Laffaire du curé d'Uruffe est une affaire criminelle française dans laquelle Guy Desnoyers, curé à Uruffe, a tué sa maîtresse, Régine Fays, , le .

Guy Desnoyers Guy Desnoyers est né le à Haplemont, un hameau du Saintois en Meurthe-et-Moselle. Issu d'une famille paysanne assez aisée et pieuse, il a une sœur handicapée, violée dans son enfance. Il est promis très jeune à la prêtrise par sa grand-mère maternelle, personnalité dominante dans la famille. Il va au petit, puis au grand séminaire à Bosserville et Villers-lès-Nancy. On le décrit comme un « bon gosse » mais ses pairs remarquent son goût pour les femmes et émettent des doutes sur sa vocation.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est réquisitionné pour travailler dans une usine de Neuves-Maisons sous direction allemande, mais il aide également des prisonniers évadés chez son oncle par alliance Émile Marulier à Harol dans les Vosges. À la Libération, il prétendra même avoir tué un factionnaire allemand sans pouvoir en apporter la preuve.

La guerre terminée, il est ordonné prêtre en , puis affecté à Blâmont comme vicaire. Son supérieur, l'abbé Klein, constate que sa nouvelle recrue préfère jouer au basket-ball plutôt que lire de la théologie. Dès cette première nomination, alors qu'il a vingt-six ans et qu'il est encore vierge, il a une première liaison avec une femme, Madeleine. Cette liaison va être la cause d'une mutation autoritaire de ses supérieurs comme vicaire à Réhon, dans le nord de la Meurthe-et-Moselle.. Des rumeurs lui prêtent alors d'autres aventures féminines, notamment avec une veuve fortunée qui vient tout juste de perdre son époux. Celle-ci lui donnera pour la réfection du toit de l'église et pour l'achat d'une . Cela ne l'empêche pas de continuer à voir régulièrement Madeleine. Ainsi, tout en ayant des relations avec d'autres maîtresses, il entretient la relation avec Madeleine jusqu'en , soit dix années.

vignette|redresse|Église Saint-Martin d'Uruffe.

En , il est nommé curé de la paroisse d'Uruffe, village de jouxtant le département de la Meuse. Prêtre actif et plutôt apprécié de ses paroissiens, il s'illustre notamment en montant avec les jeunes garçons du coin une équipe de football ou en organisant des excursions. Les anciens du village trouvent ce prêtre assez singulier, tandis que les jeunes aiment cette personnalité « moderne » pour l'époque. Ils le trouvent accessible.

Guy Desnoyers entretient des relations avec plusieurs femmes de la région, dont certaines sont mineures (l'âge de la majorité étant alors fixé à ). En , il conçoit un enfant avec une adolescente de quinze ans, Michèle Léonard. À la suite de rumeurs qui courent dans le village, il la persuade d'accoucher clandestinement dans l'Ain et d'abandonner « l'enfant du péché » à l'Assistance publique. L'évêque de Nancy, Marc-Armand Lallier, qui prend connaissance de ces faits, décide de rendre visite au prêtre. Celui-ci se jette à ses genoux et demande à son évêque de croire en son innocence. L'entrevue a ébranlé Lallier, qui renouvelle sa confiance au prêtre. Les mois se succèdent alors avec des absences répétées du curé qui inquiètent ses paroissiens. Desnoyers évoquera plus tard des périodes Jacques Pradel, « Le crime du curé d'Uruffe », émission L'Heure du crime sur RTL, (nouvelle émission le , à l'occasion de la sortie du film Fou d'amour de Philippe Ramos)..

Faits et enquête En , il a une relation avec Régine Fays, femme mineure d'Uruffe âgée de dix-neuf ans, qui travaille comme ouvrière à la verrerie de Vannes-le-Châtel. Séduite au cours d'une activité théâtrale qu'il avait créée, elle se trouve enceinte du prêtre, comme Michèle Léonard trois ans plus tôt. Desnoyers persuade le père de Régine que l'amant de sa fille est un jeune homme du cru qui l'a violée au cours d'une fête du village et qui est parti pour la guerre d'Algérie. Peu de monde croit en son histoire et il proteste publiquement devant ses paroissiens en dénonçant une calomnie. Régine Fays promet de garder le secret de la paternité de l'enfant mais refuse d'accoucher clandestinement, d'abandonner son enfant ou d'avorter.

Le , peu avant la date prévue pour l'accouchement, Desnoyers prend peur et entraîne la future mère sur la petite route déserte qui mène à Pagny-la-Blanche-Côte. Il arrête sa près d'un bosquet et à deux reprises propose à la femme de lui donner l'absolution. Étonnée, celle-ci refuse et s'éloigne à pied. Guy Desnoyers la suit, en tenant son pistolet de calibre à la main. Il tire alors à trois reprises sur sa maîtresse dans la nuit. Sitôt après l'avoir tuée, il l'éventre à l'aide d'un canif de scout, sort le fœtus viable (elle est alors enceinte de huit mois et l'autopsie révélera que le nourrisson était en vie), une petite fille qu'il baptise pour la sauver des limbes. Il la tue à coups de couteau, puis lui taillade le visage afin d'effacer toute éventuelle ressemblance. Il pousse ensuite la mère et son enfant dans un fossé.

Dans la soirée, les parents de Régine Fays s'inquiètent de sa disparition. Le curé alerte le maire, fait sonner le tocsin et organise lui-même les recherches pour la retrouver et tenter ainsi d'écarter les probables soupçons qui vont ensuite peser sur lui. À une heure du matin, Desnoyers désigne un fossé au bord de la route dans lequel gît la femme. Les soupçons se dirigent rapidement vers le curé : une amie de la victime confie à la police que la femme lui avait dit que le curé était le père. Une douille de est retrouvée près du corps, or Desnoyers est détenteur d'un permis de port d'arme pour ce calibrePhotographie de Guy Desnoyers lors d'une reconstitution.. Placé en garde à vue le , Guy Desnoyers nie avec véhémence. Il prétend d'abord qu'il connaît le meurtrier mais qu'il lui est impossible de le dénoncer à cause du secret de la confession auquel il est lié. Il avoue finalement au bout de quarante-huit heures.

En cette période d'Avent et de Saint-Nicolas, l'affaire fait grand bruit. L'inculpé est écroué en prison sous un faux nom pour éviter toute vengeance. L'Église organise des cérémonies expiatoires pour ses crimes. Lors de la messe pour la jeune fille, le chanoine Henri Mansuy, vicaire capitulaire de Nancy, qui assure l'intérim de l'évêque Lallier après son départ en , dira : Dans l'église, des femmes et des hommes tombaient évanouis ou en proie à des crises de nerfsHebdomadaire Radar, , ..

Procès et condamnation À l'époque, toute la France est horrifiée par ce double crime odieux. Le procès débute à la Cour d'assises de Nancy le , un an après les faits. La foule massée dans le palais de justice réclame la peine de mort.

Le , après deux jours de procès, le procureur donne raison à la foule dans son réquisitoire :

L'avocat de la défense, le bâtonnier Robert Gasse, lui répond :

Avant les délibérations des jurés, Desnoyers fait une dernière déclaration :

Après une heure et quarante minutes de délibération, les sept jurés rendent leur verdict. À toutes les questions posées (sur le double crime, sur l'infanticide et sur la préméditation), les réponses des jurés sont « oui » à la majorité. Toutefois on reconnaît à l'accusé des circonstances atténuantes, ce qui lui permet d'échapper à la peine capitale. Il est alors condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Épilogue Le , après vingt-deux ans de détention, Desnoyers, devenu le plus ancien prisonnier de France, obtient une liberté conditionnelle. Différentes rumeurs le voient dans le Sud de la France, en Louisiane, ou en ménage avec une visiteuse de prison.

Comme le prévoyait sa liberté conditionnelle, il s'est en fait retiré en l'abbaye Sainte-Anne de Kergonan à Plouharnel, dans le Morbihan. Il y meurt le à l'âge de quatre-vingt-dix ans..

Dans le cimetière d'Uruffe, sur la tombe des deux victimes, une plaque portait à l'origine l'inscription suivante : En dépit des demandes répétées de l'évêché, la famille de Régine a toujours refusé de la retirer.. Depuis le décès du père de Régine, l'épitaphe a été amputée à deux reprises. En effet, à la suite des pressions réitérées de l'Église qui revint à la charge, elle ne mentionne plus aujourd'hui que les noms des deux victimes du prêtre Desnoyers, sans plus de précision ni sur leur assassinat, ni sur leur assassin. Sur le site GénéaFrance, le nom de Régine Fays n'apparaît pas, contrairement à celui de son assassin. De plus, dans le cimetière, on ne trouve aucune trace des deux suppliciées. Il existe seulement une tombe Famille Fays.

Dans la fiction Littérature inspirée par l'affaire ; Nolay, Éditions du Chemin de fer, , 67 . ; avec une de Christy Magnin, Nolay, Éditions du Chemin de fer, , , .. . . .

Théâtre 1966 : Credo sauvage de Guillaume Kergoulay, mise en scène d'Alberto Rody, festival de Céret ; reprise en 1968 au Théâtre de l'Épée de Bois à Paris.

1969 - 1971 : L'Infâme de Roger Planchon, mise en scène de l'auteur qui joue aussi le rôle du curé, scénographie de Hubert Monloup, Théâtre de la Cité, Villeurbanne..., puis tournée en France. La représentation de la pièce à Nancy est interdite par le maire de la ville. ; le Théâtre de la Cité porte l'affaire en justice et obtient un dédommagement financier.. La pièce est éditée à Paris en 1975 avec une autre pièce de Planchon, Gilles de Rais, dans la collection Le Manteau d'Arlequin aux éditions Gallimard.

Filmographie Quatre films se sont inspirés de cette affaire : Marie et le Curé (), court métrage de Diourka Medveczky (dit le Christ), avec Jean-Claude Castelli dans le rôle du curé, ainsi que Bernadette Lafont ; Ici-bas (), court métrage de Philippe Ramos, avec Pascal Andres dans le rôle du curé ; Le Prince de ce monde (), long métrage de Manuel Gomez avec Laurent Lucas dans le rôle du curé, ainsi que Lio et Charlotte Vandriessche ; Fou d'amour (), long métrage de Philippe Ramos, avec Melvil Poupaud dans le rôle du curé, ainsi que Dominique Blanc dans celui de la veuve fortunée et Diane Rouxel dans celui de la victime.

Annexes Bibliographie

Articles ; republié : par Philippe Sollers dans L'Infini, , printemps , ; dans ; (), , 594 .

Monographies . .

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Chapitres . . .

Documentaires télévisés, émissions de radio, podcasts « Le curé d'Uruffe » le dans de faits divers sur et Planète+ Justice. . .

Articles connexes Liste d'affaires criminelles françaises depuis 1900 Abus sexuels sur les femmes dans l'Église catholique

Liens externes

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Notes et références

Curé d'Uruffe Catégorie:Église catholique et société Catégorie:Affaire sexuelle dans l'Église catholique en France Catégorie:Affaire relative à la pédophilie dans l'Église catholique en France Catégorie:Assassinat en France au XXe siècle Catégorie:1956 en France Catégorie:1958 en France Catégorie:Infanticide Catégorie:1958 en droit Catégorie:Féminicide en France Catégorie:Prêtre catholique coupable de meurtre