Le Grand Prix des Pays-Bas 1952 (), disputé sous la réglementation Formule 2 sur le circuit de Zandvoort le , est la vingt-deuxième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la septième manche du championnat 1952.

Contexte avant le Grand Prix Le championnat du monde

thumb|left|alt=Ferrari 500 F2.|Le championnat 1952 est dominé par la Ferrari 500 F2, jusqu'alors invaincue. Les principaux constructeurs de F1 s'étant désengagés à la fin de la saison 1951, le championnat du monde 1952 se dispute sous la réglementation formule 2 (moteurs deux litres atmosphériques), exception faite de l'épreuve des 500 miles d'Indianapolis, traditionnellement disputée suivant l'ancienne formule internationale (moteurs trois litres suralimentés ou quatre litres et demi atmosphériques). Depuis le début de saison, la Scuderia Ferrari, qui dispose avec la 500 F2 de la monoplace la plus puissante et la plus homogène du plateau, domine totalement le championnat et a remporté toutes les manches européennes. Avec quatre victoires consécutives, son premier pilote Alberto Ascari est déjà assuré du titre mondial, alors que deux épreuves restent à courir : Pays-Bas et Italie.

Le circuit

thumb|left|alt=Zandvoort|Vue aérienne du circuit actuel, qui emprunte en partie le tracé initial. Construit en bord de mer, dans les dunes, à la fin des années 1940, le circuit est situé à une vingtaine de kilomètres à l'ouest d'Amsterdam. Il fut inauguré en 1948 à l'occasion du Grand Prix de Zandvoort, épreuve de formule 1 remportée par le Prince Bira sur Maserati, à 117,6 km/h de moyenne. C'est en 1950 qu'eut lieu le premier Grand-Prix des Pays-Bas, qui vit la victoire de Louis Rosier sur Talbot-Lago. Pour la première fois en 1952 l'épreuve est sélective pour le championnat du monde des pilotes. Le circuit développe 4,2 km et comporte de nombreux virages, dont l'épingle de Tarzan située juste après la ligne de départ, et ne permet pas des vitesses très élevées. Le record de la piste est détenu par Raymond Sommer, sur Talbot, qui effectua un tour en 1 min 52 s 1 (134,655 km/h) lors du Grand-Prix des Pays-Bas 1950.

Monoplaces en lice Ferrari 500 "Usine" La Ferrari 500 F2 est depuis le début de saison la référence absolue de la catégorie. Elle dispose d'un quatre cylindres d'une très grande souplesse, développant 175 chevaux à 7500 tr/min pour les versions "Usine" (les versions "clients" étant volontairement bridées à 6500 tr/min). La Scuderia Ferrari engage trois voitures, deux pour ses pilotes habituels Alberto Ascari (déjà assuré du titre mondial) et Giuseppe Farina, la troisième étant confiée à Luigi Villoresi, écarté plusieurs mois des circuits à la suite d'un accident, qui fait son retour en compétition. Piero Taruffi, actuel second du championnat, qui disposait de la troisième monoplace durant la convalescence de Villoresi, ne participe pas à l'épreuve. Une quatrième monoplace de la marque est présente : celle de l'Écurie Francorchamps, pilotée par Charles de Tornaco.

Gordini T16 "Usine" thumb|left|alt=Gordini T16.|Une Gordini Type 16, lors d'une course historique. Comme au Nürburgring deux semaines plus tôt, Jean Behra, Robert Manzon et Maurice Trintignant sont engagés sur les trois monoplaces T16 d'usine. Très légères et maniables, ces monoplaces disposent d'un moteur six cylindres développant environ 150 chevaux, et parviennent occasionnellement à concurrencer les Ferrari (comme à Reims où, hors championnat, Behra a devancé Ascari), mais sont souvent handicapées par un manque de préparation. Le pilote et journaliste Paul Frère pilotera quant à lui une ancienne T15 de l'Écurie Belge.

HWM 52 "Usine" En l'absence de Peter Collins qui participe alors aux neuf heures de Goodwood (catégorie Sport) pour Aston Martin, la petite structure britannique HWM engage ses trois modèles 52 à moteur quatre cylindres Alta d'environ 145 chevaux pour Lance Macklin et Duncan Hamilton, pilotes habituels de la marque, et pour le pilote local Dries Van der Lof qui fait ses débuts en championnat.

ERA Type G "Usine" Stirling Moss dispose de son habituelle ERA Type G engagée par le constructeur, équipée d'un moteur Bristol développant environ 130 chevaux. C'est l'une des monoplaces les moins performantes du plateau.

Cooper T20 Leslie Hawthorn engage une Cooper T20 à moteur Bristol pour son fils Mike, révélation de la saison au volant de cette voiture. Grâce à son expérience des moteurs d'avion, Leslie Hawthorn est parvenu à obtenir 150 chevaux de l'antique moteur six cylindres en utilisant un additif (nitrométhane) dans le carburant. Exploitant au mieux le rapport poids/puissance favorable de l'agile Cooper, Mike Hawthorn a fait des débuts très remarqués en championnat, terminant notamment quatrième à Circuit de Spa-Francorchamps et troisième à Silverstone.

Maserati thumb|alt=Maserati A6GCM.|Absente officiellement, l'usine Maserati est représentée par l'Escuderia Bandeirantes, qui a engagé trois A6GCM. L'usine est une nouvelle fois absente, mais la marque est représentée par l'Escuderia Bandeirantes (une écurie brésilienne), qui a engagé trois monoplaces A6GCM à moteur six cylindres pour ses pilotes Chico Landi et Gino Bianco, ainsi que pour le pilote local Jan Flinterman, dont c'est la première apparition en championnat.

Connaught A En l'absence de l'usine, une seule Connaught est présente : celle du Britannique Ken Downing. Cette monoplace est équipée d'un moteur quatre cylindres Lea Francis, d'une puissance de l'ordre de 145 chevaux.

Frazer Nash La Scuderia Franera engage une Frazer Nash à moteur Bristol (environ 140 chevaux dans sa dernière évolution) pour Ken Wharton, qui a terminé quatrième du Grand Prix de Suisse.

Coureurs inscrits + Liste des pilotes inscrits Pilote Écurie Constructeur Modèle N° châssis Moteur Pneumatiques 2 Alberto Ascari Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 500 5 Ferrari L4 4 Giuseppe Farina Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 500 4 Ferrari L4 6 Luigi Villoresi Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari 500 6 Ferrari L4 8 Jean Behra Equipe Gordini Gordini Gordini T16 32 Gordini L6 10 Robert Manzon Equipe Gordini Gordini Gordini T16 31 Gordini L6 12 Maurice Trintignant Equipe Gordini Gordini Gordini T16 34 Gordini L6 14 Paul Frère Écurie Belge Simca-Gordini Simca-Gordini T15 15-GC Gordini L4 16 Chico Landi Escuderia Bandeirantes Maserati Maserati A6GCM 2032 Maserati L6 18 Gino Bianco Escuderia Bandeirantes Maserati Maserati A6GCM 2033 Maserati L6 20 Jan Flinterman Escuderia Bandeirantes Maserati Maserati A6GCM 2034 Maserati L6 22 Ken Downing Privé Connaught Connaught A A3 Lea Francis L4 24 Charles de Tornaco Écurie Francorchamps Ferrari Ferrari 500 0208 Ferrari L4 26 Lance Macklin HW Motors HWM HWM 52 01 Alta L4 28 Duncan Hamilton HW Motors HWM HWM 52 02 Alta L4 30 Dries Van der Lof HW Motors HWM HWM 52 03 Alta L4 32 Mike Hawthorn Leslie Hawthorn Cooper Cooper T20 CB-4-52 Bristol L6 34 Ken Wharton Scuderia Franera Frazer Nash Frazer Nash 421 421/200/172S Bristol L6 36 Stirling Moss ERA Ltd ERA ERA Type G R1G Bristol L6

Qualifications Les séances qualificatives ont lieu les vendredi et samedi précédant la course. Ce circuit favorise les qualités de tenue de route et de motricité des Ferrari 500, et dès le vendredi Alberto Ascari bat les meilleurs chronos réalisés jusqu'ici par les anciennes F1 : quoique disposant de cent chevaux de moins, avec un tour en 1 min 48 s 4 il descend de plus de trois secondes le record de la piste obtenu deux ans plus tôt par Raymond Sommer sur Talbot. Le lendemain, il améliore encore, réalisant 1 min 46 s 5, et obtient une nouvelle pole position, loin devant son coéquipier Giuseppe Farina, distancé de plus de deux secondes. Une nouvelle fois Mike Hawthorn étonne les spécialistes : tirant le meilleur parti de son agile Cooper, il réalise le troisième temps et complète la première ligne, à cinq secondes d'Ascari, reléguant la troisième Ferrari de Luigi Villoresi en seconde ligne au côté de la Gordini de Maurice Trintignant.

+ Résultats des qualifications Pilote Écurie Temps Écart 1 2 Alberto Ascari Ferrari 1 min 46 s 5   2 4 Giuseppe Farina Ferrari 1 min 48 s 6 + 2 s 1 3 32 Mike Hawthorn Cooper-Bristol 1 min 51 s 6 + 5 s 1 4 6 Luigi Villoresi Ferrari 1 min 51 s 8 + 5 s 3 5 12 Maurice Trintignant Gordini 1 min 53 s 0 + 6 s 5 6 8 Jean Behra Gordini 1 min 54 s 5 + 8 s 0 7 34 Ken Wharton Frazer Nash-Bristol 1 min 54 s 7 + 8 s 2 8 10 Robert Manzon Gordini 1 min 54 s 8 + 8 s 3 9 26 Lance Macklin HWM-Alta 1 min 55 s 2 + 8 s 7 10 28 Duncan Hamilton HWM-Alta 1 min 55 s 8 + 9 s 3 11 14 Paul Frère Simca-Gordini 1 min 58 s 2 + 11 s 7 12 18 Gino Bianco Maserati 1 min 58 s 2 + 11 s 7 13 22 Ken Downing Connaught-Lea Francis 1 min 58 s 6 + 12 s 1 14 30 Dries Van der Lof HWM-Alta 1 min 59 s 4 + 12 s 9 15 20 Jan Flinterman Maserati 2 min 01 s 8 + 15 s 3 16 16 Chico Landi Maserati 2 min 02 s 1 + 15 s 6 17 24 Charles de Tornaco Ferrari 2 min 03 s 7 + 17 s 2 18 36 Stirling Moss ERA-Bristol Pas de temps -

Grille de départ du Grand Prix + Grille de départ du Grand Prix et résultats des qualifications 3 2 1 HawthornCooper1 min 51 s 6 FarinaFerrari1 min 48 s 6 AscariFerrari1 min 46 s 5 5 4 TrintignantGordini1 min 53 s 0 VilloresiFerrari1 min 51 s 8 8 7 6 ManzonGordini1 min 54 s 8 WhartonFrazer Nash1 min 54 s 7 BehraGordini1 min 54 s 5 10 9 HamiltonHWM1 min 55 s 8 MacklinHWM1 min 55 s 2 13 12 11 DowningConnaught1 min 58 s 6 BiancoMaserati1 min 58 s 2 FrèreGordini1 min 58 s 2 15 14 FlintermanMaserati2 min 01 s 8 Van der LofHWM1 min 59 s 4 18 17 16 MossERApas de temps TornacoFerrari2 min 03 s 7 LandiMaserati2 min 02 s 1

Déroulement de la course thumb|upright=1.25|Le premier virage après le départ : la Ferrari d'Ascari vire en tête ; sur sa petite Cooper, Hawthorn est presque à sa hauteur. Distributeur cassé le samedi des essais, la Gordini de Jean Behra n'est pas en état de disputer la course, faute de pièces de rechange. Néanmoins, Amédée Gordini demande à son chef mécanicien d'effectuer une réparation de fortune dans le seul but d'aligner la voiture sur la grille et toucher ainsi la prime de départ (les primes étant la principale source de revenus de l'équipe). Avant le baisser du drapeau, le moteur tourne à nouveau, mais Behra sait qu'il ne pourra effectuer, au mieux, que quelques kilomètres et a consigne d'attaquer au maximum.

Il pleut au moment du départ. Comme à son habitude, Alberto Ascari (Ferrari) prend immédiatement la tête, tandis que, sur sa petite Cooper, Mike Hawthorn parvient à devancer la seconde Ferrari de Giuseppe Farina. Au premier virage, le jeune Britannique se porte pratiquement à la hauteur d'Ascari, mais le champion italien tient la corde et conserve son avantage. Au premier passage devant les stands, Ascari et Hawthorn passent groupés, devant Farina. Maurice Trintignant (Gordini) est quatrième, juste devant la troisième Ferrari pilotée par Luigi Villoresi. Malgré sa voiture mal en point, Behra est parvenu à boucler ce premier tour en sixième position. Au second tour, Farina prend le meilleur sur Hawthorn, tandis que Villoresi déborde Trintignant. Behra est toujours sixième, derrière son coéquipier qu'il dépasse peu après, prenant la cinquième place, position qu'il va occuper pendant plusieurs tours, avant que la magnéto ne finisse par céder. Hawthorn s'est fait déborder par Villoresi au cinquième tour, les trois Ferrari officielles sont en tête et ne vont plus être inquiétées, malgré la pluie qui redouble d'intensité.