 1993. Il est classé au titre des monuments historiques depuis le .. Les fortifications et terrains d'assiette font l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le ..
Localisation Le château occupe l'extrémité d'un promontoire granitique de la rive gauche de la Sèvre Nantaise, sur la commune de Clisson dans le département de la Loire-Atlantique.
Historique Moyen Âge vignette|gauche|Places fortes des marches de Bretagne. Au temps de la Bretagne indépendante, le château situé au carrefour des marches de Bretagne, de l'Anjou et du Poitou, est l'une des grandes places fortes frontalières du duché de Bretagne. Le site fait ainsi face aux bastions français de Tiffauges et Montaigu.
Les premiers seigneurs de Clisson occupent le site dès le début du ; ils sont mentionnés avec certitude pour la première fois en 1061. Le château, à son origine entre 1058 et 1060 simple castrum, aurait été constitué de clôtures de bois, ou clis, ce qui serait à l'origine du nom Clisson. Par la suite et jusqu'au début du , le site semble avoir été défendu par une .
Les parties les plus anciennes du château actuel datent du début (avant 1217). Guillaume de Clisson (vers 1175 – avant 1225) souhaite alors optimiser la défense de l'édifice et choisit donc d'en établir les bases sur un éperon rocheux de granite dominant la Sèvre. Cette enceinte primitive se présente à cette époque sous la forme de deux polygones irréguliers flanqués de tours cylindriques et isolés du plateau rocheux par un fossé peu profond. Une barbacane défendant l'entrée du château est ajoutée au nord, au bout d'une courtine.
Le château est sans doute démoli, dans les années 1240, sur ordre du duc Jean le Roux (1237-1286), dans le cadre d'un conflit opposant , petit-fils de Guillaume, à ses deux demi-frères.
Au , incorpore un châtelet servant d'accès à la cour. Ce châtelet est, par la suite, modifié en un gros donjon quadrangulaire. Le château devient le cadre des vies mouvementées d' puis d'. , tout d'abord, présumé coupable d'entente avec les Anglais, est décapité aux Halles de Paris le , sur ordre du roi de France . Sa femme, Jeanne de Belleville, se réfugie en Angleterre avec son fils, , qui retrouve ses possessions après son alliance avec les Français. Mais ce riche seigneur, devenu connétable en 1380, ne réside que très peu à Clisson, dont le château, dans lequel il est né, est peut-être confié à un châtelain.
Après 1420, Marguerite de Clisson, fille d' et comtesse de Penthièvre, accusée de trahison envers le duc de Bretagne est dépossédée de ses biens : le château devient propriété du duc de Bretagne et apanage de Richard d'Étampes, le . Les Penthièvre s'enfuient, mais cantonnent tout de même une garnison dans la ville. Pour enfin disposer pleinement de son bien, Richard doit assiéger le château et la ville. La reddition de la ville ne tarde pas, peu avant le .
Époque moderne Extension de la forteresse par Le château devient ensuite l'une des résidences préférées du duc , fils de Richard d'Étampes, qui s'y remarie avec Marguerite de Foix en 1471.. Le duc y célèbre de somptueuses fêtes et y organise des chasses. Son principal souci, et celui de ses héritiers, est d'assurer la protection de la partie sud de la forteresse pour protéger l'accès sud de Nantes. Le château est agrandi à l'ouest par un nouvel enclos rectangulaire de près de cent mètres de longueur, armé de tours avec casemates pour l'artillerie. nomme Guion le Heuc pour la réalisation des travaux.
Les travaux commencent en 1464, et sont achevés en 1488. L'ancienne entrée est modifiée et la courtine est prolongée et complétée par une barbacane. Deux tours rondes sont construites à l'extrémité ouest de l'extension. Dans la fosse sud, un rempart, dit « fausse braie », est aménagé pour faciliter la sortie des défenseurs. Des bastions à orillons sont bâtis pour compléter la défense de la partie sud ; ainsi, trois lignes de défense échelonnées en profondeur protègent la forteresse.
Le château sous les Avaugour Jusqu'au , le château est la résidence de la famille d'Avaugour, issue de , fils illégitime de . Il est alors modifié et transformé au goût de l'époque. On peut noter l'utilisation de tuffeau pour les bâtiments ajoutés durant cette période.
La deuxième moitié du est troublée par les guerres de la Ligue. La Bretagne est catholique, tandis que le Poitou est tenu par les protestants, notamment à Montaigu. Le château de Clisson redevient une place-forte clé. Le duc de Mercœur, partisan de la ligue y fait installer des troupes en 1587, et en 1588 Charles d'Avaugour, seigneur de Clisson depuis 1586, se fait prêter de la poudre pour défendre son château, devenu une cible prioritaire des calvinistes. Henri de Navarre, futur , à la tête des huguenots de Montaigu, menace d'attaquer Clisson en , mais il renonce, craignant un long siège de la forteresse.
Charles d'Avaugour se range du côté du roi en 1589, et reste fidèle à la monarchie française lorsque monte sur le trône. La forteresse de Clisson devient donc un point d'appui contre le duc de Mercœur. D'Avaugour conduit même des raids aux alentours de Nantes contre les ligueurs, et est fait prisonnier lors d'une de ces excursions. Après la victoire d', des sommes sont prélevées, en 1596, sur les biens des ligueurs nantais pour permettre des travaux sur les fortifications de Clisson, étant donné l'importance stratégique du site.
vignette|Gravure du château, avant la Révolution. Le châtelet s'écroule au milieu du . Le , Henri François d'Avaugour meurt sans descendance. Les possessions et titres des Avaugour passent à Charles de Rohan qui se désintéresse du château et ordonne la vente du mobilier, effectuée le et les jours suivants, ce qui entraîne la disparition de nombreux éléments de grande valeur historique, notamment des parchemins. La forteresse est ensuite abandonnée par ses propriétaires, et diverses familles occupent les appartements jusqu'en 1793.
Durant la guerre de Vendée, l'armée de Mayence y établit son quartier général. À la suite de leur défaite à la bataille de Torfou, Canclaux et ses troupes républicaines font étape dans Clisson. En 1793, ils incendient le château et la ville avant de partir. Le , pendant les raids meurtriers des colonnes infernales, une trentaine de personnes cachées dans les ruines du château sont égorgées ou jetées vivantes dans un puits, ou fusillées sur l'esplanade sud..
Époque contemporaine Revalorisation du lieu par Lemot vignette|gauche|Les ruines du château au . Après la Révolution, les habitations de la ville doivent être reconstruites ; ainsi, le château en ruine devient carrière de pierre et les Clissonnais y prennent les matériaux de construction.. Le sculpteur François-Frédéric Lemot découvre Clisson au début du grâce à ses amis Pierre et François Cacault. Attiré par les ruines du château, il entreprend de l'acheter et de le conserver, en 1807 : Les ruines du château constituent alors pour Lemot une fabrique du parc de la Garenne Lemot qu'il acquiert quelques années plus tard, sur l'autre rive de la Sèvre. En 1812, Lemot publie une Notice historique sur la ville et le château de Clisson dans laquelle il décrit l'histoire du château et son architecture.
Le dessein de Lemot est de créer un domaine à l'italienne, évoquant les paysages aux ruines antiques d'Italie. La restauration du château, qu'il entreprend avec son régisseur Gautret, n'a donc pas de préoccupation archéologique. Il élimine notamment des bâtiments de tuffeau du et entreprend la réfection de certaines toitures ; il prévoit aussi l'aménagement des bastions à oreillons, selon des plans de l'architecte Mathurin Crucy, où il souhaite implanter un obélisqueDessiné par Crucy, cet obélisque est aujourd'hui situé face à la villa de la Garenne Lemot.. Une maison pourvue d'une grande galerie ainsi qu'un jardin occupant le bastion des marronniers, celui surplombant la Sèvre, est aussi prévu par l'architecte. Cependant, ces projets d'aménagement seront abandonnés par la suite.
Un château source d'inspiration pour les romantiques vignette|Le château, vers 1890–1900. vignette|État actuel de la face est du château. Au cours du , les ruines de château attirent peintres et sculpteurs romantiques, tels Louis-François Cassas ou Claude Thiénon, et des écrivains : Gustave Flaubert, de passage à Clisson, décrit ces ruines dans un style romantique. et le poète Évariste Boulay-Paty décrit le château au temps du connétable dans un sonnet.
Au début du , le château sert de modèle pour le tableau Le Château de Clisson peint par l'artiste néo-impressionniste Jean Metzinger, en 1905, exposé au musée des beaux-arts de Nantes..
Classement du château et tourisme Les ruines du château font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le ..
En 1962, le château est racheté à la famille Lemot par le conseil général de la Loire-Atlantique qui y mène d'importants travaux de restauration avec l'aide du ministère de la Culture. Les logis des deux tours ouest bénéficient d'une restauration par les compagnons du devoir.
Le classement de 1924 est complété par la suite : les remparts (bastions sud-est et sud et leur rempart de liaison), une tour de l'enceinte de la ville, la tour du « cul chaud », les fossés secs nord du château et l’assiette des fossés ouest, le pont maçonné reliant la rue du Château au château et les terrains formant un glacis de protection avancée sous les bastions sud font l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le .
Aujourd'hui, le château est ouvert toute l'année aux touristes qui y trouvent des textes explicatifs et des vidéos retraçant l'histoire clissonnaise ainsi que l'histoire architecturale de l'édifice. Des manifestations culturelles et des spectacles y sont aussi organisésDépliant Le voyage pittoresque à Clisson, Visite du château départemental de Clisson, Chiffoleau, 2008..
Les remparts de la cité Le château est, au intégré dans le système de défense intra-muros de la ville. Au sud, l'enceinte de la ville est constituée des remparts extérieurs du château ; au bord de la rivière, le moulin seigneurial, également fortifié, est séparé du château par l'une des trois portes de la ville, dite porte « Bondonneau ». Après le pont sur la Sèvre, les remparts se poursuivent vers le nord puis, au niveau de la « tour de Cuchaud », remontent les coteaux jusqu'à la porte Saint-Jacques (à l'extrémité nord de la rue des halles). Les remparts continuent vers l'ouest jusqu'à la place du Connétable et descendent vers le sud jusqu'à la tour de la prison du château. Un chemin à travers les bastions mène à la porte « Cabareau », ou « Cahareau ».
Description vignette|centre|Plan du château vers le .