vignette|266x266px|Une bannière antifasciste (et anarcho-communiste) brandie lors d'une manifestation sur l'Augustusplatz, en Allemagne. L'antifascisme désigne l'ensemble des mouvements, idéologies et actions politiques visant à s'opposer au fascisme, et, plus largement, à l'ensemble de l'extrême droite.
Historiquement, l’antifascisme émerge en Europe dans les années 1920, en réaction à l’accession au pouvoir de Benito Mussolini en Italie, puis à celle d’Adolf Hitler en Allemagne. Il prend forme dans le contexte de la montée des régimes fascistes en Europe et se développe fortement au cours des années 1930, notamment à travers la constitution de fronts populaires rassemblant des forces politiques diverses autour de la défense du pluralisme, des libertés publiques et de l’État de droit. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’incarne dans des mouvements de résistance opposés aux dictatures fascistes et nazie ainsi qu’aux régimes de collaborationMichael Seidman, Transatlantic Antifascisms: From the Spanish Civil War to the End of World War II, Cambridge University Press, 2017.. Pendant cette période des années 1920 aux années 1940, l’antifascisme désigne à la fois une position normative (la défense de la démocratie contre des projets perçus comme totalitaires), et une pratique de mobilisation politique et sociale visant à empêcher l’implantation et la consolidation de ces régimes.
En dehors de la lutte contre les régimes se réclamant du fascisme proprement dit, l'antifascisme ou le terme d'antifascisme a très tôt été utilisé par des partis communistes pour combattre leurs adversaires politiques, proches ou lointains sur le plan idéologique, voire tout opposant critique. Cette instrumentalisation de la lutte dite « antifasciste » a été analysée et critiquée par certains intellectuels et historiensL'historien François Furet lui reproche d'avoir , et pour cette raison avoir , à savoir une grande difficulté à apprécier convenablement les régimes communistes. Dans Fascisme et communisme, François Furet, Ernst Nolte, Hachette, 1998, ..
Au XXI siècle, l’antifascisme se redéploie face à l’émergence et à la recomposition de courants néofascistes, ultranationalistes, identitaires, suprémacistes et racistes. Il se dessine sous la forme de mobilisations militantes, associatives ou partisanes visant à contrer l’implantation sociale et électorale de groupes relevant de l’extrême droite radicale. Dans ce contexte, l’antifascisme contemporain combine des stratégies variées, allant de la veille et de la contre-expertise à la mobilisation collective et aux contre-manifestations.
Définition et débats Le terme « antifasciste » apparaît en France dès 1922.
Selon Enzo Traverso, l'antifascisme comprend des courants différents mais qui se revendiquent tous des Lumières et du pacifisme. L'antifascisme défend ..
Selon l'historien Bruno Groppo, ..
En France, le courant antifasciste s'incarne notamment dans le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes en 1934, le Front populaire en 1936., puis dans la Résistance intérieure française en 1940, dont les gaullistes, les socialistes et le PCF prennent la tête.
Les historiens Hugo Garcia, Mercedes Yusta, Xavier Tabet et Cristina Climaco, qui ont codirigé en 2016 un ouvrage collectif sur l'antifascisme, insistent sur le caractère pluriel de l'antifascisme, non structuré, s'est traduit de différentes manières. Il a ainsi pu rassembler socialistes, différents courants communistes, anarchistes, libéraux, chrétiens, pacifistes, anti-impérialistes et féministes..
Pour le trotskisme, et l'anarchisme des Amis de Durruti, le véritable antifascisme ne peut pas se baser sur la tactique du Front populaire, mais sur l'action directe et révolutionnaire des masses ouvrières, et éventuellement sur le Front unique de leurs organisations. C'est faute de ce « Front unique » entre parti communiste et social-démocratie que Hitler l'emporte en Allemagne, selon Léon Trotski.. Par ailleurs, les staliniens ont instrumentalisé l'antifascisme assez systématiquement pour discréditer leurs opposants (les anarchistes devenant « anarcho-fascistes », etc.), et ce depuis les années 1930.
L'antifascisme s'organise dès les années 1920 dans plusieurs pays d'Europe, dans l'opposition à la dictature fasciste italienne, ainsi que dans la lutte contre les mouvements d'extrême droite violents qui la soutiennent ou lui ressemblent.
Pour Pierre-André Taguieff, l'antifascisme, . Selon lui, le plus grand « tour de passe-passe » de la gauche, . Selon le politologue, l'antifascisme opère .. Son corollaire, le terme fascisme a été ainsi galvaudé, devenant une étiquette pratique afin de discréditer et disqualifier un adversaireReconnaître le fascisme, journalmetro.com, ..
Enzo Traverso note que le terme fascisme tend ainsi soit « à qualifier tout et son contraire » devenant une ou est utilisé dans le cadre d'un usage stérile, qui se contente le plus souvent . Il considère néanmoins que le fascisme possède une dimension non seulement transnationale mais aussi transhistorique, qu'il essaie d'appréhender sous le terme de post-fascismeEnzo Traverso, Spectres du fascisme. Les métamorphoses des droites radicales au xxie siècle, Revue du Crieur, 2015/1 (), p. 104-121.. Aussi, pour Gilles Vergnon, peu importe si ceux qui se désignent comme antifascistes aient une idée vraie ou fausse de ce que fut le fascisme, l'antifascisme est avant tout affaire de représentation, que celle-ci soit légitime ou nonGilles Vergnon, L'antifascisme en France de Mussolini à Le Pen, Presses universitaires de Rennes, 2009, ..
L'antifascisme a été un élément de mouvements d'un large spectre politique, tels que l'anarchisme, le communisme, le pacifisme, le républicanisme, la social-démocratie, le socialisme et le syndicalisme ainsi que des points de vue centristes, conservateurs, libéraux.
Antifascisme des origines à la défaite de Hitler L'antifascisme est un mouvement visant à s'opposer au fascisme et, par extension, aux idéologies et pratiques issues des régimes mussolinien et hitlérien. Ce mouvement est né en Italie.
Les principales forces politiques antifascistes sont : les socialistes, conseillistes, anarchistes, communistes, et syndicalistes ; une partie des libéraux - principalement italiens (Piero Gobetti, Luigi Einaudi, Carlo Rosselli, Benedetto Croce, Carlo Sforza), britanniques et américainsVoir Serge Audier, Le socialisme libéral, La Découverte, 2006, ou Philippe Nemo, Histoire du libéralisme en Europe, PUF, 2007, . ; une partie des mouvements démocrate-chrétiens.
Selon George Orwell, Retour sur la guerre d'Espagne, dans George Orwell, Œuvres, Bibliothèque de la Pléiade, 2020, ..
Antifascisme en Italie des années 1920 jusqu'à la Seconde Guerre mondiale Les premiers antifascistes s'opposent au Parti national fasciste de Benito Mussolini avant même sa prise du pouvoir, en 1922. Par la suite, les antifascistes sont durement réprimés par la dictature fasciste. Le socialiste Giacomo Matteotti est assassiné dès 1924 à Rome. Les arrestations massives d'antifascistes imposent progressivement un militantisme en exil, qui consiste notamment à faire connaître les crimes du fascismeJacques Droz, Histoire de l'antifascisme en Europe, 1923-1939, La Découverte, 2001, chapitre 2 : L’antifascisme italien.. Le mouvement Giustizia e Libertà (Justice et Liberté) est ainsi créé en 1929 à Paris, deux ans après la Concentrazione Antifascista Italiana (Concentration antifasciste italienne). Dans les pays qui accueillent des réfugiés antifascistes italiens, un soutien politique est apporté par des organisations politiques et syndicalistes solidaires de leur action.
La dictature italienne réprime violemment les antifascistes, en particulier par l'OVRA (Organisation de la surveillance et de la répression de l'antifascisme), qui agit même à l'extérieur du pays en organisant par exemple l'assassinat des frères Carlo et Sabatino Rosselli par des militants d'extrême droite français. Par la suite, l'OVRA participe à la répression de la Résistance intérieure française en Corse.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le mouvement antifasciste prend une ampleur militaire de masse, des dizaines de milliers de partisans italiens se battant contre les fascistes. Un Comité de libération nationale est formé en 1943 en regroupant les forces politiques antifascistes : principalement les socialistes, les communistes et les démocrates-chrétiens.
Antifascisme en Allemagne
vignette|redresse|Le logo antifasciste des Trois Flèches, utilisé en Allemagne contre les nazis à partir de 1931. vignette|redresse|Logo de l'Antifaschistische Aktion, 1932. Dès le début des années 1920, la violence politique d'extrême droite se développe en Allemagne : l'Organisation Consul assassine plusieurs personnalités politiques de gauche et du centre. En 1923, les nazis tentent de renverser la République par le putsch de la Brasserie.
Les antifascistes allemands se mobilisent contre le Parti nazi, afin d'empêcher son arrivée au pouvoir. Néanmoins, au sixième congrès de l'IC à Moscou en , Staline décide de donner la priorité à la lutte contre la social-démocratie. La majorité des communistes allemands soutiennent les consignes ce qui a pour conséquence de désigner les sociaux-démocrates comme le principal ennemi avant même les nazis. Sous la direction d'Ernst Thälmann, le Parti communiste d'Allemagne (KPD) se désigne comme « le seul parti antifasciste » et présente tous les autres partis, et en particulier le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), comme des « fascistes » Hoppe, Bert (2011). In Stalins Gefolgschaft: Moskau und die KPD 1928–1933. Oldenbourg Verlag.. En , on lit ainsi dans la Rote Fahne, l’organe communiste : Jacques Droz, Le Socialisme démocratique 1864-1960, Armand Colin, 1968, ..
C'est dans ce contexte politique et idéologique que sont fondés le Front de fer par les sociaux-démocrates et l'Antifaschistische Aktion par les communistes. Le logo des Trois Flèches, créé par les sociaux-démocrates, vise à barrer la croix gammée nazie« The dreipfeile, three diagonally parallel arrows to counteract the swastika. » (Dan S. White, Lost Comrades, Socialists of the Front Generation, 1918–1945, Harvard University Press, 1992, ). En , un témoin français (Daniel Guérin) voit en Allemagne (extrait de "La Peste brune").. Ce logo devient en 1932 un symbole officiel des partis socialistes d'Allemagne et d'Autriche, avant d'être adopté par d'autres organisations socialistes et antifascistes ; le SPD l'utilise en pour symboliser à la fois la lutte contre les nazis, contre la droite monarchiste et contre les staliniens.
La division des partis de gauche, l'hostilité entre sociaux-démocrates et communistes, encouragée par la ligne suivie par le Parti communiste d'Allemagne, la mobilisation en ordre dispersé, sans front unique, des Allemands antinazis affaiblit le combat des antifascistes, qui ne peuvent empêcher l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler en , dans le contexte socio-économique de la Grande Dépression et de la crise de la république de Weimar.
Après son arrivée au pouvoir, les différents courants antifascistes sont réprimés. Une résistance intérieure au nazisme s'organise, à la fois dans la clandestinité en Allemagne, et en exilJacques Droz, Histoire de l'antifascisme en Europe, 1923-1939, La Découverte, 2001, chapitre 3 : L’antifascisme allemand.. En , les premiers camps de concentration nazis sont créés, ses premières victimes étant surtout des militants du mouvement ouvrier : syndicalistes, militants du Parti social-démocrate d'Allemagne, Parti communiste d'Allemagne, Parti communiste d'Allemagne - opposition et Parti socialiste ouvrier d'Allemagne.