Louis Isadore Kahn, (né Itze-Leib Schmuilowsky, le à Kuressaare - mort le à New York) , est un architecte américain, d'origine estonienne. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands architectes du . Ses principales œuvres sont aux États-Unis, en Inde et au Bangladesh. Souvent monumentales, elles marquent une attention particulière à la vie communautaire. Son langage personnel, relayé par son enseignement et ses écrits, traduit un travail rigoureux sur le plan, l’épaisseur de la paroi, la lumière et le matériau, particulièrement la brique et le béton armé.
Biographie thumb|left|Salk Institute for Biological Studies, La Jolla. Né dans l'île estonienne d'Osel, aujourd'hui Saaremaa, Louis I. Kahn a quatre ans lorsque sa famille, d'origine juive, émigre aux États-Unis et s'installe dans un quartier pauvre de la périphérie de Philadelphie. Il est naturalisé américain le . Doué pour le dessin et la musique, il obtient une bourse lui permettant de suivre des études de dessin parallèlement à l'école publique et d'entrer à l'école d'architecture de l'université de Pennsylvanie dans les années 1920. Il y suit les cours d'un professeur français, Paul Philippe Cret, gagnant un temps sa vie en jouant du piano dans les cinémas. Puis il découvre et admire Le Corbusier. Kahn a aussi reçu un enseignement classique dont Auguste Choisy et Julien Guadet étaient la référence. Il voyage un an en Europe, dessine beaucoup, puis travaille comme dessinateur dans divers agences de Philadelphie. Intéressé par le logement social, il crée un groupe de recherche sur les problèmes d'urbanisation et de logement social à Philadelphie. Il fonde sa propre agence à la fin des années 1940, à près de 50 ans, avec sa partenaire Anne Tyng, tandis qu'il est nommé professeur d'architecture à Yale (1947-1957), avant d'enseigner jusqu'à sa mort à l'université de Pennsylvanie (1957-1974).
Dans sa vie privée, Kahn était polygame."Lou avait trois familles, qui vivaient toutes trois à Philadelphie, dans une polygamie à moitié secrète." (Le Temps, ). Il a été père avec chacune de ses compagnes. Sa première fille Sue Ann est née de sa femme legitime Esther. Sa deuxième fille, Alexandra Tyng, est née de sa collaboratrice Anne Tyng, sa naissance ayant eu lieu a Rome pour dissimuler leur relation. Enfin son fils Nathaniel est né de Harriet Pattison.
Il connut la notoriété en tant qu'architecte après la Seconde Guerre mondiale, avec des bâtiments comme le Centre de recherches médicales Newton-Richards (à Philadelphie, 1958-1961), le Salk Institute for Biological Studies (La Jolla, Californie, 1966), la bibliothèque d'Exeter (New Hampshire, 1972) ou l'Assemblée nationale du Bangladesh à Dacca (1974). Il dessina de nombreux plans de bâtiments sur les campus universitaires américains, avec l'exigence de l'éclairage par la lumière naturelle.
Il est lauréat en 1951 du prix de Rome américain (Rome Prize) en architecture, il est élu en 1971 membre de l'Académie américaine des arts et des lettres.
Un documentaire sur Louis Kahn intitulé My Architect a été réalisé par son fils, Nathaniel Kahn, en 2003.
Caractéristiques de l'œuvre Louis Kahn appartient à la génération qui suit les fondateurs du Modernisme (il a 15 ans de moins que Ludwig Mies van der Rohe et 14 de moins que Le Corbusier)William Curtis, L'Architecture moderne depuis 1900, Phaidon, 1982. À ce titre, il prend la suite du mouvement moderne et le dépasse.
Il a étudié l'ouvrage Vers une architecture de Le Corbusier et est tributaire de nombreux principes miesiens (visible par exemple dans la conception de la façade métallique de l'Art gallery de l'université Yale).
Mais le fonctionnalisme de ses édifices aboutit à la définition de concepts nouveaux: l'opposition entre le servant & le servi et la notion d'architecture creuse.
Servant/Servi : Aux laboratoires de l'université de Pennsylvanie à Philadelphie (1957-1965), les tours des circulations (espaces servants) se distinguent clairement des plateaux des laboratoires (espaces servis). De même, le Salk Institute for Biological Studies de La Jolla est doté de niveaux techniques intermédiaires (espaces servants), plus bas que les plateaux des laboratoires (espaces servis).
Architecture creuse : Louis Kahn est soumis, comme ses contemporains, à un autre problème fonctionnel : l'intégration des conduites et réseaux techniques qui se multiplient dans les bâtiments modernes (eau, ventilation, électricité...). Pour ce faire, il va générer une architecture creuse : les conduites, mais aussi les circulations, seront intégrées dans des espaces interstitiels ménagés dans l'épaisseur des murs (ou dans les planchers comme on l'a vu au Salk Institute for Biological Studies). Cette idée est déjà développée à l'Art gallery de l'université Yale où Kahn place l'escalier dans un cylindre de béton, à l'image d'un fût de colonne qui serait creuxFANELLI Giovanni & GARGIANI Roberto, Histoire de l'architecture moderne, Structure et revêtement, PPUR, 2008.
Par ailleurs, Kahn renouvelle l'emploi des formes géométriques fondamentales. Le cercle, le triangle, le carré étaient déjà employés par les Modernistes des années 1920 mais Kahn en fait un usage esthétique nouveau, notamment dans ses réalisations en Inde (Institut de gestion d'Ahmedabad) et au Bangladesh (Capitole de Dacca). Dès sa première réalisation d'importance, la Yale University Art Gallery, on perçoit le complet renouvellement en cours : les plafonds sont formés d'un réseau de caissons triangulaires en béton, la cage d'escalier est un cylindre dont la lumière zénithale modèle une forme triangulaire. Cet usage des formes géométriques fondamentales correspond également à un héritage classique (rappelons que cet héritage classique est aussi présent sous d'autres formes moins abouties chez Le Corbusier ou chez Mies van der Rohe).
L'un des apports majeurs de Louis Kahn est sa recherche de monumentalité et de spiritualité. La massivité de ses édifices, le choix des matériaux, l'emploi esthétique de formes géométriques élémentaires concourent à cela. La position du Salk institute face à l'océan Pacifique ou les immenses volumes du capitole de Dacca émergeant d'un lac artificiel en sont deux exemples. Cette monumentalité rompt avec les principes du modernisme (notons qu'à la même époque, Le Corbusier fait évoluer son art dans la même direction avec la chapelle Notre-Dame-du-Haut de Ronchamp ou les édifices de Chandigarh). Dans son livreBétrisey Jean-Christophe, Louis Kahn sur le divan du psychanalyste, Collection du divan, 2018, le psychanalyste suisse, Jean-Christophe Bétrisey émet l'hypothèse que la personnalité complexe de Louis Kahn a influencé une grande partie de son œuvre jusqu'à son apogée spirituelle gravé dans le béton et la brique à Dacca au Bangladesh.
L'emploi particulier que fait Louis Kahn de la brique, du bois et du béton brut en fait un initiateur du brutalisme. En effet, l'architecte laisse apparaître les défauts de ses matériaux (texture irrégulière, scories…) et crée de forts contrastes entre eux. Le Salk institute oppose le bois au béton brut, la bibliothèque d'Exeter le bois à la brique, le musée d'art Kimbell le béton brut au travertin, etc.
Enfin, Louis Kahn, inspiré par les édifices religieux universels, est un maître de la lumière. Venant souvent du haut par des percements géométriques, la lumière ajoute à la monumentalité des espaces. L'éclairage zénithal du musée d'art Kimbell est exemplaire de ce point de vue : deux demi-berceaux plein-cintre sont juxtaposés au-dessus de chaque travée intérieure pour laisser entrer la lumière dans la fente interstitielle ; cette lumière est alors renvoyée sur l'intrados du voûtement par des réflecteurs. Un jour de plusieurs centimètres permet un autre apport de lumière entre le couvrement et les murs.
La singularité de l'œuvre de Louis Kahn a influencé des architectes de sa génération tels que Tutti Lütken, et une partie des architectes émergeant à la fin des années 1970, et toujours en activité, tels Tadao Ando, Mario Botta, Livio Vacchini ou Ieoh Ming Pei.
Réalisations Maisons thumb|Norman Fischer House (1967) Œuvres isolées ou faisant partie d'un ensemble comme le Greenbelt Knoll Project, elles sont toutes situées en Pennsylvanie: Oser House, 1940-1942 Roche House, 1947-1949 Weiss House, 1947-1950 Genel House, 1948-1951 Shapiro House, 1956 Greenbelt Knoll project, 1956 Esherick House, 1959-1961 Norman Fischer House, 1967 Clever House, 1968 Korman House, 1971-1973
Réalisations majeures thumb|Assemblée nationale du Bangladesh, à Dacca. (2014) la Yale University Art Gallery, New Haven, Connecticut, 1951-1953 le Centre de recherches médicales Newton-Richards, Philadelphie, Pennsylvanie, 1958-1961 la , Rochester, New York, 1959-1967 le Salk Institute for Biological Studies, La Jolla, Californie, 1959-1965 la Phillips Exeter Academy Library, Exeter, New Hampshire, 1965-1972 la Capitale politique du Bangladesh, Dacca, 1962-1983 dont l'Assemblée nationale (), 1974 l', Harrisburg, Pennsylvanie, 1966-1970 le musée d'art Kimbell, Fort Worth, Texas, 1966-1972 le Yale Center for British Art, New Haven (Connecticut), 1969-1974 l'Institut indien de management d'Ahmedabad avec Balkrishna Vithaldas Doshi et Anant Raje, Ahmedabad, Inde, 1962-1974
Projets non réalisés réaménagement du quartier du Triangle, Philadelphie, Pennsylvanie, 1946-1948 tour municipale, Philadelphie, Pennsylvanie, 1952-1957 la synagogue de la , Philadelphie, Pennsylvanie, 1961-1972 le couvent des sœurs dominicaines, Media, Pennsylvanie, 1965-1968 monument aux six millions de martyrs juifs, New York, New-York, 1966-1972 immeuble de bureaux, Kansas City, Kansas, 1966-1973 reconstruction de la synagogue Hourva, Jérusalem, Israël, 1969-1973 palais des congrès, Venise, Italie, 1969-1974
Galerie
Publications
Order and Form : Yale Art Gallery and Design Center :
The Architect speaks :
Introduction - Visionary architects : Boullée, Ledoux, Lequeu :
Silence et lumière :
Louis I. Kahn : conversations with students :
The Louis I. Kahn archive, dessins (œuvres complètes en 7 volumes) :
Louis Kahn, textes essentiels : Light is the theme, à propos du musée d'art Kimbell : Writings, lectures, interviews :
Bibliographie Ouvrages
Louis Kahn sur le divan du psychanalyste,
Louis I. Kahn (Makers of Contemporary Architecture) :
Global Architecture n°5 :
Global Architecture n°35 :
Global Architecture n°38 :
Louis I. Kahn : l'uomo, il maestro :
Louis I. Kahn : Complete Work 1935-74 : ; deuxième édition lieu=Bâle/Boston | éditeur=Birkhäuser | Année=1987 | (Bâle) et (Boston) )
The Paintings and Sketches of Louis I. Kahn :
Louis I. Kahn : Writings, Lectures, Interviews :
Kimbell Art Museum: Louis I. Kahn :
Louis I. Kahn : Le monde de l'architecte :
Louis I. Kahn : Le monde de l'architecte, carnet du visiteur :
Kimbell Art Museum: Louis I. Kahn :
Louis I. Kahn :
Louis I. Kahn : la construction poétique de l'espace :
Louis I. Kahn : building art, building science :
Dix-huit années avec Louis I. Kahn :
Louis I. Kahn :
Louis I. Kahn : Silence and Light :
Articles
Henry-Russell Hitchcock, «Noters of a traveler: Wright and Kahn», dans Zodiac 6, 1960 Willy Serneels, «Louis I. Kahn as a teacher», L'Architecture d'Aujourd hui, Paris, n° 142, 1969, p. 88-91. Kenneth Frampton, «Louis Kahn and the French Connection», dans Oppositions 22, New York, IAUS/MIT Press, 1980 Vittorio Gregotti, «Louis Kahn 1901-1974», dans Rassegna 21, numero special, Milan, mars, 1985 Joseph Burton, «Note from Volume Zero: Louis Kahn and the Language of God», dans The Yale Architectural Journal 20, Cambridge, MIT Press, 1983 Christian Devillers, «L'Indian Institute of Managment of Amhedabad 1962-1972 di Louis I Kahn», dans Casabella 54, septembre, 1990