Claude Catherine de Clermont (parfois dite « Claudine »), dame de Vivonne et de Dampierre, baronne puis comtesse puis duchesse de Retz, dame de Machecoul, pair de France, dite « la Maréchale de Retz », née en 1543 à Paris, où elle est morte le , est une aristocrate et intellectuelle française.
Elle fut en son temps une dame de savoir et de sciences, brillante par l'étendue de sa culture. Elle aurait écrit des poésies, aujourd'hui disparues, et a laissé à la postérité un recueil de textes écrits par les gens de lettres qui comptaient parmi ses amis.
Biographie
Dame de Retz
Claude-Catherine de Clermont était la fille unique de Claude de Clermont (mort en 1545), baron de DampierreFils de Jacques de Clermont, baron de Dampierre, et de Claudine de Saint-Seigne., et de Jeanne de Vivonne (morte en 1583), dame de Vivonne et première dame d'honneur de la reine de France Louise de Lorraine-Vaudémont Fille d'André de Vivonne, baron de La Châtaigneraie..
Elle épousa, à l'âge de en 1561, Jean d'Annebault (décédé en 1562), baron de Retz, seigneur de Machecoul, d'Annebault et de La Hunaudaye, gentilhomme de la chambre de , capitaine de Conches et d'ÉvreuxFils de Claude d'Annebault (1495-1552), seigneur d'Annebault et de Saint-Pierre, maréchal de France et amiral de France, et de Françoise de Tournemine, dame de La Hunaudaye, baronne prétendante de Retz., et qui la laissa veuve et sans enfant à , à peine deux ans plus tard, lorsqu'il fut tué à la bataille de Dreux en 1562. Catherine de Clermont acquit alors en toute propriété la baronnie de Retz de son défunt mari, « tant par composition de douaire que par donation et remboursement de deniers dotaux »Du Paz – Histoire généalogique de plusieurs maisons de Bretagne, 232..
Elle se remaria ensuite à l'âge de le avec Albert de Gondi (1522-1602), seigneur du Perron, comte puis marquis de Belle-Île et des Îles d'Hyères, pair de France, Général des Galères de France et maréchal de FranceFils d' Guidobaldo Gondi (1486-1569), seigneur du Perron, banquier à Lyon, maître d'hôtel d', et de Marie-Catherine de Pierrevive (????-1574), gouvernante du futur ., de son aîné, et avec qui elle eut . Par son mariage, Albert de Gondi devint ainsi le nouveau seigneur de Retz ; c'est sous sa tutelle que la baronnie de Retz devint duché de Retz en 1581.
Dame de la cour
thumb|left|100px|Claude-Catherine de Clermont. D'une grande beauté et fort courtisée, Catherine de Clermont fut nommée dame d'honneur de la reine Catherine de Médicis, puis de Marguerite de Valois et d'Élisabeth d'Autriche (épouse de ), et gouvernante des enfants de France. Elle fut mêlée aux intrigues de cour et s'immisça même à plusieurs reprises en politique.
Dame de savoir
Claude-Catherine de Clermont est célèbre pour avoir été associée à un prétendu « salon vert de Dictynne », salon mondain qu'elle aurait tenu à Paris, face au Louvre, et où se seraient réunis les plus beaux esprits de l'époque, surtout des poètes, mais aussi des peintres, des musiciens, des philosophes et des hommes politiques : on associe traditionnellement à ce cercle Philippe Desportes, Rémy Belleau, Jean Antoine de Baïf, Pierre de Ronsard, Étienne Jodelle, Pontus de Tyard, Amadis Jamyn, Jean de La Gessée, Siméon-Guillaume de La Roque, Antoine de Laval, Flaminio de Birague, Agrippa d'Aubigné, Étienne Pasquier, Scévole de Sainte-Marthe, Jean Bertaut, Nicolas Rapin, l'organiste du roi Guillaume Costeley, etc. Tous ont été évoqués comme les possibles familiers de son salon, lui auraient dédié leurs œuvres et lui auraient adressé leurs vers, dans lesquels ils la chantent même sous les noms de Dictynne ou de Pasithée. En réalité, il n'y a jamais eu de « salon vert de Dictynne » et la maréchale n'a jamais tenu de réunions mondaines et lettréesEmmanuel Buron, « Le mythe du salon de la maréchale de Retz. Eléments pour une sociologie de la littérature à la cour des derniers Valois », dans Isabelle de Conihout, Jean-François Maillard, Guy Poirier (dir.), Henri III mécène des arts, des sciences et des lettres, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2006, p.306-315..
Catherine de Clermont se fit offrir un recueil de dédicaceCatherine de Clermont, maréchale de Retz, Album de poésies (Manuscrit français 24255 de la BNF), Colette H. Winn et François Rouget (éd.), Paris, Honoré Champion, collection « Textes de la Renaissance » (série « Éducation des femmes », dirigée par Colette H. Winn), 2004, 288, composés de plusieurs poèmes que ses amis lui consacrèrent (dont certains circulaient déjà à la cour d'Henri III) : écrites en français pour la plupart, mais aussi en italien et en latin, mêlant tous les genres, depuis le sonnet jusqu'à la « villanelle », en passant par l'élégie, le cartel ou les rimes tierces, textes tous anonymes, à l'exception de vingt-et-un qui ont été identifiés et trois attribués probablement (rédigés par Antoine de Laval, Marguerite de Valois, et Pierre de Brantôme, un autre peut-être par Balthazar de Beaujoyeulx). Probablement compilé par son ami Claude Billard vers 1574, ce recueil a une valeur documentaire sur la vie de cour, sur la situation politique et religieuse de l'époque, et témoigne des goûts poétiques d'alors, marqués par le néo-pétrarquisme.
Elle comptait parmi ses amis des femmes brillantes : Henriette de Nevers, Anne d'Aquaviva d'Aragon d'Atri (fille du duc Gian Francesco d'Atri, femme de Louis d'Adjacet, comte de Châteauvillain et membre de l'Escadron volant de la reine Catherine), Hélène de Donsèque de Surgères, Madeleine de L'Aubépine, sa cousine Madeleine de Bourdeille (sœur de Brantôme), Gilonne de Goyon (fille de Jacques), etc., toutes célébrées sous des surnoms issus de la mythologie.
Catherine de Clermont parlait couramment l'italien, savait parfaitement le latin et le grec, et connaissait plusieurs autres langues étrangères. En 1573, lorsque les ambassadeurs de Pologne vinrent demander le duc d'Anjou, futur , pour roi, elle leur répondit publiquement en latin pour la reine mère, et son discours l'emporta sur ceux du chancelier René de Birague et du comte Philippe Hurault de Cheverny, qui répondaient pour et le duc d'Anjou.
Extrêmement cultivée, Catherine de Clermont acquit ainsi une grande réputation par ses réalisations intellectuelles, qualifiée de « dixième muse » et de « quatrième grâce ». Elle mérita, dit La Croix du Maine, « d'être mise au rang des plus doctes et mieux versées tant en la poésie et art oratoire qu'en philosophie, mathématiques, histoire et autres sciences. » Son savoir étonnant, son immense culture, bien au-delà d'une personne de son sexe pour l'époque, ses connaissances des langues, ses compositions et poésies aujourd'hui perdues, son goût pour les sciences, sa passion pour la musique (elle chantait et jouait du luth) lui valurent une immense admiration, au point qu'elle fut admise aux séances de l'Académie du Palais. Elle fit aussi œuvre de mécène en soutenant la fondation de l'Académie de musique et de poésie de Jean Antoine de Baïf en 1570.
Enfin, Catherine de Clermont joignait également le courage à la science : pendant l'absence de son époux, les ligueurs menacèrent ses terres ; elle assembla des troupes à ses frais, se mit à leur tête, et força les factieux à prendre la fuite.
Famille et descendance
Après avoir épousé en 1561 Jean d'Annebault qui la laissa veuve à , Claude-Catherine de Clermont épousa en secondes noces le l'italien Albert de Gondi, avec qui elle eut et de nombreux descendants (dont les ducs de Retz – descendants de ses fils Charles et Philippe-Emmanuel – et le célèbre Cardinal de Retz, mais aussi, par les femmes, les familles de Neufville-Villeroy, Cossé-Brissac, Blanchefort-Créquy, etc.) : Charles de Gondi (1569 - au Mont-Saint-Michel), marquis de Belle-Île, général des Galères de France, qui épousa le à Paris Antoinette d'Orléans-Longueville (1574 - à Poitiers), dame de Château-Gontier, religieuse sous le nom de Sœur Antoinette de Sainte-ScholastiqueFille de Léonor d'Orléans-Longueville (1540- à Blois), duc de Longueville et d'Estouteville, comte de Neuchatel, de Tancarville et de Montgomery, baron de Varenguebec, pair de France, grand chambellan de France, connétable et chambellan de Normandie, et de Marie de Bourbon (-), duchesse d'Estouteville, comtesse de Saint-Pol, comtesse de Gacé, de Hambye et de Bricquebec., et dont la descendance se termina dans les femmes fin ; Claude-Marguerite de Gondi (1570 - ), qui épousa le Florimond de Hallwin (?-1592), marquis de Piennes et de Maignelais ; Françoise de Gondi (?-1627), qui épousa Lancelot Grognet de Vassé, seigneur d'Esguilly, Classé, Rouessé et Courmenant ; Gabrielle de Gondi, qui épousa le Claude de Bossut, seigneur d'Escry ; Hippolyte de Gondi (?-1646), qui épousa le Léonor de La Magdelaine, marquis de Ragny ; Henri de Gondi (1572 à Paris - ), cardinal de Retz, évêque de Paris ; Louise de Gondi (1572-), religieuse ; Madeleine de Gondi (?-), religieuse ; Philippe-Emmanuel de Gondi (1581-), comte de Joigny, marquis de Belle-Île, baron de Montmirel, seigneur de Dampierre et de Villepreux, général des Galères de France, qui épousa le Françoise-Marguerite de Silly (?-1625), dame de CommercyFille d'Antoine de Silly (????-1609), comte de La Rochepot, et de Marie de Lannoy., et dont la descendance (dont Jean-François Paul de Gondi, le célèbre Cardinal de Retz) se termina dans les femmes début ; Jean-François de Gondi (1584- à Paris), cardinal de Retz, premier archevêque de Paris.
Ascendance
Sources
Ferdinand Hoefer, Nouvelle Biographie générale, , Paris, Didot, 1854, . Roland Guillot, Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance, 2005, , , .
Bibliographie
Sources imprimées Catherine de Clermont, maréchale de Retz, Album de poésies (Manuscrit français 24255 de la BNF), Colette H. Winn et François Rouget (éd.), Paris, Honoré Champion, collection « Textes de la Renaissance » (série « Éducation des femmes », dirigée par Colette H. Winn), 2004, 288
Travaux historiques Emmanuel Buron, « Le mythe du salon de la maréchale de Retz. Éléments pour une sociologie de la littérature à la cour des derniers Valois », dans Isabelle de Conihout, Jean-François Maillard et Guy Poirier (dir.), mécène des arts, des sciences et des lettres, Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne (PUPS), 2006, p. 306-315.
, , , , , . Marie Henriette Réchou, Claude Catherine de Clermont, maréchale de Retz, Thèse de doctorat : Histoire : Saint-Étienne : 1996, 341 p. https://www.sudoc.fr/043833195.
Articles connexes Femmes et salons littéraires Académie de musique et de poésie Famille de Clermont-Tonnerre Famille de Gondi Albert de Gondi Pays de Retz Liste des seigneurs, barons et ducs de Retz
Références
Catégorie:Salonnière française Catégorie:Baron de Retz Catégorie:Duc de Retz Catégorie:Seigneurie de Machecoul Catégorie:Naissance en 1543 Catégorie:Décès en février 1603 Catégorie:Baronne française du XVIe siècle Catégorie:Comtesse française du XVIe siècle Catégorie:Duchesse française du XVIe siècle Catégorie:Duchesse française du XVIIe siècle Catégorie:Dame de compagnie française du XVIe siècle Catégorie:Maison de Clermont-Tonnerre Catégorie:Maison de Catherine de Médicis Catégorie:Cour d'Henri II Catégorie:Cour de Charles IX Catégorie:Cour d'Henri III Catégorie:Gouvernante des enfants royaux Catégorie:Famille de Gondi