Le conflit armé colombien est un conflit interne en Colombie. On date son origine au milieu des années 1960 avec la création de différentes guérillas marxistes. À partir des années 1980, des groupes paramilitaires se constituent, se présentant comme une force de contre-insurrection opposée aux guérillas que l'État ne parvient pas à vaincre. Au cours des années 2000, les Autodéfenses unies de Colombie, principal groupe paramilitaire, sont officiellement désarmées après un accord de paix avec le gouvernement (remplacées par des « groupes émergents » moins puissants). Le conflit se poursuit à la fin des années 2000 entre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et l'ELN (marxiste), les cartels paramilitaires (BACRIM) et les forces gouvernementales.
Entre 1985 et 2018, le conflit a fait au moins , et de déplacés d'après la Commission de la vérité. Il constitue, selon le sous-secrétaire des Nations unies pour les questions humanitaires, « la plus grande catastrophe humanitaire de l’hémisphère occidental »..
Un accord de cessez-le-feu définitif (les FARC observaient déjà auparavant un cessez-le-feu unilatéral) est annoncé le qui est déclaré comme étant entre les FARC et le gouvernement.. L'accord de paix est finalement signé le et soumis à référendum.. Le , le gouvernement colombien et les FARC paraphent l'accord de paix mettant fin au conflit armé qui les opposait.
Le référendum rejette de justesse l'accord, mais une nouvelle phase de négociation permet de modifier le projet, finalement adopté par le parlement. Le conflit se poursuit toutefois entre l'État colombien et des groupes armés divers : guérillas subsistantes (ELN, EPL), dissidents des FARC, groupes paramilitaires, les uns et les autres pouvant en outre être liés au narcotrafic.
Historique Origines L'actuel conflit armé colombien commence à l'issue de la période dite de , au milieu des années 1960, avec la formation de deux groupes de guérilla marxistes : les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et l'Armée de libération nationale (ELN). Le premier de ces groupes émerge comme branche militaire du Parti communiste colombien, à partir de groupes de guérilla issus de la République de Marquetalia et des autres zones d'autodéfense communistes constituées en particulier dans les départements du Tolima et du Meta. Les FARC sont essentiellement constituées de paysans, avec un fort encadrement du Parti communiste.
L'ELN est un groupe d'inspiration castriste qui se fonde à la même période dans le département de Santander, bénéficiant initialement du soutien des communistes au travers des syndicats des ouvriers du pétrole. Rapidement, des tensions se font jour entre les deux groupes : tandis que les castristes, selon la théorie foquiste, croient que la guérilla peut mener à la révolution même si toutes les conditions objectives n'en sont pas réunies, les communistes « orthodoxes » jugent que dans la situation de la Colombie de la fin des années 1960, la priorité doit être donnée à l'action de masse au travers du Parti communiste et des syndicats. L'ELN obtient une importante couverture médiatique grâce à des actions à fort impact comme le , et à la personnalité de Camilo Torres, prêtre extrêmement populaire qui rejoint l'ELN et périt rapidement lors d'un affrontement avec une patrouille militaire.
En 1967, un troisième groupe de guérilla, l'Armée populaire de libération (EPL) émerge à partir d'une scission maoïste du Parti communiste colombien. Toutefois, ces groupes de guérilla ne connaissent pas d'importants succès et, au début des années 1970, sont réduits à quelques centaines de personnes agissant dans des zones reculées du pays. L'ELN est durement touchée en 1973 au cours de l'opération Anorí, mais quelques dizaines de guérilleros échappent à l'encerclement de l'armée et continuent leur lutte armée.
Dès 1969, un règlement de l’armée ordonne . En 1976, le commandement de l'armée souligne que . Des organisations paramilitaires telles que l’Alliance américaine anticommuniste (triple A) commencent alors à assassiner des militants de gauche.
Années 1970-1980 Les années 1970 sont marquées par la reconstitution des structures des FARC et de l'ELN, qui parviennent à conserver leurs bases d'appui rurales, par l'émergence du (M-19). En 1982, le président conservateur Belisario Betancur, constatant le peu de résultats des politiques de répressions observées par ses prédécesseurs, propose d'engager des négociations avec les guérillas. Longtemps dénoncés comme de simples bandits ou criminels, le caractère politique des motivations des guérilleros est reconnu et, pour la première fois, un gouvernement concède l'existence de « raisons objectives » au développement de la lutte armée colombienne. Les guérillas répondent favorablement à cette politique d'ouverture, et en 1985 les FARC constituent en association avec une fraction de l'ELN, le Parti communiste et d'autres acteurs politiques civils l'Union patriotique. Le M-19 convient également d'un cessez-le-feu avec le gouvernement.
Cette nouvelle stratégie du pouvoir colombien à l'adresse des guérillas est néanmoins loin d’emporter l'adhésion de tous. Les États-Unis qui, dirigés par Ronald Reagan, cherchent à appliquer en Amérique latine une politique intransigeante de contre-insurrection acceptent très mal l'idée de négociations. L'ambassadeur américain Lewis Tambs s'emploie ainsi à torpiller les négociations et forge durant cette période l'expression de « narco-guérilla ». Par ailleurs, de grands propriétaires terriens, alarmés par le discours introduit par les ex-guérilleros dans le débat politique national en matière de réforme agraire, entreprennent de renforcer des groupes paramilitaires privés qui constitueront ultérieurement les AUC. De plus, . Enfin, Les cartels de drogue du pays exerçaient ans les années 1980 une corruption considérable sur la classe politique et nourrissaient une relative inquiétude à voir émerger une nouvelle mouvance politique.
Dans ce contexte, l'Union patriotique fait rapidement l'objet d'une répression sanglante à laquelle prennent part cartels de drogue et paramilitaires, mais aussi certains secteurs de l'armée et de la police. Cette campagne d'assassinats se poursuit plusieurs années et laisse des milliers de militants tués, ainsi que la plupart des élus du parti et ses candidats aux élections présidentielles. De son côté, le M-19 dénonce des attaques de l'armée contre ses forces (dont notamment l'assassinat de l') et l’inflexibilité du gouvernement sur les thématiques sociales abordées au cours des négociations. L'ensemble des guérillas reprennent progressivement la lutte armée.
À partir de cette époque, le conflit n'épargne plus les grands centres urbains : la prise du palais de justice de Bogota, les 6 et , par le M-19, fait une centaine victimes dont 33 des , et et une dizaine de disparations.. La Coordination des guérillas Simón Bolívar est créée en 1987. Cette structure est un espace de travail commun entre l'ELN, l'EPL, le M-19, ainsi que des groupes de moindre importance : le PRT (maoïste) et le , guérilla indigène du département du Cauca. Elle explose toutefois rapidement quand plusieurs guérillas (M-19, Quintín Lame et la majeure partie de l'EPL) déposent les armes et signent un accord de paix avec le gouvernement, qui aboutit à l'assemblée constituante de 1991 : à partir de cette date, les seules guérillas actives sont les FARC, l'ELN, et la frange de l'EPL qui a refusé de déposer les armes.
1990-2002 En , le siège du secrétariat des FARC à La Uribe est pris par l'armée, déclenchant en 1991 une contre-offensive des FARC sur tout le territoire colombien. Les dirigeants de FARC sont désormais contraints à la mobilité et les contacts avec le gouvernement sont rendus beaucoup plus difficiles. Les FARC se placeront désormais dans une stratégie militaire, au détriment du politique : cette orientation s'explique en particulier par l'affaiblissement du Parti communiste (décimé à la suite de l'expérience de l'Union Patriotique), et par la mort de Jacobo Arenas, principal idéologue du mouvement, en 1990. La conférence de 1993 des FARC réaffirme l'objectif de la conquête du pouvoir, et elle est suivie par une importante vague d'offensives des FARC entre 1993 et 1998, qui se traduit par la prise de plusieurs bases militaires et de villages, au cours d'opérations concentrant plusieurs centaines de guérilleros, la plus importante étant sans doute la prise de Mitú le . Selon , le conflit colombien passe alors à la phase de guerre de mouvement, et les forces armées ne semblent plus en mesure de maîtriser les guérillas. L'action des FARC et de l'ELN passe également par des barrages routiers, des enlèvements et des sabotages (oléoducs, centrales hydroélectriques…).
Face à l'inefficacité de l'armée, le phénomène paramilitaire prend de l'ampleur et se structure. D'abord essentiellement présent autour du golfe d'Urabá, il se structure en 1994 au niveau régional par la constitution des (ACCU), puis en 1997 par la constitution des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), sous la direction de Carlos Castaño. Le président Samper autorise également la constitution de groupes citoyens d'autodéfense appelés Convivir, qui dans les faits servent de couverture aux paramilitaires. L'un des modes d'actions des paramilitaires est le massacre de civils dans des villages supposés favorables à la guérilla, comme le massacre de Mapiripán, en . Dans ce dernier cas, la complicité de l'armée a été reconnue par la justice colombienne et la Cour interaméricaine des Droits de l'Homme.
vignette|gauche|Unité féminine des FARC entre 1998 et 2002.
C'est dans ce contexte explosif que le président Andrés Pastrana décrète en 1998 la création d'une zone démilitarisée de dans les départements du Meta et du Guaviare pour y conduire des dialogues avec les FARC. Les dialogues tenus dans cette zone, occupée par les FARC de à aboutissent à des libérations unilatérales de prisonniers par les FARC (en 1998, les FARC détenaient plus de et policiers), mais ils ne permettent pas un règlement du conflit, et la zone démilitarisée est utilisée par les FARC pour recruter de nouveaux soldats, toucher les rançons des enlèvements et servir comme base arrière pour des opérations militaires. De son côté le gouvernement refuse de libérer ses prisonniers et négocie un projet de militarisation avec les États-Unis. La violence paramilitaire s’accroit : tandis qu’en 1999 on enregistrait 168 massacres, leur nombre atteignait 236 en 2000. En , le président Pastrana décrète la réoccupation de la zone démilitarisée. Les FARC comptent alors environ et disposent de milices urbaines dans certains quartiers de Bogotá, Cali et Medellín, et de groupes de guérilla dans le páramo de Sumapaz, aux portes de Bogotá.
Mandats d'Álvaro Uribe : 2002-2010 Les deux mandats d'Álvaro Uribe sont marqués par une politique dite de sécurité démocratique : la priorité est donnée à la réponse militaire aux guérillas, avec pour objectif la rétablissement de la présence de l'État sur tout le territoire colombien. L'armée voit son budget, ses effectifs et sa capacité aérienne fortement renforcés (en particulier à la suite du Plan Colombie, qui se traduit par une importante aide militaire américaine à la Colombie). Le budget de la défense représente en 2008, de dollars soit 4 % du produit national brut. Les capacités opérationnelles de l'armée lui permettent de nouveau de résister aux FARC et de les faire reculer, aidées en cela par une forte offensive des AUC, jusqu'à leur démobilisation en 2006.
Plan Colombie Les États-Unis mettent sur pied à partir de 2000 le Plan Colombie afin d'assister de façon plus significative qu'auparavant le gouvernement colombien face aux groupes rebelles et aux narcotrafiquants. Dans les quinze années qui suivent, près de colombiens vont être formés dans ce cadre et des dizaines d'hélicoptères d'attaque livrés à l'armée colombienne.