La crue est une forte augmentation, un accroissement du débit et de la hauteur d'eau en écoulement d'un fleuve, d'une rivière, d'un cours d'eau. Le mot s'utilise fréquemment quand le débordement du lit mineur du cours d'eau commence à provoquer des dommages. Ce débordement provoque une inondation de zones plus ou moins éloignées des rives, en délimitant ainsi une zone inondable. La crue est suivie par une décrue.

La crue survient souvent après de fortes pluies en amont dans le bassin versant, parfois lors d'une fonte des neiges brutale ou lors d'une concomitance de fortes pluies et de fonte des neiges, plus rarement par réamorçage d'un siphon karstique, exceptionnellement quand une fracture terrestre profonde libère des nappes phréatiques. Liées à des caractéristiques météorologiques et géomorphologiques propres à chaque site, les crues sont un phénomène naturel très suivi dans l'histoire.

On lutte contre les crues par des aménagements hydrauliques curatifs ( digues) ou préventifs ( zones d'expansion de crue, reboisement (forêt de protection), réintroduction du castor dans les hauteurs des bassins versants). La gestion du risque d'inondation peut s'appuyer sur un atlas des zones inondables, sur des plans de prévention, sur une réduction de la vulnérabilité, sur l'évitement de constructions nouvelles dans ces zones, sur un système de vigilance et d'alerte.

La science qui étudie le phénomène de crue est l'hydrologie.

Vocabulaire et caractéristiques associées aux crues thumb|Échelle limnimétrique sur le Mississippi (mai 2011). On évoque la crue d'un cours d'eau lorsque son « niveau critique de crue » est atteint en un point quelconque du bief amont. Ce seuil peut être indiqué par un limnimètre fixe.

Le maximum de hauteur d'eau atteint est la pointe de crue, correspondant à un débit maximum de crue ou débit de pointe. Il est temporairement marqué par une laisse de crue (boue sur les murs, déchets accrochés aux branches) et est parfois enregistré ultérieurement par un repère de crue dont le recensement peut être effectué dans une base nationale des repères de crues.

Ce maximum de hauteur d'eau se déplace vers l'aval du cours d'eau avec une onde de crue.

La décrue, est la baisse du niveau d'eau jusqu'au retour de l'écoulement dans le lit mineur du cours d'eau. Si celle-ci s'amorce très lentement (plusieurs heures au maximum de hauteur d'eau ou en grande proximité) on peut alors évoquer un plateau de crue plutôt qu'une pointe de crue.

En hydrologie, l'ensemble du phénomène crue-décrue peut se caractériser en un point caractéristique, (une section de contrôle ex : un pont) par un hydrogramme dont les pentes caractérisent la rapidité ou la lenteur des variations. On relie ensuite souvent la pointe de crue à une période de retour de la crue.

Le terme de crue ne s'applique pas à la submersion marine.

Causes Pluviométrie : l'intensité et/ou la durée de la pluie sur un même bassin versant génère par ruissellement et automatiquement une augmentation du débit du cours d'eau. La crue commence alors quand un seuil spécifique à chaque lieu est atteint, puis dépassé. L'ampleur du phénomène dépend aussi beaucoup de la perméabilité et de la saturation en eau des sols du bassin versant. Fonte des neiges : au printemps, la transformation de la neige en eau liquide étant un phénomène relativement lent, l'eau issue de la fonte des neiges pénètre mieux dans le sol que l'eau de pluie, elle contribue donc plus à l'alimentation des nappes phréatiques et au régime dit nival du débit du cours d'eau. Néanmoins, les quantités d'eau stockée sous forme de neige ou de glace pouvant être considérables, et en cas de radoucissement intense, rapide et accompagné de pluies, la fonte rapide des neiges peut provoquer des inondations parfois catastrophiques. En zone de montagne, la crue est un phénomène périodique annuel entraînant rarement des inondations. Refoulement par un fleuve en crue sur une rivière affluente : la montée des eaux provient alors de l'aval ! Conjonction d'une crue sur un fleuve côtier et d'une marée de pleine mer (= haute) à fort coefficient de marée et/ou en situation de surcote par exemple) ; le débordement du fleuve (= la crue) est alors temporairement amplifié en amont de l'embouchure.

Typologies thumb|Crue à Queens Park (Grande-Bretagne) - Piéton en danger.

Le premier critère de distinction des crues est son temps de montée lié à la taille du bassin versant concerné : une crue soudaine ou crue-éclair a un temps de montée très court, inférieur à quelques heures et se produit sur un petit bassin versant (jusqu'à une centaine de km), souvent assez pentu. Elle peut être torrentielle, urbaine ou périurbaine. Le torrent, le ruisseau, ou la rivière sort subitement de son lit à la suite de pluies torrentielles, généralement de durée assez limitée, souvent sous des orages. Ce phénomène est fréquent dans les régions montagneuses où le ruissellement des pentes vers les vallées est très rapide ; une crue rapide a un temps de montée compris entre et se produit sur un bassin versant assez grand (plusieurs centaines à quelques milliers de km) ou lors d'intensité pluviométrique moins forte. Parfois la pluie est tombée assez loin de la zone inondée car la crue résulte de la concentration de l'eau tombant sur l'ensemble du bassin hydrique vers les points les plus bas ; une crue lente a un temps de montée supérieur à et se produit sur un grand bassin versant (supérieur à une dizaine de milliers de km) en plaine sur les fleuves et les grandes rivières. Les pluies continues sur de larges zones, comme la mousson, vont ruisseler vers les cours d'eau. Dans ces cas, même si la pente est faible, la quantité importante de pluie peut les faire déborder.

Le type de crue dépend aussi : du sol (nature, état de saturation en eau, couverture (végétale, imperméable)) ; des précipitations : selon leur intensité - durée - extension spatiale ; des caractéristiques géographiques du bassin versant (pentes (des versants, du cours d'eau), forme (du bassin versant, du cours d'eau (emprise du lit majeur), du temps de concentration)).

On distingue aussi les crues selon : leur origine : crue cévenole, crue océanique, crue méditerranéenne ; leur prise en compte dans un projet de barrage / d'aménagement hydraulique (ex: évacuateur de crue) : crue de projet, crue de sécurité, crue de protection, crue de référence ; leur époque : crue d'automne, crue estivale.

L'aléa Le niveau d'aléa lié à la crue est principalement lié à : sa fréquence / période de retour : ex crue centennale ; sa durée : de quelques minutes à plusieurs jours : Temps de montée des eaux. sa vitesse d'augmentation, sa soudaineté de réalisation en un lieu donné : ex : à vue d'œil ; son ampleur : approche / dépassement des niveaux historiquement connus ; son extension spatiale ; sa vitesse de propagation le long du cours d'eau : Onde de crue ;

Les zones inondées par les crues sont néanmoins très souvent considérées comme à risque en liaison avec leur occupation humaine (habitat, voie de circulation, zone industrielle/ commerciale). Elles sont maintenant assez bien répertoriées en France dans chaque plan de prévention du risque inondation communal.

Conséquences Les grandes crues, par leur soudaineté ou par l'étendue des inondations qu'elles provoquent, sont souvent des catastrophes, avec leur lot de victimes et de dégâts matériels. thumb|Crue du Nil en 1908 en Haute-Egypte, avec palmiers partiellement submergés. Mais dans certaines régions du globe, les crues font partie du cycle naturel des saisons. Durant plusieurs millénaires, la crue annuelle du Nil, très souvent bienfaitrice en s'étendant sur une bande agricole jusqu'à environ des bords du fleuve, a fait prospérer la civilisation égyptienne. Elle était mesurée par des nilomètres comme celui d'Éléphantine. Son démarrage commençait la nouvelle année égyptienne. Parfois liés aux moussons, de nombreuses zones tropicales sont encore tributaires de ce type de crue assez régulière, qui fertilisent et irriguent les cultures, en reconstituant des réserves d’eau pour la saison sèche.

Les crues ont aussi des coûts financiers : ainsi en France les crues des affluents de la Seine et de la Loire, qui ont touché de mai à ont été le second évènement le plus coûteux du pays après la tempête Xynthia () : à d’eurosStéphanie Senet (2017) Risques d’inondations: les recommandations du CGEDD, publié le 13 mars 2017 .

Les crues en Afrique de l'ouest sont des phénomènes, souvent provoquées par des pluies torrentielles. Elles causent souvent des inondations et des déplacements des populations. Le développement des villes et des villages situés près des bafons et des cours d'eau à travers la canalisation des eaux permettra d'éviter le déplacement en grand nombre de la population lors des inondations.

Grandes crues historiques vignette|Témoin de crue de la Seine au pont Neuf à Paris. Quelques crues célèbres en France (voir aussi Principales inondations en Europe) :

Prévision Modélisation Chaque crue résulte de la conjonction de plusieurs processus complexes et simultanés et de paramètres géo-pédologiques, d'abord théorisés par Horton en 1933 qui considère que le ruissellement est produit par dépassement de la capacité d’infiltration des solsBeckers E & Degré A (2011) Revue bibliographique : la prise en compte des transferts horizontaux dans les modèles hydrologiques. Revue de Biotechnologie, Agronomie, Société et Environnement, 15(1). (PDF, 9 pages).

La modélisation visait autrefois à reproduire au mieux le comportement hydrologique d'un bassin ou sous-bassin versant pour prédire les évènements de crue. Les ingénieurs ont d'abord cherché à prévoir le débit à l’exutoire et en plusieurs points du cours d'eau. Puis les modèles se sont complexifiés en essayant de reproduire au mieux la réalité globale et systémique d'un bassin via une analyse distribuée et plus fine du comportement de l’eau dans tous ses compartiments, lors des écoulements et des échanges nappes-cours d'eau, et parfois en intégrant des paramètres plus écologiques (nature et importance du couvert végétal, présence d'embâcles naturels ou de barrages naturels tels que ceux qui sont fabriqués par les castors). Ces modèles deviennent de ce fait aussi des outils de gestion des ressources en eau et d'aménagement du territoire.