Lisette de Brinon, née Jeanne Rachel Louise Franck le dans le Registre des actes naissance de la ville de Paris, arrondissement, année 1896, acte n°547, cote V4E 8631. et morte le à MontmorencyRegistre des actes naissance de la ville de Paris, arrondissement, année 1896, acte n°547, mention en marge du décès, cote V4E 8631., est une personnalité mondaine française, surtout connue pour son mariage en secondes noces avec Fernand de Brinon, « ambassadeur de France à Paris » pendant la collaboration avec l’occupant nazi et laudateur du régime nazi.

Biographie Lisette Franck est née dans une famille de la grande bourgeoisie juive belge originaire d'Alsace installée à Paris. Elle est l’arrière-petite-fille d'Arnaud Aron grand rabbin de Strasbourg, et la fille de Joseph René Franck, chef de bataillon en retraite, officier de la Légion d'honneur, et dirigeant fondateur d'une compagnie de courtage de sucre. Henri, son frère aîné, que Lisette admirait, normalien, poète patriotique proche de Maurice Barrès, qui eut une liaison avec Anna de Noailles, est mort de la tuberculose le à l'âge de 23 ans. Emmanuel Berl, qui rédigea les premiers discours du maréchal Pétain, notamment le célèbre : , est son cousin germainBernard Ullmann, Lisette de Brinon, ma mère, Éditions Complexe, 2004, p. 36.. Lisette Franck aura pour amie d'enfance l'écrivain Colette Mayer-Grunbaum, connue sous son nom de plume Constance Coline.

Depuis sa jeunesse, elle fréquente les milieux de la politique et de la culture. Elle se marie le avec Claude André Ullmann, attaché de banqueMention figurant à l'acte de mariage dressé le 19 janvier 1916 par Constant Lavy, adjoint au maire du arrondissement de Paris., né à Paris d'une famille juive de FrancfortSon beau-père, Émile Samuel Ullmann, est banquier et demeure 99, rue de Courcelles à Paris.. De cette union sont issus deux fils : Pierre-Jérôme (1920-1997) et Bernard (1922-2008)Né le dans le ., journaliste à l'Agence France-Presse et à L'Express. Après la Première Guerre mondiale, elle mène une vie mondaine active, entourée d'artistes et de personnalités de gauche, comme Léon Blum, et de droite, comme Drieu la Rochelle, qui s'impliquera dans la collaboration avec l'occupant.

En 1932, elle fait la connaissance à Genève du journaliste Fernand de BrinonBernard Ullmann, Lisette de Brinon, ma mère, Éditions Complexe, 2004, p. 77., qui en 1933 se fera remarquer par son interview exclusive et retentissante d'Adolf Hitler. Poussée par la passion, elle divorce le Le divorce est prononcé le 22 janvier 1933 par le Tribunal civil de la Seine et transcrit sur les registres de l'état civil le 14 mars 1934 (mention figurant en marge de l'acte de mariage).. Convertie au catholicisme, elle obtient du Vatican, pour pouvoir se marier à l'église, l’annulation de son premier mariage. Le , elle épouse à Neuilly-sur-SeineRegistre des actes naissance de la ville de Paris, arrondissement, année 1896, acte n°547, mention en marge de son second mariage, cote V4E 8631. Fernand de Brinon, ce qui la préservera plus tard des mesures raciales du gouvernement de Vichy.

Installés dans un grand appartement 24, quai de Béthune appartenant à Helena RubinsteinBernard Ullmann, Lisette de Brinon, ma mère, Éditions Complexe, 2004, p. 84., les relations du couple sont les hommes politiques, les diplomates, les banquiers, les journalistes et les intellectuels, dont certains sont séduits par la doctrine nationale-socialiste. Ils reçoivent notamment Jean Cocteau, Pierre Drieu la Rochelle, Gaston Palewski, Jacques Kayser, le général Bourret, Marthe de Fels, la princesse Bibesco, Melchior de Polignac, Guy de Wendel, Gaston Henry-Haye, Robert Bollack, Pierre David-Weill, Jean Fontenoy, Mary Marquet, Arletty, Charles Bedaux et Otto AbetzBernard Ullmann, Lisette de Brinon, ma mère, Éditions Complexe, 2004, pp. 94-96..

En 1936, elle se rend avec son conjoint à Berlin pour y assister aux Jeux olympiquesBernard Ullmann, Lisette de Brinon, ma mère, Éditions Complexe, 2004, p.98.

Après la défaite de 1940, Fernand de Brinon devient l'un des agents actifs de la collaboration avec les Allemands, occupant des postes-clés auprès du régime de Vichy et des autorités d'occupation. Le couple se distend en raison à la fois de l'origine juive de Lisette, qui l'oblige à se faire discrèteBernard Ullmann, Lisette de Brinon, ma mère, Éditions Complexe, 2004, p. 107 : « Ce qui signifie concrètement : ne pas se faire remarquer, ne jamais se faire voir, moins encore photographier aux côtés d'un mari devenu haut dignitaire du régime et persona grata auprès des Allemands »., et de la liaison persistante entre Fernand de Brinon et sa secrétaire particulière, Simone MittreBernard Ullmann, Lisette de Brinon, ma mère, Éditions Complexe, 2004, p.108 : "Sa jalousie grandissante pour "l'autre femme", cette Simone Mittre, qui siège dans le bureau adjacent à celui de Fernand, préside à sa table et sans nul doute partage son lit.". Lisette de Brinon vit alors une espèce d'exil intérieur sous l'Occupation. Elle partage son temps entre sa propriété d'Orriule (Pyrénées-Atlantiques), Saint-Quentin-la-Chabanne (Creuse) où les Brinon possèdent un château, Paris et Vichy où elle vient de temps rejoindre son mariBernard Ullmann, Lisette de Brinon, ma mère, Éditions Complexe, 2004, p. 140 : « Elle circule à sa guise entre le Béarn, la Creuse et Vichy. En revanche, sa venue à Paris est tout juste tolérée, à condition, plus encore là qu'ailleurs, qu'elle s'y montre discrète »..

Selon Pierre Assouline, Lisette de Brinon a bénéficié du statut d'« aryenne d'honneur ». Il s'agit selon lui d'une sorte de certificat qui permettait de bénéficier de clauses de sauvegarde incluses dans l'article 8 du statut des Juifs et qui préserve par exemple plusieurs protégées de Philippe Pétain, chef de l'État français, comme la marquise de Sauvan d'Aramon, la marquise de Chasseloup-Laubat et Pierre Girot de Langlade, nées Suzanne, Marie-Louise et Lucie Stern, Le Dernier des Camondo, 1997, .Il n'a jamais existé de tel certificat d'« Aryen d'honneur », qui était une simple expression employée en Allemagne pour désigner des personnes bénéficiant d'un régime dérogatoire au statut des Juifs.. Gabriel-Louis Pringué affirme cependant que Girot de Langlade Lucie Stern mourut en effet à Auschwitz le .. En 2004, son fils Bernard confirme qu'à la demande de son mari auprès des autorités allemandes, Lisette de Brinon a bénéficié de ce statut particulier et qu'en outre, elle avait reçu en d'Helmut Knochen, chef de la police de sûreté, une dispense de port de l'étoile jauneBernard Ullmann, Lisette de Brinon, ma mère, Éditions Complexe, 2004, p. 141 : « Ce n'est qu'en 1943, après l'occupation de la France entière et sans que l'appellation "d'aryen, ou d'aryenne d'honneur" n'ait figuré dans aucun texte officiel, que seront entérinées par les autorités allemandes quelques très rares exemptions. (...) Lisette, à la demande expresse de son mari, est placée sur cette liste forte restreinte. Elle ne se verra donc pas astreinte, en zone Nord, au port de l'étoile. Brinon manifeste jusqu'au bout à son égard un souci réel de sa sécurité. Grâce à lui, elle reçoit le 13 juillet 1942 une dispense provisoire, signée par Helmut Knochen, commandant de la police de sécurité. Ce document est rendu définitif par une ordonnance du SS Brigade-führer Carl Oberg, chef de la Gestapo à Paris »..

Au micro de la BBC, l'humoriste Pierre Dac la dénonce, en chantonnant :

À la Libération, elle tente de rejoindre Fernand de Brinon à Sigmaringen ; l'accès au château où il se trouve lui est interditBernard Ullmann, Lisette de Brinon, ma mère, Éditions Complexe, 2004, p. 156 : « Elle avait pu enfin rejoindre Sigmaringen dans les derniers jours d'avril, alors que se précipitait la débâcle nazie. Mais l'accès au château baroque des Hohenzollern, siège de la Commission gouvernementale moribonde, lui restait interdit ».. Après plusieurs jours d'errance et après avoir tenté de se réfugier en Suisse, Fernand de Brinon et son épouse se présentent aux autorités américaines à Hochfintermünz (Autriche). Le , ils sont transférés à Lindau, puis, une semaine plus tard, ramenés menottes aux poignets, en compagnie de Bernard Ménétrel, à ParisBernard Ullmann, Lisette de Brinon, ma mère, Éditions Complexe, 2004, p. 157.. Emprisonnée à Fresnes, elle est ensuite mise hors de cause et libérée en , tandis que son mari est condamné à mort pour trahison, est fusillé au fort de Montrouge, le .

Après avoir vendu, en 1946, sa maison d'Orriule, Lisette de Brinon prend en location un appartement à Paris rue du Commandant-Rivière et devient traductrice pour les Éditions Plon et les Presses de la CitéBernard Ullmann, Lisette de Brinon, ma mère, Éditions Complexe, 2004, p. 208.. Elle se rapproche de Josée de Chambrun, fille de Pierre Laval, condamné à mort et exécuté après la Libération, comme son mari Fernand de BrinonBernard Ullmann, Lisette de Brinon, ma mère, Éditions Complexe, 2004, p. 195.. Elle entretient également une relation amicale intense avec un ancien collaborationniste, Jacques Benoist-Méchin, comme le relève son fils Bernard Ullmann dans la biographie qu'il lui a consacrée :

Bernard Ullmann évoque aussi son amitié avec l’écrivain Roger Peyrefitte :

Lisette de Brinon est placée par ses fils dans une maison de retraite de la région parisienne et meurt dans une clinique de Montmorency dans la nuit du à l'âge de 85 ansBernard Ullmann, Lisette de Brinon, ma mère, Éditions Complexe, 2004, p. 218..

Notes et références Notes

Références

Bibliographie . . .

Voir aussi Vie des Français sous l'Occupation allemande Antisémitisme sous le régime de Vichy

Liens externes

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