La civilisation zapotèque était une civilisation amérindienne précolombienne de structure matriarcale qui s'est épanouie dans la vallée de Oaxaca au sud de la Mésoamérique. Des preuves archéologiques montrent que cette culture remonte au moins à . Elle a laissé des vestiges archéologiques dans la ville antique de Monte Albán sous forme de bâtiments, de jeux de balle, de tombeaux et d'œuvres d’art, notamment des bijoux en or finement travaillés. Monte Albán a été l'une des premières grandes villes d'Amérique centrale et le centre d'un État zapotèque qui a dominé une grande partie de ce qui est devenu l'état mexicain actuel de Oaxaca.
vignette|350px| Extension géographique de la civilisation zapotèque.
Histoire
Les connaissances concernant les origines du peuple zapotèque sont vagues. Jusqu'à l'invasion espagnole, au , ils constituèrent le groupe le plus important de la vallée de Oaxaca. À l'époque de la conquête espagnole, la population des Zapotèques aurait été de trois cent mille à un million d’habitants. On estime qu'ils ont fondé de nombreux aspects de la culture méso-américaine en inventant la cité-État, le calcul en base 20, les rébus et un système de calendrier, toutes innovations qui furent parfois attribuées aux Olmèques.
+ Périodes archéologiques de l’histoire de Monte Albán. Phase Période Monte Albán I 500 à 200 Monte Albán II 200 à 250 Monte Albán III250 à 700 Monte Albán IV 700 à 1000 Monte Albán V1000 à 1500
Les archéologues distinguent plusieurs phases dans la civilisation zapotèque à partir de l'occupation de leur centre historique de Monte Albán.
Période I : de 500 à 200 La population de Monte Albán atteint environ dix mille habitants avec des travaux de terrassement significatifs. L'accroissement serait consécutif à la domination des villages de la vallée de Oaxaca. Période II : de 200 à 250 Les travaux de terrassement s'intensifient, ce qui indiquerait des ressources plus importantes. C'est à cette période que les céramiques caractéristiques de cette culture apparaissent, avec une influence des Mayas. Le culte des morts se développe avec des sépultures complexes. Période III : de 250 à 700 L'âge d'or de la civilisation zapotèque donne lieu à la construction des monuments encore présents sur le site actuel. La dynastie des Zaachila établit pourtant sa capitale à Téozpotlan alors que la société devient théocratique. Le dieu de la pluie, Pitao, est révéré sous quatre formes différentes. La cité de Mitla est fondée pendant cette période. Période IV : de 700 à 1000 Selon une hypothèse, le site de Monte Albán semble être progressivement abandonné en raison de la rareté du bois et de l'épuisement des terres. Période V : de 1000 à 1500 Les tombes du site servent de cimetière aux Mixtèques de haut rang quand ils s'installent dans la vallée. En effet, poussés vers le sud par les Toltèques et les Chichimèques, ils entrent en conflit avec les Zapotèques. Ils conquièrent également Mitla. En 1280, un mariage royal entre les deux peuples aux cultures proches scelle une alliance contre les Aztèques. Leur descendant, Cocijo-Pij, meurt en 1563. En tant que dernier roi zapotèque, il fut témoin de la conquête espagnole.
350px|vignette|Urne funéraire en forme de « dieu chauve-souris » ou de jaguar, provenant de Oaxaca et datée de 300 à 650 de notre ère. Taille : . 350px|vignette|Urne funéraire en terre cuite, Musée des Amériques d'Auch
La civilisation zapotèque trouve ses origines dans la vallée de Oaxaca à une date estimée de manière très imprécise à 1500 Les trois ramifications de la vallée étaient partagées entre trois groupes de population de tailles différentes, séparés par les de « no-man's land » de la vallée centrale. Les traces archéologiques de l'époque, telles que des temples incendiés et des captifs sacrifiés, suggèrent que les trois groupes sociaux étaient, en quelque sorte, en concurrence. À la fin de la phase de Rosario (700-), la colonie la plus importante de la vallée de San José Mogote et d'autres habitats proches d’un bras de la vallée d’Etla ont perdu la plus grande partie de leur population. À la même période, une nouvelle grande colonie émerge dans le « no-man's land » de la vallée centrale de Oaxaca, dont le site, construit au sommet d'une montagne qui domine les trois bras de la vallée, était celui de Monte Albán. Les similitudes entre la poterie de San José Mogote et celle des débuts de Monte Albán indiquent que les populations qui ont peuplé Monte Albán étaient celles qui avaient quitté San José Mogote.. Les archéologues Joyce Marcus et Kent V. Flannery affirment que ce processus est similaire au processus du synœcisme de la Grèce antique, qui correspond au regroupement dans une ville centrale de petites populations dispersées dans une région, souvent pour répondre à une menace extérieure.. Même s'il n'existe aucune preuve directe d'une telle menace extérieure dans les premières phases de l’histoire de Monte Albán, les murs et les fortifications construits autour du site pendant la période archéologique de Monte Albán II ( - ) suggèrent que la construction de la ville pourrait avoir été une réponse à une menace militaire.
L'état zapotèque formé à Monte Albán commence son expansion à la fin de la première période de Monte Albán (500-) et au cours de la deuxième période de Monte Albán ( - ). Les rois zapotèques commencent à prendre le contrôle des provinces situées en dehors de la vallée de Oaxaca. Ils auraient pu y parvenir au cours de la première période de Monte Albán (aux environs de ) et de la deuxième période de Monte Albán ( - ) car aucune des provinces avoisinantes n’aurait pu rivaliser avec la vallée de Oaxaca à la fois politiquement et militairement.. En 200 de notre ère, les Zapotèques élargissent leur influence à toute la région, s’étendant de Quiotepec au nord à Ocelotepec et Chiltepec au sud. Monte Albán est devenue la plus grande ville des hautes terres du sud du Mexique et le reste jusqu'aux environs de ..
vignette|220px|Jaguar assis, culture zapotèque, American Museum of Natural History (New York).
L'expansion de l'empire zapotèque atteint son apogée pendant la deuxième période de Monte Albán. Les Zapotèques conquièrent des territoires ou installent des colonies au-delà de la vallée de Oaxaca. Cette expansion se traduit de plusieurs manières, la plus importante étant le brusque changement des céramiques découvertes dans les régions situées en dehors de la vallée. Ces régions avaient déjà leur propre style qui a été soudainement remplacé par des poteries de style zapotèque, indiquant qu'elles faisaient alors partie de l'empire zapotèque.
L'archéologue Alfonso Caso, qui fut l'un des premiers à faire des fouilles à Monte Albán, a fait valoir qu'un bâtiment de la place principale de Monte Albán était une preuve supplémentaire de l'expansion spectaculaire de l'État zapotèque. Le bâtiment, qui est aujourd'hui dénommé bâtiment J, a la forme d'une pointe de flèche et présente plus de sculptées porteuses d'une écriture hiéroglyphique. Les inscriptions des pierres ont été interprétées par les archéologues comme correspondant à des noms de lieux de provinces qui ont été revendiquées par les Zapotèques de Monte Albán. En plus des noms de lieu, chaque groupe de glyphes représente également une tête avec une coiffure élaborée gravée sur les dalles. Cette figure est supposée représenter les gouverneurs des provinces qui sont passées sous la domination des Zapotèques. Les pierres qui montrent une tête renversée sont censées représenter des territoires pris par la force et celles où les têtes ne figurent pas à l'envers correspondent à des provinces qui n'auraient pas résisté à la colonisation et dont le gouverneur aurait eu la vie sauve. Pour cette raison, le bâtiment J est aussi appelé « la dalle de la conquête »..
À propos de la spectaculaire expansion ultérieure de l'État de Monte Albán à l’extérieur de Oaxaca, Marcus et Flannery écrivent : « Une grande disparité dans les populations entre le noyau d'un État et sa périphérie ne conduit pas nécessairement le premier à coloniser la seconde. De petites entités politiques, voyant que toute résistance serait vaine, peuvent accepter de se soumettre si on leur offre une occasion de sauver la face. Des entités politiques plus grandes qui ne veulent pas perdre leur autonomie doivent être vaincues militairement. Au cours de l'expansion de la deuxième période de Monte Albán, nous pensons que l'acquisition de nouveaux territoires s'est réalisée à la fois par la colonisation et par la conquête.. »
Étymologie vignette|180px|Vase zapotèque (Musée de l'Amérique, Madrid).
Le nom zapotèque, qui leur aurait été donné par les Aztèques, est un exonyme provenant de tzapotēcah en langue nahuatl (singulier tzapotēcatl), qui signifie « habitants de la place de la sapote » (les Zapotèques pensaient que leurs ancêtres étaient issus d'un arbre appelé zapote). Les Zapotèques se désignent eux-mêmes par une variante du terme « Be'ena'a », Ben-Zoa ou Vinizza, qui signifie peuple des nuages. La référence aux nuages les rapproche des Mixtèques (Mixtecatl peut se traduire par homme-nuage).
Langue
Les Zapotèques parlaient neuf langues différentes. Les langues zapotèques appartiennent à la famille linguistique des langues oto-mangues, une ancienne famille de langues méso-américaines. Vers , les langues oto-mangues ont commencé à évoluer. Les langues mangues se sont probablement séparées d'abord, puis les langues oto-pames, et la divergence des langues mixtèques et des langues zapotèques est survenue plus tard.. Le groupe zapotèque comprend les langues zapotèques et les langues étroitement liées, les langues chatinos. Les langues zapotèques sont parlées dans la partie sud-ouest de l'État de Oaxaca..
Le zapotèque est une langue à tons, ce qui signifie que le sens d'un mot est souvent déterminé par la hauteur de la voix. Ces tonalités sont essentielles pour comprendre le sens de mots différents. Le terme technique est tonèmes. La langue zapotèque possède plusieurs systèmes de tonèmes. Dans certains d’entre eux, il existe quatre tons : haut, bas, montant et descendant ; dans d'autres, il y en a trois : bas, montant et descendant..
Société Entre les périodes de Monte Albán I et II, il s'est produit une expansion démographique considérable dans la vallée de Oaxaca. En même temps que la population, il semble que se soient également accrus le degré de différenciation sociale, la centralisation du pouvoir politique et l'activité cérémonielle. Au cours de Monte Albán I-II, il semble que la vallée se soit fragmentée en plusieurs États indépendants, rattachés à plusieurs centres régionaux de pouvoir..
Selon les Espagnols, la société zapotèque comportait des castes. Les dirigeants politiques, le clergé et le peuple vivaient séparément. Ils ne pouvaient se marier entre eux, portaient des vêtements différents et ne mangeaient pas les mêmes aliments. Les paysans payaient un tribut et les dirigeants organisaient la vie politique, culturelle et religieuse de la cité.
Géographie vignette|450px|Vue sur le site de Monte Albán. Situé sur une montagne, Monte Albán domine une grande partie de la vallée de Oaxaca.