Abū al-Hasan ʿAlī ibn Ismāʿīl al-ʾAchʿarī (vers 873–vers 935) (en ) ou Abou al-Hassan al-Achari est un théologien musulman arabe. Il est le fondateur éponyme de l'école théologique acharite. Il est surnommé l'imam de Ahl al-Sunna wa-l-Jama'a et le défenseur de la religion. Sa lignée remonte au compagnon Abou Moussa al-Achari.

Sa jeunesse, ses études

Les sources d'où l'on connaît la vie d'al-Achari ont un aspect hagiographique et doivent être considérées avec prudence(en) Jan Thiele, « Between Cordoba and Nīsābūr : The Emergence and Consolidation of Ashʿarism », dans Oxford handbook of islamic theology, Oxford University Press, 2016 (lire en ligne), p. 2.Mohyddin Yahiya. La pensée classique arabe. 4, Le kalâm d'al-Ash'ari. Unoversité ouverte de Catalogne, février 2010, p.7. En ligne..

Abu al-Hasan al-Achʿari passe son enfance à Bassorah avant de partir poursuivre ses études à Bagdad. Il y étudie notamment le droit auprès de et d' (d. 951)A. Badawi, Histoire de la philosophie en islam, p. 264., et le hadîth auprès de et d'Abou Khalîfah Al-Jumahî.

Il se forme par ailleurs en théologie auprès de Al-Jubbâ'i (le père, mort en 915), cheikh des mutazilites et qui marque le parcours de son jeune disciple. Initialement mutazilite, il renie au grand jour, en 912, à l'âge de 40 ans, son ancienne doctrine, pour fonder l'acharismeHervé Bleuchot..Cette déclaration est rapportée aussi par A. Badawi, Histoire de la philosophie en islam, p. 264, qui la tient d'Ibn al-Nadim.. Il aurait renoncé au mutazilisme à la suite d'une controverse avec al-Jubba'i sur les implications théologiques de la souffranceFarid Chairi, l'Imam Abou al Hassan al Ach'ari, Le Savoir, 2004, , . Son maître aurait été incapable de répondre à une question sur la justification du malAnecdote des "trois frères". On demande à al-Jubba'i quel sera le sort de ces trois frères : l'un a vécu dans l'obéissance à la Loi ; le deuxième a vécu en désobéissant ; le dernier est mort enfant, avant d'atteindre l'âge d'être responsable. Al-Jubba'i répond que le premier ira au Paradis, le deuxième en Enfer, tandis que le troisième, n'ayant pas eu l'âge de raison, ne sera ni récompensé ni puni. Mais on lui objecte : que lui répondre s'il se plaint de ne pas avoir eu le temps de mériter le Paradis ? Dieu dirait selon al-Jubba'i : tu étais prédestiné à l'Enfer, donc en mourant de bonne heure, tu y as échappé. Mais alors une nouvelle objection surgit, venant cette fois du deuxième frère, celui qui a mal vécu, qui demandera : pourquoi alors m'avoir laissé vivre, moi, puisque en mourant jeune j'aurais échappé au tourment éternel ? Al-Jubba'i, dit-on, ne sut que répondre, et c'est ce problème de théodicée qui aurait convaincu al-Ash'ari de se convertir. (Citée par Mohyddin Yahiya, La pensée classique arabe. 4, Le kalâm d'al-Ash'ari).

L'imam Al-Ashʿarî se forge une réputation de dialecticien et de controversiste. En effet, sa connaissance de leur doctrine fait de lui un redoutable adversaire pour les muʿtazilites. Il a un penchant pour la vie modeste de l'ascétismeA. Badawi, opere citato, p. 266.. On est incertain quant à son adhésion à l'un des rites sunnites, il semble qu'il ne se soit rattaché clairement à aucune école juridique. Les quatre maḏâhib devaient lui paraître d'égale valeur sur l'essentiel, puisque c'est à lui que l'on prête l'affirmation selon laquelle quiconque pratique l'ijtihad (effort de réflexion pour tirer des règles des Sources de la Loi) a raison (kullu mujtahid muṣīb, propos attribué aussi à Hanifa).

L’imam Abou Hassan al-Achari cite dans son livre Al-Oumadou fi Rou'ya (désigné aussi sous le titre al-Oumad), comportant douze chapitres, le nom de ses livres jusqu'en 320 AH. Ibn Furak complète la liste avec les livres écrits postérieurementA. Badawi, op. cit., p. 267-272.. Al-ʿIbanah qu'il rédige contre les naturalistes, ceux qui prétendent que le monde n’a pas de début ou les assimilateurs, ne figure pas dans ces listes, mais est cité par Ibn 'AsakirA. Badawi, p. 272 et suivantes.. Il y a également ses répliques aux brahmanes et aux mazdéens. Il est aussi l'auteur dAl-Moukhtasarou fi Tawhidi wa al-Qadar (Questions et réponses sur le Destin) et de Tafsir al-Qour’an (Commentaires et exégèses du Coran). alt=Portrait d'Abû Hasan al-Ach'ari (vue d'artiste)|vignette|302x302px|Portrait d'Abû al-Hasan al-Ach'ari (vue d'artiste). Hervé Bleuchot résume ainsi la place d'al-Ashʿari dans l'histoire de la théologie musulmane : « Avec l’acharisme le sunnisme trouva sa première formulation théologique importante face au mutazilisme et aux sectes ».

Témoignages de références islamiques en sa faveur Taj Ad-Dîn As-Soubkī a dit dans son livre At-Tabaqat : « Sache que Abou l-Haçan Al-Ach’ari n’a pas innové une nouvelle voie mais il a raffermi et résumé la voie du Salaf et il a défendu ce sur quoi étaient les compagnons du Messager de Allâh. Donc se réclamer de lui est dû au fait qu’il a délimité la voie du Salaf et qu’il s’y est attaché, qu’il a amené les preuves et arguments sur cette voie. Celui qui le suit en cela dans cette argumentation est appelé Ach’arite »L'Imâm Al-Bayhaqi lui a fait un grand éloge en disant : « […] Jusqu’à ce que le tour vienne à notre Chaykh Abou l-Haçan Al-Ach’ari (رحمه الله) Il n’a pas innové dans la religion agréée par Allâh quoi que ce soit. Il n’a pas amené de mauvaises innovations mais a repris les paroles des compagnons, des successeurs (tâbi’în) et ceux qui les ont suivis parmi les Imâm dans les fondements de la religion et les a soutenus en ajoutant plus de commentaires et plus d’explications. Et ce qu’il a dit au sujet des fondements et ce qu’il a amené dans les lois est correct par la raison contrairement à ce qu’ont prétendu les gens qui suivent leurs passions. Ainsi dans ses explications, il y a eu un renfort pour appuyer Ahlou s-Sounnati wa l-Jamâ’ah et un soutien des paroles des Imâm qui l’ont précédé comme Aboû Hanîfah et Soufyân Ath-Thawri parmi les gens de Al-Koûfah, comme Al-Awzâ’i et d’autres parmi les gens de Ach-Châm, comme Mâlik et Ach-Châfi’i, des gens de deux Haram (c’est-à-dire La Mecque et Médine) et de ceux qui leur sont similaires dans le Hijâz et autres qu’eux, et des Imâm des autres contrées, et comme Ahmad Ibnou Hanbal et d’autres parmi les spécialistes du Hadîth et comme Al-Layth Ibn Sa’d et autres que lui et comme ‘Abdou l-Lâh Mouhammad Ibnou Ismâ’îl Al-Boukhâri et Abou l-Haçan Mouslim Ibnou l-Hajjâj An-Nayçaboûri, les deux Imâm spécialistes des Âthâr (Hadîth) et les Houffâdh auteurs des Sounan sur lesquels est basée la Loi agréée par Allâh, que Allâh les agrée tous. Il est devenu une sommité dans la science chez les gens de la Sounnah de son époque. Et c’est ainsi que notre maître (le prophète) al-Moustafâ (صلى الله عليه وسلم) a annoncé à sa communauté, d’après ce que rapporte de lui Aboû Hourayrah (رضي الله عنه) qu’il a dit [ce qui a pour sens : ] ” Allâh fera apparaître pour cette communauté, à la tête de chaque cent ans quelqu’un qui lui revivifiera sa religion ” ». [rapporté par le Hâfidh Ibnou ‘Açâkir dans son livre : Tabyînou kadhabi l-Mouftarî]

Le Hâfidh Abou Bakr Al-Baghdadi a également donné sa biographie dans Tarikhou Baghdad en disant que : « Abou l-Haçan Al-Ach’ari, le spécialiste de la croyance, l’auteur de plusieurs ouvrages pour répliquer aux irréligieux et d’autres comme les mou’tazilah, les jahmiyyah, les khawarij et le restant des groupes des mauvais innovateurs ».

La doctrine acharite La théologie d'al-Ash'ari est parfois présentée comme une voie médiane ou un juste milieu entre le mu'tazilisme et le traditionalisme hanbalite. Cependant, si ce jugement se justifie pour certains points de la doctrine, Mohyddin Yahiya souligne qu'il est à relativiser. En réalité, selon Louis Gardet, c'est un disciple d'al-Ashʿari, al-Juwaynī, qui a donné de son maître cette image de conciliateur de deux positions extrêmes. Ibn 'Asakir, dans son Tabyin, compare la théorie d'al-Ash'ari à celle des mu'tazilites et celle des hashwiyya pour montrer que la doctrine acharite est le plus souvent moyenne. Mais les hashwiyya (corporéistes) constituent un point de comparaison radical, et le livre d'Ibn 'Asakir est une œuvre apologétique, destinée à plaider pour l'acharisme. Plutôt qu'une doctrine du juste milieu, on peut voir l'œuvre d'al-Achari comme traditionaliste sur le fond, et rationaliste sur la forme - ce dernier aspect laissant à sa doctrine la possibilité d'évoluerJan Thiele 2016, p. 3..

Il est vrai que sa formation initiale a incité al-Ash'ari à utiliser les ressources de la dialectique pour défendre ses thèses. Il garde de ses origines muʿtazilites le besoin de justifier ses positions. Il éprouve par exemple la nécessité de démontrer l'existence de Dieu par des arguments rationnels, dont il emprunte certains aux mutazilites. Il affirme même que la réflexion est une obligation pour le musulman. Mais, sur le fond, il est souvent plus proche d'Ibn Hanbal que des muʿtazilites. Il refuse à la raison toute capacité de discerner le bien du mal sans l'aide de la Révélation, et nie toute efficacité du libre arbitre. Son livre Al-Ibâna commence par un éloge de Ibn Hanbal. Cependant, il date de l'arrivée d'al-Ash'ari à Bagdad, où les hanbalites étaient influents et redoutés. La question se pose de savoir si l'auteur n'a pas écrit par précaution. La prudence doit être de mise, dans la mesure où seule une petite partie de ses œuvres est parvenue jusqu'à nousJan Thiele 2016, p. 5..

Les points essentiels de sa doctrine sont les suivants.

Preuve de l'existence de Dieu Sa maîtrise de la dialectique, apprise auprès des mu'tazilites, sert le besoin d'al-Ach'ari de proposer une preuve rationnelle de l'existence de Dieu. L'argumentaire exposé dans al-Luma repose à la fois sur la tradition et des arguments de raison. Ach'ari cite le Coran : « Le merveilleux est en vous-mêmes, ne le voyez-vous pas ?» (LI, 21). L'argument inspiré de ce verset peut être formulé ainsi : la création, dans sa perfection, et en particulier l'homme, qui en constitue le sommet, ne peuvent cependant pas exister par eux-mêmes, et requièrent l'action d'un créateur. Le monde ne peut être éternel car ce qui est éternel n'est pas sujet au changement et à la corruption. Il faut donc lui supposer un créateurA. Badawi, Histoire de la philosophie en islam, p. 281-283.. Ach'ari ne fait aucune mention des arguments des philosophes, ni de son contemporain al-Farabi, ni même d'AristoteA. Badawi, p. 281..

Toute-puissance et unicité de Dieu Tout ce qui arrive dans l'univers est dû à la Providence divine. Al-Ash'ari affirme avec fermeté la toute-puissance de Dieu. Rien n'arrive en dehors de sa volonté.

En conséquence, aucune cause autre que Dieu n'existe dans l'univers. Dans le Kitāb al-Luma, al-Ash'ari argumente en faveur de l'unicité (tawḥīd) divine, en s'appuyant sur le verset XVII, 42 du Coran : « S'il y avait d'autres dieux à côté de Dieu, ces dieux désireraient à coup sûr évincer le possesseur du trône ». Le raisonnement d'Al-Ash'ari est qu'une pluralité de dieux implique une rivalité qui rendrait impossible leur action. Chacun empêchant l'autre d'agir, aucun n'aurait pu créer le monde. Or, le monde existe. Cet argument, dit de l'empêchement mutuel ou du conflit des volontés, sera repris par ses disciples al-Baqillani. et al-Juwayni, mais aussi par le mutazilite al-Jabbar.

En outre, cette toute-puissance de Dieu, cause unique de tout ce qui arrive, revient à nier la causalité. Entre la cause et son effet apparent, il n'y a d'autre lien que la volonté divine, qui pourrait être autre. L'objection, c'est qu'habituellement, le monde suit un certain ordre, les mêmes événements se succèdent. Mais ce n'est justement qu'une habitude de la part Dieu, qui pourrait tout aussi bien vouloir changer cet ordre. La relation de cause à effet n'est qu'une concomitance qui repose sur le bon vouloir d'Allāh. « Toute relation de cause à effet n'est qu'une liaison coutumière établie arbitrairement par Dieu ».