Boudica, Boudicca ou Boadicée (Boadicea en latin, Boudica en anglais), née vers 30 et morte en 61, était une reine des Icènes, un peuple celte vivant dans la région du Norfolk, dans le sud-est de l'actuelle Grande-Bretagne.
Boudica était l'épouse de Prasutagos, un roi celte qui avait prêté allégeance à Rome, dans l'espoir de préserver ainsi l'indépendance de son peuple. Pour éviter la guerre, il légua son royaume à Rome à condition que sa femme puisse continuer à régner et que sa famille conserve ses privilèges.
À la suite de conflits commerciaux, financiers et fonciers entre l'aristocratie icène et les administrateurs et marchands romains, les Romains décidèrent cependant de s'emparer de la totalité du royaume, confisquèrent les biens de la famille royale et fouettèrent Boudica en place publique, un châtiment habituellement appliqué aux esclaves. Humiliée, elle déclencha alors un soulèvement contre l'occupation romaine.
À la tête d'une coalition de tribus bretonnes, elle lança une campagne militaire au sud de l'île, pillant et brûlant plusieurs villes romaines dont Camulodunum et Londinium.
Après avoir écrasé les Romains à la bataille de Camulodunum, l'armée bretonne fut cependant défaite de manière décisive à la bataille de Watling Street, et Boudica mourut peu de temps après dans des conditions incertaines.
Encore aujourd'hui, elle est considérée comme une héroïne populaire britannique. Une statue la représentant sur son char fut érigée par le sculpteur à proximité du pont de Westminster.
Sources littéraires et archéologiques
Faute de preuves archéologiques indiscutables, l'histoire de Boudica ne nous est connue que par trois sources littéraires : deux récits de Tacite : la Vie d'Agricola et les Annales, et l’œuvre de Dion Cassius.
Aucun des trois récits n'est contemporain de la rébellion de 60-61 apr. J.-C. La Vie d'Agricola, le plus ancien des trois, est daté de 98 apr. J.-C., c'est-à-dire environ trente-sept ans après les faitsMarielle de Franchis, « Tacite, ~ 55 - apr. 117 apr. J.-C. », dans Jean Leclant (éd.), Dictionnaire de l'Antiquité, 2 éd., Paris, PUF, 2011 (Quadrige, dicos poche), p. 2117-2119.. La révolte est décrite de manière assez circonstanciée : Tacite présente les protagonistes, les causes et l'enchaînement des événements. Les chercheurs ont comparé maintes fois les textes de Tacite et de Dion Cassius. Sans ces sources littéraires, les tenants et aboutissants de la révolte nous seraient inconnus, les fouilles archéologiques confirmant seulement la réalité matérielle des lieux décrits.
D'autres sources littéraires, bien que ne mentionnant pas Boadicée, sont également instructives. Ainsi dans la Vie des douze Césars de Suétone, une phrase évoque une rébellion en Bretagne sous le règne de Néron. Une première mention probable des Icènes, peuple de Boadicée, est faite par Jules César dans La Guerre des Gaules, où il les nomme « Cenimagni »Antonia Fraser, Boadicea's chariot. The warrior queens, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 1988, p. 56.. Il est possible également qu'au , le moine breton Gildas le Sage fasse allusion à elle, sans toutefois mentionner son nom, dans son De Excidio Britanniae.
Les fouilles archéologiques de Colchester, Londres et St Albans ont ajouté des informations sur la période de la révolte (voir ci-dessous). Selon les sources littéraires, ces villes ont été saccagées et brûlées par l'armée bretonne commandée par Boadicée. Les archéologues ont découvert que ces villes avaient bien été incendiées à l'époque où Tacite situe les faits. Par endroits, un renforcement du système défensif a été constaté, les Romains ayant donc tiré les leçons de ces événementsJohn Hunter et Ian Ralston (éd.), The archaeology of Britain. An introduction from the Upper Palaeolithic to the Industrial Revolution, Routledge, Londres / New York 1999, p. 135..
Nom Cette reine est connue sous différents noms, successivement utilisés au cours de l'Histoire.
L’historien romain Tacite la désigne dans ses écrits sous le nom de Boudicca. D’après le linguiste Kenneth Jackson, le nom serait dérivé de l’adjectif proto-celtique *boudīkā : « gagnante », lui-même dérivé de *boudi « gain, profit, victoire » (proche du gallois budd, du cornique boud du breton contemporain buz et du vieil irlandais búaid).
À l’époque de la dynastie des Tudors, de nouvelles appellations apparaissent. En 1612, le poète anglais Edmund Spenser lui dédie une tragi-comédie, dans laquelle il la prénomme Bunduca. Au , un autre poète britannique, William Cowper, compose une ode qui popularise une nouvelle appellation, celle de Boadicea, francisée en Boadicée.
Par la suite, cette forme sera la plus couramment utilisée, du jusqu’à la fin du , comme en témoigne la statue érigée en l’honneur de la reine, à proximité du pont de Westminster et sur laquelle est gravée le nom de Boadicea.
L’appellation française Boadicée est restée longtemps la norme. Il n'est pas rare de trouver la forme « Boadicée » ou la forme « Boudicca » avec deux c, alors que le celtique ne connaissait pas le redoublement consonantique (à l'oral, cela ne fait aucune différence en français, mais cela en fait une en italien). Depuis la fin du , l'usage s'est peu à peu répandu d'employer de préférence la forme Boudica, ce point ne faisant par exemple même pas l'objet de discussion dans une recension de 2003, pour le reste fort critique, d'un ouvrage britannique consacré à la reine. Cette graphie tend aujourd'hui à se généraliser, tant pour des raisons idéologiques (on restaure l'intégrité d'un nom autochtone) que scientifiques (c'est la seule reconstruction authentique possible aux yeux des celtisants).
Portrait droite|vignette|Boadicée haranguant les Bretons de John Opie.
L'historien grec Dion Cassius est le seul à avoir brossé un portrait de Boadicée : Dion Cassius, Histoire romaine, 62, 2. Sa sépulture restant inconnue, il est impossible de vérifier si cette description correspond à la réalitéMuseum of London. What did Boudica look like ?.
Biographie Les éléments biographiques sont maigres et les versions de Tacite et de Dion Cassius divergent sur plusieurs points. Pour Tacite, Boadicée est la reine des Icènes ; Dion Cassius dit simplement qu'elle est de lignée royale. Selon Tacite, elle aurait eu deux filles dont Dion Cassius ne souffle mot. Les deux auteurs divergent également sur la cause de sa mort : suicide par le poison s'il faut en croire Tacite, maladie selon Dion Cassius. Pour ce dernier, elle agit non seulement en chef de guerre mais également en prêtresse, pratiquant la divination au moyen d'un lièvre et invoquant le dieu Andrast ou Andat, connu par ce seul texte, et dont ce n'est peut-être pas le vrai nom, car les noms des dieux étaient tabous et non-prononcés dans la religion bretonne, qui les désignait par des adjectifs ou des allusionsVenceslas Kruta, Les Celtes, histoire et dictionnaire, Laffont 2000..
Révolte
Vers l'an 60, pensant garantir l'avenir de son peuple tout en se ménageant les bonnes grâces de l'empereur Néron, le roi icène Prasutagos légua son royaume-client à l'Empire romain, tout en faisant de ses filles ses cohéritières, selon TaciteTacite, Annales, Livre 14, XXXV et suivants..
Cette double dévolution fit cohabiter le droit coutumier icène avec le droit romain, et l'aristocratie icène entra en conflit avec les intérêts de l'Empire romain. Pour Rome, le royaume icène était désormais une colonie romaine et c'est pourquoi Catus Decianus, procurateur romain chargé de l'exécution testamentaire, réclama aux nobles icènes le remboursement d'exemptions de taxes consenties par le précédent empereur, Claude. Au même moment, le philosophe Sénèque, qui avait prêté aux Icènes dix millions de drachmes, en réclama le remboursement immédiat. Devant leurs protestations, Catus Decianus augmenta les impôts, puis saisit des biens et des terres pour les attribuer aux vétérans de l'armée romaine qui s'établissaient dans le pays, traitant les autochtones en esclaves dans l'esprit de Vae victis (« malheur aux vaincus »). Tout ceci fut interprété par la noblesse icène comme un enchaînement d'humiliations, culminant avec la flagellation de Boadicée avec des verges devant son peuple et le viol de ses deux très jeunes filles par des légionnaires — châtiments habituellement réservés aux esclaves.
En réaction, la noblesse icène, Boadicée et une large part de son peuple prirent les armes contre les Romains. Tacite rapporte comment, debout sur un char, elle haranguait les Icènes en leur disant qu’ pour conclure que .. Constituant une armée, elle chercha des alliés chez ses voisins, les Trinovantes (dans l'actuel Suffolk), et d'autres nations britonniques.
Les circonstances lui étaient favorables, car le gouverneur romain, Caius Suetonius Paulinus, à la tête des quatorzième et vingtième légions, menait une expédition dans l'île de Mona (l'actuelle Anglesey), au nord du pays de Galles et se trouvait trop loin pour intervenir. Boadicée avait réuni une armée de bretons qui s'en prirent d'abord à la nouvelle colonie romaine de Camulodunum, dont le sanctuaire consacré à l'empereur Claude fut pillé et brûlé. Comme la ville ne disposait pas d'enceinte, elle était une proie facile. Les habitants romains ou romanisés demandèrent des secours au procurateur Catus Decianus, qui ne put leur envoyer que deux cents hommes mal armés. Lors de l'attaque de la ville, seuls ceux qui s'étaient retranchés dans le temple de Claude résistèrent deux jours. Petilius Cerialis, à la tête de la neuvième légion, se porta à la rencontre de l'armée bretonne, mais ses troupes furent anéanties dans une embuscade.
Devant la tournure des événements, le procurateur Catus Decianus s'enfuit en Gaule chercher des renforts. Suétone Paulin (Suetonius Paulinus), revenu en Bretagne, se refusa à livrer immédiatement bataille et, malgré les lamentations des habitants, abandonna la ville de Londinium (Londres) à son sort. Tous ceux qui n'avaient pas quitté la ville furent massacrés. Le municipe de Verulamium subit le même sort. Les fouilles archéologiques ont permis de dégager sur les trois sites une couche épaisse de cendres rougeâtres. Le nombre de victimes parmi les Romains et leurs alliés se serait élevé à selon Tacite et à selon Dion Cassius qui n'est pas avare d'horribles détails invérifiables à propos du sort des Romains tombés entre les mains des Celtes révoltés : les femmes romaines auraient été violées, auraient eu les seins coupés, la bouche cousue, puis auraient été pendues nues ou empalées pendant que les vainqueurs se livraient à des orgies sacrées en plein air..
Le gouverneur Suétone Paulin, ayant réuni les quatorzième et vingtième légions, affronta les troupes de Boadicée. Tacite ne fournit pas d'indication sur le lieu précis de la bataille, qui eut lieu à proximité de la chaussée romaine connue sous le nom de Watling Street, probablement la plaine de Mancetter dans le Warwickshire. Tacite dit cependant que c'est Suétone Paulin qui avait choisi le site du combat. L'armée de Boadicée, bien qu'elle fût largement supérieure en nombre, subit des pertes effroyables : quelque hommes, alors que les Romains n'en perdaient que quatre cents, ce qui dénote un déficit logistique et organisationnel du côté celte.
Concernant la mort de Boadicée, Tacite raconte qu'en voyant la partie perdue, elle avale du poison pour ne pas tomber aux mains de l'ennemi ; de son côté Dion Cassius parle de « maladie », opportune pour les Romains.
Légendes autour de sa sépulture Inconnu, l’emplacement de la tombe de Boadicée fait l'objet de débats. Plusieurs lieux, de Stonehenge à Colchester en passant par Londres, ont été proposés mais l'archéologie n'apporte pas d'indices..
Un mythe sans fondement historique mais repris épisodiquement par les médias, voudrait que sa tombe se trouve sous l'actuel quai ou de la gare de King's Cross... Pour l'écrivain et conférencier Matt Brown, ce mythe aurait été inventé au cours de travaux dans la gare au milieu du .