Les Œuvres morales (en grec ancien / Ethikà, en latin Moralia) sont un ensemble de soixante-dix-huit textes de Plutarque (-s) traitant de sujets extrêmement variés, qui peuvent relever de la religion, de l'éthique, la politique, la philosophie, la littérature, l'histoire. Ils s'inscrivent dans des genres littéraires également divers, allant du traité à différentes sortes de dialogues, en passant par des lettres, des réponses à des Questions (zetemata) ou encore des « dits » (apophtegmes).

Cet ensemble constitue un des deux grands pans de l'œuvre de Plutarque, à côté des Vies parallèles, et il a été une source d'inspiration importante à la Renaissance, par exemple pour Érasme et surtout Montaigne, mais il en alla de même pour Shakespeare, Schiller, Rousseau ou encore Frédéric II de Prusse et Napoléon.

Conception Les Œuvres morales ne sont pas une seule œuvre conçue par Plutarque comme un ensemble. Ce titre désigne en fait 78 traités (qui nous sont parvenus) composés par Plutarque durant sa vie, qui traitent de nombreux sujets et relèvent de genres littéraires diversJacques Boulogne, article « Moralia (Œuvres morales) » du Dictionnaire Plutarque, dans François Hartog (dir., 2001), 2048-2051..

Ces traités ont été composés par Plutarque pour la plupart entre les années 72 et 126 ap. J.-C. ; il les a écrits en majorité pendant les trente dernières années de sa vie. Plutarque y étale son savoir multiple, touchant de nombreux domaines : il est tour à tour moraliste, psychologue, érudit, philosophe, métaphysicien et théologien. Il serait donc plus pertinent de parler dŒuvres diverses pour désigner le corpus plutôt que de Moralia, cette appellation ayant été forgée au par Maxime Planude, alors même que les traités moralistes ne représentent que le quart des écrits.

L'œuvre est très vaste, se présente sous de multiples formes, souvent comme des réponses et traités dédiés à ses amisLe cercle d'intimes devait être vaste et fit l'objet de plusieurs études, notamment et . Cependant, le corpus inclut plusieurs travaux inachevés, des prises de notes, des brouillons et des apocryphes, publiés après sa mort. Contrairement aux Vies, les Moralia n'étaient pas destinées à une publication unifiée.

La liste des traités est établie en partie grâce au Catalogue de Lamprias (prénom du grand-père ou du frère ou du fils de Plutarque selon les sources antiques), une liste de attribués à PlutarqueLes 40 premiers cités étant ses biographies dont ne furent conservées que les Vies parallèles. Les traités divers commencent au numéro 42 même si le traité est la compilation biographique apocryphes Vie des dix orateurs. Le , les Topiques d'Aristote, est identifié comme une erreur., datant du ou . Ce catalogue, dont l'origine n'est pas claire, est parfois désordonné, avec des doublons, contient des apocryphes et n'est pas exhaustif. En se basant sur les fragments et les citations, les savants décomptent de traités avec Plutarque comme nom d'auteur. Comme c'est souvent le cas avec la littérature antique, la majeure partie de ces traités est perdue, et ce qui subsiste doit représenter le tiers des traités du philosophe.

Histoire éditoriale Les manuscrits les plus anciens remontent au . La première édition complète est celle de Maxime Planude, moine de Constantinople, à la fin du , qui rassembla tous les écrits attribués et les fit copier. Son édition compila 69 puis 77 traités. L'édition de référence, imprimée, est celle d'Henri Estienne en 1572. Estienne modifia l'ordre du corpus de Planude, et publia les traités en grec accompagnés d'une traduction latine de Guilielmus Xylander. Il ajouta, comme pour les écrits de Platon, une pagination spéciale : le texte est édité en colonnes numérotées et chaque colonne est divisée en dizaines de lignes, chaque groupe recevant une lettre (a, b, c, d, e) permettant la concordance. Ce découpage en 76 traités complets plus deux fragmentaires, répartis sur quatorze livres, ainsi que les titres donnés aux traités par Estienne, sont depuis utilisés par les savants.

Traités composant les Œuvres morales Corpus d'Estienne Les traités sont donnés ici dans l'ordre de l'édition d'Estienne avec la pagination liée, la numérotation dans le corpus de Planude et éventuellement la présence dans le catalogue de Lamprias.

De l'éducation des enfants ( – ), 1 A – 14 C, Planude , absent du catalogue de Lamprias. C'est le seul traité antique consacré à l'éducation qui fut conservé. Les enseignements sont préciséments décrits mais les conditionnements et démonstrations sont maladroitement liés. La syntaxe, le vocabulaire, les idées contradictoires, le style maladroit et les emprunts sont largement différents de Plutarque, lui refusant l'attribution du traité, même en tant que note ou œuvre de jeunesse. C'est probablement un disciple ayant fait une compilation des idées du philosophe. Ce traité influença bon nombre d'intellectuels comme François Philelphe, Érasme, Montaigne, John Milton, Jean-Jacques Rousseau ou Abel François Villemain. Comment lire les poètes ( - ), 14 D – 37 B, Planude . C'est une œuvre de jeunesse, un traité pédagogique avec de nombreuses analyses, où il présente la poésie comme une propédeutique à la philosophie, l'influence de Platon est limitée. Comment écouter ( - ), 37 C – 48 D, Planude . Traité pour écouter les philosophes à des conférences, Plutarque citant un grand nombre d'écoles philosophiques, prend la forme d'un manuel de savoir-vivre avec plusieurs conseils pédagogiques, délivrant une morale pratique éclectiqueC.U.F., Tome I-2, . Moyen de distinguer le flatteur d'avec l'ami ( - ), 48 D – 74 E, Planude , Lamprias . Dédié à Caius Iulius Antiochus Epiphanes Philopappus. Parle de la flatterie (souvent évoquée dans la philosophie antique) et du franc-parler à la fin. Du fait que les thématiques sont différentes, l'hypothèse formulée serait que ce traité est composé de deux parties de travail qui furent postérieurement réuniesC.U.F., Tome I-2, . Comment s'apercevoir qu'on progresse dans la vertu ( - ), 75 A – 86 A, Planude . Dédié à Quintus Sosius Senecio, c'est un pamphlet contre les stoïciens qui ne sont pas nommés, avec un ton désinvolte et s'oppose à leur thèse sur l'absence de degré entre le bien et le mal. Il est plutôt proche de Comment écouter. Comment tirer profit de ses ennemis ( - ), 86 B – 92 F, Planude , Lamprias . Il s'agit d'une œuvre philosophique à tendance morale pratique, délivrant un conseil politique sous forme de lettres adressées à Cornelius Pulcher. Le traité est plutôt proche des Préceptes de gouvernement. Plutarque répète beaucoup en dépit de sa promesse mais les conseils sont globalement humanistes et philanthropesC.U.F, Tome I-2, . De la pluralité d'amis ( - ), 93 A – 97 B, Planude , absent du catalogue de Lamprias. Œuvre philosophique de morale pratique, destinée peut-être à une lecture publique, prône la limite du nombre d'amis. Ce développement est trop marqué de manière péjorative, ce qui semble être seulement une partie de l'enquête sur l'amitié. Plutarque avait écrit au moins quatre traités spécifiques sur l'amitié, perdusC.U.F Tome I-2, . De la fortune ( - ), 97 C – 100 A, Planude , absent du catalogue de Lamprias. C'est une œuvre philosophique à caractère rhétorique, à l'état fragmentaire ou d'ébauche. Plutarque utilise ici les exemples d'Alexandre, de Pâris et de plusieurs idées stoïciennes pour minimiser la chance et faire l'éloge de l'intelligenceC.U.F., Tome I-2, . De la vertu et du vice ( - De virtute et vitio), 100 B – 101 D, Planude , absent du catalogue de Lamprias. C'est une œuvre philosophique de morale pratique, très brève mais pourtant reconnue comme bien rythmée et policée à l'extrême. C'est probablement un mémoire personnel à développer ou un fragment d'une anthologie. Consolation à Apollonios ( - Consolatio ad Apollonium), Planude , absent du catalogue de Lamprias. La consolation au sens large n'est pas liée à une occasion particulière. Ici, Apollonios a perdu son fils. La question de l'authenticité a longtemps divisé en raison d'opinions contraires par rapport aux autres œuvres de Plutarque. Cela semble être un exercice de rhétorique, mais qui inclut de nombreuses maladresses et fait penser à un brouillon à l'image du traité De la tranquillité de l'âmeC.U.F., Préceptes de santé ( - De tuenda sanitate praecepta), Planude , Lamprias . Le traité aborde la médecine, comme dans les Propos de tables, avec une grande partie sur la morale. Plutarque aborde comme sujets le souffle de Diogène d'Apollonie, les quatre humeurs hippocratiques et le régimeC.U.F., Tome II, . Préceptes de mariage ( - Coniugalia praecepta), Planude , Lamprias . Œuvre de morale pratique, dédiée à ses élèves Pollianos et Eurydice, étant une célébration du devoir conjugal, reconnu comme précurseur face à la condition de la femme dans l'AntiquitéC.U.F., Tome II, . Le Banquet des sept sages ( - Septem sapientium convivium), Planude , absent du catalogue de Lamprias. Dialogue entre 17 personnages, la liste des sept sages inclut souvent des variations. Traité désordonné, pourtant œuvre de maturité, le schéma reprend beaucoup d'idées platoniciennes, et en attribue aux sages, ce qui est anachronique. L'authenticité fut contestée en raison du style différent ainsi que du témoignage de Stobée qui devait parler d'un autre traitéC.U.F., Tome II, . De la superstition ( - De superstitione) , Planude , Lamprias . Traité théologique de jeunesse (entre 70 et 80) avec un aspect rhétorique combinant exemples et humour, Plutarque prônant la piété et condamnant la superstition, mais en étant indulgent avec l'athéisme, étant alors sous l'influence d'Épicure. Sa position évolua dans les traités Isis et Osiris et Sur la Doctrine d'Épicure, même si elle est ambiguëC.U.F., Tome II, . Apophtegmes de rois et de généraux ( - Regum et imperatorem apophthegmata), 172 B – 208 A, Planude , Lamprias et éventuellement un doublet au Lamprias . Compilation et recueil d'apophtegmes ou d'anecdotes, dédié à Trajan. L'ensemble est organisé, les héros sont regroupés par nation puis par ordre chronologique : Perses, Égyptiens, Thraces et Scythes, tyrans de Syracuse, Macédoniens, Grecs, Athéniens, Spartiates, Thébains et Romains. Comme dans ses Vies, Plutarque considère que le caractère des hommes, les petits faits et les apophtegmes sont plus révélateurs de la personnalité étudiée. Le caractère particulier de cet écrit a vu des soupçons d'inauthenticité vite démentis. C'est peut être un bréviaire ou compendium. Beaucoup de ces anecdotes sont dans les Vies que Plutarque a transcrites mais parfois sans cohérence initiale. Cette compilation est utilisée notamment par Claude Élien et StobéeC.U.F., Tome III, p. 3-15. Apophtegmes laconiens ( - Apophthegmata Laconica), 208 A – 242 D, Planude , Lamprias . Compilation des apophtegmes Laconiens, soit Sparte. Moins homogène que le précédent mais classé par ordre : les héros, les anonymes, les usages et institutions et enfin les femmes. Tous les apophtegmes sur les Lacédémoniens du traité précédent sont présents ici. Il en cite plusieurs mais même si pour certaines, elles sont souvent inauthentiques. Les anecdotes les plus longues concernent Cléomène, Lysandre, Lycurgue et Léonidas qui ont probablement eu droit à une biographie. Celle de Lycurgue fut conservée, les apophtegmes sont transcrits dans l'ordre de la biographie, ce qui fait penser que cette compilation devait être un brouillon pour ses Vies, les anecdotes sont transcrites mais enrichies, prises dans ses papiers et publiés après sa mortC.U.F., Tome III, p. 131-140.