Orhan ou Orkhan (en , en ), né vers à Söğüt et mort en L’année de son décès est incertaine : Uzunçarşîlî mentionne 1360 (Osmânli Tarihi, I, ); Wittek donne plutôt 1362 (The Rise of the Ottoman Empire, , 54). à Bursa, est le fils du premier bey (souverain) de l’Empire ottoman, , auquel il succède vers 1326.

Dans ses jeunes années, il guerroie aux côtés de son père pour créer un État indépendant de celui des Seldjoukides parmi lesquels sa tribu s’est établie. Père et fils s’emparent d’abord du nord-ouest de l’Anatolie, puis, alors que la fin d’Osman approche, de BursaAussi appelée Brousse en français sur la mer de Marmara dont ils font leur capitale. Opposés à et à , alors aux prises avec les Bulgares et les Serbes en Europe, ils conquièrent bientôt la plupart des villes importantes d’Anatolie dont Nicée, Nicomédie et Üsküdar.

En 1345, alors que la guerre civile fait rage entre la Régence et Cantacuzène pour la tutelle du jeune , Cantacuzène fait appel à Orhan. Trop heureux de pouvoir intervenir en Europe, ce dernier accepte. Pour sceller leur nouvelle amitié, lui donne en mariage sa deuxième fille, Théodora. Celui-ci, en contrepartie s’engage à servir comme vassal avec toute son armée. En 1352, les forces conjointes de et d’Orhan viennent à bout de celles de appuyées par des Bulgares et des Serbes. Les Ottomans prennent ainsi pied en Europe.

À la même époque, devenu adulte, le fils ainé d’Orhan, Soliman, s’empare de Gallipoli, ravagée par un puissant séisme, et refuse de la rendre aux Byzantins malgré l’intervention de auprès de son père, Orhan, lequel se retire progressivement de la vie publique. À partir de cette base les Ottomans ne cessent de progresser en Thrace et en Macédoine, s’emparant des villes et ports situées près des Dardanelles et de la mer Égée. À la mort d’Orkhan en 1362, l’empire qu’il a créé avec son père a une superficie totale de .

Les débuts de l’Empire ottoman thumb|left|, fondateur de l’Empire ottoman. Portrait du 19ième siècle

Il existe différentes versions des débuts de l’Empire ottoman. De la comparaison entre les sources turques et byzantines (principalement ‘Achïkpachazâde, chroniqueur turc du , et Pachymérès, chroniqueur byzantin contemporain d'Osman) se dégage l’image d’une population turcomane fuyant les Mongols; elle se fixe sur la frontière occidentale de l’État seldjoukide vers la fin du . Ces pasteurs ne sont pas à proprement parler des nomades sillonnant le pays sans domicile fixe; gardiens de troupeaux, ils vivent en tribus qui pratiquent la transhumance en fonction des saisons. Selon ‘Achïkpachazâde, le père d’Osman (), Ertuğrul (), aurait décidé de demeurer en Anatolie avec sa famille lorsque son propre père, Soliman Chah, voulut retourner dans son pays d’origine, le Turkestan. Pris en tenailles entre les Mongols et les Byzantins, Ertuğrul s’établit sur les pentes des marches frontalières seldjoukides où sa famille élargie (elle aurait compté quelque ) pouvait écouler ses produits dans les centres urbains byzantins voisins. La cohabitation semble s’être établie au début sans problèmes, facilitée par la présence sur le territoire byzantin de Turcs christianisés.

Progressivement, toutefois, ceux qui deviendront les Ottomans (ou fils d’Osman) prennent de l’assurance et les heurts se multiplient entre ces groupes de pasteurs et les populations des villes. Bientôt, le fils d’Ertuğrul, Osmân, doté d’un caractère combatif, se transforme en ghâzi ou « combattant pour la foi ». Le déclin du sultanat seldjoukide permet aux ghâzis de la frontière de s’enhardir et de constituer de véritables bandes armées attirant à la fois les soldats d’autres chefs moins belliqueux et les réfugiés fuyant l’avance des Mongols. Se joignent à eux des notables de centres urbains anatoliens. Ensemble ils édifient un nouvel État après la défaite du général byzantin Georges Mouzalon lors de la bataille de Bapheus, le . C’est lors de cette bataille qu’Osman, père d’Orhan, apparait dans les sources. Ses troupes peuvent alors piller impunément les campagnes byzantines de Bithynie dont une grande partie des paysans fuit vers la portion européenne de l’empire. Seules les grandes villes telles que Bursa, Nicée ou Nicomédie constituent des îlots de sécurité pour les GrecsGeorges Pachymérès, Relations historiques, , .

Biographie Les premières années thumb|right|Portrait d’ peint par le peintre vénitien Paolo Veronese, 1553.

Orkhan naquit vers 1281 à Söğüt où son père s’était installé, premier ou deuxième des six fils et une fille d’Orkhan, Alaeddin, Tchoban, Melek, Hamid et Pazarlu pour les fils; la fille se nommait Fatma. et de sa première épouse, Malhun Hatun. C’est son grand-père, Ertuğrul, qui lui donna le nom d’Orhan Alp. On ignore pratiquement tout de sa petite enfance et de son adolescence sinon qu’il devait être très près de son père. Selon certains articles historiques ce dernier l’aurait envoyé à l’âge de vingt ans dans la petite province ottomane de Nakihir, mais on sait qu’il était de retour dans la capitale de Söğüt en 1309.

Signe de l’autorité qu’il manifestait déjà dans sa jeunesse, son père n’hésita pas à lui confier le commandement de l’armée ottomane en 1317 le désignant ainsi comme son successeur.

La prise du pouvoir thumb|left|Carte des beylicats d’Anatolie vers 1330

Osman (que les Byzantins connaissaient sous le nom d’Atman) mourut le . Dans le système clanique turcoman de l’époque, tous les membres de la tribu participaient à la direction du clan et il n’existait aucune règle de succession stricte. Énergique et guerrier, Orhan fut choisi pour lui succéder, et devint Orhan GaziGazi ou ghâzi : combattant de la foi; de l'arabe ḡāzin, غازٍ= conquérant, triomphateur. Leur plus jeune frère Pazarlu bey étant déjà mort dans une bataille en 1311 à l’âge de , ses frères Tchoban bey, Hamid bey, Melik bey et Savci bey prirent avec lui le commandement de l’armée. Savci mourut la même année.

Il est possible qu’Alaeddin Bey ait été plus âgé qu’Orhan, car une fois sur le trône, Orhan lui proposa de partager le pouvoir. D’un naturel moins guerrier que son frère, Alaeddin préférait rester au palais plutôt que de guerroyer pour étendre le nouvel empire. Il déclina l’offre de son frère alléguant que son père avait confié le pouvoir à Orhan et qu’il ne convenait pas de le diviser. Sur quoi, Orhan lui proposa de travailler avec lui à la gouverne de l’État émergeant. « Mon frère, lui dit-il, puisque tu ne désires pas accepter les troupeaux que je t’offre, sois au moins le pasteur de mon peuple, mon grand Vizir »En langue ottomane, le terme vizir ou vezir (de l’arabe وزير ou wazīr) signifie le porteur d’une charge.. Ainsi d’après les sources orientales Selon Heşt Behişt (Huit Paradis, chronique des 8 premiers sultans ottomans) écrite par Idris-i Bidlisi au siècle suivant; toutefois, selon Runciman, le frère d’Orhan se serait complètement retiré des affaires de l’État et le ministre d’Orhan aurait été un autre personnage portant aussi le nom d’Alaeddin , Alaeddin accepta de participer au gouvernement de son frère, en mettant sur pied l’organisation civile et militaire du pays sans toutefois devoir combattre à la tête des troupes. Comme salaire, il n’accepta que les revenus du village de Fodrā dans les environs de Bursa. Contrairement à ce qui deviendra la tradition par la suite, les relations entre les deux frères demeureront cordiales tout au long de leur vie (Alaeddin mourant jeune, vers 1331), Orhan le consultant volontiers sur les questions relatives à l’administration de l’État.

Les années de conquêtes Conquête de l’Anatolie thumb|right|Le Sultanat seldjoukide de Rum vers 1190

Fidèles aux instructions laissées par leur père, les deux frères se mirent à construire un nouvel État, distinct du Sultanat seldjoukide de Rum. Au fil des conquêtes qu’il allait faire, Orhan, loin de se révéler un fanatique chef barbare menant une guerre sainte, se montra un conquérant civilisé, respectueux des peuples conquisAinsi après la conquête de Nicée il permettra à tous les habitants qui le souhaitaient de quitter la cité emportant avec eux leurs icônes et saintes reliques. Son but essentiel était de construire un État où priment la justice, le savoir et la foi musulmane, tout en restant ouvert aux gens de toutes races et de toutes croyances dont les compétences s’avéraient du reste nécessaire à l’édification du nouvel État.

Avec la défaite du sultan contre les Mongols en 1243 le sultanat seldjoukide avait été très affaibli ce qui avait provoqué l’effritement des pouvoirs qu’exerçaient les Seldjouks sur les tribus turcomanes postées aux frontières avec l’Empire byzantin. Celles-ci en profitèrent pour établir des beylicats semi-autonomes. C’est ce que fit Orhan qui, avec son père Osman, commença par étendre son domaine dans le nord de l’Anatolie aux dépens de l’Empire byzantin.

Déjà en 1307, profitant du départ des Catalans d’Anatolie, Osmân et Orkhan s’étaient emparé de la forteresse de Melangeia ou Yenişehir, bloquant les communications entre Nicomédie et Nicée et celles entre Constantinople et la Bithynie. L’année suivante, les Karamanides, autre tribu turcomane, conquirent Iconium, mettant fin au sultanat seldjoukide; la voie était ainsi ouverte pour l’expansion respective des nouveaux beylicats.

Âgé d’à peu près quarante ans, Orkhan à la tête d’autres chefs ghâzis turcomans s’empara de Mudanya, ville sur la côte de la mer de Marmara, le port de Bursa. De là, il envoya une colonne sous le commandement de Konur Alp vers la côte occidentale de la mer Noire pendant qu’une deuxième colonne sous le commandement de Aqueda s’emparait de Kocaeli, et qu’une troisième soumettait le sud-est de la mer de Marmara. Isolées les unes des autres, les villes de Nicée, Bursa, Nicomédie et autres centres importants se virent coupées de Constantinople.

En 1326, alors que la fin était proche, Osman confia à son fils une nouvelle conquête qui devait s’avérer extrêmement importante pour le nouvel État, celle de Bursa, sa future capitale et base arrière pour la conquête de Constantinople, les deux villes n’étant séparées que par une centaine de kilomètres. Après négociations, le commandant de Bursa, Evrenos Bey, leur livra la ville, se rangea du côté des Ottomans et, après avoir pris la tête d’un contingent de cavalerie légère, conduit plusieurs campagnes pour eux, notamment en Bulgarie, Thessalie et Serbie. Après avoir participé à la conquête d’Andrinople (aujourd’hui Edirne en Turquie) en 1362, il sera nommé uc beği (seigneur de la frontière) de Thessalie. Avec l’aide de son frère Alaeddin, Orhan put faire de Bursa une véritable capitaleElle le reste jusqu’en 1366 lorsque son fils déplace sa capitale à Andrinople.. La machine administrative établie par les Byzantins leur fournit les structures nécessaires à la mise en place de l’administration ottomane; son rôle de centre commercial (elle était située à l'extrémité occidentale de la route de la soie) leur permit de réunir les fonds nécessaires pour financer l’administration du nouvel État et pour créer une armée disciplinée et bien organisée.

Après s’être emparé de Brousse, Orhan lança ses troupes en direction du Bosphore, y déployant en une armée de . () et () aux prises avec d’autres envahisseurs en Europe ne purent lui opposer que ; les Byzantins seront défaits le à la bataille de Pélékanon, dernière tentative pour dégager les cités de l'Anatolie assiégées par les Ottomans.