Pawo Rinpoché est un des plus hauts maîtres des enseignements du bouddhisme tibétain et de la tradition karma-kagyu. Sa lignée d'incarnation est considérée comme une émanation du Bouddha Amitābha. Les Pawo Tulkus ont été mentionnés dans les trésors cachés, les termas, de Padmasambhava. Le et actuel Pawo Rinpoché, Tsouglag Mawéi Drayang, est né en 1993 à Nagchu au Tibet.
Avant la lignée des Pawo Rinpochés Les premiers personnages de la lignée vécurent en Inde :
Prajñakaramati (950-1030) (tib. shes rab 'byung gnas blo gros) fut, selon les sources, l'un des gardiens de porte de l'université monastique de Nâlandâ ou de Vikramaśīla. Il est connu pour avoir rédigé un commentaire exhaustif du Bodhicaryāvatāra de Shantideva ; Kapalabhadri () (tib. bde skyong bzang mo) fut une femme pratiquant autant la voie des tantras que des sutras ; Lalitajñana () (tib. rol pa'i ye shes) fut un pratiquant des tantras qui voyagea en Inde et en Chine, notamment vers le Mont Wutai où il mourut.
Ensuite, il y eut quatre incarnations au Tibet :
Rongteun Tcheudjé (tib. rong ston chos rje) (), souvent confondu avec le maître de la lignée Sakyapa Rongteun Shedja Kunrig le grand tertön Rinchen Lingpa (tib. rin chen gling pa) (1295-1375), souvent confondu avec Ratna Lingpa, qui découvrit de nombreux termas au Tibet mais aussi en Inde ; Sheunou Lhundroup () (tib. gzhon nu lhun grub) et Gyaltsen Palzang () (tib. rgyal mtshan dpal bzang) qui furent tous deux des tertöns.
Liste des Palden Pawo (Pawo Rinpoché) Tcheuwang Lhundroup (1455 - 1503) Tsouglag Trengwa (1504 - 1566) Tsouglag Gyatso (1568 - 1630) Tsouglag Kuntou Zangpo (1633 - 1649) Tsouglag Trinlé Gyatso (1650 - 1699) Tsouglag Teundroup (1701 - 1718) Tsouglag Gawéi Wangpo (1719 - 1781) Tsouglag Tcheukyi Gyelpo (1785 - 1840) Tsouglag Nyindjé Wangpo (1841 - 1910) Tsouglag Mawéi Wangchoug (1912 - 1991) Tsouglag Mawéi Drayang (1993 - )
La lignée des Pawo Rinpoché Enfin, commence la lignée dont les détenteurs portent le nom de Pawo (tib. dpa' bo). Les précédents Pawo Rinpoché ont tous été des disciples proches des Karmapas, des Shamarpas et des Taï Sitou Rinpochés mais aussi des principaux maîtres de la lignée Nyingmapa. Au , ils participèrent au mouvement Rimé. Ils ont été connus pour leur érudition et leur compétence de yogi.
Le Palden Pawo thumb|Lhodrak Sekhar Guthok, tour de Milarépa de neuf étages, dans le Lhodrak en 1950 Le Pawo Rinpoché devint disciple du karmapa et fonda son principal siège monastique à Sékhar GouthogDiana Finnegan, Karmapa 1110-2010, 900 ans, 2011, p. 121.
Il naquit en 1455 dans le haut YarlungMads Garnak Rasmussen, The First Pawo, Chowang Lhundrub, treasuryoflives.org, décembre 2014, non loin des rives du Brahmapoutre, dans une résidence de Kunga Legpa, le dernier souverain de la dynastie Pagmodrou (1358-1481).
Il montra très tôt des prédispositions spirituelles, mais ses parents n'y prêtèrent guère attention, ou s'opposèrent à sa volonté. Toute son enfance, il exprima vainement son désir ardent de suivre une vie spirituelle. Finalement, quand il eut 16 ans, il se résolut à fuir le domicile familial en emportant avec lui un reliquaire en or. Il partit rejoindre Lhundé Rabdjampa (?-?), dont on ne sait presque rien, si ce n'est qu'il était un maître réputé du Maha-Ati (Dzogchen).
Il eut alors un rêve dans lequel lui apparut le Découvreur de Trésors Gourou Tcheuwang (1212-1270) qui lui dit : « Tu feras le bien d'autrui comme je l'ai fait », puis il lui donna les vœux de novice et son propre nom, Tcheuwang. Par la suite, à peine eut-il reçu les instructions sur le Mahamudra qu'il les réalisa et, pour lui, tout devint indifférencié. Dans un premier temps, il eut principalement le soutien de trois maîtres réputés : Lhundé Rabdjampa, le premier qu'il rencontra ; Ngawang Dragpa (1418-1496), le du trône de Talung Goeun, le siège de la lignée Talung Kagyu ; et le Gyalwang Drukpa, Kunga Paldjor (1428-1476).
Les biographes évoquent ses très grandes capacités spirituelles, ainsi que ses accomplissements ordinaires : visions et miracles jalonnaient ses pérégrinations, au point que bientôt certains le prirent pour un fou ou, au contraire, pour un être au comportement souvent extravagant, mais remarquable. On le surnomma Pawo, le Héros, et dès lors, on ne le connut plus que sous le nom de Pawo Tcheuwang Lhundroup, le « Héros, puissance spontanée du Dharma ».
Il rencontra le karmapa Tcheudrag Gyatso (1454-1506) qui le reconnut comme son égal et lui demanda de prendre en charge le monastère de Drowo Loung Sékar, dans le Lhodrag, au sud du pays, là où avait vécu le père de la lignée, Marpa le traducteur (1012-1097), et où son disciple Milarépa (1052-1135) avait construit une tour durant ses années d'épreuves auprès de son maître. Pawo Tcheuwang Lhundroup, quant à lui, reconnut en karmapa son principal maître.
Devenu l'un des détenteurs de la lignée karma-kagyu, il passa le reste de sa vie essentiellement à Drowo Loung Sékar. Outre les enseignements nyingmas dont il était le détenteur, il transmit aussi les enseignements propres aux karma-kagyus, notamment ceux qui étaient particuliers à Drowo Loung Sékar, comme la pratique des yogas de Naropa (Tcheu drouk sékarma).
Il mourut en 1503. Ses disciples furent très différents les uns des autres. Le seigneur le plus puissant d'alors, le prince Deunyeu Dordjé (1452/53-1512), qui avait mis ses armées au service du shamarpa, Tcheukyi Dragpa (1453-1524), comptait parmi ceux qu'avait instruit le Pawo Rinpoché. À l'opposé du prince, au nombre de ses plus proches disciples, on trouvait son frère cadet, le yogi errant Ritreu Rétchen (?-?), et le Fou du U, Kunga Zangpo (1458-1532).
Le Pawo Rinpoché Le Pawo Rinpoché, Tsouglag Trengwa, un des plus importants historiens du Tibet, écrivit d'importants traités philosophiques, historiques et astrologiques.
Le Palden Pawo Tsouglag Mawéi Wangchoug (1912-1991) fut le Pawo Rinpoché. Il fut reconnu par le karmapa, Khakyab DordjéFrancesca-Yvonne Caroutch, La fulgurante épopée des Karmapas, Dervy, 2000, , p. 103. qui, le du de l'année du Lièvre de Bois, soit le , procéda à la cérémonie d'entrée en religion et lui donna son nom : Gyourmé Rangjoung Dagpei Dordjé Thegtchog Tsouglag Mawéi Wangtchoug Nampar Gyalwai Dé. Quelques jours plus tard, le karmapa l'intronisa solennellement à Nénang et lui transmit l'initiation de longue vie de Tara blanche, composant à l'occasion une prière afin de garantir sa longévité. Tous les Palden Pawos sont des manifestations du Bouddha Amitābha et de Padmasambhava ; plus particulièrement, le nouveau maître de Nénang fut reconnu comme une manifestation humaine de Vajrapani, le protecteur des tantras.
À partir de 1917, le karmapa l'éleva comme son propre fils avec ses enfants, notamment le Jamgon Kongtrul Lodrö Thayé, Khyentsé Euser (1904-1953) qui était de quelques années l'aîné du nouveau Palden Pawo. Dès lors, il reçut l'intégralité des enseignements kagyu propres aux karmapas, auxquels s'ajoutèrent tous ceux que le karmapa recevait de maîtres réputés de différentes lignées, notamment les Nyingmapas Kathok Sitou (1880-1925), et Minling Dodzin (?-?), et presque l'ensemble des enseignements des autres écoles.
En 1922, malgré son jeune âge, le Palden Pawo supervisa les cérémonies funéraires célébrées pour le karmapa qui venait de décéder. Quelques années plus tard, en 1925, il se rendit à Lhassa où il rencontra le dalaï-lama Thubten Gyatso qui accomplit pour lui une cérémonie d'entrée en religion et l'incita à prendre les vœux monastiques complets le moment venu, ce que Palden Pawo accepta. L'année suivante, le , jour de la pleine lune du premier mois de l'année du Tigre de Feu, au cœur des grandes festivités du Mönlam qui se déroulaient à Lhassa, le dalaï-lama lui conféra ses premiers vœux monastiques de Guétsul et, à cette occasion, lui donna le nom de Pawo Tsouglag Thoubten Kunsel. Par la suite, de retour à Nénang, il s'enferma en retraite dans l'ermitage de Samten Tsésar que le shamarpa avait fondé au-dessus du monastère. Il y accomplit à plusieurs reprises les pratiques et méditations du Mahamudra.
Le karmapa reprit naissance dans le Kham en 1924 où le Tai Sitou, Péma Wangtchoug Gyelpo (1886-1952), le prit sous sa tutelle. En 1931, le karmapa, Rangdjoung Rigpéi Dordjé, revint à Tsourphou, accueilli en chemin par le Kongtrul Rinpoché, le Gyaltsab Rinpoché, Dragpa Gyatso (1902-1959), et le Palden Pawo qui organisèrent en son honneur de fastueuses cérémonies. Lors de l'intronisation du nouveau karmapa, Pawo Rinpoché fit de somptueuses offrandes et formula des prières de longue vie pour le nouveau chef des karma-kagyus. Dès lors, le Karmapa séjourna régulièrement à Nénang où Pawo Rinpoché lui transmit des enseignements.
vignette|De gauche à droite, Jamgön Kongtrul Rinpoché, le Palpoung Ongan Rinpoché, Dzigar Kongtrul Rinpoché, le karmapa, le tai sitou, Trého Rinpoché et le Pawo Rinpoché, monastère de Palpoung au Tibet oriental, en 1939.
En 1940, il entama un long voyage dans le Kham pour se rendre à Palpung, le monastère des Tai Sitou où résidaient de grands maîtres détenteurs de précieux enseignements, dont ceux collectés par les fondateurs du mouvement Rimé. Il y resta 4 ans, transmettant les enseignements reçus du karmapa, et recevant à son tour des instructions du Tai Sitou, du Bérou Khyentsé Rinpoché, Mizé Djampéi Gotcha (1890-1946), et de Shetchen Kongtrul (1901-1960). On disait de lui qu'il recevait les enseignements à la manière dont on remplit un vase à ras bord, ne perdant absolument rien de ce qui lui était transmis.
En 1944, le grand corbeau de Nénang, l'oiseau lié au protecteur du monastère, apparut à Palpung. Pawo Rinpoché comprit qu'il était temps pour lui de rentrer au Tibet central et il entama donc le chemin du retour avec l'oiseau pour escorte. Nénang comptait alors une centaine de moines ; il fit construire un ermitage pour qu'ils puissent effectuer des retraites de yidam, condition préalable qu'il donnait pour qu'ils soient à même d'effectuer les rituels funéraires.
Comme le dalaï-lama l'avait souhaité, il reçut les vœux monastiques complets en 1947 du Kongtrul Rinpoché. Soucieux de maintenir l'héritage spirituel de sa lignée d'incarnations, en 1949, il dirigea la restauration du monastère de Drag-ngag qui était sous la responsabilité des Palden Pawo depuis Pawo Tsouglag Gawa, au . Dans l'optique de faciliter les pratiques de purification de nyoungné qu'accomplissaient les habitants du village de Kado, au pied de Nénang, il leur fit construire un temple qui leur était dédié. Il alloua aussi une rente à ce temple de manière que son entretien ne dépende pas des villageois.
La défaite des armées tibétaines face aux troupes communistes chinoises en 1950-1951 bouleversa l'organisation du pays. Palden Pawo Rinpoché parvint à maintenir la stabilité au sein de son monastère et, en 1954, il partit effectuer le grand pèlerinage du mont Kailash, à l'ouest du Tibet. Deux ans plus tard, peu avant de partir en Inde pour assister aux grandes cérémonies célébrées pour les ans du Bouddha, le dalaï-lama rendit visite au monastère du karmapa, Tsourphou. En chemin, il fit halte à Nénang où Pawo Rinpoché l'avait convié à donner les enseignements de La Voie et ses étapes, le Lamrim composé par Tsongkhapa (1357-1419), le fondateur de la lignée Gelugpa. Le jeune dalaï-lama conféra aussi l'initiation d'Avalokiteśvara à une foule nombreuses de moines, d'ermites et de laïcs, et fit des rituels de consécration du monastère.