Gabriel Calloet de Querbrat (ou Calloet-Kerbrat, selon l'orthographe bretonne qu'il utilise parfois), né à une date inconnue, entre 1616 et 1620Jean-Luc Bruzulier, « Saint Yves, modèle pour les dévots bretons du ? L'exemple de Gabriel Calloët Kerbrat, avocat général des pauvres », dans Saint Yves et les Bretons. Culte, images, mémoire (1303-2003), Jean-Christophe Cassard et Georges Provost (dir.), Rennes/Brest, Presses universitaires de Rennes / Centre de recherche bretonne et celtique, 2004, pp. 243. Vincent Audren de Kerdrel proposait une naissance vers 1600, parce qu'il supposait que Calloet avait déjà un certain âge lorsqu'il devient avocat général en 1642. Il s'agit donc de cette date que l'on retrouve le plus souvent. à Kerbrat-en-Servel, actuellement dans la commune de Lannion (Côtes-d'Armor), et mort à Lannion le âgé d'environ 80 ans, est un agronome et écrivain catholique breton. Considéré comme l'introducteur en France de l'idée d'amélioration zootechnique par croisement, il a joué un rôle important dans la mise en place des au .
Les expérimentations agricoles thumb|left|Calloet-Kerbrat était passionné par les abeilles. thumb|upright=0.8|Le « rateau » de Calloet-Kerbrat. Planche du Dictionnaire Oeconomique de Noël Chomel, édition de 1760. Issu de la petite noblesse du Trégor, Gabriel Calloet-Kerbrat aurait fait ses études au collège jésuite de La Flèche, avant d'étudier le droit à ParisJean-Luc Bruzulier, « Saint Yves... », p. 244.. Il devient avocat général à la chambre des comptes de Bretagne, à Nantes, le , charge qu'il tenait en survivance, sans doute de son parent Antoine Calloet. Le , il obtint la charge d'avocat général pour la session de septembre, un office nouvellement créé par Louis XIV, qu'il occupera jusqu'en 1664Hyacinthe de Fourmont, Histoire de la Chambre des comptes de Bretagne, Paris, Signy et Dubey, 1854, pp. 332, 352 et 425 (lire en ligne).. Enfin en 1647, il devint conseiller d'état. Sa carrière parlementaire n'a jamais fait l'objet d'une étude, et pour cette période, on peut seulement lui attribuer la rédaction d'un éloge funèbre en latin du cardinal de La Rochefoucauld, vers 1645Epitaphius ill. card. Rupifucaldii a p. Calloet, slnd, ..
Au cours des années 1650, il se livre sur son domaine à l'expérimentation agronomique. La production de miel le passionne : il possède un verger important, et plus de 800 ruches. Afin de mieux comprendre leur mode de vie, il met au point la première ruche de verre connue ; il tire une grande fierté d'avoir . Mais il s'occupe également d'élevage ovin, caprin, chevalin et bovin, et cultivées selon ses méthodes, ses terres lui rapportaient, d'après ses estimations, un tiers de plus que ses voisinsBeaux chevaux. 1 Qu'on peut en avoir en France d'aussi beaux qu'en Espagne, Angleterre, Dannemarc... 2 Que cependant on peut tirer un tiers plus de profit qu'on ne fait de la nourriture de ceux de France. 3 Le moyen de le faire... Présenté au Roy, l'an 1666... (Par G. Calloët-Querbrat.), Paris, Veuve Langlois, 1666, pp. 5-6.. Il expérimente avec succès l'usage du sainfoin d'hiver, c'est-à-dire de l'ajonc marin, pour le fourrage, dont il se fera plus tard le propagandiste, et pour lequel il invente une herse spécialement destinée à rendre la terre plus meuble afin de le planter l'hiver, sur un champ ayant servi pour l'orgeAndré Jean Bourde, Agronomes et agronomie..., p. 125.. Ses écrits ultérieurs témoignent d'une connaissance directe des questions agricoles, puisqu'il emploie parfois un vocabulaire breton pour désigner certaines plantes et pratiquesJean-Luc Bruzulier, « Saint Yves... », pp. 243-244.. Il connaît bien, visiblement, l'élevage des chevaux ; il est vrai que les évêchés bretons de Tréguier et de Léon sont, à cette époque, de grands exportateurs de chevauxAndré Jean Bourde, Agronomes et agronomie..., p. 124..
thumb|left|Ajoncs sur une plage bretonne. Calloet-Kerbrat avait inventé une machine pour en extraire du fourrage.
Calloet-Kerbrat est également l'inventeur d'une machine à broyer les ajoncs afin d'en extraire du fourrage pour les bestiaux, souvent citée dans la littérature agronomiqueDes découvertes et des inventions nouvelles faites dans les Sciences, les Arts et les Manufactures, tant en France que dans les Pays étrangers, pendant l'année 1812, Paris, Treuttel & Wurtz, 1813 (lire en ligne).. Il conseille particulièrement l'usage de cette plante pour les poulains nouveau-nés, mais aussi pour les vaches et moutons. Cette pratique, de même que l'emploi de cette machine semblent s'être répandus en Bretagne au cours du Nicolas François de Neufchâteau, « Mémoire sur le profit que l'Agriculture peut tirer du Genêt commun, ou genêt à balai (spartium scoparium) », partie, Mémoires d'agriculture, d'économie rurale et domestique publiés par la Société d'agriculture de la Seine, t. X, Paris, Huzard, p. 160 (lire en ligne). et ses conseils alimentaires apparaissent encore dans la littérature vétérinaire du Henri-Marie Boulay et Jean Reynal, Nouveau dictionnaire pratique de médecine, de chirurgie, et d'hygiène, t. 1, Paris, Labbé, p. 297 (lire en ligne).. Parmi ses inventions, il faut encore citer sa « loge » de claie, qui sert à entreposer les raves durant l'hiver et son hache-navets pour la nourriture des bestiaux, qui comptent parmi les premières machines agricoles décrites par leur inventeur. Ses planches de dessins sont régulièrement reproduites au , notamment dans la Maison rustique, ce qui leur assure une large diffusionAndré Jean Bourde, Agronomie et agronomes..., p. 126..
Cette volonté d'expérimentation pratique est explicite chez Calloet-Kerbrat, même si elle coexiste avec d'autres formes d'établissement des preuves : il consulte les autorités anciennes, principalement Aristote et Hippocrate, et modernes, bien qu'il se méfie des médecins, exception faite de Juan Huarte, consulte les archives, écoute les avis des personnes compétentes. Ainsi, après avoir écouté l’avis des femmes de son village sur l’effet des différentes orientations du vent sur la naissance des coqs, Calloet-Kerbrat se livre à des expérimentations sur leur influence sur l’humidité de cristaux de sels, à des observations sur la frisure des cheveux, se livrant au passage à une réquisitoire contre le coût et l’insalubrité des perruques. Il en conclut, conformément à sa théorie, que le mâle, issu d’une semence chaude et sèche, est favorisé par les vents du nord et de l’est. Inversement, il signale lorsqu'il n'a pas expérimenté lui-même un procédé qu'il rapporte, tel que celui qui permet de choisir la robe d'un poulain à venir : on peint un tapis de la couleur désirée, dont on recouvre la jument depuis l’accouplement jusqu’à la naissance. Ce procédé, appliqué aux brebis, était déjà utilisé par le prophète JosuéBeaux chevaux..., pp. 14-15.. Sa démarche est donc, en toute rigueur, celle de la science du , où l'expérimentation prend le pas sur la citation des autorités.
Les publications agronomiques
thumb|left|upright=0.8|Colbert, peint par Philippe de Champaigne en 1666, l'année où Gabriel Calloet-Kerbrat lui présente ses travaux. Ruiné par un procès, il s'installe à Paris. C'est là qu'il publie de 1666 à 1680 une série de brochures concernant l'amélioration zootechnique des chèvres, brebis, vaches et chevaux, bien qu'il traite volontiers de sujets annexes, tels le choix du sexe des enfants, une critique du port de la perruque, la publicité pour son remède universel et une critique de la chicane juridique - l'un des thèmes favoris de la Compagnie du Saint-Sacrement. Il s'agit de textes courts, écrits dans un style direct puisque, à la manière d'Olivier de Serres, il tutoie son lecteur, avec des pointes d'humour et de nombreuses références à ses expériences personnelles, tout autant qu'à la culture classique. Audren de Kerdrel, son premier biographe, notait le ton familier avec lequel Calloet-Kerbrat s'adressait aux grands personnages, y compris au roi, attribuant ce trait de caractère à ses origines bretonnesAudren de Kerdrel, « Gabriel Calloet-Kerbrat... », pp. 207-208.. On pourrait tout autant y voir l'influence des pratiques de la Compagnie, où la préséance fondée sur le rang était exclueAlain Tallon, La Compagnie du Saint-Sacrement..., pp. 94-100..
Calloet-Kerbrat a cherché à rencontrer Colbert. Plusieurs historiens considèrent que Calloet-Kerbrat fut l'inspirateur de la politique du contrôleur général des finances en matière d'amélioration de l'élevageMichèle Virol, Vauban, de la gloire du roi au service de l'état, Champvallon, 2003, p. 208., et l'historien de l'agronomie André Jean Bourde lui-même écrivait : « On ne peut traiter de l’activité de Colbert dans le domaine de l’agriculture sans dire quelque chose d’une remarquable personnalité agronomique, Calloet-Querbrat ou Calloet de Kerbrat »André Jean Bourde, Agronomie et agronomes..., p. 122.. Les traces de leur rencontre font néanmoins défaut, mais elle est effectivement probable, puisque la Bibliothèque nationale conserve une lettre, en date du par laquelle ce dernier sollicite un rendez-vous auprès de Colbert, sur recommandation du Duc de Mazarin, lieutenant général de Bretagne : « Poür ces chevaux, brebis, et vaches, M. le Duc Mazarin, m’a demandé des mémoires, qu’il m’a dit vous avoir donné, et que vous désiriez me parler »BnF ms fr., Mélanges Colbert. Correspondance : janvier-mars 1666, f° 513. Publié dans .. Il y fait référence à ses premières brochures, qui viennent de paraître. L'une d'entre elles est dédiée au ministre, qui en reçoit un exemplaire spécialement imprimé sur vélin - aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale dans cette dédicace, Calloet-Kerbrat lui rappelle que c'est sur sa demande qu'il a rédigé ces mémoiresAudren de Kerdrel, « Gabriel Calloet-Kerbrat... », p. 193..
Les solutions proposées par Calloet-Kerbrat sont d'inspiration colbertiste. Il suggère, par exemple, d'envoyer dans chaque paroisse, un taureau flandrin, afin de le croiser aux vaches locales, afin de créer une race plus grande et plus féconde, et d'accorder à leurs gardes des privilèges fiscaux, comme cela se fait pour les étalons en PoitouAudren de Kerdrel, « Gabriel Calloet-Kerbrat... », p. 207.. Colbert a commencé dès 1659 à s'intéresser à la question des chevaux, puis de celle des bovins en 1662. Il croit à la possibilité de l'amélioration par croisement avec des reproducteurs importés, puisqu'il se préoccupe de faire venir en France étalons, béliers et taureaux.. Sur ce point, il est en accord avec les idées de Calloet-Kerbrat, contre l'idée dominante selon laquelle l'animal est un simple reflet du sol, et que les croisements aboutissent à une dégénérescence rapide. Sur d'autres points, au demeurant, il se situe aux antipodes de la pensée de l'agronome breton : alors que celui-ci propose le doublement des surfaces pâturées du royaume, Colbert fait passer l'édit de triage (1667), qui attribue aux seigneurs - et à défaut de seigneur, au Roi - le tiers des surfaces non-cultivées, lesquels vont généralement les transformer en terres cultivées plutôt qu'en pâtures.. L'influence de Calloet-Kerbrat sur la pratique colbertienne est donc probable, mais limitée.
thumb|Moutons dans la Marais poitevin. Calloet-Kerbrat s'intéressait aux animaux amenés par les Hollandais qui travaillaient à l'assèchement de ce marais.