Dynamius ou Dinamius (v. 545 — v. 595-596), dont le nom était autrefois francisé en Dyname ou Diname, fut à deux reprises (une première fois de 581 au plus tard, mais peut-être dès 575, jusqu'en 587 ; une seconde fois de 592/593 au début de 595) « recteur » À l'époque franque, la fonction de praefectus (préfet) ou de rector (recteur) subsista : elle était assumée par des personnages qui portaient également le titre honorifique de patrice, qui avait été donné à Libérius d'Arles comme distinction personnelle au temps des Ostrogoths. Toutefois la mention d'un personnage comme patrice, dans l'Histoire des Francs par exemple, ne suffit pas pour affirmer qu'il assuma aussi la charge de rector. Voir Fixot (1989), p. 450-451. (c'est-à-dire gouverneur) de Provence, avec le titre de « patrice » Créé par Constantin le Grand, le titre de patricius était prestigieux mais ne donnait aucun pouvoir concret. Il resta toujours du ressort de l'empereur ou du roi et subsista longtemps dans les territoires de tradition romaine : le dernier patricius Provinciae attesté est, sous Charles Martel, Abbon, en l'an 739. . Il doit être distingué avec soin de plusieurs personnages homonymes, dont certains étaient peut-être de proches parents, comme le Dynamius marié à une Aureliana ou Aurelia et dont il est question dans deux lettres de Grégoire le Grand (VII, 12 et 33 ; et ) ou comme le Dynamius d'Arles, père d'un certain Evantius, que mentionne Grégoire de Tours (HF, X, 2, p. 409, 27).

Biographie Origine, formation, mariage Dynamius appartenait sans doute à une vieille famille de l'aristocratie provençale. Il naquit vers 545, date qu'on peut inférer de deux sources : son épitaphe, rédigée par son petit-fils, selon laquelle il mourut « après avoir passé dix lustres » (vers 13), et une lettre de Grégoire le Grand datée de Voir infra, notes 27 (épitaphe) et 26 (lettre de Grégoire le Grand). .

On ne sait rien de précis sur l'éducation reçue par Dynamius, mais la qualité de son style et sa pratique de la poésie prouvent qu'il a été formé aux studia liberalia, du reste quasi obligatoires dans l'aristocratie provençale de ces temps. En matière de littérature et de rhétorique, le futur patrice pourrait, comme l'a suggéré Dag Norberg, avoir suivi l'enseignement de Parthénius, le petit-fils de Rurice de Limoges, qui instruisit également Arator et Gogon Voir Norberg (1991), p. 50 ; cf. Boulhol (2014), p. 50-51. . À ces études classiques s'ajouta peut-être, comme nous l'allons voir, une formation juridique.

Au printemps de l'an 566, Dynamius, alors âgé de vingt-et-un ans environ, assista dans la ville de Metz aux noces de Sigebert Ier et Brunehaut, à la préparation desquelles s'était employé le comte Gogon, conseiller du roi. Il y fit la connaissance du poète Venance Fortunat, auteur de l'épithalame célébrant l'événement. De cette rencontre, probablement marquante pour le jeune Provençal, témoignent deux poèmes de Fortunat (Carmina, VI, 9 et 10). Le plus ancien (VI, 10 ; datable de l'été 566), avant de mentionner, en des termes aussi louangeurs que vagues, des vers que Dynamius avait publiés sous un pseudonyme (v. 57-62), brosse de celui-ci un portrait flatteur : « Vous étiez de noble prestance, de haute naissance, avisé en matière juridique ; vous saviez vous adapter à toutes les circonstances en faisant preuve d'optimisme, d'humour, de conciliation et de foi » (v. 37-38) Venance Fortunat, Carmina, VI, 10, 37-38 : insignem specie, celsum lare, lege sagacem, / omnibus aequalem spe, sale, pace, fide. . L'expression lege sagacem, dans ce passage, pourrait suggérer que Dynamius avait étudié le Droit. Un autre poème composé un an plus tard (VI, 9) nous apprend que notre personnage, retourné dans son pays, vit à Marseille dans les domaines royaux (v. 5), où il semble exercer des fonctions subalternes, peut-être de nature juridique, au service de Sigebert (cf. VI, 10, 33) Les poèmes VI, 9-10 de Fortunat se lisent dans l'édition donnée par M. Reydellet, t. II, 1998, p. 80-84. Voir Boulhol (2014), p. 44. .

À une date indéterminée, Dynamius épousa une certaine Eucheria, qui lui survécut dix ans selon l'épitaphe précitée (vers 15). Cette femme appartenait elle aussi, très vraisemblablement, à l'aristocratie sénatoriale ; elle pourrait bien être une descendante du saint évêque de Lyon Eucher. Il ne faut toutefois pas la confondre avec son homonyme (assez probablement une sienne ascendante), l'Eucheria dont nous avons conservé un curieux poème (Anthologia Latina, 390 Riese) : cette dernière, comme l'a montré la recherche récente, florissait dans le troisième quart du et appartenait au cercle de Sidoine Apollinaire Voir Stefania Santella, Per amare Eucheria : Anth. Lat. 386 Shackleton Bailey. Bari, Palomar, 2005. Cf. Boulhol (2014), p. 49 et 53 et n. 50..

Situation de la Provence en 575 right|280px|thumb|Le "couloir austrasien" en Provence, instauré au plus tard en 567 (en bas, à droite, en bleu, de Carpentras à Nice). Depuis le partage du royaume entre les fils de Clotaire en 561, la Province d'Arles était dans son ensemble rattachée au royaume de Gontran, c'est-à-dire à la Bourgogne, selon une solidarité naturelle. Mais en raison de l'importance de la fenêtre méditerranéenne, les rois d'Austrasie obtinrent un couloir d'accès (le « corridor austrasien ») qui, partant de leur territoire auvergnat, passait par Avignon et aboutissait à Marseille. Ce corridor enclavait la cité d'Arles et ses territoires Voir Baratier, dir. (1987), p. 193. .

À la mort de Sigebert, en 575, son fils Childebert II dut céder à Gontran la moitié de Marseille, dans la mesure où il avait besoin des armes de son oncle dans sa lutte contre Chilpéric. En réalité, la ville devint une indivision sous l'autorité des deux souverains, représentés par un seul fonctionnaire nommé par le roi austrasien.

Recteur de Provence Lorsqu'à une date inconnue, entre 575 et 581, Dynamius devint recteur de Provence, ce fut pour défendre les intérêts du pouvoir austrasien. Mais il ne tarda pas, sous l'influence du comte Gogon, à afficher une nette tendance pro-burgonde en entrant dans la coterie de ce dernier, qui réunissait nombre de grands personnages de la Gaule du sud hostiles aux Neustriens et favorables à une alliance du royaume de Metz avec la Burgondie de Gontran. Devenu l'un des membres les plus éminents, avec le duc de Champagne Loup, du clan de Gogon, Dynamius s'employa donc à limiter les prérogatives de Childebert II et de ses alliés austrasiens soutenus par l'évêque de Marseille Théodore.

Le patrice intervint en 581 dans l'élection épiscopale d'Uzès, après le décès de son titulaire Ferréol, en faisant élire initialement son vieil ami Albinus, ex-préfet. Celui-ci mourut brutalement trois mois après sa nomination et aurait dû avoir pour successeur Jovinus, ex-rector Provinciae, soutenu par Childebert Grégoire de Tours, HF, IV, 43 et VI, 7. Voir Boulhol (2014), p. 46-47. Mais Dynamius suscita promptement un troisième homme, le diacre Marcel (fils de l'un de ses amis marseillais, le sénateur Félix), qui obtint le siège et parvint à le garder, en corrompant ses adversaires si l'on en croit Grégoire de Tours Grégoire de Tours, HF, VI, 7, p. 277, 1-6.

Dès 581, un conflit violent opposa Dynamius à l'évêque de Marseille Théodore. La mort de Gogon (HF, VI, 1) laissa le pouvoir en Austrasie à une faction pro-neustrienne à laquelle Théodore se rallia aussitôt. Dynamius, avec l'appui du clergé marseillais entraîné par l'abbé Anastase et le prêtre Proculus, riposta en obtenant du roi des Burgondes Gontran que Théodore fût chassé de Marseille Grégoire de Tours, HF, VI, 11, p. 281 : il offrait ainsi à Gontran l'occasion de faire pression sur Childebert en fermant le « corridor autrasien » pour bloquer l'accès à la ville. Théodore appela à son secours les nouveaux maîtres de l'Austrasie, qui envoyèrent pour le rétablir le duc Gondulfus (oncle de la mère de Grégoire de Tours : HF, VI, 11) et son armée. Celui-ci parvint à attirer Dynamius hors de Marseille et à le capturer. Le patrice fut contraint à faire amende honorable et à jurer à nouveau fidélité au jeune roi Childebert II, qui approchait de sa majorité Grégoire de Tours (HF, VI, 11, p. 280-281) donne quelques détails : Dynamius ne permit pas qu’il pût entrer dans Marseille, ni que l’évêque qui venait avec Gondulfus fût reçu dans sa cathédrale. D’accord avec le clergé, il avait fait fermer les portes de la ville et de là il insultait avec mépris l’évêque et Gondulfus. Cependant, étant sorti pour conférer avec le duc, il se rendit à la basilique de saint Étienne située près de la ville ; les portiers qui en gardaient l’entrée eurent soin de fermer la porte aussitôt que Dynamius y eut été introduit, en sorte que la troupe de gens armés qui le suivait demeura dehors sans pouvoir entrer. Celui-ci, n’en sachant rien, après avoir conféré de diverses choses sur l’autel avec ceux qu’il était venu trouver, s’en éloigna, ainsi qu’eux, et ils entrèrent dans la sacristie. Lorsqu’ils y furent entrés avec Dynamius, alors dépourvu du secours des siens, ils tombèrent sur lui d’une terrible manière, et ayant mis en fuite les satellites qui, voyant qu’on le retenait, faisaient retentir leurs armes autour de la porte, le duc Gondulfus réunit les principaux citoyens autour de l’évêque, afin qu’il entrât avec eux dans la ville. Dynamius, voyant tout ce qui venait de se passer, demanda pardon, fit au duc beaucoup de présents et prêta serment d’être à l’avenir fidèle à l’évêque et au roi. Après quoi on lui rendit ses vêtements.. L'année suivante (582), à sa majorité, Childebert réclama la totalité de la ville de Marseille. Le conflit entre Dynamius et Théodore reprit de plus belle, et devait durer jusqu'en 587. Théodore se compromit un temps en soutenant le prétendant Gondovald (finalement supprimé en )Sur l'équipée de Gondovald ou Gundoald, voir surtout Walter Goffart, "The Frankish Pretender Gundovald, 582-585. A Crisis of Merovingian Blood", dans Francia, 39 (2012), p. 1-27., mais réussit à ne pas être mis en cause au cours du second concile de Mâcon (), après quoi il fit à Marseille un retour quasi triomphal (HF, VIII, 20, p. 387, 12-13). Dynamius dut composer avec lui durant les deux dernières années de son mandat. Il quitta sa charge de rector Provinciae en 587, et eut pour successeur Nicetius, un parent de Grégoire de Tours (HF, VIII, 43, p. 354, 19-20). Au mois de novembre de la même année, en compagnie du duc Loup, il se réconcilia publiquement avec Childebert lors du traité d'Andelot Boulhol (2014), p. 48..

Un "homme de réseau" ?