L’Émeu d’Australie (Dromaius novaehollandiae) est la seule espèce encore vivante au du genre Dromaius. Elle fait partie de la famille des Casuariidae.
Pouvant atteindre deux mètres de haut, c'est aussi, par sa taille, le deuxième plus grand oiseau du monde actuel derrière les deux autruches. Cet oiseau brun, au plumage original, est commun sur presque tout le territoire australien bien qu'il évite les régions trop densément peuplées, les zones trop humides ou trop sèches. Il peut voyager sur de grandes distances d'un bon pas et si besoin courir à .. Ce sont des oiseaux nomades capables de parcourir de nombreux kilomètres à la recherche d'une nourriture variée à base de plantes et d'insectes.
La sous-espèce d'Émeu d'Australie qui habitait la Tasmanie (D. n. diemenensis) s'est rapidement éteinte après l'arrivée des premiers Européens en 1788. La répartition des différentes sous-espèces (D. n. novaehollandiae, D. n. woodwardi et D. n. rothschildi) a aussi été modifiée par les colons. Alors qu'autrefois les émeus étaient très communs sur la côte est de l'Australie, ils y sont maintenant devenus rares ; en revanche, le développement de l'agriculture et la création de points d'eau pour le bétail à l'intérieur du continent ont fait augmenter leurs effectifs dans les régions arides. Par ailleurs, on les élève pour leur viande, leur huile et leurs plumes.
Morphologie et physiologie À l’exception des kiwis et des tinamous, tous les ratites sont de grands oiseaux, et par la taille l’Émeu d’Australie vient en deuxième position après les deux autruches. Dans sa zone de répartition, le seul oiseau de taille comparable est le casoar à casque. Un Émeu d’Australie adulte a une taille de et pèse habituellement de , parfois jusqu’à ; les femelles étant en moyenne plus grandes et plus lourdes que les mâles.. gauche|vignette|Les Émeus d'Australie ont seulement trois doigts aux pattes comme les outardes (les autruches n'en ont que deux) ce qui leur permet de courir rapidement.|237x237px L’Émeu d’Australie a un corps compact, des pattes puissantes adaptées à la course et des ailes rudimentaires. L’oiseau peut couvrir de grandes distances, à une vitesse constante de . Lors d'un sprint, il est capable d’atteindre des vitesses de moyenne avec des pointes à ., et faire des enjambées d’environ . Sa capacité à courir vite est due au développement important des muscles des pattes, à la longueur des jambes, au nombre de doigts (trois). C'est le seul oiseau à posséder des muscles gastrocnémiens et les spécialistes admettent qu'il possède dans ses pattes la puissance que les autres oiseaux ont dans leurs ailes A. E. Patak et J. Baldwin, Pelvic limb musculature in the emu Dromaius novaehollandiae (Aves : Struthioniformes : Dromaiidae): Adaptations to high-speed running in Journal of Morphology, 238:23–37, 1998, ..
Le plumage à double rachis - trait commun émeus-casoars - a une apparence extrêmement lâche, semblable à une chevelure qui pend sur les côtés du corps à partir d’une raie dorsale bien marquée. Les ailes très réduites sont cachées sous le plumage ; elles participent de façon importante à la régulation thermique en permettant à l’oiseau de se rafraîchir en les agitant.
Leur plumage, marron ou gris brun, est touffu. Les extrémités des plumes sont noires. Ceci permet d'absorber la plus grande partie de la chaleur ambiante sans qu'elle soit transmise aux couches sous-jacentes. Un duvet sur la peau retient encore une partie de la chaleur S. K. Maloney et T. J. Dawson, The heat load from solar radiation on a large, diurnally active bird, the emu (Dromaius novaehollandiae) in Journal of Thermal Biology 20:381–87, 1995., ce qui permet à l'oiseau d'être actif même pendant les heures chaudes de la journée.
Lors des journées très chaudes, l'Émeu d’Australie halète pour réguler sa température. Ses poumons, recrachant de l'eau qui se vaporise, fonctionnent comme des évaporateurs de réfrigérateur et à la différence d'autres espèces animales, la diminution de la concentration en gaz carbonique dans le sang ne provoque pas de variation de pH et donc pas d'alcalose respiratoire S.K. Maloney et T.J. Dawson, Thermoregulation in a large bird, the Emu (Dromaius novaehollandiae) in Comparative Biochemistry and Physiology. B, Biochemical Systemic and Environmental Physiology., 164:464–72, 1994.. Pour les journées froides, à l'inspiration, l'Émeu d’Australie fait circuler l'air par ses grandes narines munies de nombreux replis qui fonctionnent comme des radiateurs, ce qui lui permet de réchauffer l'air et d'avoir de l'air chaud qui arrive aux poumons. À l'expiration, l'air chaud qu'il rejette est saturé d'humidité. La vapeur d'eau se condense dans les narines en arrivant au contact de l'air froid, ce qui dégage de la chaleur qui sera récupérée dans les narines et réutilisée à l'inspiration suivante S.K. Maloney et T.J. Dawson, Ventilatory accommodation of oxygen demand and respiratory water loss in a large bird, the emu (Dromaius novaehollandiae), and a re-examination of ventilatory allometry for birds in Physiological Zoology, 71:712–19, 1998..
Comportement Mœurs L’Émeu d’Australie consacre la majeure partie de son temps à se nourrir. Dans cette activité comme dans les autres facettes de sa vie, l’espèce est diurne.
L'Émeu d’Australie peut parcourir de très grandes distances pour trouver des zones de nourriture abondante. En Australie-Occidentale, l'Émeu d’Australie suit un trajet saisonnier qui le conduit au Nord en été et au Sud en hiver, mais sur la côte est du continent, il ne semble pas y avoir de plan particulier pour ses déplacements.
Les Émeus d’Australie vivent seuls ou en couples, quelquefois en groupes de quatre à neuf oiseaux. Ils ne sont grégaires que lors des déplacements ou dans des lieux où la nourriture et l’eau sont abondantes. Au sein d’un groupe, les liens entre les individus sont lâches et il n’existe pas d’interaction sociale. Les situations d’antagonisme sont fréquemment résolues par une parade de menace.
En règle générale, les Émeus d’Australie sont pacifiques, excepté pendant la saison de reproduction durant laquelle ils se montrent beaucoup plus agressifs et lorsqu'ils sont dérangés. Ce sont des animaux très curieux qui s’approchent fréquemment des hommes.
Ce sont également de bons nageurs qui se baignent volontiers.
Vocalisation
En dehors de la saison de nidification, les Émeus d’Australie sont normalement silencieux, excepté durant les confrontations ou face à des objets étranges ; ils émettent alors des sons ronflants qui peuvent être entendus à deux kilomètres à la ronde.
Le grognement est utilisé par les mâles durant la saison de nidification en trois occasions principales : comme cri de menace et de défense du territoire en présence de rivaux, durant la parade nuptiale et avant la ponte. Pour produire ce son, l'Émeu d’Australie utilise une poche gulaire. Située en avant de la trachée, elle mesure environ de diamètre lorsqu'elle est gonflée.
Nourriture et alimentation vignette|gauche|Émeu d’Australie avec de la pelouse dans le bec.|268x268px L’Émeu d’Australie est omnivore. La proportion d’éléments végétaux et animaux consommés varie aux différentes périodes de l’année, bien que les premiers constituent généralement la plus grande part du régime. Autant que possible, les oiseaux prennent les parties des plantes présentant la plus haute valeur nutritive : graines, fruits, fleurs et racines tendres. Se déplaçant beaucoup, l'Émeu d’Australie participe probablement à la dispersion des graines ce qui doit contribuer au maintien de la biodiversité R. J. McGrath & D. Bass, Seed dispersal by Emus on the New South Wales north-east coast in EMU, 99: 248–52, 1999.. En été, ils mangent de grandes quantités d’insectes (sauterelles, coccinelles, chenilles, fourmis...) ainsi que des petits vertébrés R. D. Barker & W. J. M. Vertjens, The Food of Australian Birds 1 Non-Passerines, CSIRO Australia .. La coprophagie a également été constatée.
Pendant la journée, y compris en été, les Émeu d’Australie se nourrissent dans des espaces découverts, ce qui implique qu’ils ont besoin de beaucoup d’eau et qu’ils boivent fréquemment. Toutefois, les Émeus d’Australie ont une importante capacité de résistance au manque d'eau.
Avant d’entamer la couvaison, le mâle se constitue d’importantes réserves de graisse, car en général il ne mange ni ne boit durant cette période de huit semaines.
Reproduction vignette|gauche|Des œufs d'émeu.|297x297px vignette|Œuf d'Émeu d'Australie au muséum de Toulouse. vignette|Œuf d'Émeu d'Australie au muséum de Toulouse. La stratégie de reproduction de l’Émeu d’Australie est basée sur la polyandrie, les mâles prenant l’entière responsabilité des soins aux œufs et ensuite aux poussins.
Lors de la formation de couples, la femelle commence par émettre son appel ronflant caractéristique, dans le but d’attirer un mâle. Les couples vont ainsi se former en décembre-janvier et rester ensemble cinq à six mois. Les accouplements et les pontes se déroulent de février à juillet, mais surtout d'avril à juin. Pendant cette période, les cycles hormonaux se modifient ; chez le mâle, il y a une augmentation des taux de LH et de testostérone et les testicules doublent de taille I. A. Malecki et al., Endocrine and testicular changes in a short-day seasonally breeding bird, The Emu (Dromaius novaehollandiae) in Southwestern Australia in Animal Reproduction Sciences, 53:143–55, 1998, .. Ce dernier entreprend de récolter des matériaux et de construire des nids à l’intérieur de son territoire où la femelle l'a rejoint.
Le nid (une dépression peu profonde et large de un à deux mètres, garnie de brindilles, de feuilles et d’herbes) est construit par le mâle. Il est fréquemment situé à l’abri d’un buisson ou d’un arbre, mais toujours dans un endroit plutôt dégagé, d’où le mâle couché a une bonne vue sur les alentours. Les deux oiseaux vont s'accoupler tous les jours ou tous les deux jours et la femelle va pondre un œuf tous les deux à trois jours pour avoir une couvée en moyenne de 5 à 15 (maximum 24) œufs vert foncé. Ces œufs pèsent 700 à chacun et mesurent de long sur de diamètre Reader's Digest Complete Book of Australian Birds, Reader's Digest Services, 1976 ., ce qui équivaut à 10 à 12 œufs de poules. La première observation de vrais (génétiquement identiques) jumeaux chez les oiseaux a été faite chez l'Émeu d’Australie S. M.Bassett et al., Genetically identical avian twins in Journal of Zoology, 247: 475–78, 1999.. vignette|gauche|Des oisillons avec leur premier plumage fait de bandes jaunes et brunes permettant un meilleur camouflage.|243x243px Comme chez les casoars et les nandous, le mâle assume seul la couvaison et les soins aux jeunes. Pendant qu’il couve, la femelle peut soit rester dans les environs faisant preuve d’agressivité envers tout intrus, soit quitter le territoire pour s’accoupler avec un autre mâle. Dans une année favorable, une femelle peut ainsi avoir trois couvées S. J. J. F. Davies, The natural history of the Emu in comparison with that of other ratites in Proceedings of the international ornithological congress, H.J. Firth and J. H. Calaby eds, Australian Academy of Science, , 1976 ..
Pendant toute la période d’incubation, le mâle ne mange pas, ne boit pas, ni ne défèque. Il se lève plusieurs fois par jour pour retourner les œufs. Une fois la ponte terminée, le mâle repousse agressivement la femelle. Pendant toute cette période, le mâle va perdre un tiers de son poids, ne survivant que grâce à ses réserves de graisse et avec pour seule boisson les gouttes d'eau qu'il pourra récupérer de la rosée de la nuit.