, surnommé Canmore (« Grosse-Tête ») (écossais Maíl Choluim mac Donnchada), né vers 1031, mort le à Alnwick dans le Northumberland (Angleterre), est roi d'Écosse de 1058 à 1093.
Origine
ou Máel Coluim Ceann Mór ou Malcolm Canmore est le fils aîné de , roi des Scots de 1034 à 1040, et de son épouse identifiée comme une cousine anonyme de Siward de Northumbrie (mort en 1055) Marjorie Ogilvie Anderson, Kings and Kingship in Early Scotland, par John Donald Birlinn Ltd, Edinburgh, 2011 . Elle est toutefois nommée Suthen dans la « Regnal », ..
Prétendant
Pendant le règne de Macbeth (1040-1057), qui a tué pour s'emparer du trône, Malcolm est exilé à la cour d'Édouard le Confesseur, roi d'Angleterre, qui lui donne un petit fief dans le Northamptonshire G.W.S. Barrow, « [Mael Coluim Ceann Mór, Malcolm Canmore] (d. 1093) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004..
En 1054Annales d'Ulster AU 1054.6., Malcolm avec une petite troupe accompagne l'armée du comte Siward, qui envahit l'Écosse par ordre du roi Édouard. Le les forces du comte défont Macbeth, à un endroit traditionnellement identifié avec la colline de Dunsinane dans les Sidlaws, avec de lourdes pertes dans les deux camps. Cette victoire met Malcolm en possession de l'Écosse au sud du Firth of Tay. Trois ans plus tard le Annales d'Ulster AU 1058.6., Malcolm tue Macbeth à Lumphanan, dans l'actuel Aberdeenshire.
Bien que le beau-fils de Macbeth, Lulach, soit accepté comme souverain par les Scots, Malcolm réussit à se faire reconnaître comme roi à Scone, le traditionnel lieu d'intronisation des souverains d'Écosse. Lulach est tué à son tour dans une embuscade dans les environs de Rhynie près de Strathbogie, le Annales d'Ulster AU 1058.2. et selon l'historien du Jean de Fordun, lui succède alors sur le trône.
Règne Relations avec les Anglo-Saxons
En plus d'une rencontre pacifique avec Édouard le Confesseur en 1059 lorsque est conduit au roi par Cynesige l'archevêque d'York, l'évêque Æthelwine de Durham et le comte Tostig, le premier des cinq raids de Malcolm en Northumbrie anglaise intervient en 1061, quand Lindisfarne est pillée. Depuis au moins 1018 la « Northumbrie écossaise » c'est-à-dire le Lothian et le Berwickshire font partie du royaume d'Écosse. semble être déterminé à annexer la Northumbrie comprise entre la Tweed et la Tees, cette ambition est une réponse à la revendication des Anglo-Saxons qui considèrent que le territoire entre la Tees et le Firth of Forth doit être sous leur souveraineté.
Avant 1070, le second et célèbre mariage de avec Marguerite (morte en 1093), fille d'Édouard l'Exilé (mort en 1057), et petite-nièce d'Édouard le Confesseur, est une conséquence de la conquête normande de l'Angleterre. En 1066, après la mort du « Confesseur » et l'accession de Harold Godwineson au trône anglais, Tostig, le frère de Harold et jusqu'en 1065 comte de Northumbrie où il avait succédé à Siward, complote avec Harald Hardrade, roi de Norvège, et Malcolm, roi des Scots, pour détrôner Harold Godwineson et, sans doute partager l'Angleterre entre eux.
Bien que pendant l' Tostig se réfugie chez Malcolm, et qu'il devienne son « frère juré », les Scots ne jouent aucun rôle dans la tentative d'invasion navale menée dans le Nord de l'Angleterre par Tostig et le roi de Norvège, qui se termine par la défaite et la mort des deux chefs de l'expédition le lors de la bataille de Stamford Bridge. Malcolm semble avoir vu dans la confusion qui suit la victoire de Guillaume de Normandie à la bataille d'Hastings une opportunité pour satisfaire ses ambitions en Northumbrie au sud de la Tweed.
La chronologie des événements survenus entre 1068 et 1071 est difficile à établir avec certitude, il semble toutefois que la résistance anglaise aux Normands voyait dans l'Écosse un refuge et un soutien militaire. Dans l', Edgar Ætheling, qui portait les aspirations des nationalistes anglo-saxons, fuit à la cour d'Écosse avec sa mère Agatha et ses deux sœurs, Marguerite et ChristineChronique Anglo-saxonne AD 1067..
Une intervention écossaise dans le Nord est évitée lors de l'occupation d'York par le roi qui conclut un accord avec écartant ainsi la menace écossaise. Selon Siméon de Durham, au , Malcolm avec une grande armée effectue un raid au sud de Tweed. Il n'est pas certain qu'il voulait avec cette incursion tenter de soutenir la seconde révolte des Northumbriens, commencée après le meurtre en de Robert de Comines, nommé par comte de Northumbrie car cette révolte avait été écrasée par le Conquérant dès Pâques 1070.
C'est à cette époque, vers 1069-1070, que épouse Marguerite, la sœur d'Edgar Ætheling. Cette union pouvait être considérée par comme un défi car elle signifiait que les héritiers du roi d'Écosse par ce second mariage pouvaient éventuellement prétendre au royaume anglais.
Relations avec les Normands
La politique agressive de Malcolm amène à organiser une expédition en Écosse. En 1072, conduit une armée et une flotte vers le nord jusqu'au Firth of Tay, au cœur du royaume d'Écosse et reçoit l'hommage du roi des Scots à AbernethyAnnales d'Ulster AU 1072.8 et Chronique Anglo-saxonne AD 1072.. Sans doute à la suite de cette soumission, Edgar Ætheling, désormais isolé, fait la paix avec Guillaume le Conquérant qui le traite honorablementChronique Anglo-saxonne AD 1074..
Malgré l'opportunité présentée par la révolte de Waltheof de Northumbrie en 1074-1076, demeure en paix avec jusqu'en 1079. Cette année-là, le roi des Scots mène son troisième grand raid dans le Northumberland, épargnant les domaines de l'église de Hexham sans doute en signe de révérence pour les saints locaux. Le Conquérant répond en dépêchant en 1080 vers le nord son fils aîné, Robert Courteheuse, avec une armée, mais Robert ne pénètre pas plus loin que Falkirk où il rencontre et obtient la confirmation de sa soumission de 1072. Robert achève seulement la construction d'un « château neuf » sur la rive nord de la Tyne, près du site du pont romain dit « pons Ælius ».
est très sensible à la question de son autorité sur la « Northumbrie écossaise » comme le montre un récit de Siméon de Durham dans son . Selon l'auteur, Turgot, qui sera ensuite le chapelain et confesseur puis biographe de la reine Marguerite d'Écosse avant d'être évêque de St Andrews, en association avec Aldwin, plus tard moine à l'abbaye de Hailes à Winchcombe dans le Gloucestershire, tentent de faire revivre la vie monastique dans l'abbaye de Melrose, peut-être dans les dernières années de la . Le roi d'Écosse demande alors aux moines anglais de lui prêter un serment de fidélité, et à la suite de leur refus, il les persécute de différentes manières jusqu'à ce qu'ils soient rappelés en Angleterre par l'évêque Walcher de Durham (mort en 1080).
En 1087, après l'accession au trône de , Duncan, le fils aîné de Malcolm, qui était otage en Angleterre depuis 1072, est armé chevalier par le nouveau roi avec qui il avait été élevé et qui lui rend sa liberté. Duncan choisit de résider le plus souvent à la cour anglaise.
En 1091 effectue un nouveau raid en Northumbrie jusque vers Durham. En représailles, une expédition navale et terrestre est montée contre lui par le Roux, mais elle doit faire face au mauvais temps qui détruit la flotte et fait des ravages parmi la cavalerie. Robert Courteheuse et Edgar Ætheling négocient une paix qui laisse à les domaines anglais qui lui avaient été concédés par le Guillaume le Conquérant, en contrepartie selon certaines sources, d'un hommage à le Roux.
Ce dernier semble inquiet de la fragilité de sa frontière avec l'Écosse car en 1092 il vient dans le Nord, expulse le gouverneur Dolfin et annexe Carlisle et son district, il y construit immédiatement une imposant château fort et installe dans la région des paysans anglais. Une information émanant de l' de Siméon de Durham, qui indique qu'en 1070 la Cumbria est sous le contrôle de , « possédée non par le droit mais subjuguée par la force »Symeon de Durham, Opera, 2.191)., démontre à la fois que la région est bien sous la domination du roi d'Écosse et comment les Anglais ressentent cette occupation. Le statut de la Cumbrie a en fait été longtemps disputé, si bien que la saisie par Rufus de Carlisle et de sa région ne constitue pas un événement sans précédent. Elle donne néanmoins à un sujet important d'animosité.
Relations avec les Orcades et le Moray
Par contraste avec les nombreux conflits relevés par la saga des Orcadiens sous le règne de son prédécesseur Macbeth, les relations de avec les souverains scandinaves des Orcades sont amicales.
Vers 1065, il épouse sa première femme, Ingibjorg, qui était soit la veuve soit une fille du comte des Orcades, Thorfinn SigurdssonJean Renaud, Saga des Orcadiens, .. G.W.S. Barrow estime qu'elle est plus probablement une fille du comte car la mort de Thorfinn est généralement datée de 1064 ou 1065 et avec cette première épouse, Malcolm à deux ou trois fils, , Domnall qui termine « sa vie de façon malheureuse » en 1085, c'est-à-dire tué par les « Hommes de Moray » (?), et peut-être Malcolm, dont les naissances doivent être intervenues pendant la période comprise entre le milieu de la et le second mariage du roi en 1069 ou 1070Il n'est toutefois pas totalement impossible qu'Ingibjorg, femme mûre, qui avait déjà été mère plusieurs fois ait donné deux/trois enfants à son nouveau mari entre 1065 et 1068-1069 date de sa mort ou de sa répudiation..
Les dynastes héritiers de MacBeth qui règnent de manière quasi indépendante sur la Moray contestent la royauté de . En 1078, Mael Snechta mac Lulaig, le fils de Lulach, était en rébellion, capture « sa mère et ses meilleurs hommes et ses trésors »Chronique anglo-saxonne AD 1078.. Une réconciliation suit au terme de laquelle Mael Snechta meurt paisiblement en 1085Annales d'Ulster AU 1085. après s'être retiré dans un monastère.
Fin du règne
Malcolm envoie des messagers à la cour du roi d'Angleterre à Gloucester à la fin d', pour demander le traité de paix qu'on lui a promis. La négociation est menée par Edgar Ætheling, beau-frère de Malcolm. Le roi donne son accord pour une entrevue. Lors de son voyage vers le sud, Malcolm prend part le à la cérémonie de la pose de la première pierre de la nouvelle et actuelle cathédrale de Durham. Malcolm arrive à Gloucester le , mais le roi Guillaume refuse dédaigneusement de le recevoir et lui refuse aussi le traité, à moins que les barons anglais ne jugent de l'affaire eux-mêmesChronique anglo-saxonne, manuscrit E, Bodleian, AD 1093.. Cette demande est bien sûr inacceptable pour qui serait traité comme un baron vassal et non comme un souverain indépendant.