thumb|right|Plaque apposée à Caerleon, rappelant le passage de la Legio Augusta avec son emblème, le Capricorne.
La Legio AugustaLe nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la République, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci ; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de à étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi, Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro , car 29 légions existaient déjà. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat (Adkins (1994) ). fut une légion romaine recrutée vraisemblablement en 43 av. J.-C. par le consul Caius Vibius Pansa pour Octave (le futur empereur César Auguste). Son nom constitue un jeu de mots pouvant signifier à la fois « la deuxième légion d’Auguste » ou « la deuxième auguste légion ». Elle fut dissoute à la fin de la guerre civile.
Reconstituée par Auguste, elle participa aux guerres cantabres en Espagne de 29 à 19 av. J.-C. Après la bataille de Teutobourg, la légion fut transférée sur le Rhin à Mogontiacum (Mainz, Allemagne). Impliquée dans la révolte des légions de Germanie, elle participa par la suite à la campagne de Germanicus contre les Chattes de 14 à 16 ap. J.-C. Par la suite, elle fut déplacée vers Argentorate (Strasbourg, France) pour renforcer le dispositif de défense contre les Germains.
Elle partit pour la Grande-Bretagne où elle devait rester par la suite lors de la conquête de l’île par l’empereur Claude en 43. En 49/50, elle soumit la tribu des Dobunni et s’empara de leur capitale Corinium (Cirencester, Angleterre) avant d’être cantonnée à Isca Dumnoriorum (Exeter, Angleterre). Après la révolte de Boadicée, elle construisit la forteresse d’Isca Silurum (Caerleon) où elle restera jusqu’au début du , à l’exception de déplacements vers l’intérieur du pays dans des buts spécifiques (construction du mur d’Hadrien, campagnes de Septime Sévère en Écosse, etc.). Avec des effectifs considérablement réduits, elle fut transférée à Rutupiae (Richborough). On perd ensuite sa trace, mais il n’est pas impossible que ce qui restait de la légion ait quitté la Bretagne avec l’usurpateur Constantin qui voulait défendre la Gaule, plus ou moins abandonnée par Rome, contre les barbares.
Ses symboles furent : le Capricorne, Pégase (après la conquête de la Bretagne) et Mars. À partir de la fin du , elle adopta uniquement le CapricorneLendering (2002) para 15..
Histoire de la légion
Guerre civile à Rome
La légion fut vraisemblablement recrutée en 43 av. J.-C. par le consul Caius Vibius Pansa Caetronianus au nom d’Octave, le futur empereur Auguste. À cause de l’origine des légionnaires venant du pays des Sabins, elle reçut au départ le cognomen ou surnom de Legio Sabina.
Au cours de la guerre civile, la légion combattit aux côtés d’Octave et subit des pertes élevées en avril 43 au cours de la bataille de Forum Gallorum opposant Marc Antoine à Decimus Junius Brutus qui refusait de céder le contrôle de la Gaule cisalpineServius Sulpicius Galba, bei Marcus Tullius Cicero, ad familiares 10,30 (sur thelatinlibrary'.com.. La bataille de Philippes vit les triumvirs Octave et Antoine vaincre les Républicains Brutus et Cassius dans la plaine à l'ouest de Philippes, en Macédoine orientale et sonna le glas des espoirs du Sénat de préserver le régime républicainLendering (2002) para 2.. Une inscription sur laquelle on croit reconnaitre la marque Caesar Leg II semble démontrer que la légion était présente à Peruge en 41 av. J.-C. lorsque Octave assiégea le frère de Marc Antoine, LuciusLendering (2002) para 3; Ritterling toutefois considère l’identification de la légion comme incertaine. De 35 à 30 av. J.-C. des vétérans de la légion furent établis sur des terres d’Arausio (Orange, France) dans la province de NarbonnaiseRitterling (1925) « Legio ( Augusta) » . .
Guerres cantabres
thumb|right|Territoires où se déroulèrent les guerres cantabres (29-19 av. J.-C.).
La fin de la guerre civile mena vraisemblablement à la dissolution de la légion. Celle-ci fut reconstituée par Octave devenu Auguste et reçut alors son nom définitif de Legio Augusta. À partir de 30 av. JC, la légion fut stationnée en Hispania Tarraconensis, où elle participa aux guerres cantabres menées par Auguste et Marcus Vipsanius Agrippa, lesquelles s'achevèrent par la soumission des peuples des Cantabres et des Astures et la conquête complète de l'Hispanie. Au cours de cette guerre, la légion Augusta et la légion Germanica construisirent la Colonia Iulia Gemellenis Acci. Ses vétérans reçurent des terres à Barcelone et Cartennae (Maurétanie).
Germanie
Après la défaite des Romains à Teutoburg en septembre 9 ap. J.-C., l’armée du Rhin fut réorganisée et la Legio Augusta fut transférée de la province d’Hispania ulterior vers Mogontiacum (Mainz, en actuelle Allemagne). Tacite rapporte qu’elle était impliquée dans la révolte des légions de Germanie en 14Tacite, Annales, , 37. et qu’elle participa à la campagne de Germanicus contre les Chattes de 14 à 16 ap. J.-C.Tacite, Annales, , 70..
En 17, la légion fut déplacée vers Argentorate (Strasbourg, aujourd'hui en France), où elle reçut comme mission de protéger un important point de passage sur le Rhin. La nécropole des fondateurs est située le long de la route des Romains.
En 21, elle fut impliquée dans une action militaire visant à mater la révolte de Sacrovir dirigée par l'Éduen Julius Sacrovir, et celle des Trévires sous la conduite de Julius Florus, révolte qui s’était étendue à une bonne partie de la Gaule; sa victoire fut commémorée par l' arc de triomphe d'OrangeTacite, Annales, , 40-42..
Bretagne
thumb|left|Les tribus celtes du sud de la Bretagne.
En 42, l’empereur Claude chargea le gouverneur de la province de Pannonie, Aulus Plautius d’organiser la conquête de la Bretagne. L’année suivante, celui-ci débarquait avec quatre légions (Legio Augusta, Legio (I) Hispana, Legio (I) Gemina et Legio Valeria Victrix) et conquit le pays qui fut transformé en une province romaine dont il devint le premier gouverneurRitterling (1925) « Legio ((I)) Hispana » .. La Legio Augusta était alors commandée par le légat et, plus tard, empereur, Vespasien. Elle combattit alors les Durotriges et les Dobunni dont elle s’empara de la capitale, Corinium (Cirencester, Angleterre)Dio Cassius, Histoire romaine 60.20..
En Bretagne, la légion fut d’abord cantonnée à Calleva Atrebatum (Silchester) et, à partir de 49 à Durnovaria (Dorchester) et à Lake Farm près de Wimborne, avant de construire en 55 leur première forteresse à Dumnoniorum (Exeter)Selon Lendering (2002), paragraphe 6, et Ritterling, les premiers campements furent Durocornovium (Cirencester) et Glevum (Gloucester) ; d’autres auteurs soutiennent que la légion fut divisée entre « plusieurs petits campements »..
thumb|right| Statue de la reine Boadicée, « héroïne de la patrie », érigée à Londres, près du quai Westminster.
Vers l’an 60, Prasutagus, roi des Iceni, tribu habitant l’actuel Norfolk au nord-est de la province romaine de Bretagne, légua son royaume-client à l'Empire ; Néron, alors empereur, se hâta d’incorporer ce royaume à la province de Bretagne. Outrée, sa veuve Boadicée (ou Boudicca) prit les armes, à la tête d’une importante armée. Au même moment, le gouverneur romain Caius Suetonius Paulinus, à la tête des quatorzième et vingtième légions, menait une expédition dans l'île de Mona (l'actuelle Anglesey), au nord du pays de Galles et se trouvait trop loin pour intervenir. Il requit l’aide de la Legio Augusta pour mater la révolte, mais le préfet du camp, Paenius Postumus, refusa d’obéir. Après que la bataille de Watling StreetOn ignore le lieu exact où eut lieu l’affrontement, mais celui-ci dut avoir lieu quelque part sur la route romaine entre Londinium et Viroconium. eut donné la victoire aux Romains, le préfet, honteux d’avoir privé la légion de « la gloire de la victoire », se suicidaTacite, Annales, , 37..
L'Année des quatre empereurs (juin 68 à décembre 69) vit se succéder à la tête de l'Empire romain pas moins de trois empereurs, avant que le pouvoir n'échoie à un quatrième, Vespasien. Une partie de la Legio Augusta se déclara en faveur de l’empereur Vitellius et marcha avec lui sur Rome, participant aux premiers affrontements de Bedriacum (Crémone, Italie) contre les légions de l’empereur Otho. Toutefois, la majeure partie de la légion décida d’appuyer VespasienTacite, Histoires, , 44.. Après la victoire finale de Vespasien lors de la deuxième bataille de Bedriacum, la légion retourna en BretagneLendering (2002), paragraphe 8..
Vers 74, sur les bords de la rivière Usk eut lieu la construction d’un campement provisoire à Burrium (près de Caerleon, pays de Galles), endroit mal adapté aux besoins de la légion. Quelques mois plus tard (74/75) un nouveau campement, stratégiquement plus approprié, fut construit à l’embouchure de la Usk. Ce campement, Isca Silurum, demeura jusqu’au début du le quartier général de la Augusta.
De 77 à 83, sous le gouvernorat de Ganeus Julius Agricola, la légion servit de réserve stratégique pour le pays de Galles et l’AngleterreLendering (2002) para 9.. En 83, une unité de la légion sous le commandement de Velius Rufus prit part à la campagne de Domitien contre les ChattesLendering (2002) para 13.
thumb|left| Le mur d'Hadrien dans le nord de l'Angleterre et celui d'Antonin en Écosse.
D’autres unités furent envoyées plus au nord vers 120 pour participer à la construction du mur d’Hadrien. En 142, la Augusta participa également à la construction du mur d’Antonin en Écosse. Ces deux murs avaient pour mission d’isoler les rebelles du nord de toute autre tribu avec laquelle ils voudraient coordonner leurs assauts contre les troupes romaines. De fait, entre 155 et 158, la révolte se généralisa au point où des renforts furent requis de Germania inferior et de Germania superior. Dès 160, le mur d’Antonin fut abandonné et les troupes se replièrent en-deçà du mur d’Hadrien« The Antonine Wall »..
En 185, le dux Lucius Artorius Castus conduisit trois légions de Bretagne, dont une partie de la légion II, en Aremorica (Armorique en Gaule) pour y mater une rébellionDion Cassius 73, 2a..