La basilique Sainte-Marie-Glorieuse-des-Frères (en italien : basilica di Santa Maria Gloriosa dei Frari, appelée communément I Frari), est une des principales églises de Venise. Elle est située sur le Campo dei Frari, dans le sestiere de San Polo. Dédiée à l'Assomption, elle a reçu le titre de basilique mineure.

Le sanctuaire renferme de très nombreuses œuvres d'art, notamment du Titien, et de nombreux monuments funéraires de grands hommes vénitiens.

Histoire Sous les doges Jacopo Tiepolo (1229-1249) et Reniero Zen (1253-1268), les frères franciscains avaient entrepris d'assainir le lac Badoer, un terrain marécageux dans le quartier de San Stefano Confessor (San Stin), et ils y construisirent la première église Santa Maria Gloriosa ainsi que le monastère voisin.

Mais cette première église devint rapidement trop petite pour tous les fidèles qui accouraient pour entendre la messe. Aussi, à partir du , elle fut agrandie sur tout le campo jusqu'au canal qui le bordait.

Après quatre-vingts ans, la situation se répéta et l'on songea à modifier la structure architecturale en abattant la partie voisine du rio et en formant le campo des Frari. On creusa également un puits d'eau douce. Surtout, on fit pivoter l'axe de l'église en l'orientant vers le rio dei Frari, dans la direction du nord-nord-est.

Vers 1330, les travaux commencèrent sous la direction de , et furent poursuivis en 1396 par son fils La nouvelle église, la troisième érigée par les Franciscains, avait trois nefs, un transept et sept absides, mais grâce à la générosité de Giovanni Corner la chapelle Saint-Marc fut érigée en 1420, formant la huitième abside.

Le campanile, le plus élevé de la ville après celui de la place Saint-Marc (), fut achevé en 1396.

En 1478, la sacristie fut concédée à la famille Pesaro comme chapelle et lieu de sépulture. La neuvième abside de forme pentagonale fut alors construite.

Dans les années 1432-1434, l'évêque de Vicence, Pietro Miani, fit construire, pour sa sépulture personnelle, la chapelle Saint-Pierre au pied du campanile. La construction de l'église se poursuivit au ralenti de telle sorte que la façade ne fut achevée qu'en 1440 et l'autel en 1516 seulement. L'église fut consacrée le sous le nom de Santa Maria Gloriosa dei Frari.

Sous , la communauté religieuse des Frari, c'est-à-dire les Frères Mineurs Conventuels ou Cordeliers, fut dissoute et, comme les autres églises monastiques (San Stin, San Toma', San Polo, San Agostin), elle fut confiée à un prêtre diocésain.

En 1922, le patriarche Pietro La Fontaine accueillit à nouveau les Cordeliers de retour dans leur église que le pape Pie XI éleva au rang de basilique mineure en 1926.

L'extérieur L'église est de style gothique italien, elle est construite en brique de couleur claire et fait près de de long sur près de de large. Elle est orientée nord-nord-est/sud-sud-ouest.

La façade, de style gothique tardif, est composée de trois parties. Quatre ouvertures éclairent cette façade, un oculus sur chacun des bas côtés et, sur la partie centrale, une très large rosace surmontée d'un autre oculus, les cercles de pierre d'Istrie étant comme enchâssés dans la brique claire. Au sommet du tympan du portail, un Christ ressuscité d'Alessandro Vittoria (1581) et sur les deux piliers finement travaillés qui l'encadrent, une Vierge à l'Enfant et Saint François de Bartolomeo Bon (vers 1450). Sur le côté gauche s'ouvrent quatre portes La porte médiane : portail gothique par Giovanni Bon, qui donne accès au côté gauche de la nef, à la hauteur du monument du doge Giovanni Pesaro. Le portail est surmonté d'une Vierge à l'enfant entourée de deux anges, de saint François et de saint Antoine (). À la base du campanile, la chapelle Emiliani ou chapelle Saint-Pierre rajoutée entre 1432 et 1434. On y accède par l’intérieur de l'église ou par un portail gothique surmontée d'une statue de saint Pierre. Le portail d'entrée du transept gauche, surmonté d'une statue de François d'Assise. Le portail gothique de la chapelle Corner par Giovanni Bon, avec deux monuments funéraires : sur le côté droit la pierre tombale de Pierio Valeriano et sur le côté gauche celle de son oncle Urban Bolzanio humaniste et helléniste du . Sur l'arrière de l'église, depuis l'entrée de la Scuola Grande de San Rocco, on aperçoit les neuf arrondis de la chapelle Saint-Marc, des six absidioles qui encadrent le chœur et de la sacristie.

L'intérieur vignette|redresse=1.5|Plan de la Basilique Le plan est en forme de croix latine et comporte trois nefs séparées entre elles par deux rangées de six grosses colonnes.

La nef principale comporte un chœur (11), situé avant la croisée du transept, délimité par deux orgues du et constitué de cent vingt-quatre stalles de bois du sculpteur Marco Cozzi, datant de 1468. L'église est la seule à Venise à avoir conservé son jubé.

Le transept franchi et dans l'axe, s'ouvre la chapelle Majeure (12) de l'abside centrale, flanquée de trois absidioles de chaque côté. À l'extrémité gauche du transept se trouvent la chapelle Corner (7) ou San Marco et, à l'extrémité droite, la sacristie (22).

L'envers de la façade (1) Au sommet se trouve la rosace, au centre le monument funéraire du sénateur, Girolamo Garzoni, au-dessous le porche d'entrée. À la gauche du portail le monument funéraire d'Alvise Pasqualigo ; à la droite du portail le monument funéraire du sénateur Pietro Bernardo. Les huit tableaux datant de 1603 sont du peintre vénitien Flamino Florioani, ils illustrent les miracles de saint Antoine de Padoue. Ils ont été restaurés au début des années 2000. Une neuvième toile, de facture très différente, est de Pietro Muttoni dit Della Vecchia, elle date de 1674. Elle est placée au-dessus du monument d'Alvise Pasqualigo et représente Antoine de Padoue avec sa basilique et les deux religieux commanditaires (Maurizio Graziani et Maurizio Cavaletti). Le monument funéraire d'Alvise Pasqualigo Alvise Pasqualigo, Procurateur de Saint-Marc est mort en 1528. Œuvre en pierre d’Istrie de Gianmaria Mosca (1495 - 1574). Le tombeau est posé sur des séraphins et encadré de deux putti arborant les armes de Venise. À la partie la plus haute, deux éléments à fresques : l’ange de l’Annonciation et la Vierge annoncée, attribuée au Pordenone. Le monument funéraire de Girolamo Garzoni Le sénateur Girolamo Garzoni est mort durant le siège de Negroponte en 1688, ces frères Marino et Pietro ont obtenu le privilège de faire ériger le monument funéraire de leur frère au-dessus de la porte d'entrée de la basilique. Au centre du monument la statue du sénateur couronné par un ange, au-dessus, ces armoiries à la base d'un obélisque en marbre noir. Le monument funéraire de Pietro Bernardo par Tullio Lombardo C'est une des dernières réalisations de Tullio Lombardo en 1524 érigée du vivant du sénateur Pietro Bernardo qui ne décédera qu'en 1538. La partie basse du monument montre Adam et Ève, un aigle et une tête de méduse. La partie supérieure est postérieur à la mort du sénateur et a été commandité par ces fils Girolamo et Lorenzo, elle date de 1558, et montre le défunt agenouillé devant Jésus et saint Pierre. Partie droite de l'envers de la façade Saint Jean bénissant ces disciples venus le visiter en prison large huile sur toile d'Angelo Venturini peinte en 1731. Au-dessus de ce tableau le monument funéraire du Sénateur Simonetto Dandolo mort en 1360. À noter que son sarcophage initialement dans la chapelle des florentins, a été transféré une première fois dans la nef en 1822. Puis une deuxième fois pour laisser place au monument à Canova en 1827.

Partie gauche de la nef La statue du bénitier Le bénitier près de la première colonne est orné d'une statuette de bronze de Girolamo Campagna (1593), représentant saint Antoine de Padoue. Monument à Canova (3) En 1794, Antonio Canova a conçu et construit un modèle pour le tombeau du Titien, mais il y avait beaucoup de difficultés à lever les fonds nécessaires à la construction, de sorte que, en 1822, l'année de la mort de Canova, il était encore sous forme de projet. Canova a été enterré à Possagno, son pays natal, l'académie des Beaux-Arts de Venise a décidé de construire un monument pour préserver l'urne de porphyre contenant le cœur de l'artiste ; le travail a été entrepris par six de ses élèves et achevé en 1827. L’allégorie de la sculpture par Bartolomeo Ferrari porte l'urne contenant le cœur ; derrière elle l'allégorie de l'architecture ; suivent Les Génies tutélaires de l'architecture et de la peinture avec leurs attributs et leurs torches mortuaires allumées, par Jacopo De Martini. Du côté gauche du monument, Rinaldo Rianaldi a sculpté Le Lion de Venise dans une pose triste.

Monument du doge Giovanni Pesaro (4) Le monument a été commandité par Leonardo Pesaro neveu du doge. Il fut construit de 1665 à 1669. Le doge avait laissé 12 000 ducats pour sa réalisation. Le Maître d’œuvre choisi fut Baldassare Longhena. Les nombreuses sculptures sont de Melchior Barthel de Dresde et Josse le Court, avec Francesco Cavrioli et Michele Fabris, connu sous le nom d’Ongaro (le Hongrois). On doit à Cavrioli les deux squelettes de bronze supportant les deux rouleaux, il était spécialisé dans ce domaine. Michele Fabris a sculpté les deux dragons, symboles d'Éternité. Josse le Court est l'auteur des petits anges tenant le manteau du doge Pesaro, des armes de la famille, de la statue de Giovanni Pesaro et des quatre allégories enlacées : la Religion et la Valeur, à gauche, la Concorde et la Justice, à droite. Au-dessous : Intelligence, Noblesse, Richesse et Étude, qui font allusion aux exploits et aux mérites du doge. Les paires d'allégories représentant Religion et Constance, puis Vérité et Justice ont été exécutées par Melchior Barthel associé aux quatre telamons. Bénitier de l’Immaculée Conception Statue de l'Immaculée Conception ornant le bénitier, du troisième pilier gauche. Elle provient de l'ermitage du mont Rua dans les monts Euganéens et date du . Tombe de Giuseppe Volpi Très peu ont eu le privilège d'être inhumés dans la basilique au ; c'est le cas de Giuseppe Volpi. Son service funèbre a été assuré par Angelo Roncalli, futur Jean XXIII.

Autel de La Madonna di Ca' Pesaro (5) L'autel fut cédé en 1518 à l’évêque Jacopo Pesaro. L'autel et le monument funéraire qui le jouxte sont de Tullio et Antonio Lombardo. Il est le commanditaire du tableau du retable peint par le Titien : La Madonna di Ca'Pesaro, tableau à sa gloire mais aussi à celle de sa famille. L'œuvre sera terminée en 1526. Jacopo Pesaro est agenouillé devant saint Pierre qui porte les couleurs jaune et bleu de la famille Pesaro. Plusieurs membres de la famille sont présents : Francesco avec un ample manteau rouge et derrière lui, Antonio, Fantino et Giovani, au-dessous Leonardo neveu de Francesco. Excentré sur la droite la Vierge avec l'enfant Jésus et saint Antoine de Padoue. Le tombeau de Jacopo Pesaro Œuvre de Tullio et Antonio Lombardo de 1524 exécuté du vivant de Jacopo Pesaro qui mourut en 1547. Il était évêque mais aussi général des galères du Pape Alexandre VI. La chapelle Saint-Pierre ou chapelle Emilinani (6) Ce bâtiment a été rajouté à la base du campanile, par les soins de l’évêque de Vicenza Pietro Emiliani de 1432 à 1434 pour son lieu de sépulture. L’élément le plus remarquable est le retable de l‘autel, œuvre en marbre de 3,85 × 3,13 m en deux registres. Au registre supérieur : sainte Lucie, sainte Catherine d'Alexandrie, une Vierge à l’Enfant, sainte Marie Madeleine, et sainte Claire ; au registre inférieur : saint Jérôme, saint Jean-Baptiste, saint Pierre apôtre, saint Jacques le majeur et saint François d'Assise. L’œuvre est de l’atelier des . Sur le mur gauche le monument funéraire de Pietro Emiliani commencé en 1434 et mis en place en 1464. Œuvre de l'atelier des frères Della Masegne. En face l'autel, un Christ en croix, statue en bois de l'école vénitienne du .