Le fichage en France est constitué de fichages nationaux d’État, auxquels s'ajoutent des fichages au niveau européen accessibles par les mêmes organismes d'État, et parfois par des organismes privés. La loi informatique et libertés de 1978, votée à l'occasion de la révélation du projet SAFARI, a institué la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), qui est censée contrôler l'usage et l'application des fichiers.

La prolifération des fichiers de police (au sens large) en France (le rapport Alain Bauer de 2007 en comptait 36Fichiers de police et de gendarmerie : comment améliorer leur contrôle et leur gestion ?, Documentation Française, novembre 2006. ; celui de 2008 en dénombrait 45Mieux contrôler les fichiers de police pour protéger les libertés, Documentation Française, décembre 2008.Un service de contrôle des fichiers de police créé en France, Nouvel Observateur, ., et le rapport des députés Delphine Batho et Jacques-Alain Bénisti, publié en , en recense 58Rapport d'information sur les fichiers de police déposé le par Delphine Batho et M. Jacques Alain Bénisti.) s'explique à la fois par une logique de surveillance et une transformation de la fonction du droit pénal, de plus en plus axée sur la « dangerosité » (cf. Commission nationale consultative des droits de l'hommeNote de la Commission nationale consultative des droits de l’homme du et communiqué de la Ligue des droits de l'homme (LDH)., Ligue des droits de l'hommeLigue des droits de l'homme, « Une société de surveillance. L'état des droits de l'homme en France », édition 2009., etc.), et par l'existence de la CNIL, rétive à l'interconnexion des données personnelles et donc à la constitution d'un fichier géant unique, qui amalgamerait différentes personnes et différentes finalités sans tenir compte des différentes dispositions légales.

Dans le cadre du projet de loi Loppsi Projet de loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure sur le site du ministère de l'intérieur., un système de mise en commun de toutes ces données, et de celles disponibles sur Internet, est mis au point par la Gendarmerie nationale sous le nom d'Application judiciaire dédiée à la révélation des crimes et délits en série Un superlogiciel pour traquer la délinquance article du quotidien Le Figaro, daté du . Le fichier Périclès, grand mix de données personnelles, article du quotidien Le Monde, daté du ..

Historique jusqu'à 1945 Le Livret ouvrier, mis en service par Napoléon au début du , sert à surveiller les déplacements des classes populaires. Avant lui, au , avait déjà mis en place des papiers visant à surveiller les artisans du royaumeHistoire et but des papiers.. Alphonse Bertillon à partir de 1882 fait développer les techniques de police scientifique, avec notamment des techniques de fichage biométriques, inspirée de l'anthropométrie, utilisée en anthropologie physique. Il développe ainsi la photographie judiciaire et la dactyloscopie (empreinte digitale).. L'affaire des fiches (parfois appelée affaire des casseroles) concerne un fichage et une ségrégation politique et religieuse menée dans l'armée française au début du . Le Carnet B : son but est de repérer les suspects d'espionnage, les éléments antimilitaristes, les Français et les étrangers susceptibles de menacer l’ordre intérieur. La police écoute, surveille et établit une liste des cas douteux. En 1914, y figurent. Les étrangers représentent 20 % du total. Les , qu'il est ainsi possible d'arrêter si la guerre éclate avec l'Allemagne, sont repérées pour leur militantisme politique ou syndical. Relaté dans le livre IBM et l'Holocauste d'Edwin Black (grand reporter au Washington Post). les machines Hollerith (du nom de l'inventeur des machines à cartes perforées au tournant du ) vont permettre aux nazis allemands, à partir de 1933, d'améliorer leurs techniques de recensement, et notamment des juifs, mais également d'organiser de façon méticuleuse la déportation. Sous la Troisième République, le policier André Tulard fiche les communistes ; il fait de même pour les juifs sous Vichy. Ce « fichier Tulard » a été transmis à Theodor Dannecker, chef de la Gestapo à Paris. Les coordonnées des Juifs de la zone occupée qui se sont fait recenser sont enregistrées par la police française ; un fichier central est établi sous la direction de l'inspecteur Tulard. Ce fichier est transmis à titre gracieux à la de la Gestapo, chargée du « problème juif ». Le fichier sera principalement utilisé pour l'organisation de la rafle du Vélodrome d'Hiver, les 16 et . En 1942, le régime de Vichy abroge les circulaires concernant le Carnet B et créé nouvelle liste nommée « Liste S » puis « Fichier S » (l'ancêtre de la fiche S actuelle). ainsi qu'un Fichier de la batellerie (cf. ci-dessous pour plus de précisions)Rapport Bauer, sq..

De 1945 à 1991 Extension de l'usage du NIR et le contrôle des allocataires et du statut des étrangers

Le Numéro d'inscription au répertoire national d'identification des personnes physiques (NIR), qui est le même que le numéro de Sécurité sociale. Sous le régime de Vichy, le premier répertoire général est mis au point par René Carmille pour préparer secrètement la mobilisation de l'armée dissoute par les accords d'armistice. Malgré diverses alertes, Carmille évite toute utilisation pour la chasse aux résistants, aux Juifs ou aux réfractaires du STO. L'utilisation du NIR s'est aujourd'hui généralisée, étant en particulier utilisé par les organismes de sécurité sociale, les établissements de santé (y compris à des fins de recouvrement de créances), le fisc, Pôle emploi et les organismes chargés de surveiller et contrôler la situation des allocataires« Le NIR, un numéro pas comme les autres », d'activité de la CNIL de 1999 (éd. en 2000), 61-91.Décret du autorisant la création d'un traitement de données à caractère personnel relatif au contrôle de la condition de résidence des ressortissants du régime général d'assurance maladie, JO et Délibération de la CNIL du portant avis sur des traitements mis en œuvre par la Caisse nationale d'assurance vieillesse des travailleurs salariés (CNAVTS) et la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) et relatifs à une interconnexion de fichiers à des fins de contrôle de la condition de résidence pour l'attribution de droits relatifs aux prestations sociales. ainsi que d’autres organismes d’ÉtatArrêté du relatif à l'informatisation des services du ministère de la Jeunesse et des Sports, NOR MJSK9570028A.Décret 90-273 du relatif à l'utilisation du numéro d'inscription au Répertoire national d'identification des personnes physiques par le commissariat de la marine pour le calcul des allocations chômage..

Ces interconnexions, à travers l'usage d'un identifiant unique (le NIR), ont . Les Assédic, l'Unédic, et le CNASEA (chargé du RMI) l'utilisent ainsi pour contrôler les allocatairesDécret 96-630 du relatif à l'utilisation du numéro d'inscription au Répertoire national d'identification des personnes physiques pour les traitements nominatifs concernant le contrôle des ressources des allocataires du revenu minimum d'insertion.. La DDTEFP (Direction départementale du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle) utilise depuis 2005 le fichier PRECAR IT (sic), qui intègre les cinq premiers chiffres du NIR, « pour contrôler la situation des demandeurs d'emploi »Arrêté du relatif au traitement informatique « PRECAR IT » pour l'utilisation, par les agents de l'inspection du travail et des services de contrôle de la recherche d'emploi du ministère de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale, des relevés mensuels de contrats de travail temporaire..

La CNIL a aussi autorisé, en 2007, les Maisons départementales des personnes handicapées à mettre en place un fichier, utilisant le NIR, qui sert au « suivi » des handicapés, à « certifier l’identité des personnes auprès du Système National de Gestion de l’Identité (SNGI) », à leur contrôle dans le cadre de l'attribution d'allocations sociales (y compris le contrôle des handicapés étrangers et de leur situation régulière ou non), et à la « production de statistiques ». Les COTOREP et les CDES, qui précédaient les Maisons départementales des personnes handicapées, utilisaient déjà le NIR. La CNIL s'est défendue en déclarant « que si un numéro unique national est nécessaire, la création d’un identifiant spécifique aux personnes handicapées serait susceptible de les stigmatiser. En conséquence, elle admet que le numéro de sécurité sociale puisse être utilisé comme identifiant des usagers des MDPH à des fins d’instruction de leur dossier »Ligue des droits de l'homme, Le fichage des personnes handicapées, , avec liens vers les textes officiels..

SAFARI et la création de la CNIL La révélation du projet SAFARI le par le quotidien Le Monde, dans l'article intitulé SAFARI ou la chasse aux Français de Philippe Boucher, a entraîné une vive opposition populaire, ce qui a incité le gouvernement à créer la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), une autorité administrative indépendante, par la (Loi informatique et libertés de 1978). Le projet SAFARI visait notamment à l'interconnexion de tous les fichiers détenus par l'administration via un identifiant unique, le NIR (Numéro d'inscription au répertoire national d'identification des personnes physiques, plus connu en tant que numéro de Sécurité sociale).

Réorganisation des fichiers des RG en 1990-1991 En 1990, le premier ministre Michel Rocard décide de réorganiser la gestion des divers fichiers en France, dont ceux des Renseignements généraux. Devant des protestations venant d'horizons variés (Syndicat de la magistrature, le MRAP, SOS Racisme, mais aussi Simone Veil ou Charles Pasqua), il est contraint de retirer les décrets parus le et le Isabelle Mandraud, Edvige : de Michel Rocard à François Fillon, les pérégrinations du fichier des RG, Le Monde, .. Un an plus tard, le gouvernement d'Édith Cresson publie le décret du , qui modifie la Loi informatique et libertés de 1978, en autorisant « la collecte, la conservation et le traitement dans les fichiers des services des renseignements généraux d'informations nominatives relatives aux personnes majeures qui font apparaître » les « signes physiques particuliers, objectifs et inaltérables » ainsi que les « activités politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales » (Décret 91-1051 du portant application aux fichiers informatisés, manuels ou mécanographiques gérés par les services des renseignements généraux des dispositions de l', , de la loi du relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, JORF du , .). Les informations peuvent être collectées si elles sont « relatives à des personnes physiques ou morales qui ont sollicité, exercé ou exercent un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle politique, économique, social ou religieux significatif, sous condition que ces informations soient nécessaires pour donner au Gouvernement ou à ses représentants les moyens d'apprécier la situation politique, économique ou sociale et de prévoir son évolution » () ; mais dans ce cas, elles ne peuvent être communiquées à la Police nationale ni à la Gendarmerie nationale (). Le décret prévoit aussi un examen de la légitimité des informations détenues tous les cinq ans, sous l'égide de la CNIL ().

Situation au début du Selon le rapport Bauer de 2007, la France comptait alors (37 avec le fichier Edvige créé en 2008)Arthur Nazaret, Edvige : un fichier de plus, un fichier de trop ?, Rue89, nouvelobs.com, ..