Olivier de Serres, né à Villeneuve-de-Berg en 1539 et mort le au même endroit, est un agronome français, protestant actif et auteur d'un vaste traité, le Théâtre d’Agriculture et mesnage des champs, qui connut 19 rééditions de 1600 à 1675. Il étudia de manière scientifique« La science ici sans usage ne sert à rien ; et l'usage ne peut être assuré sans science » : Théâtre d'agriculture, Troisième lieu De la culture de la vigne, . Actes Sud, 1997. les techniques agricoles et en rechercha l’amélioration par l'expérimentation. De ce point de vue, il est généralement considéré comme le père de l’agronomie françaiseJean Boulaine, Jean-Paul Legros, D'Olivier de Serres à René Dumont, portraits d'agronomes., bien que les termes « agronome » et « agronomie » datent de la seconde moitié du ; on parle alors de « mesnager des champs » (gestionnaire de terres agricoles), selon les termes de son époque.
Biographie vignette|upright=0.7|Blason. La famille de Serres est originaire du Vivarais, et fait fortune dans le commerce du drap. Jacques de Serres eut deux filles, Claude et Delphine, puis trois garçons, Olivier, Jean et Raymond. La famille est protestante, de façon militante. Jean fut pasteur puis historiographe d'Henri IV, Olivier sera diacre de l'église réformée de Villeneuve-de-Berg.
Olivier de Serres n'a que sept ans à la mort de son père. La position de sa famille lui permet de bénéficier des meilleurs enseignements et d’un précepteur privé. Il étudie le grec et le latin, peut-être à Valence. Il complète sa formation par de nombreux voyages en France, Italie, Allemagne et Suisse, ce qui lui permettra de donner des exemples toujours précis et variés.
Seigneur du Pradel vignette|Médaille portant le portrait d'Olivier de Serres par Alphonse Desaide. En 1557, Olivier de Serres acquiert les moulins du Pradel à un propriétaire désargenté qui lui cède pour le reste de la propriété, soit une centaine d'hectares et une maison fortifiée, l'année suivante. À , Olivier de Serres devient « seigneur du Pradel » et porte les armes suivantes « D'argent au chevron d'azur, chargé de trois étoiles d'or, accompagné de trois trèfles de sinople. Couronne de marquis. Supporté par deux aigles ». La devise Cuncta in temporeCette devise peut être traduite par « tout [est fait] au moment opportun » ou encore « chaque chose en son temps » qui figure sur la édition n'est pas celle d'Olivier de Serres mais c'est celle de son éditeur, Jean Berthelin à Rouen.
Le , Olivier de Serres épouse Marguerite d'Arcons (ou d'Harcours), fille d'un licencié en droit. Le couple aura sept enfants. L'aîné, Daniel fut docteur en droit et juge à Villeneuve-de-Berg, le second, Gédéon, devint avocat ; le troisième, Pierre fut aussi docteur en droit. Jacques ne fit guère d'études et servit le roi du Piémont. Bonne épousa un clavaire du Roi, Isabeau un bourgeois de Montélimar et Marie un procureur au parlement de Castres.
En 1571, Olivier de Serres achète « la juridiction du Pradel contre cinq sestiers bled froment de rente annuelle » et acquiert ainsi le droit de rendre justice sur ses terres.
Un protestant actif En 1561, l'église réformée de Berg n'a pas de pasteur et le , à la sortie de l'office, Olivier de Serres est chargé par l'assemblée de se rendre à Genève pour chercher un « fidèle ministre pour les enseigner en la parole de Dieu ». Le pasteur Jacques Beton (ou Béton), sans doute Jacques Besson(s. dir.), Bertrand Gille : Histoire des techniques, Gallimard, coll. « La Pléiade », 1978 , sa femme et sa fille arrivent le et seront logées au Pradel jusqu'au . Besson était par ailleurs mathématicien et ingénieur. Olivier de Serres engage quelques dépenses pour habiller le ministre et sa famille, réparer un logement et acheter une corde neuve pour la cloche du temple, dépenses qu'il consigne soigneusement dans son « livre de raisonSon livre de compte ».
En 1562, la France est agitée par des guerres de religion et le , les consuls de Villeneuve-les-Berg procèdent devant notaire à la « cancellation », c'est-à-dire à la rupture du contrat par lequel le curé de la paroisse s'était vu confier, par son prédécesseur, l'usage des vases et ornements sacrés de l'église catholique romaine. Les objets (calices, croix, reliquaires et chasubles ornées d'or) sont donc saisis et confiés à Olivier de Serres puis vendus en 1567 pour 380 livres à un orfèvre de Montélimar car personne ne voulait en assurer la garde. La somme fut confiée à Olivier de Serres qui ne la rendit jamais, fort d'un mémoire détaillant les diverses dépenses qu'il avait engagées pour la communauté de Villeneuve-de-Berg. La somme ne fut réclamée qu'après sa mort et sa famille la livra donc au prieur de la villeCent ans plus tard, à la suite d'un procès, l'arrière-petit-fils d'Olivier de Serres, Constantin de Serres, dut rembourser à l'église catholique la valeur des objets confisqués.
Le , il participe à la prise de Villeneuve-de-Berg en aidant le commandant des troupes à entrer dans la ville, comme l'atteste Agrippa d'Aubigné dans son Histoire universelle publiée en 1626. Sa participation dans le massacre d'une trentaine de prêtres catholiques réunis ce jour-là pour un synode diocésain reste incertaine. Le nom d'Olivier de Serres figure cependant sur la liste des notables protestants qui se réunirent la veille de l'attaque pour décider de la somme à verser au traître qui devait ouvrir de l'intérieur les portes de la ville. Le lendemain de l'attaque les mêmes notables devaient se réunir pour savoir ce qu'il fallait faire de la somme promise au feu capitaine Pouchot (ou Ponchot). Un créancier se présenta et fut payé.
En 1628, sa propriété fortifiée, située au Pradel, assiégée par Montmorency, puis Ventadour, où il avait toutes ses plantations expérimentales, fut rasée sur ordre de Richelieu. Son fils Daniel édifia les bâtiments actuels.
L'installation au Pradel Situé dans une zone de passageLes villes d'Aubenas et de Montélimar sont séparées par l'arc cévenol. Pour passer la montagne, il n'y a que deux trouées. Au nord, la N304 escalade le col de l'Escrinet à tandis qu'au Sud le passage emprunte la vallée du Frayol et redescend sur Aubenas par la vallée de la Claduègne. Ce second itinéraire, suivi aujourd'hui par la N102, culmine à seulement au niveau de Saint-Jean-le-Centenier, et constitue donc le passage naturel. Le Pradel se situe peu après Saint-Jean-le-Centenier en direction d'Aubenas, Le Pradel n'est pas un lieu très sûr et la famille d'Olivier de Serres s'est réfugiée dans le village fortifié de Mirabel adossé au plateau basaltique du Coiron. La propriété est mal entretenue, le moulin s'est écroulé et le meunier a disparu ; seuls quatre paysans demeurent encore sur place lorsqu'en , Olivier de Serres et sa famille décident de s'installer définitivement au Pradel. Il y séjournera pendant quarante ans.
Olivier fait du Pradel une ferme modèle qui sera le théâtre de nombreuses expérimentations pratiques. Il restaure la demeure, nettoie et amende les terres, amène l'eau par un canal d'irrigation d'un kilomètre. Son but est de faire partager son savoir, tant aux paysans pour leur permettre d’obtenir de meilleures récoltes, qu’aux propriétaires pour faire fructifier leurs domaines. On lui doit l’introduction de nombreuses plantes, telles que la garance, le houblon et le maïs. Il fut le premier à travailler à l’extraction du sucre à partir de la betterave, mais sans arriver à un processus rentable.
Les séjours parisiens Après des études à Lausanne, le frère d'Olivier de Serres, Jean de Serres, devient pasteur de l'église réformée à Nîmes, Montélimar puis Orange et obtient la protection du roi Henri IV dont il devient historiographe. Jean meurt le , probablement de la peste contractée à Grenoble, sa femme décédant quelques heures plus tard. Olivier de Serres est nommé tuteur des enfants en partage avec un autre membre de la famille. Afin d'obtenir la somme d'argent promise par le Roi dans son ordonnance du à leur père, Olivier quitte le Pradel le et se rend à la cour. Le Roi ne reçoit pas Olivier de Serres mais accepte un tableau de marbre blanc que son frère avait l'intention de lui offrir. Dans l'espoir de rencontrer le monarque, Olivier s'installe à Paris et en profite pour s'occuper de l'édition du livre d'agriculture qu'il a écrit. En , Jamet Mettayer publie un chapitre de l'ouvrage sous le titre « La cueillette de la soye par la nourriture des vers qui la font ; échantillon du Théâtre d'Agriculture d'Olivier de Serres, seigneur du Pradel ». Le , le Théâtre d'agriculture paraît dans son intégralité (in-folio 1024 pages).
Olivier retourne en Vivarais et reçoit le un émissaire du roi. Celui-ci souhaite qu'on lui adresse à Paris, pour introduire la soie « jusqu'au cœur du royaume ».
Quelques mois plus tard, Olivier de Serres fait un deuxième voyage à Paris et prépare la deuxième édition du Théâtre d'Agriculture qui paraît en 1603. Cependant il ne parvient toujours pas à obtenir l'argent promis pour les enfants de son frère Jean.
En 1604, lors de son troisième et dernier voyage, il obtient enfin satisfaction, soit quatre mille livres payables par quartiers, et quitte définitivement Paris le , alors que son fils Gédéon reste dans la capitale.
Reconnu et respecté par ses pairs, il est ami de Claude Mollet (1563-1650), le jardinier d’Henri IV qui réalisa les jardins de Saint-Germain-en-Laye, de Fontainebleau, des Tuileries et de Blois.
Un fin gestionnaire vignette|Bronze pédestre d'Olivier de Serres à Villeneuve-de-Berg (statue de Hébert inaugurée le 29 août 1858).|alt= Olivier loge son neveu orphelin au Pradel, le fait instruire par le ministre du culte, puis l'envoie à Orange pour continuer ses études au collège. Son livre de raison indique qu'il a calculé le temps de séjour de celui-ci soit 6 ans, 9 mois et 22 jours et qu'il a estimé la dépense correspondante à 8 livres le mois soit 592 livres au total. Il n'oublie pas de consigner les 40 sols qu'il a donnés à un muletier pour convoyer l'enfant jusqu'à Orange. Cela se terminera par un procès concernant le compte de tutelle dont le jugement, rendu à Orange le , n'est pas connu. Il devra encore à plusieurs reprises répondre devant les tribunaux. Une autre action en justice est intentée par l'une de ses belles-filles, la veuve de Gédéon, qui réclame l'argent qu'Olivier avait promis à son fils et qu'il lui versait par fraction chaque année.
Vers la fin de sa vie, alors qu'il ne peut plus exploiter le domaine, il prend un fermier et rédige un contrat avec de nombreux détails tels que :
En 1612, Olivier de Serres rédige son testament dans lequel il lègue à Pierre et autant à Jacques. Il rappelle qu'il a déjà doté chacune de ses filles à l'occasion de leur mariage et leur donne à chacune 20 livresUn mouton vaut quatre livres à l'époque. en ajoutant . Il laisse 5 livres à chacun des trois enfants de son fils Gédéon et de même . Olivier de Serres laisse la moitié du Pradel à son fils Daniel et l'autre moitié à sa femme, Marguerite d'Arcons, qui disparaît avant lui. Par modification testamentaire, la totalité du Pradel échoit ainsi à Daniel.
À son décès, le , les créanciers d'Olivier de Serres sont appelés à se manifester. Son fils Daniel accepte l'héritage sous bénéfice d'inventaire ce qui laisse supposer une relative fragilité financière du domaine, en dépit des connaissances agronomiques du propriétaire. Finalement, le Pradel peut être conservé dans la famille et le domaine ne connaîtra pas une fin comparable à celui d'autres agronomes expérimentateurs tels Césaire Nivière ou Mathieu de Dombasle, même s'il n'aura pas permis à son propriétaire de s'enrichir notablement.
Œuvres Les éditions et rééditions du Théâtre d'Agriculture et mesnage des champs