thumb|250px|right|Abraham retenu par l'ange au moment de sacrifier Isaac (tableau de Rembrandt). La ligature d'Isaac (hébreu עֲקֵדַת יִצְחַק, Akedát Yitzhák ou עֲקֵידָה Akedah ; arabe ذبح Dhabih), aussi connu sous le nom de sacrifice d'Isaac ou sacrifice d'Abraham, est un épisode biblique de la Genèse, dans lequel Dieu demande à Abraham de lui offrir son fils Isaac en holocauste sur le mont Moriah.
L’événement, rappelé quotidiennement dans la liturgie juive, est commémoré lors du nouvel an juif, et il est fixé symboliquement le (correspondant à la fête de l'Annonciation) dans la tradition chrétienne occidentale.. Enfin, dans le calendrier musulman, du 10 au jour de dhou al-hijja, il est à l'origine de la principale fête islamique (dans l’imaginaire collectif islamique, il s'agit du sacrifice d'Ismaël, frère aîné d'Isaac. Aucune mention d’Ismaël ou Isaac n’est faite dans le Coran) : l'Aïd al-Adha.
Le récit biblique thumb|200px|La plus ancienne représentation connue de l’Aqéda, sur le ciborium de l'Arche sainte, dans la synagogue de Doura Europos. parashat Vayera - Genèse 22:1-19 Alors que les promesses que Dieu avait faites à Abraham semblent s'être réalisées, il lui demande de prendre son fils unique aimé, Isaac, dans le pays de Moriah, et de l'offrir en holocauste (Korban). Tôt le lendemain, Abraham sangle son âne, coupe le bois pour l'offrande et fait route avec ses deux serviteurs et Isaac vers le lieu prévu. Arrivés après trois jours de marche, il y monte seul avec Isaac, prend la pierre à feu et le couteau et place le bois sur Isaac. Un midrash dit que ses deux serviteurs sont Éliézer de Damas et Ismaël, premier fils d'Abraham et d'Agar, la servante que Sarah qui était stérile lui offrit pour qu'il ait un enfant, et qu'ils se querellent pour savoir lequel des deux va être héritier d'Abraham après la mort d'IsaacMidrash Sepher Hayashar, édition Lazarus Goldschmidt, Berlin 1923, pages 76 et 77. Lorsque Isaac demande à Abraham où est le bélier pour l'offrande en holocauste, Abraham répond que « Dieu y pourvoira ».
Toujours selon la Genèse, arrivé à l'endroit que Dieu avait nommé, Abraham construit l'autel, pose le bois, lie Isaac, l'étend sur l'autel, et lève la main pour abattre son fils. Un ange de Dieu l'arrête, lui disant de ne pas lever la main contre son fils (« Ne porte pas la main sur ce jeune homme, ne lui fais aucun mal !... ton fils, ton fils unique ! »Gen. 22:12) , car, à présent, Dieu sait qu'Abraham le craint, car il ne lui a pas dérobé son fils. Un bélier qui s'était pris les cornes dans un buisson est sacrifié sur le lieu, nommé Adonaï-Yirè (« Dieu-pourvoira »). Abraham est béni d'une descendance nombreuse et victorieuse, et toutes les nations de la Terre seront bénies par ses descendants.Abraham retourne à ses serviteurs, et ils partent pour Beer-Sheva, où Abraham réside, jusqu'à la mort de Sarah.
Dans la mythologie grecque, Athamas de Béotie tend la main pour immoler son fils Phrixos, mais Héraclès, envoyé par Zeus, crie à Athamas d'épargner son fils et le bélier appelé Chrysomallos, envoyé par Zeus, apparaît alorsLa Légende d'Athamas et de Phrixos, Alexander Haggerty Krappe, Revue des Études Grecques 1924/37-173, pages 381 à 389.
D'après le récit, Abraham obéit à l'ordre de Dieu sans le remettre en question. Selon la Bible, Dieu veut mettre Abraham à l'épreuve, mais ne souhaite pas le sacrifice lui-même, puisqu'il envoie un ange l'arrêter au dernier moment, et fournit un bélier en remplacement. Quant à Isaac, il est, selon Flavius Josèphe, âgé de vingt-cinq ansAntiquités judaïques, Flavius Josèphe, livre 1, XII:2, de trente-sept selon les Sages du Talmud. Dans les deux cas, Isaac est un adulte, assez fort pour lutter contre son père, mais il ne le fait pas : lui aussi obéit.
Dans , le lieu est appelé « la montagne du Seigneur » ; dans ; ; et , ce lieu est identifié au Rocher de la Fondation situé au Mont du Temple, à Jérusalem.
Traditions Dans la tradition juive
Loyauté vignette|Ligature d'Isaac par Simon Troger, s. La Mishna, le Talmud et nombre d’exégètes bibliques juifs à leur suite voient dans cet épisode une épreuve pour vérifier la loyauté d’Abraham envers Dieu. En effet, la ligature remet en question toutes les promesses de bénédiction divine d’une descendance innombrable. Pour Maïmonide (), la volonté d'Abraham de sacrifier son fils démontre la limite de la capacité humaine à aimer son prochain et craindre Dieu tout à la fois. Par ailleurs, comme Abraham a agi en suivant ce que Dieu lui avait dit par une vision prophétique, cet épisode illustre comment une révélation prophétique a la même valeur de vérité qu'un argument philosophique et porte donc en elle la même certitude, nonobstant le fait qu'elle vienne d'un rêve ou d'une vision..
Sacrifice symbolique Cependant, de nombreux commentaires et midrashim rejettent cette interprétation : selon Bereshit Rabba, Dieu n’a « jamais envisagé de dire à Abraham d'égorger Isaac ». Pour Yona ibn Jannah (Espagne, ), Dieu ne demandait qu’un sacrifice symbolique et d’après Joseph ibn Caspi (Espagne, début du ), Abraham a été induit en erreur par son imagination ; en effet, « comment Dieu pourrait-il ordonner une chose aussi révoltante ? ».
Interdiction de l'infanticide Toutefois, selon Joseph Hertz, grand-rabbin de l’Empire britannique dans la première moitié du , le sacrifice d'enfants était une pratique relativement répandue chez les peuples sémitiques - quand l'infanticide était systématique dans la Rome antique ; la singularité du récit résiderait alors dans le fait que le Dieu d'Abraham s'interpose pour empêcher (et non prescrire) le sacrifice. L'ange dit à Abraham : « Ne porte pas la main sur ce jeune homme, ne lui fais aucun mal !... ton fils, ton fils unique ! ». À travers cette parole, il interdit le meurtre et l'infanticide. Au , l'historien Tacite qualifie même d'excentrique la coutume des Juifs à ne vouloir supprimer aucun nourrisson. « Contrairement aux cruelles divinités païennes, c'était seulement la soumission spirituelle que Dieu exigeait ».
D'autres intellectuels rabbiniques notent également qu'Abraham était prêt à tout pour épargner son fils, y compris si cela supposait d'aller contre l'ordre divin : alors que c'est Dieu qui ordonne à Abraham de sacrifier Isaac, c'est un ange, une créature inférieure dans la hiérarchie céleste, qui lui intime l'ordre d'arrêter. Cependant, les actions et paroles des anges (du grec , « messager ») sont généralement considérées comme découlant directement de la volonté de Dieu.
Punition Dans certains écrits juifs plus tardifs, en particulier dans ceux des maîtres hassidiques, la théologie d'un « test divin » est rejetée et le sacrifice d'Isaac est interprété comme une « punition » pour le « mauvais traitement » réservé plus tôt par Abraham à son fils aîné Ismaël né de la servante Agar, qu'il a expulsé de son foyer à la demande de sa femme Sarah. Selon cette lecture, Abraham a manqué de compassion envers son fils, donc Dieu l'a puni en manquant ostensiblement de compassion envers son autre fils.
Sanctification du nom de Dieu Le Rebbe Schneerson cite une question posée par le rabbin Menachem Mendel de Vitebsk : à première vue, cela semble être principalement un test visant Isaac car c'était lui qui devait donner sa vie al kiddush Hashem (afin de sanctifier le nom de Dieu). Cependant, la Torah indique-t-elle () que Dieu voulait tester Abraham et non Isaac ? Le rabbin Menachem Mendel répond que bien que donner sa vie soit une très grande Mitzvah, cela n'a rien de remarquable dans les annales de l'histoire des Juifs. Même les Juifs les plus illettrés et « ordinaires » ont donné leur vie en martyrs. Ainsi, toute grande mitzvah qu'il soit, ce test est considéré comme trivial pour quelqu'un de la stature spirituelle d'Isaac qui, comme l'un de nos aïeux, était assimilé au « chariot » de Dieu (Bereshit Rabba 47, 6) car il servait de véhicule aux divins traits de gentillesse, rigueur et compassion.
Réfutation Dans The Last Trial, Shalom Spiegel affirme que ces commentateurs interprétaient le récit biblique comme une réfutation implicite de l'idée chrétienne selon laquelle Dieu sacrifierait son propre Fils.
Mise à l'épreuve Au contraire, la principale personne mise à l'épreuve lors de cet épisode était Abraham. Sa foi était mise à l'épreuve pour voir s'il doutait des paroles de Dieu. Abraham s'était vu assuré par Dieu que « c'est par Isaac qu'une descendance perpétuera ton nom » (), c'est-à-dire qu'Isaac (et non Ismaël) engendrerait une grande nation, les enfants d'Israël (le peuple juif). Cependant, Abraham aurait pu poser une question évidente : au moment où Dieu lui ordonna d'offrir Isaac en sacrifice, celui-ci était encore célibataire et s'il mourait à ce moment-là, comme pouvait-il devenir le père de la nation censée descendre d'Abraham ? De plus, Dieu n'est-Il pas éternel et immuable, comme Il le déclare (« Oui, moi, Yahvé, je ne varie pas », ), suggérant qu'Il ne change pas d'avis ?
Cependant, Abraham ne fit pas attention à cette question évidemment logique. À la place de cela, il l'écarta totalement de sa conscience et crut d'une foi pure et simple que si c'était ce que Dieu lui disait de faire alors, c'était certainement la bonne chose à faire. C'était le fait de traverser et réussir cette mise à l'épreuve qui était remarquable, même pour quelqu'un de la stature d'Abraham.
Dans The Binding of Isaac, Religious Murders and Kabbalah, Lippman Bodoff écrit qu'Abraham n'a jamais eu l'intention de véritablement sacrifier son fils et qu'il avait confiance dans l'idée que Dieu lui-même n'avait pas non plus cette intention. D'autres suggèrent que l’apparent engagement d'Abraham à sacrifier Isaac était sa propre manière de tester Dieu. Abraham s'était auparavant disputé avec Dieu pour sauver des vies à Sodome et Gomorrhe. En respectant silencieusement les instructions de Dieu de tuer Isaac, Abraham faisait pression sur Dieu pour qu'il agisse de façon morale et préserve la vie. D'autres indices qu'Abraham pensait qu'en fait il ne sacrifierait pas Isaac sont inscrits dans , quand il dit à ses serviteurs « Demeurez ici avec l'âne. Moi et l'enfant nous irons jusque là-bas, nous adorerons et nous reviendrons vers vous. » En employant « nous » pluriel (au lieu de « je » singulier), il voulait dire que lui et son fils Isaac reviendraient. Ainsi, il ne croyait pas qu'Isaac serait finalement sacrifié.
Héroïsme Dans Glory and Agony: Isaac's Sacrifice and National Narrative, Yael S. Feldman écrit que l'épisode de la ligature d'Isaac, dans ses versions à la fois bibliques et post-biblique (y compris le Nouveau Testament) a eu une grande influence sur l'éthos d'héroïsme altruiste et le sacrifice de soi dans la culture hébraïque nationale moderne. Comme son étude le démontre, au cours du dernier siècle, la ligature d'Isaac est devenue le sacrifice d'Isaac, évoquant à la fois la gloire et l'agonie d'une mort héroïque sur le champ de bataille.
Dans la tradition chrétienne vignette|redresse| Le Sacrifice d'Isaac, eau-forte de Jean Mignon d'après Luca Penni (c. 1540-1550). thumb|150px|right| Ce relief du montrant le sacrifice d'Isaac est situé dans une chapelle au sein de la Colonne de la Sainte Trinité d'Olomouc. Il fait partie d'une série dont la thématique principal est le sacrifice à Dieu et qui s'achève avec la crucifixion du Christ.