vignette|Drapeau de la Reichswehr (1933-1935).

La Reichswehr  , littéralement « défense du Reich », était l'armée de la république de Weimar, de 1919 à 1935. Son organisation reposait sur le traité de Versailles. Son nom, qui apparait en après la disparition de la Deutsches Heer, est officialisé en . La Reichswehr disparaît avec la création de la WehrmachtWehrmacht signifie « force de défense »., en . Les vainqueurs de voulurent imposer à cette armée des limitations matérielles afin de lui ôter toute velléité de revanche. Ces restrictions, plus ou moins respectées au début de la République, furent très amplement dépassées après l'avènement d'Adolf Hitler en 1933.

Le ministère de la Défense du Reich est responsable de ces prérogatives.

Une petite armée soumise à des restrictions

L'armée de terre

vignette|250px|Parade de la Reichswehr dans la Wilhelmstrasse en 1932.

vignette|250px|Manœuvres de la Reichswehr.

vignette|250px|Manœuvres de la Reichswehr avec imitations de blindés.

Le traité de Versailles du entend limiter fortement la puissance militaire d'une Allemagne qui pourrait se montrer revancharde. La limitation la plus célèbre est celle concernant le nombre de soldats de l'« Armée du Diktat » : au maximum doivent la composer (la Reichswehr provisoire au lendemain de la guerre compte , dont , deux fois plus que la Wehrmacht de 1939), tous militaires engagés (le traité de Versailles interdit à la fois le service militaire et la conscription). La durée de l'engagement est de vingt-cinq ans pour les officiers, douze ans pour les sous-officiers et hommes de troupe.

Les soldats de l'armée de terre conservent un uniforme proche de la coupe de 1914-1918, avec le casque lourd modèle 1916 ou modèle 1918 à échancrure. Le fusil Gewehr 98 est l'armement principal du fantassin, renforcé par la mitrailleuse légère MG 13.

Ainsi, pour l'armée de terre (la « Reichsheer »), le matériel lourd et offensif est en général interdit. C'est le cas pour les mitrailleuses lourdes, l'artillerie lourde, et les blindés, armes offensives qui contribuèrent à la victoire alliée. Ces interdictions concernent la possession de tels armements, mais aussi l'étude, la construction et l'importation.

L’aviation

Le traité de Versailles impose à l'Allemagne la livraison aux pays vainqueurs de tous les engins aéronautiques : environ , et sont livrés ou détruits. La construction et la dotation d'appareils aériens, de même que l'entraînement d'équipages, sont limités, le Reich disposant de la capacité de former 130 aviateurs, ces derniers constituant à la fois un instrument de veille doctrinale et le futur encadrement de la Luftwaffe.

Des limites dans les caractéristiques des appareils civils furent même prononcées, de 1922 à 1926. De grandes firmes aéronautiques allemandes fermèrent leurs portes, se reconvertirent à une autre activité (BMW, Bayerische Motoren Werke, spécialisée dans la construction de moteurs d'avions, se lança en 1923 dans celle de motos puis de side-cars et en 1927 dans celle de voitures) ou bien s'exilèrent à l'étranger (Fokker, Gotha…).

La Reichsmarine

Le traité de Versailles stipule la livraison de la Kaiserliche Marine aux Alliés. Cependant, le , à l'annonce des clauses du traité relatives à la marine de guerre, la flotte, alors prisonnière des Britanniques, se saborde à Scapa Flow.

La flotte de la Reichsmarine ne doit pas dépasser en tout, ne comporter aucune unité lourde ou récente, et son effectif est limité à . En outre, la limite de tonnage par unité est de pour les cuirassés, pour les croiseurs, pour les destroyers. Les engins submersibles (sous-marins) sont interdits, tout comme les porte-avionsLes premiers porte-avions sont apparus lors du premier conflit mondial, mais n'ont pas été déployés efficacement..

Possibilités permises par ces restrictions

Avec par an, l'armée n'a aucun mal à recruter les annuels autorisés.

La sélection physique et politique n'en est que plus rigoureuse. Sont généralement écartés de l’enrôlement les habitants des grandes villes industrielles (supposés être contaminés par les idées diffusées par les sociaux-démocrates et par les communistes) ainsi que les Juifs.

Chaque engagé reçoit, outre un entraînement poussé et continuel, une instruction pour assurer les fonctions de deux échelons de grade supérieurs au sien : ainsi par exemple, un simple soldat doit se montrer capable d'assumer les fonctions de chef d'escouade en tant que caporal et de chef de groupe en tant que sergent. De plus, l'engagé, qui a signé un contrat où il est militaire pour une période maximale de douze ans, reçoit une formation professionnelle transposable dans la vie civile dans le but d'assurer son retour à la vie civile, sans difficultés de reclassement, à la fin de son contrat.

Restrictions contournées de multiples façons

Le talent des dirigeants militaires allemands fut d'appliquer mille ruses pour contourner secrètement les clauses du traité, en grande partie, pour préparer un renouveau de la puissance militaire.

Ces manipulations sous le sceau du secret adoptent un caractère organisé et révélé avec la loi des cartels de 1933 instauré par le régime nazi, ce qui industrialise la production de matériel de guerre.

L’armée de terre vignette|250px|Les cavaliers lanciers de la Reichswehr en 1932. Ils ont composé jusqu'à 1/3 des effectifs de l'armée.

Une armée expérimentale Dotés d'une armée réduite, les chefs militaires et théoriciens eurent tout le loisir de méditer longuement sur les causes de la défaite et du succès allié, de définir les erreurs, de tenter de les corriger par un entraînement plus moderne, s'appuyant sur les dernières théories militaires (Guderian par exemple sur le règlement anglais de 1927) et les exemples de la Grande Guerre (ex. l'attaque des chars de combat durant la bataille de Cambrai). Ainsi, les mémoires du général Hoffmann ont un titre évocateur : la Guerre des occasions perdues. Il y étudie les manœuvres manquées sur le front oriental. vignette|250x250px|Faux blindés (attrappen) montés sur voitures. Pour conjurer le souvenir du front statique de 1915 à 1918, la priorité est accordée au mouvement, et une armée réduite permet la théorisation, l'entraînement et l'équipement de matériels et d'unités mobiles. Aussi sont développées les troupes mobiles : cavalerie (un tiers de la Reichswehr), montées sur bicyclettes ou motocyclettes, et plus encore, motorisées.

Avec l'aide des Soviétiques, dont le gouvernement avait été reconnu par l'Empire allemand dès l'armistice de Brest-Litovsk le et qui fournissent le terrain nécessaire aux entrainements secrets, notamment pour la conduite et les manœuvres de blindés, est conçue une nouvelle troupe que sont les Fallschirmjäger ou parachutistes.

De nombreux camions servent au transport du personnel et de simples voitures sont armées d'une mitrailleuse. Les manœuvres, fréquentes, confortent l'idée de mobilité et forgent une nouvelle théorie de la guerre. Quant aux chars d'assaut, ils sont tout simplement simulés par les , voitures bâchées de bois et de tissus. Les observateurs étrangers se gaussent de ces « détachements blindés », sans entrevoir la terrible menace qu'ils constituent pour le futur. Paradoxalement, l'armée allemande sait tirer les leçons de sa défaite, alors que les anciens alliés demeurent sur une conception surannée de la guerre moderne. C'est bien le prototype de la Blitzkrieg qui se forge au cours de ces années.

Autre exemple de contournement des restrictions : les mitrailleuses, MG 13 et, ensuite, MG 34 (mitrailleuse standard de la Wehrmacht), sont effectivement des mitrailleuses légères, servies par un seul homme et dotées d'un bipied. Mais les ingénieurs ont prévu secrètement la possibilité (plus tard utilisée) de poser la mitrailleuse sur un trépied lourd, donnant une assise permettant un feu nourri. La MG 34 est ainsi aisément convertible en mitrailleuse lourde.

Une armée de cadres

La Reichswehr profite encore de ses faibles effectifs pour devenir, sinon une armée d'élite, du moins une pépinière de cadres prêts à diriger, le cas échéant, une armée plus nombreuse. Ainsi, l’« Armée du Diktat » est composée de , et plus de la moitié des effectifs est composée de sous-officiers et de caporaux ; mais chaque sous-officier reçoit une instruction supérieure à celle qui aurait correspondu à son grade.

Certes, la Kriegsakademie est supprimée mais l'état-major général () commandé par le général Von Seeckt (chef de la Reichswehr jusqu'en 1927) s'emploie à donner aux une instruction militaire très poussée. Ces cadres bien formés constituent la conséquence de la nouvelle doctrine d'emploi mise en place à partir de 1920 par le commandement : en effet, bénéficiant de contrats de vingt cinq ans de service, ces derniers sont capables d'encadrer des effectifs plus nombreux.

Recherches militaires Rapidement, les experts militaires de la République de Weimar puis du Reich mettent en œuvre d'ambitieux programmes afin de contourner les restrictions imposées par les Traités de paix et tirer parti au mieux des limitations imposées par les traités.

Une importante réflexion doctrinale

Se développant dans un cadre contraint, recrutant du personnel motivé, la Reichswehr connaît, sous l'impulsion de ses chefs, une intense période de réflexion tactique et stratégique, aboutissant à la définition d'une nouvelle doctrine militaire.

L'offensive, la rapidité et la surprise sont ainsi systématiquement développées, dans le souvenir des Sturmtruppen, afin d'éviter la répétition d'une guerre de tranchées marquée par la multiplication d'attaques de masse sanglantes et inutiles.

De même, l'emploi de l'aviation est également repensé : les experts, encouragés par von Seeckt, proposent de lui donner deux axes principaux, le soutien au sol et le bombardement opératif, conçu de manière à déstructurer la profondeur adverse.

Une réforme du commandement est aussi encouragée, les commandants de troupes devant de préférence exercer leurs fonctions au plus près de la zone d'opérations.

Des recherches menées à l'étranger Interdites sur le sol allemand, les recherches se développent clandestinement à l'étranger : parallèlement au traité de Rapallo () sont signés différents accords militaires secrets entre l'URSS et l'Allemagne (commencés dès 1919 mais aboutissant en 1921-1922, ils disparaissent avec l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir) Contre l'appui technique des ingénieurs allemands, les Soviétiques leur permettent de contourner le Traité de Versailles (1919); les Allemands peuvent en effet concevoir et tester sur le sol russe (de 1924 à 1932) des armes qui leur sont normalement interdites : des usines sont créées : plusieurs firmes allemandes (Krupp Ag, Rheinmetall-Borsig, Daimler…) créent ainsi des prototypes de chars d'assaut, testés en Union soviétique. Camouflés sous des noms anodins, les Grosstraktor I, II et III, ainsi que le « leichte Traktor », vont paver la voie aux futurs panzers : le Pz I est ainsi rapidement créé en 1934 ; Kama (près de Kazan) devient un lieu d'entraînement pour les tanks ; Lipetsk permet de développer une aviation de combat moderne ; Tomka (vers Saratov) sert de zone de test pour les gaz de combat.

L’aviation

vignette|redresse=1.1|Maquette du Heinkel , avion courrier civil. Pour la firme, son développement a été déterminant pour aboutir ensuite au bombardier , produit en grandes quantités pendant tout le second conflit mondial.

Si certaines firmes s'expatrient d'Allemagne dans les années 1920, comme Fokker, d'autres se créent et fourniront la future Luftwaffe : Junkers en 1920, Heinkel et Dornier (créée par un Français expatrié) en 1922, Focke-Wulf en 1924.