vignette|Carte de la région de la caraïbe insulaire appelée aussi les Antilles. La Barbade, micro-État insulaire, joue longtemps le rôle d'une chaudière politique, économique et sociale dans la Caraïbe, dont elle concentre, sur une surface minuscule (), 80 % de la population blanche dès les années 1640, à la fin desquelles le succès de quelques grandes exploitations sucrières crée les premières fortunes rapides de l'histoire.

Refuge des aristocrates pendant le gouvernement de Cromwell des années 1650, l'île devient à la restauration monarchique britannique de 1660 le point de départ d'un essaimage de l'économie de plantation dans tout le Nouveau Monde : Suriname, Sainte-Lucie, Montserrat, Jamaïque, Caroline, New Jersey, Virginie et Maryland.

Indépendante depuis 1966, la Barbade reste une monarchie pendant , avant de devenir en 2021 une république du Commonwealth.

Les recensements de la population dénombrent et . Le pays, assez développé, classé au niveau de l'IDH, est habité en 2024 par environ , parlant principalement anglais britannique et/ou et/ou créole bajan.

Étymologie Il existe une certaine ambiguïté autour du mot. D'après certaines tribus autochtones, la Barbade aurait eu pour nom Ichirouganaim. Les premiers Européens arrivés sur l'île, en l'occurrence les Portugais, la renomment Ilha dos barbados (île des barbus) ou Os Barbados, ou O Barbudo.Pour certains historiens, ce nom serait motivé par les barbes (?) des habitants amérindiens de l'île. Pour d'autres, la forme même de l'île aurait cet aspect. Pour d'autres enfin, cela ferait référence, absolument pas religieuse non plus, à l'apparence des figuiers, espèce endémique sur l'île.

Dès 1519, l'explorateur génois Vesconte Maggiolo dessine l'île sur une carte (avec exactitude dans le lieu où elle se situe actuellement) et lui attribue ce même nom.

Peuplement amérindien (avant 1500) L’île de la Barbade pourrait avoir été habitée dès le Les migrations de populations amérindiennes venues de l'Orénoque (Venezuela) sont mieux connues. Les Arawak auraient débarqué aux alentours de -400. Des traces de leur présence ont été retrouvées à Silver Sands, Chancery Land et Pie Corner. Ils sont ensuite envahis, expulsés ou assimilés par les Kalinago (Caraïbes / Karib) vers 1200, et leur population décroît rapidement. Les Caraïbes disparaissent également de l’île, victimes de famines, de maladies et de l’enlèvement par les colons espagnols vers des îles plus grandes pour servir d’esclaves.

Appropriation portugaise (1532-1620) Des navigateurs portugais en route vers le Brésil visitent brièvement l’île, laissant derrière eux des cochons sauvages qui vont faire le bonheur des premiers colons britanniques.

Colonie britannique (1625-1966)

Le (1600c-1658), premier navigateur britannique débarqué le par hasard, revient deux ans après, sur le William and John, avec 60 hommes (et six esclaves africains) pour l'occuper, le , au nom de Sir William Courteen, un commerçant londonien fils de protestants wallons.

Mais en 1626, il est exproprié par le roi au bénéfice d'une nouvelle société attribuée à James Hay, 1er comte de Carlisle (1580-1636) mandaté par le roi Charles (1600-1649), qui nomme le gouverneur Henry Hawley (en activité en 1630-1640). Courteen perd définitivement en 1629 son titre et Powell doit quitter l'île.

Années 1630 : arrivée en masse d'Irlandais L'essentiel de l'immigration européenne à la Barbade s'est fait avant 1645, selon l'historien John A. Holm, spécialiste de l'étude des dialectes créoles. Selon lui, l'importance de la population blanche anglophone a fait de la Barbade la base de la plupart des créoles anglais parlés par les indiens, les blancs et les noirs partout dans la Caraïbe, les CarolinePidgins and Creoles: References survey Par John A. Holm, page 446.

Les Irlandais de Saint-Christophe-et-Niévès s'installent à Montserrat en 1632, avec Anthony Brisket comme premier gouverneur. Ils sont déportés par milliers à la Barbade dans les années 1630, chassés par le mouvement des Plantations en Irlande, lui-même accéléré après 1632 par le Lord Député d'Irlande Thomas Wentworth (1593-1641). Proche du roi Charles d'Angleterre, il lance les plantations dans le Connacht, ce qui déclenche en 1639 les guerres des évêques en Écosse, l'exécution de Wentworth par le parlement, puis en 1640 la guerre des trois royaumes, qui s'achève en 1649 par la décapitation du roi Charles d'Angleterre.

Les Irlandais sont à la Barbade dès 1631, puis en 1636 et en 1642. Une émigration antérieure à la guerre civile anglaise et à Oliver Cromwell. Les Irlandais cultivent le tabac. Leur afflux cause une crise de surproduction mondiale du tabac dès la fin des années 1630, amenant les plus riches à vouloir défricher l'ouest de l'île pour y planter du sucre.

En 1640, dans les plantations de canne à sucre des îles de la Barbade, européens sont recensés sur habitants.

Le gouverneur Henry Hawley édicte le décret de 1636 sur l'esclavage à vie. La population noire de l'île progresse et va atteindre en 1705Pidgins and Creoles: References survey Par John A. Holm. En 1640, le parlement britannique accuse la Guinea Company de Nicholas Crispe, qui a construit des forts sur la Gold Coast à Komenda et KormantinThe English Business of Slavery de participer à la traite négrièreLa découverte en 1999, sur un site ayant appartenu à Nicholas Crispe (1598-1666), des vestiges d'une manufacture d'objets en verre probablement destinés à l'Afrique indique que la compagnie a participé à la traite négrière.. Il lui ordonne de céder son monopoleAssociation Internationale pour l’Histoire du Verre.

La population blanche diminue et tombe à en 1685, les blancs pauvres fuyant la spéculation immobilière, selon l'historien John A. HolmPidgins and Creoles: References survey Par John A. Holm. Les blancs ne sont plus que en 1705.

Ce changement de population est causé par l'émergence des plantations de sucre, consommatrices de terres, qui déclenche une spéculation immobilière. Le colonel William Hilliard, qui a payé 400 livres sa plantation de sucre en 1642, en revend la moitié à Thomas Modyford pour 7000 sterling en 1647La Caraïbe au temps des flibustiers, par l'historien Paul Butel.. Les blancs pauvres, souvent des engagés parvenus au bout de leur contrat de sept ans, fuient vers d'autres îles, pour devenir des boucaniers.

La canne à sucre est introduite dans l'île en 1637 par Peter Blower, un Hollandais du Brésil, avec ses secrets de fabrication, mais la première récolte date de 1640. Le rhum est produit dès 1642. L'essor du sucre devient manifeste en 1643. D'autres Hollandais arrivent, anticipant la perte du Brésil, où les planteurs portugais se soulèvent contre les Hollandais en 1642, leur chef Fernandès Vieira gagnant deux batailles importantes en 1645.. La compagnie néerlandaise des Indes occidentales a du mal à faire face la contre-attaque des Portugais au BrésilLes Pays-Bas et la traite des Noirs, par P. C. Emmer et Mireille Cohendy page 44.

Alors que les premiers esclaves vendus au Brésil en 1636 l'ont été tous à crédit, la proportion vendue au comptant passe à 78 % en 1644 puis 100 % en 1645, reflet de l'appréhension des Hollandais qui sentent le Brésil leur échapperBritish Capitalism and Caribbean Slavery: The Legacy of Eric Williams, par Barbara Lewis Solow et Stanley Engerman, page 45 très prochainement British Capitalism and Caribbean Slavery. En France, des commandes d'esclaves pour le sucre sont passées dès 1638 par le normand Daniel Trézel.

En 1640, la guerre civile anglaise démarre : les Cavaliers, des catholiques jacobites, officiers, nobles ou propriétaires terriens, fidèles à la royauté, s'opposent à la première révolution anglaise. Beaucoup doivent s'exiler à la Barbade, où ils investissent dans des plantations de sucre, accentuant la spéculation immobilière. Des navires anglais de la Guinea Company, de Nicholas Crispe, assurent le transport d'esclaves noirs.

Années 1650-1660 : blocus, taxes et menace d'invasion par la flotte d'Oliver Cromwell Le roi Charles est décapité en 1649, alors que la population blanche de la Barbade décline déjà. Sous Oliver Cromwell, des soldats irlandais sont exilés, mais essentiellement dans les autres pays d'Europe. L'immense majorité des prisonniers irlandais, soit , part en Espagne et en France Robin Blackburn, The Making of New World Slavery : From the Baroque to the Modern, 1492-1800, Verso, 1998, 602 pages, , p. 247, où ils forment les bases des communautés jacobites, à Nantes et Saint-Malo, selon l'enquête de l'historien Robin Blackburn, dans The Making of New World Slavery. À la Barbade, Cromwell peut installer seulement 150 Anglais protestants non-conformistes en 1650. L'île est alors déjà majoritairement peuplée d'Irlandais. Le parlement anglais veut expatrier 700 prisonniers irlandais de guerre, mais le gouverneur de la Barbade écrit pour refuser de les accueillir.

Avec le Navigation Act, Oliver Cromwell développe la flotte, pour se protéger de l'Espagne, mais aussi des exilés royalistes dans les îles. Le texte impose que le trafic de sucre passe à 100 % par des bateaux anglais. L'esclavage fait l'objet de débats au parlement, où les puritains notent que Sir Thomas Browne (1605-1682) le critique dans son ouvrage Enquiries into vulgar and common errors. Les planteurs font du lobbying pour éviter toute réglementation trop contraignante.

En décembre 1650, l'expédition de la Barbade, commandée par Oliver Cromwell pour le compte du Long Parlement et dirigée par l'amiral George Ayscue (1616–1671), fait le blocus de la Barbade pour y imposer des taxes et un monopole empêchant l'île d'exporter son sucre. La milice de l'île est mobilisée, mais un compromis est trouvé entre le royaliste Thomas Modyford, chef des planteurs, et George Monck, duc d'Albermale Robin Blackburn, The Making of New World Slavery : From the Baroque to the Modern, 1492-1800, Verso, 1998, 602 pages, , p. 246. Modyford convainc Cromwell de s'attaquer plutôt aux îles espagnoles, ce qu'il fait en 1655, et promet d'instituer une réglementation à la Barbade, pour éviter que les riches planteurs n'essaiment.

En 1652 aussi, la Charte de la Barbade assure qu'une assemblée va être élue par tous les colons, dans l'espoir de freiner l'émigration des planteurs de tabac pauvres, mais ceux-ci profitent de la conquête de la Jamaïque en 1655 pour y devenir pirates.

Années 1660-1680 : essaimage de planteurs vers Surinam, Sainte-Lucie, Jamaïque, Caroline, Montserrat En 1660, à la restauration britannique, le roi Charles II crée la compagnie des aventuriers d'Afrique, pour l'importation des esclaves. En 1661 il donne des lettres patentes à la colonie qu'Anthony Rowse avait été chargé de fonder en 1650, avec 300 planteurs de Bridgetown et esclaves Historic Cities of the Americas: North America and South America, "Willoughbyland" le long des rivières de Suriname et Pará, que le parlement puritain de Londres avait immédiatement jugée illégale The Rights of Indigenous Peoples and Maroons in Suriname.Dès le début des années 1660, Londres importe pour sterling de sucre contre sterling de tabac, soit quatre fois plus. Le sucre représente 20 % des réexportations du pays (0,9 million de sterling sur 4,5 millions) contre seulement 3 % en 1640 (sur 3 millions de réexportations), selon Robin Blackburn.En juin 1664, le gouverneur de la Barbade Francis Willoughby de Parham (1605-1666) envoie s'emparer des possessions françaises de Sainte-Lucie Historic Cities of the Americas: North America and South America. L'ex-gouverneur Thomas Modyford, planteur de sucre et resté très influent, débarque lui le 4 juin 1664 à la Jamaïque, avec 700 de ses esclaves et un mandat royal de gouverneur. L'île ne compte alors que 500 esclaves, volés sur des navires espagnols. Repère de pirates depuis 1655, elle reste leur domaine pendant encore une dizaine d'années.