thumb|250 px|Un ours brun en captivité dans le parc animalier des Pyrénées. L'Ours dans les Pyrénées désigne la population d’Ours bruns d’Eurasie (Ursus arctos arctos), une sous-espèce de l’Ours brun, vivant sur les versants français et espagnol des Pyrénées. Autrefois indigène, représentée par la lignée de la population de l’Ours brun des Asturies, l’espèce fut pratiquement exterminée par la chasse, jusqu’à la prise de mesures de réintroduction, par l’intermédiaire de populations des Alpes slovènnes.

Cette réintroduction fait l'objet d'une importante médiatisation ces dernières années, opposant les éleveurs pyrénéens, qui lui attribuent de très nombreux dégâts, aux partisans de sa conservation et du renforcement de sa population qui veulent éviter sa disparition. Une large polémique s'est créée autour de ce grand mammifère qui demeure traditionnellement présent dans les Pyrénées alors qu'il a disparu de toutes les autres régions de France au cours de l'Histoire. Mondialement, l'ours brun eurasien n'est pas considéré comme une espèce menacée par l'Union internationale pour la conservation de la nature.

L'ours dans les Pyrénées possède également une place symbolique, puisque le culte de l'ours est attesté à travers les divinités du panthéon pyrénéen associées à cet animal jusqu'aux carnavals folkloriques qui perdurent à l'époque moderne. Les nombreuses toponymies issues de ce plantigrade, un légendaire foisonnant et les contes populaires circulant à son sujet témoignent d'une importance de premier plan pour l'ours dans les Pyrénées et à toutes les époques. Les montreurs d'ours pyrénéens, en particulier ariégeois, ont acquis une réputation de savoir-faire bien au-delà de leurs frontières d'origine.

Histoire et répartition de l'ours pyrénéen Origines et contexte européen thumb|Ours brun eurasien au repos. L'espèce d'origine de l'ours brun eurasien pourrait être apparue il y a d'années bien qu'il y ait de nombreuses incertitudes. Les chercheurs ont trouvé que l'ours brun eurasien s'est séparé il y a et a formé plusieurs branches : une en Europe occidentale, les autres en Russie, Europe de l'Est et Asie. Grâce à l'analyse de l'ADN mitochondrial, les chercheurs ont trouvé que la famille européenne s'est divisée en deux sous-groupes, un dans la péninsule Ibérique, l'autre dans les Balkans. Les populations d'ours bruns actuelles du sud de la Scandinavie viennent de la population pyrénéenne et ibérique qui s'y serait répandue après le dernier âge glaciaireDet Skandinaviske Bjørneprosjektet.

L'ours des cavernes apparu il y a et éteint il y a était présent dans toute l'Europe et particulièrement dans les Pyrénées qui fait partie des zones où le plus d'ossements ont été retrouvés.

Les ours étaient à l'origine présents dans une grande partie de l'Europe et de l'Afrique du Nord, où ils furent abondamment chassés par l'Homme. Durant la préhistoire, l'Homme chassait l'ours notamment pour sa fourrure, qu'il utilisait pour la conception de vêtements, ainsi que pour sa viande. Dans l'Antiquité romaine, ces ours étaient capturés pour être utilisés dans des cirques où ils se battaient contre d'autres bêtes sauvages. Le Moyen Âge voit la naissance des montreurs d'ours ; ces "ours domestiqués" sont utilisés dans les foires et dans les fêtes.

Disparition progressive thumb|left|Dompteur d'ours à Luchon en 1900. L'ours était à l'origine présent dans une grande partie de l'Europe, où il fut donc abondamment chassé au cours du Moyen Âge. Bien que les zones de plaine fissent partie de son habitat naturel, l'ours se retrouva peu à peu cantonné aux régions montagneuses telles que les Alpes, les Pyrénées, le Jura et les Vosges au . À cause d'une pression toujours plus importante de l'Homme sur leur habitat et leur population, le nombre d'ours français ne cessa de diminuer. Dans les Pyrénées-Orientales, le dernier ours sauvage du département est tué en 1846, lors d'une battue organisée à cet effet. Dès le début du , il n'y a plus aucun ours en dehors des Pyrénées, où leur nombre est estimé entre 300 et 400. Le déclin est rapide. L'arrêt de la chasse à l'ours est effectif en 1962, alors qu'il reste environ dans les Pyrénées. L'ours brun est inscrit sur la liste des espèces protégées en 1979 et le premier plan de sauvegarde remonte à 1984. Une quinzaine d'individus était recensée dans les années 1980 et seulement cinq au milieu des années 1990AFP, Pyrénées : la difficile mission des "pisteurs" d'ours, 2011 (https://www.youtube.com/watch?v=_5QPWBkYTzE).

La dernière ourse de souche pyrénéenne, Cannelle, a été abattue par un chasseur le et est aujourd'hui présentée naturalisée au muséum de Toulouse. Son fils Cannellito, né en 2004, est ainsi le dernier ours de souche pyrénéenne encore en vie. Il est isolé, avec Néré son père, dans les Pyrénées occidentales par les vallées d'Aure puis de la Pique et surtout celle de la Garonne, à au moins de la quinzaine de femelles, dont seulement cinq sont estimées suitées, présentes dans les Pyrénées centrales en 2015. Aucun prélèvement de sperme n'étant prévu, la souche pyrénéenne pourrait disparaître avec lui.

L'aire de répartition de l'ours des Pyrénées est distante de de celle de l'ours cantabrique qui comptait en 2020 Cuántos osos hay y dónde viven, 2023, site fundacionosopardo.org..

Réintroduction depuis les années 1990

En , à Foix, le président François Mitterrand s'engage auprès de Jean-Michel Boineau à .

Au début des années 1990, le gouvernement lance un programme visant à restaurer une population d'ours viable, c'est-à-dire suffisamment nombreuse, en introduisant dans les Pyrénées des ours bruns d'origine slovène, proches de la souche pyrénéenne sur le plan de leur patrimoine génétique et de leur mode de vie.

Entre et , trois ours slovènes sont relâchés à Melles dans les Pyrénées centrales : deux femelles, Mellba et Ziva, en 1996 et un mâle, Pyros, en 1997. Les deux femelles étant gravides, elles donnent naissance à cinq oursons la même année. En 2006, cinq ours slovènes supplémentaires sont lâchés dont quatre femelles : Palouma, morte la même année, Franska, morte l'année suivante, Sarousse, qui semble stérile, et Hvala, qui a eu quatre portées pour en , ainsi qu'un jeune mâle, Balou, ceci conformément au plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises pour 2006-2009Plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009.

Depuis la réintroduction 2011 En 2011, auraient été détectés dans l'ensemble des Pyrénées françaises et espagnoles. En 2013, sont détectés, soit trois de plusIl s'agit de deux oursons de Hvala et de Pyros ainsi qu'une oursonne morte qu'en 2012, et, dans le même temps, les attaques de troupeaux ont diminué de 38 %05.01.2015 - 14:00 À la recherche de l'ours brun et du lynx boréal, plage 49 min 20 s France Culture. Le , une oursonne vivante est découverte près du village d'Aubert, dans le Val d'Aran, et nommée Auberta« Mobilisation dans les Pyrénées pour retrouver la mère perdue d'un bébé ours », Metronews, 5 mai 2014. Le suivant, Balou est retrouvé mort sur les hauteurs de Melles, vraisemblablement victime d'une chute« Appel à "remplacer" l'ours Balou, mort dans les Pyrénées (associations) », Le Parisien, 11 juin 2014. En , la population d'ours est estimée à dans tout le massif pyrénéen. Le suivant, l'oursonne Auberta, âgée de dix mois, est retrouvée morte à son tour« Pyrénées : l'oursonne Auberta retrouvée morte », Sud-Ouest, 23 novembre 2014.

Fin 2014, la population d'ours retenue après détection est de , soit trente-et-un dans le noyau oriental, dont reproducteurs vivants au lieu d'un, de 2000 à 2013, et isolés dans le noyau occidental, dont Cannellito.

2015 En 2015, la population d'ours est trop faible, trop éparpillée dans le massif et trop consanguine, cinq ours seulement n'étant pas parents du mâle dominant Pyros, pour y espérer la survie de l'espèce dans la durée. Dans ce contexte, la généralité de Catalogne (programme PirosLIFE) a réintroduit le un ours slovène mâle, baptisé Goiat dans la commune d'Alt Àneu, dans le Pallars Sobirà.

2016 Le , six années après l'engagement du processus d'évaluation du projet par le ministère de l'Environnement, le renouvellement du Comité de Massif des Pyrénées a permis le vote à 50 % en faveur de l'introduction d'une femelle dans le noyau occidental pour tenter d'éviter l'extinction de la souche pyrénéenne historique, sans que sa date soit encore fixée.

En 2016, l'Effectif Minimal Détecté (EMD) dans l'ensemble du massif des Pyrénées est de dont trois sont morts dans l'année.

Une étude du Muséum d'histoire naturelle préconise de lâcher deux femelles dans les Pyrénées occidentales, où il n'y a plus que deux mâles, et quatre autres dans les Pyrénées centrales pour éviter la consanguinité. La question de la réintroduction de femelles dans les Pyrénées occidentales est débattue, notamment à cause de l'opposition de certains bergers qui ont peur de subir le même sort et les mêmes dommages que leurs homologues des Pyrénées centrales. La mort de , après un dérochage survenu sur le versant espagnol du mont Rouch a suscité une vive émotion dans le département. Pour les éleveurs, la principale préoccupation est de retrouver le reste du cheptel, effrayé par les mauvaises conditions météorologiques. La configuration des lieux gêne considérablement les recherches sur place. Au total, ce seraient plus de qui resteraient introuvables. Il convient de préciser que le cheptel menacé se trouve alors dans le domaine public communal ou domanial sans être gardé par des bergers.

Bien que les Français soient majoritairement pour la sauvegarde de l'ours dans les Pyrénées et pour le lâcher de ces deux femelles, le conseil départemental de l'Ariège a réaffirmé, début septembre, son « opposition à la réintroduction des ours en des lieux où ils n'ont plus leur place depuis la relance du pastoralisme et le développement de la civilisation de loisir ». « L'État, seul responsable du retour des ours dans le massif pyrénéen, doit assumer les conséquences de cet échec dévastateur », a ajouté le groupe majoritaire des élus du département, appelant dans un communiqué « toutes les parties concernées par cette catastrophe en devenir à organiser conjointement et en urgence les états généraux du pastoralisme ».

2017 En août et en , le ton monte en Ariège : quatre agents de l'ONCFS sont agressés par une trentaine d'individus lors d'une expertise de dommages commis par des ours puis une vidéo d'un commando d'une trentaine d'hommes cagoulés et armés est envoyée aux médias. Ils proclament alors la réouverture de « la chasse à l'ours » en Ariège et promettent de mener une résistance active face aux agents de l'État, invoquant le précédent de la guerre des Demoiselles.

2018 Le , Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique, a déclaré au quotidien Le Parisien qu'il souhaitait introduire deux ourses dans les Pyrénées-Atlantiques, demandant au préfet de bien vouloir organiser la concertation afin que cette réintroduction réussisse. Une mission de concertation a alors démarré, boycottée par les opposants aux ours. Cette annonce est confirmée par le successeur de Nicolas Hulot, François de Rugy, lors d'un déplacement à Pau le . Les 4 et , les ourses slovènes Claverina et Sorita sont lâchées dans le noyau occidental, en Béarn.

2019 En randonnée avec son père, naturaliste, un enfant de neuf ans filme un ours et reste plusieurs heures à l'observer.

2020 L'ours Cachou a été empoisonné en sur le versant espagnol.

En juin, l'ours Gribouille est tué par balles en Ariège. Une enquête judiciaire est ouverte et est classée sans suite en 2024.

L'ourse femelle Sarousse a été abattue le dimanche dans la comarque de Ribagorce en région Aragon dans un bois du val de Bardají, les chasseurs bénéficiant pendant le confinement du Covid 19 d'autorisations étendues de déplacement. C'est le troisième ours tué par l'Homme en 2020.

2021