Douze Hommes en colère () est un film dramatique américain de Sidney Lumet, sorti en 1957.. C'est l'adaptation de la pièce de théâtre du même nom écrite par Reginald Rose en 1954.

Ce film de procès présente une affaire criminelle au cours de laquelle un jury populaire de douze hommes doit délibérer sur le sort d'un individu de , accusé de parricide. En fonction de leur verdict, celui-ci peut être condamné à mort ou acquitté sur la base d'un doute raisonnable. Lors de la délibération, les jurés, issus de milieux sociaux très différents, sont forcés de remettre en question leur moralité et leurs valeurs, la discussion agissant comme un révélateur de leurs motivations et préjugés.

Le film explore de nombreuses techniques de recherche de consensus et montre les difficultés rencontrées dans un processus de décision parmi un groupe d'hommes, dont l'éventail des personnalités ajoute à l'intensité et au conflit pour juger l'affaire. Il explore également le pouvoir que possède une personne seule à provoquer un changement d'avis chez d'autres individus. Au cours du film, les membres du jury sont identifiés par un numéro ; aucun nom n'est révélé, jusqu'à un échange de dialogue tout à la fin du film entre les jurés et , respectivement M. Davis et M. McCardle.

Douze Hommes en colère se distingue également par son huis clos. Seules les toutes premières et dernières minutes du film sont tournées hors de la salle de délibération.

En 2007, le film est sélectionné par le National Film Registry pour préservation à la bibliothèque du Congrès, en raison de son intérêt « culturel, historique ou esthétique » important. Il est également sélectionné par l'American Film Institute dans son top 10 des films de procès, comme le deuxième meilleur film de cette catégorie (après Du silence et des ombres)..

Synopsis vignette|Bande annonce du film.

Les douze membres du jury d'une cour criminelle viennent d'entendre la fin des plaidoiries au procès d'un jeune homme suspecté de parricide. Regroupés à l'écart de la salle d'audience, dans une pièce spécifique pour rendre leur verdict, ces hommes ont en mémoire les propos du procureur général qui vient de leur déclarer que la vie d'un homme est entre leurs mains et que, en fonction de la sentence qu'ils établiront, ils peuvent envoyer l'accusé sur la chaise électrique (s'il est déclaré coupable à l'unanimité), le déclarer innocent (à l'unanimité) ou se déclarer divisés s'ils ne parviennent pas à se départager entre eux.

Les jurés prennent place autour de la table puis votent à main levée. Onze d'entre eux votent d'emblée pour la culpabilité de l'accusé. Seul le juré , un architecte, vote non coupable car il n'est pas certain et qu'il souhaite le temps d'une discussion. Étant donné la portée symbolique et le poids moral d'envoyer possiblement une personne vers la mort, celui-ci cherche le débat auprès des autres jurés.

Précisant sa pensée, le juré estime que des failles existent dans l'enquête telle qu'elle leur a été présentée par l'accusation. Il en veut pour exemple le couteau qui a été utilisé par le meurtrier. Après avoir demandé à l'huissier de leur apporter la pièce à conviction, présentée par un autre juré comme « unique », le juré prouve que ce style de couteau à cran d'arrêt, avec un manche sculpté, peut être acheté dans le commerce sans grandes difficultés. Il a lui-même fait acquisition d'une arme similaire pour six dollars dans une boutique de prêt sur gage situé à proximité des lieux du crime. Il sort alors son couteau et le plante sur la table, à côté de celui utilisé pour le crime, sous les yeux ébahis des autres jurés.

Après une discussion de quelques minutes, le juré propose un nouveau vote, cette fois à bulletin secret et sans qu'il y prenne part. Il propose à ses collègues de se ranger à l'avis dominant si tous votent coupable. Dans le cas contraire, il propose de poursuivre la discussion de l'affaire. Les onze autres jurés acceptent. Après le vote, les bulletins anonymes sont annoncés un par un par le président du jury qui, de manière inattendue, indique que sur l'avant-dernier est marqué « non coupable ».

Alors qu'un juré irascible, le , s'en prend au juré qu'il soupçonne à tort d'être l'auteur de ce retournement de vote, le juré étant lui aussi originaire d'un quartier difficile, le juré révèle que le vote « non coupable » vient de lui. Il justifie ensuite son revirement : invoquant son grand âge, le juré déclare comprendre les doutes exprimés par le juré et apprécie la force morale dont il a fait preuve en faisant, seul, face aux autres jurés.

Le débat arrive ensuite sur la crédibilité du témoin auditif du meurtre, un voisin de la victime à l'étage d'en dessous qui a déclaré sous serment avoir entendu le garçon accusé crier : puis entendu le corps de la victime tomber au sol. À cause du fracas causé par le métro aérien, avec une rame qui passait sur la voie à ce moment précis (comme attesté par le second témoignage du procès), il est probable que ce témoin n'ait pas pu entendre nettement la phrase, surtout avec sa fenêtre ouverte. Le juré , qui a vécu lui aussi aux abords du métro aérien, change alors d'avis et vote « non coupable ».

Le juré , toujours aussi irascible, fait à nouveau preuve d'un manque de sang-froid quand il se plaint avec véhémence de ce pinaillage tendant à faire traîner en longueur le verdict des jurés. Il demande quel pourrait être le motif du témoin de raconter des histoires, ce à quoi le juré répond que ce témoin, un vieil homme misérable et ignoré de tous, voulait peut-être ainsi bénéficier d'un moment d'attention lors de sa déposition au cours du procès.

Par la suite, le juré émet des doutes sur une explication avancée par l'accusation. Comment expliquer « par la simple panique » le fait que le garçon ait laissé son couteau sur la scène de crime ? Cela est en effet contradictoire avec l'absence d'empreintes digitales sur le couteau, dont le manche a été essuyé. Cela voudrait donc dire que, bien que paniqué, le jeune homme ait tout de même songé à essuyer le manche de son arme avant de la laisser sur les lieux, puis de revenir la chercher et se faire cueillir par la police, alors avertie du crime. La thèse semble peu crédible. Un nouveau vote est alors décidé au cours duquel, après une hésitation, le juré vote à son tour « non coupable ».

vignette|Reconstitution du meurtre par le juré (Henry Fonda) à gauche, et le juré (Lee J. Cobb) qui brandit une réplique du couteau de l'accusé.

Quand le juré déclare que même l'avocat du suspect était persuadé de sa culpabilité, le juré lui répond que cet avocat, commis d'office, n'avait aucun intérêt à s'engager sérieusement dans la défense de son client.

Le débat se prolonge ensuite sur le témoin auditif qui a également affirmé avoir vu le garçon s'enfuir après le crime. Le juré fait alors une reconstitution du trajet entre le lit du témoin et sa porte, s'aidant pour cela du plan des lieux. Il s'avère que le trajet que ce témoin a dû parcourir a demandé beaucoup plus de temps que celui établi selon son témoignage : quarante secondes contre quinze ou vingt d'après le témoin.

Le juré perd alors franchement son calme. Après que le juré le traite de sadique qui veut envoyer l'accusé sur la chaise électrique, le juré doit être retenu par deux de ses collègues qui s'interposent car il veut s'en prendre physiquement au juré , en lui déclarant vertement . Les jurés et changent alors leur vote en faveur de la non-culpabilité de l'accusé.

Vient ensuite la façon dont l'arme du crime a été utilisée. Selon l'accusation, l'accusé savait apparemment bien se servir du couteau. Le juré , qui déclare avoir assisté à des bagarres de rues, affirme alors à ses collègues qu'il sait comment les jeunes de ce quartier manipulent ce type d'arme. Il explique qu'un couteau à cran d'arrêt, venant d'être ouvert, crée des plaies horizontales car il est tenu entre le pouce et l'index. Or, la plaie de la victime est verticale. Et, pour effectuer une plaie semblable, l'accusé, plus petit que son père de 15 à , aurait dû ouvrir le couteau avec le cran d'arrêt puis le replacer dans sa main, pouce en haut et paume en bas, afin de poignarder son père de haut en bas. Le juré démontre ainsi que l'arme du crime a été employée d'une façon bien maladroite pour quelqu'un censé être habitué à ce genre de couteau. Au cours du débat, le juré finit par voter non coupable, fatigué par les discussions qu'il souligne stérile. Le juré lui fait comprendre qu'il ne peut agir ainsi et le pousse à avouer qu'il croit l'accusé innocent. Pendant le nouveau vote, les jurés et votent aussi non coupable.

Ne reste plus que trois jurés qui estiment l'accusé coupable : le , le (qui maintient vigoureusement son accusation contre le jeune homme et veut son exécution rapide) et le (qui a pour conviction que l'accusé ne peut pas être respectable puisqu'il vient d'un quartier pauvre).

Le juré tente alors de convaincre les autres que la pauvreté de l’accusé prédispose à la criminalité, utilisant longuement et sans interruption des arguments socialement discriminatoires. Au fil de sa diatribe, les autres jurés, les uns après les autres, commencent à lui tourner le dos en regardant par la fenêtre ou s'éloignent de lui ostensiblement, manifestant ainsi leur désapprobation. Le juré finit par demander au juré de se taire jusqu'à la fin des délibérations et, peu après, celui-ci va s'asseoir à l'écart. Le juré reprend ensuite les délibérations, insistant sur la nécessité pour les jurés de laisser de côté leur préjugés alors qu'il doivent se forger une opinion sur cette affaire. Le juré numéro fait remarquer que lui et ses huit autres collègues peuvent chercher à sauver un criminel, mais qu'ils ne comprennent pas comment les trois autres jurés peuvent être aussi sûrs d'eux.

Par la suite, le juré , afin d’étayer son point de vue, invoque le témoignage d'une femme qui a déclaré à la cour avoir vu le crime se commettre en face de chez elle par la fenêtre, à travers les rames du métro aérien et alors qu'elle était couchée dans son lit. La femme a indiqué avoir vu l'assassin frapper de haut en bas. Le juré , en soutien de son collègue, appuie lui-aussi la force de ce témoignage et propose de se déclarer divisés au juge. Le juré propose alors de poursuivre les délibérations jusqu'à 19 heures puis, las, retire ses lunettes et masse son nez marqué par les empreintes de ses lunettes. Remarquant son geste, le juré se souvient alors que lors de l'audience la femme avait, elle-aussi, des traces semblables sur le nez et qu'elle doit donc porter elle-aussi des lunettes, même si elle n'en avait pas lors de l'audience probablement par coquetterie. La femme ayant déclaré qu'elle avait assisté au crime alors qu'elle était allongée dans son lit, il est peu probable qu'elle ait vu le meurtre en ayant porté ses lunettes. Il est donc peu crédible qu'elle ait pu voir nettement l'auteur du meurtre par sa fenêtre, d'autant plus que c'était à travers les vitres des rames du métro aérien qui passait à ce moment. Le juré va alors réussir à faire changer d'avis le juré qui avait retourné sa veste, puis demander au juré s'il pense l'accusé coupable. Celui-ci lui répondra que non. Plus tard, le juré vote en faveur de la non culpabilité de l'accusé, ayant un doute valable.

Le juré , restant le seul convaincu de la culpabilité de l'accusé, tente de défendre sa position isolée. Mais, face au silence réprobateur de ses collègues, il déchire la photo de son fils qu'il avait dans son portefeuille puis éclate en sanglots et change d'avis, votant « non coupable », quand il réalise qu'il transférait sur l'accusé le conflit qu'il a avec son propre fils, avec lequel il est brouillé depuis plusieurs années.

Le verdict rendu est finalement la non-culpabilité de l'accusé à l'unanimité, pour cause de « doute raisonnable ».