Byerley Turk est le plus ancien des trois étalons à l'origine des Pur-sang actuels. Il passe relativement inaperçu à son époque, l'Angleterre de la fin de la Restauration Stuart, peu d'informations relatives aux chevaux de Robert Byerley ayant survécu. Byerley Turk a vraisemblablement été monté par le capitaine Byerley pendant son service militaire en Irlande, notamment à la bataille de la Boyne et sur une course hippique dans le comté de Down.
Ce cheval devient connu à partir du milieu du , en raison de sa présence dans les généalogies des meilleurs chevaux de course anglais, puis est hissé au siècle suivant au rang des étalons fondateurs de la race des chevaux de course Pur-sang. Il suscite de vifs débats de spécialistes ainsi que des légendes, en particulier concernant ses origines et le contexte de son acquisition par le capitaine Byerley.
Byerley Turk est le père de Basto, et l'ancêtre de Herod.
Dénomination et sources vignette|gauche|upright=1.3|Entrée du « Byerly Turk » dans la première édition complète du General Stud Book publiée en 1793 par James Weatherby.|alt=Texte en noir sur une page jaunie. Le professeur de littérature britannique Richard Nash identifie , Byerly et Byerley, qui a été proposé après la restauration moderne de la version antérieure. Au début du , C.M. Prior a en effet ce qu'il estimait être la du nom de Byerley dans le General Stud Book (GSB). Cette orthographe révisée a rapidement remplacé l'ancienne dans les sources.
Nash souligne aussi qu'à l'époque où ce cheval a vécu, il y avait peu de ; de plus, la notion de Pur-sang, comme celle de races de chevaux distinctes et à préserver dans leurs spécificités, n'existe pas encore. Les importations régulières de chevaux orientaux ont pour but de le cheptel anglais. Le concept de race de chevaux étant en formation à l'époque, les notions de cheval turc, arabe et barbe peuvent être utilisées de façon interchangeable. Le qualificatif de « turc » peut être appliqué à un cheval né en Angleterre de parents importés .
La première mention connue de ce cheval est du fait d'une tentative de John Cheny d'établir les pedigrees des chevaux connus par les turfistes anglais, en 1743. Il écrit :
Cheny affirme tenir que ce cheval était arabe et qu'il s'appelle Byerley's Turk, bien que la seule information d'origine soit qu'il s'agisse du Byerley's Charging Horse (cheval de charge de Byerley).
Histoire Richard Nash remet l'histoire de Byerley Turk dans le contexte de son époque, . L'historienne anglaise Donna Landry insiste quant à elle sur l'admiration dont jouissent les chevaux de l'Empire ottoman en Angleterre à l'époque. Au milieu du , l'importance culturelle et le succès des courses de chevaux entraînent la diffusion de détails d'altérité exotique au sujet de Byerley Turk. Landry note que chacun des trois étalons fondateurs du Pur-sang est associé à une histoire d'acquisition prestigieuse par des Européens : la capture militaire pour Byerley Turk, le cadeau diplomatique pour Godolphin Arabian, et le commerce pour Darley Arabian. À l'origine de la fondation de la race du Pur-sang et de l'histoire de Byerley Turk se trouvent aussi des , avec une intrication entre la généalogie des chevaux et la mémoire vivante de leur propriétaire, ..
Dans le premier volume (et les suivants) du General Stud Book, ce cheval était identifié comme Byerly Turk. Les informations que Cheny a enregistrées dans sa liste historique de 1743, souvent copiées et répétées, le décrivent comme le cheval de charge militaire du capitaine « Byerly » (Robert Byerley) pendant les guerres du roi Guillaume III d'Orange-Nassau. Les informations de Cheny sont notamment reprises par Prior.
Naissance et jeunes années L'origine de Byerley Turk donne lieu à . Il existe deux hypothèses principales concernant sa naissance et ses jeunes années, et diverses propositions de dates de naissance échelonnées entre 1679 et 1684.
Hypothèse d'une capture hors d'Angleterre vignette|droite|upright=2|L'armée impériale pénétrant dans Buda : Charles V de Lorraine (à cheval, à gauche) et Eugène de Savoie (à cheval, à droite) devant le corps du général ottoman Abdurrahman Abdi Pacha. Peinture de Gyula Benczúr, 1896.|alt=Tableau montrant des hommes en uniforme, au premier-plan à gauche, un homme est emmené prisonnier, au centre des cavaliers La version la plus courante est de voir dans Byerley Turk une prise de guerre anglaise à l'empire ottoman.
L'historien Prior, qui a longtemps fait autorité., soutient en 1924 (et sans citer ses sources) que Byerley Turk a été capturé par le capitaine anglais Robert Byerley en 1687, lors des sièges de Buda (Hongrie) contre les Ottomans. Cette hypothèse est présentée comme la véritable histoire de Byerley Turk dans de nombreux ouvrages récents.. Selon la légende, l'étalon aurait été si rapide et fougueux qu'il fallut plusieurs jours de traque pour parvenir à le capturer.
Le capitaine Byerley se serait trouvé dans l'un des régiments du duc de Lorraine. ; il n'existe cependant aucune preuve qu'il ait participé à ce siège. Dans le cadre de la rédaction de son roman historique The Byerley Turk : The True Story of the First Thoroughbred (publié en 2005), James Jeremy a recherché des informations à propos du siège de Buda dans les archives : il n'existe aucune mention de Robert Byerley ou d'un cheval turc capturé à Buda. De plus, les archives de la carrière militaire complète de Byerley montrent sans ambiguïté que le seul service militaire qu'il a effectué hors d'Angleterre fut la campagne irlandaise de 1689-90. Jeremy a donc postulé que c'est Edward Vaudrey qui aurait capturé Byerley Turk pendant cette campagne, avant de le vendre au capitaine Byerley.
D'après l'analyse de Nash, Prior décrit la capture du cheval à Buda dans le contexte de l'entre-deux-guerres, alors que l'Angleterre cherche à contenir le mouvement indépendantiste en Irlande. Son acceptation populaire découle du fait qu'il était facile d'imaginer qu'un cheval présent lors des victoires des Protestants de la maison d'Orange en Irlande puisse provenir d'une victoire antérieure lors d'un conflit européen.
Il existe aussi une version qui date la capture de Byerley Turk au siège de Vienne par l'empire Ottoman, en 1683.
Hypothèse d'une naissance en Angleterre vignette|Détail sur la tête de Byerley Turk, d'après une peinture attribuée à Thomas Spencer.|alt=Une tête de cheval brun vue de profil Alexander Mackay-Smith et Nash proposent l'hypothèse que Byerley Turk soit né en Angleterre ; il n'existe en effet aucune preuve qu'il soit né en dehors. Mackay-Smith s'appuie sur son travail antérieur de démystification des origines « arabes » du Pur-sang. Nash réalise une enquête historique en s'appuyant sur les archives.
Robert Byerley a hérité du domaine familial de son père Anthony Byerley, Middridge Grange, après la mort de celui-ci, ce qui a laissé supposer qu'il y vivait déjà avec son cheval « turc » avant son mariage avec Mary Wharton en 1692, mariage qui lui a permis de s'approprier Goldsborough Hall. Cependant, Robert Byerley était déjà responsable de Goldsborough et de tous les biens de Mary durant les sept années précédentes. La correspondance entre Lord Wharton et Philip Swale évoque une transaction passée pour une jument et un ou deux poulains, arrivés sur son domaine durant l'été 1685, ce qui pourrait correspondre à Byerley Turk. Mourant, Wharton entre en possession d'une poulinière et d'un ou deux poulains en 1684-1685.
Le règlement après sa mort est , mais au moins un poulain né au printemps 1684 ou 1685 fait partie de la succession de Mary Wharton, dont Robert Byerley est alors le tuteur.
Son éleveur, le Capitaine Francis Wilkinson de Borrowbridge (West Laten dans le Yorkshire), a pour neveu un éleveur de Pur-sang devenu extrêmement important en épousant l'héritière de la famille Darcy de Sedbury (propriétaire de nombreuses juments royales, ou Royal Mares). Les archives confirment que . Le testament de Philip Wharton indique qu'il donne huit chevaux aux quatre hommes qu'il charge d'administrer ses biens, indiquant qu'il disposait d'une grande écurie de chevaux de qualité. Un dernier indice est que les 78 poulinières les plus anciennes identifiées comme étant à l'origine du Pur-sang dans le GSB proviennent d'une zone géographique restreinte, la Vale of York, située entre le Yorkshire et le Durham.
Carrière sportive de Byerley Turk vignette|Byerley Turk tenu par un groom, peinture de John Wootton datée de 1731.|alt=Peinture montrant un cheval marron foncé tenu par un homme En 1685, James II a accordé une charte à une Corporation of Horse Breeders in the County of Down, permettant d'y établir un hippodrome et d'organiser des courses pour stimuler l'élevage de chevaux. La première course est organisée en à Downroyal, et remportée par le Barbe du colonel Heyford, le Turc de Byerley terminant .. D'autres versions, non-vérifiées, accordent une victoire à Byerley Turk et une « cloche d'argent » lors de cette course en Irlande du Nord, au printemps 1690.
Carrière militaire de Byerley Turk Il existe des preuves documentées que le capitaine Byerley utilise ce cheval lors de campagnes militaires en Irlande à partir de 1688-1689, sous les ordres de Guillaume III. Il participe vraisemblablement à la bataille de la Boyne en 1690. Prior ajoute que le capitaine Byerley aurait été capable d'échapper à une embuscade sur son cheval turc grâce à sa grande vitesse, pendant une mission de reconnaissance avant cette bataille.
Carrière de reproducteur vignette|gauche|Goldsborough Hall.|alt=Photo d'une grande maison en pierre avec de nombreuses fenêtres de couleur blanche, au premier plan une pelouse entretenue Lorsque le capitaine Byerley prend sa retraite militaire, son étalon est transféré au haras de Middridge Grange, puis en 1697 à Goldsborough Hall, dans le Yorkshire du Nord.
Byerley Turk est utilisé pour la reproduction lorsque le capitaine se retire dans son manoir de Goldsborough en Angleterre. Il est très vite remarqué pour son aptitude à donner naissance à des chevaux de course.. Il reste dans cet élevage au moins jusqu'en 1701..
Description vignette|Peinture de John Wootton qui pourrait représenter Byerley Turk. |alt=Peinture montrant un cheval marron foncé tenu par un homme D'après son portrait par John Wootton, Byerley Turk est un étalon de robe sombre, de couleur bai-brun ou bai foncé, dénué (ou presque) de marques blanches. Il semble de grande taille, a de grands yeux, est doté d'une longue encolure fine et attachée haut, et d'une queue également attachée haut.
Il y a controverse aussi quant à son origine génétique, certaines sources le décrivant comme un Arabe, d'autres comme un Turkoman (Akhal-Teké). Pour Landry, de tous les fondateurs du Pur-sang, Byerley Turk est le plus susceptible d'avoir été un cheval turc ou turkmène, donc un .
Byerley Turk est associé à l'haplogroupe Tb-oB1, qui se retrouve parmi une grande variété de races de chevaux, dont le Turkoman / Akhal-Teké., le Lipizzan et le Huçul, ces deux dernières races n'ayant pas été croisées avec le Pur-sang.. Plus spécifiquement, il présenterait le subhaplogroupe sHG Tb-oB1, une variation allélique du tétranucléotide microsatellite fBVB.. La lignée de Byerley Turk n'est pas associée à un marqueur allélique spécifique.
Nash postule que Byerley Turk puisse être un fils de la « jument Barbe naturelle » de Lord Arlington, une jument reçue du roi du Maroc et acquise ensuite par Wharton. Il se base sur le fait qu'Andrew Wilkinson possédait la jument Barbe naturelle de Lord Arlington avant 1685, et qu'à cette époque, il accouplait des juments avec son étalon turc.
Descendance et postérité