Gamaliel Smethurst (Marblehead, 1738 - Londres, 1826) est un marchand, un homme politique et écrivain britannique.

Résidant quelques années au Royaume-Uni, il devient commerçant dans sa ville natale du Massachusetts. Il fonde ensuite un poste de pêche à Nipisiguit en Acadie. Le , il est témoin du raid de Roderick MacKenzie, un événement de la Déportation des Acadiens, et est abandonné le lendemain par le capitaine de son bateau. Il doit se rendre par ses propres moyens au fort Beauséjour, voyage de six semaines au cours duquel il tient un journal. Il y note plusieurs observations précieuses sur les coutumes des Micmacs et des Acadiens, sur la situation géopolitique, sur les personnalités de l'époque et sur l'environnement. Il est d'ailleurs l'un des rares témoins oculaires de la Déportation des Acadiens ayant écrit sur le sujet et fait aussi certaines observations inédites, par exemple sur existence de certains villages, sur la présence d'un morse vivant ou sur une guerre pour le commerce dans la baie des Chaleurs.

En 1762, il est sauvé de justesse d'une attaque maritime en route vers Québec. Il tente d'établir un poste de pêche à l'Île-du-Prince-Édouard en 1763. Un ouragan le fait naufragé la même année, où il tient un second journal de bord. Il se fait élire à l'Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse en 1765. Il se distingue dans la prévention de la coupe illégale du bois d'œuvre et dans les négociations entre les Amérindiens et les Anglais. Il retourne à Londres durant les années 1770. Intéressé par la science dès son plus jeune âge, il écrit plusieurs livres et articles sur le sujet.

Biographie Origines

Gamaliel Smethurst naît le à Marblehead, au Massachusetts, du mariage de Tabitha Skinner et Joseph Smethurst, célébré le dans la même ville Steve Condarcure's New England Genealogy, Tabitha Skinner Page consultée le 23 mars 2008..

Son père, Joseph Smethurst, est né de parents inconnus, probablement à Manchester, entre 1695 et 1699. Il est capitaine et a probablement émigré à Marblehead en 1720 Smethurst Family Genealogy Forum Page consultée le 22 mars 2008. Paul M. Noyes, Captain Joseph Smethurst Page consultée le 23 mars 2008..

Sa mère, Tabitha Skinner, est née en mai 1700 à Marblehead, de Richard Skinner et Alice Woods, mariés le . Alice Woods est née vers 1668 et Richard Skinner vers 1663 Steve Condarcure's New England Genealogy, Alice Woods Page consultée le 23 mars 2008..

Gamaliel Smethurst a plusieurs frères et sœurs: Benjamin, Ann, Tabitha, Joseph, Floyd, Lloyd et Elizabeth. Ils sont nés respectivement le , en 1727, le , le , en 1734, le et le .

Poste de pêche

Gamaliel Smethurst vit un certain temps au Royaume-Uni; il est à Manchester en 1748 et 1749. Il traverse ensuite l'océan Atlantique dans le but de faire du commerce en Nouvelle-France. Il grée un brick dans sa ville natale de Marblehead et il obtient une licence du gouverneur Murray lui permettant de faire le commerce avec les Acadiens et les Micmacs et de fonder un poste de traite. Il se rend en dans la baie des Chaleurs. En pleine guerre de Sept Ans et durant la Déportation des Acadiens, la région n'est pas encore complètement contrôlée par les Britanniques, même après la bataille de la Ristigouche. Il y a aussi une lutte entre la Nouvelle-Écosse et le Québec pour le contrôle du commerce et également une guerre de course menée par certains Acadiens de la région contre les Britanniques. C'est dans ce contexte que Smethurst fonde un poste de pêche à la morue à Nipisiguit, aujourd'hui Bathurst, où il a quelques employés.

Abandon et périple vers le fort Beauséjour thumb|Itinéraire de Gamaliel Smethurst. thumb|200px|Smethurst s'est réfugié à cet endroit, aujourd'hui le centre-ville de Bathurst. thumb|right|200px|Smethurst et ses guides accostent probablement où se trouve aujourd'hui le port de Caraquet. thumb|200px|Smethurst et ses guides voyagent à bord d'un canoë de ce genre.

Le , Smethurst quitte le village en bateau avec une cargaison de morue et de fourrures.. Le capitaine Roderick MacKenzie effectue un raid sur le village au même moment, où il capture – la plupart des habitants – et leurs embarcationsSmethurst mentionne que les Acadiens venaient pourtant de se rendre.. La flotte de MacKenzie croise le bateau de Smethurst en soirée et ces derniers doivent se faire remorquer mais se font prendre dans un banc de sable; le pilote acadien décide de rejoindre les prisonniers. Le lendemain, Smethurst accosteIl se trouvait au site actuel du centre-ville de Bathurst, le village de Nipisiguit se trouvant au nord, à l'embouchure de la rivière Tétagouche. pour trouver un bateau plus petit afin de décharger l'autre. Son capitaine l'abandonne, ayant peur des Micmacs, ennemis des Anglais.. L'équipage est capturé un peu plus tard par MacKenzie.

Smethurst survit en mangeant quelques bruants des neiges et en logeant dans une hutte abandonnée durant deux jours, sans faire de feu par peur d'être repéré par les Micmacs. Le , Charles Dugas l'accueille chez lui; il tente de faire un arrangement avec son frère ou avec le capitaine Andrews pour qu'ils le transportent à Caraquet ou au fort Beauséjour mais doit refuser à cause du délai trop long. Le , un skiff arrive de Port-Daniel–Gascons. Smethurst conclut un marché avec trois membres de l'équipage pour qu'ils le transportent à CaraquetCes trois hommes seraient des membres de l'équipage du Capitaine Saint-Simon, corsaires rescapés de la bataille de la Ristigouche. L'un d'eux serait François Gionet, l'un des pionniers de Caraquet.. Ils partent le lendemain midi pour Népisiguit, où les guides volent de la nourriture laissée par les prisonniers..

Smethurst et ses guides naviguent toute la nuit et atteignent Caraquet au matin du , où ils sont accueillis par Gabriel Giraud dit Saint-Jean est sa femme micmacSelon la description de Smethurst, Gabriel Giraud habite vraisemblablement près du site du port de Caraquet... Smethurst fait difficilement du commerce avec lui mais c'est son fils Jean-Baptiste qui lui offre un canoë et le service des Micmacs de Pokemouche contre 140 livres, Giraud lui donnerait et les services des MicmacsGabriel Giraud a épousé une Micmacque, Madeleine Rousseau.. Le lendemain , Smethurst et ses trois guides – une vieille femme indienne et ses deux fils – atteignent un village nommé à l'époque Chipagan, aujourd'hui Bas-CaraquetD'après les indices donnés dans le texte, Bas-Caraquet est l'endroit le plus susceptible d'être le site de ce village, et non Shippagan... Roderick MacKenzie est déjà passé par là et seulement six familles ont été laissées sur place. Smethurst et ses guides doivent rester à Chipagan le à cause du mauvais temps.. Le lendemain, ils traversent la baie de Shippagan vers le sud et entament un portage sur la plaine de Shippagan – près du site de Saint-Simon – et campent un peu plus loin..

Ils arrivent à Pokemouche le D'après les indices donnés dans le texte, ce village serait situé à l'île Walsh's ou à la réserve de Pokemouche 13 et non au village actuel de Pokemouche. et le chef Étienne Echbock convoque un conseil.. Il accuse les Anglais d'être des traîtres, de ne pas avoir respecté un traité signé en 1760, de faire croire qu'il n'y a pas de guerre — contrairement à ce que les Français disent — ; par-dessus tout, il accuse Smethurst d'avoir comploté le raid de Roderick MacKenzie. Smethurst parvient à convaincre le chef Echbock du contraire et donne des cadeaux à son épouse, ce qui lève finalement les soupçons.

Le lendemain , Gamaliel et ses guides – excepté la vieille femme – quittent Pokemouche en canoë vers le sud et passent la nuit près du Grand Lac, au site de Val-Comeau.. À cause d'une tempête, ils doivent rester sur place et commencent à manquer de vivres... Le , un groupe de six Micmacs les rencontrent et accusent Smethurst d'espionner pour le compte des Britanniques mais celui-ci s'en tire en leur disant que leur peuple sera détruit par les Britanniques si quoi que ce soit leur arrive. Le 16, la tempête est tellement forte qu'ils doivent se déplacer dans la forêt. Le , ils décident de marcher vers un camp micmac le long de la Grande rivière Tracadie, à six milles de là, qu'ils atteignent après quatre heures; les habitants ont quitté le village mais ils y trouvent de la nourriture. L'expédition quitte cet endroit seulement le à midi et arrive à la rivière Miramichi vers six heures du soirSelon la description, ils débarquent à Néguac ou dans les environs. Ce village était alors appelé Nigaouèque..

À cet endroit vivent environ 135 Acadiens. Ceux-ci étaient un an plus tôt à la rivière Miramichi et ont échappé au raid de Roderick MacKenzie en se cachant dans la forêt. Ils sont dirigés par une cinquantaine de guerriers Micmacs et leur chef, Louis François, vivant non loin de là, à Burnt Church. Smethurst est accueilli dans une modeste hutte. Le lendemain, un certain Brossard dit Beausoleil, Alexandre ou Joseph, l'accueille chez eux et lui offre de la nourriture. Brossard lui achète quelques objets et lui parle aussi d'un bateau britannique se trouvant à trois lieues de là. Le , Broussard donne un grand canoë à Smethurst, pour qu'il puisse atteindre le navire. Les habitants du village partent ensuite chasser le morse à Miscou. Une tempête s'abat pendant quelques jours sur la région. Smethurst demanda refuge à Louis-Amand Bugeaud et Nicolas Gauthier, deux Acadiens récemment déménagés de l'Île St-Jean. Le , Amand et Gamaliel vont inspecter les équipements de pêche sur le littoral. En face de l'Île du Portage, ils trouvent des débris du Hulton, un navire commandé par le capitaine Benjamin Hallowell, avec à bord une cargaison à destination de Québec. Ce navire avait fait naufrage durant la tempête. Ils approchent de l'île en skiff, mais rebroussent chemin à la vue des Micmacs. Ils tentent à nouveau le , sans succès. Le lendemain, Amand, Nicholas et Gamaliel se rendent à l'île sur une petite goélette. Alors qu'ils approchent de l'île, les guerriers Micmacs se lancent encore une fois à leur poursuite et les capturent. Ils sont escortés jusqu'au village de Burnt Church, où les attendent Louis François et le chef des Micmacs de l'île Saint-Jean, Baptiste La Moreaux. Les deux chefs leur disent qu'ils déchargeraient le bateau naufragé et qu'ils donneraient les services de quatre hommes pour que Smethurst puisse se rendre au fort Beauséjour avec James Pratchell, le seul survivant du naufrage. Les Acadiens se rendent à l'île en après-midi, à bord de leur goélette. Ils peuvent récupérer une quinzaine de barils de farine et retournent au village à neuf heures du soir. Le , ils classent les objets récupérés et trouvent le journal de bord du capitaine et douze mois de journaux londoniens, qu'ils mettent immédiatement à sécher, en plus de prendre soin de James Pratchell. Le lendemain, les Amérindiens disent à Smethurst qu'ils vont probablement partir le lendemain. Les Acadiens restent dans leur cabane par peur des Amérindiens, maintenant intoxiqués par du brandy trouvé dans l'épave. Au matin du , une autre tempête se déclare et les Amérindiens décident de ne pas partir. Smethurst est convoqué par le chef François à un conseil. Tous, sauf le chef, sont saouls. Ils lui annoncent qu'ils le détiendront jusqu'à ce que la mer gèle. Smethurst les supplie alors de lui permettre de partir le plus vite possible pour qu'un médecin puisse soigner Pratchell, et cela sans le guide amérindien, à cause de son ivresse et du fait qu'il ne parle pas l'anglais. Les Amérindiens acceptent après un long débat. Smethurst quitte finalement Burnt Church le , en compagnie de Nicholas Gauthier et Joseph Richard. Étant trop faible pour voyager, James Pratchell décide de rester sur place jusqu'à ce que le prochain Acadien soit autorisé à quitter le village. thumb|right|200px|Le fort Beauséjour, que Smethurst atteint après six semaines de voyage.

Le 4, ils remontent le cours de la rivière Kouchibouguac et campent dans un village micmac abandonné..