Urbano Pio Francesco Rattazzi, dit Urbanino, né le à Alexandrie, mort le à Frosinone, est un homme d'État du royaume de Sardaigne.
Appartenant à la gauche modérée de tendance anticléricale, il est un important artisan de l'unité italienne et, avec Giuseppe Mazzini, Giuseppe Garibaldi, Camillo Cavour et , l'un des acteurs du Risorgimento.
Au cours de sa carrière, il est ministre de l'Intérieur, ministre des Affaires étrangères et président du Conseil. En 1862 et en 1867, président du Conseil des ministres, mais en désaccord avec le roi , qui refuse de conquérir Rome, capitale du Saint-Siège, il démissionne par deux fois de son poste.
Biographie 200px|vignette|left|Maison natale d'Urbano Rattazzi appelée également Villa Marina. Le comte Urbano RattazziEn 1821, le médecin Urbano Rattazzi, un des oncles d'Urbano Rattazzi, était un chef du mouvement subversif italien, qui sera forcé de s'expatrier en Espagne où il finira ses jours., descendant d'une famille patricienne appartenant à la petite noblesse de la province de Masio, comté d'Alexandrie, fait ses études au (Collège des Provinces) de Turin alors capitale du royaume de Sardaigne, et en 1829, il obtient son doctorat de droit. Destiné à une carrière d'avocat, il obtient en 1836 une chaire de professeur à l'université royale de Turin.Emmanuel-Philibert de Savoie dès son retour en Piémont, rénove l'université royale de Turin et fonde plusieurs collèges. Ces établissements se voulant les meilleurs, les professeurs sont sous la direction des jésuites, comme le père Louis Codret de Faucigny, religieux chargé de l'organisation et de la direction à Chambéry, Mondovi et Turin.. Les jésuites, maîtres de l'enseignement, s'opposent à sa pédagogie considérée trop libérale, ce qui renforce les opinions anti-cléricales d'Urbano. En 1838, il s'inscrit au barreau de la cour d'appel de Casale Monferrato, l’ancienne capitale du Montferrat. En quelques années, grâce à son talent, son travail, ses positions politiques, sa virtuosité et son éloquence, Urbano se fait remarquer dans tout le royaume de Sardaigne. Une simple consultation signée par lui, fait autorité, même hors des États de Savoie.
Les électeurs du premier collège d'Alexandrie présentent Urbano Rattazzi, représentant du mouvement libéral, comme candidat à la députation. Élu au premier tour à la chambre des députés, appartenant à la gauche modérée à tendance anticléricale, grand orateur, il devient rapidement le chef de file des libéraux..
Après la bataille de Custoza, le , Urbano Rattazzi devient membre du ministère, formé à la hâte par Charles-Albert, qui ne dure que dix jours. Ses services écartés, il se rallie à l'opposition dans le nouveau ministère, et se range sous la bannière de Vincenzo Gioberti..
Personnalité et caractère Urbano Rattazzi, décrit comme un homme travailleur, silencieux, infatigable et modeste, bienveillant à l'égard de tous, attaché au mérite chez ses égaux comme chez ses subalternes, plein de prudence, de retenue, habitué à s'effacer devant l'autorité royale., a fait inscrire dans les codes de l'État, plusieurs lois encore en vigueur en Italie. Personne n'était plus séduisant qu'Urbano Rattazzi, lorsqu'il voulait se donner la peine de l'être, personne n'avait des manières plus séduisantes, lorsqu'il avait besoin de charmer quelqu'un. On l'eût dit élevé à l'ancienne cour..
Le comte Camillo Cavour le décrit ainsi :
Le sénateur Luigi Chiala trace un portrait flatteur mais révélateur :
Le parlement subalpin vignette|Portrait de Charles-Albert de Sardaigne.
La religion
L'arrivée aux affaires d'Urbano Rattazzi, ne se fait pas sans heurt, avec des projets de loi sur le mariage civil, des propositions de lois sur l'appropriation par l'État de biens appartenant à des communautés ecclésiastiques, la répression de certains ordres monastiques, et surtout l'éradication de l'Académie ecclésiastique située au palais de la royale académie de Turin, fondée par décision royale le (proche de la basilique de Superga) s'adressant aux prêtres méritants., met en émoi la population, et cause en 1858 une vive réaction de l'opinion, qui obligeront Rattazzi à démissionner du ministère de la Justice.
Le journal d'Annecy, L'Écho du Mont-Blanc retrace le tableau dans ces termes :
Un esprit détestable règne à Turin. Lors d'une réunion, dans une salle municipale, pour la nomination des membres d'un comité de bienfaisance, sont nommés un rabbin et un pasteur vaudois, mais pas de prêtre catholique.
Paroles de Pie IX Un journal dont les opinions catholiques sont sujettes à caution aurait rapporté de Florence : .
Le nouveau gouvernement vignette|Cesare Balbo président du Conseil des ministres en 1848. Le Statut albertin est adopté par le royaume de Sardaigne le . Par résolution souveraine du , le roi Charles-Albert de Sardaigne constitue son nouveau ministère : Le comte Cesare Balbo : président du Conseil des ministres ; Le marquis Vincenzo Ricci : ministre de l'Intérieur ; Le marquis Lorenzo Pareto : ministre des Affaires étrangères ; Le comte Ottavio Thaon di Revel : ministre de l'Économie et des Finances ; Le chevalier Luigi des Ambrois de Névache : ministre des Travaux publics ; Le comte Federigo Sclopis : ministre de la Justice ; Le général Antonio Franzini : ministre de la Guerre et de la Marine ; Le général Carlo Bon Compagni di Mombello : ministre de l'Instruction publique..
Le soulèvement national
L'unité italienne
En 1848, le projet de fusion des territoires de la Lombardie, la Vénétie, Parme et Modène, unis par une attache fédérative avec la Toscane, Rome et Naples, naît au sein du gouvernement de Charles-Albert de Sardaigne et du jeune .. Ce mouvement national italien unitaire, tout en gardant ses spécificités, imprègne Urbano Ratazzi. Ces idées politiques, sociales et culturelles, qui circulent en Europe, font craindre à l'Autriche-Hongrie, la perte de tout pouvoir en Italie et notamment sur la Lombardie et la Vénétie.
Les partis libéraux et républicains s'agitent, Giuseppe Mazzini accompagné de Carlo Cattaneo, Giulio Terzaghi et Enrico Cernuschi, se rendent à Milan, déjà insurgée, pour soulever la jeune bourgeoisie. L'action des libéraux n'a d'autre but que d'engager la Sardaigne et le roi Charles-Albert dans une guerre contre l'Autriche, de conquérir la Lombardie, de légitimer le mécontentement du pays, et d'armer le peuple en révolution..
Le , les registres sont ouverts dans les paroisses de la Lombardie, et dès début juin, le rattachement est proclamé par une majorité écrasante de . Les duchés de Parme et de Modène obtiennent également leur rattachement, et peu de jours avant la chute de Vicence, de Vénétie complètent la fusion de l'État italien par 123 voix sur 135..
Les républicains de la Jeune Italie et les libéraux sardes, face à la coalition des nouveaux États annexés, se trouvent en minorité. Le parti démocratique accepte l'annexion à n'importe quel prix, ce qui entraîne une crise ministérielle en Sardaigne constitutionnelle (Cesare Balbo est remplacé par un ministère du royaume de la Haute-Italie. Gabrio Casati et le comte Giuseppe Durini représentent la Lombardie, l'avocat Pietro Gioia représente le duché de Plaisance, et Lorenzo Pareto représente Gênes). Les républicains et les libéraux obtiennent, que le statut sarde soit révisé par une assemblée constituante..
Alors que le roi Charles-Albert combat devant Vérone, la majorité gouvernementale qui ne peut se substituer à l'autorité royale, ne peut pas voter pour la fusion des nouvelles provinces. La question est donc déférée. Urbano Rattazzi nommé membre de la commission d'examen et rapporteur, approuve les demandes lombardes, rangeant Lorenzo Pareto, ministre des Affaires étrangères, à ses côtés. La chambre, ayant décrété l'union des États, le ministère, présidé par le comte Cesare Balbo se retire le , et oblige le roi à constituer un nouveau gouvernement. Il charge Gabrio Casati de former un nouveau ministère, dit royaume de Haute-Italie. Urbano Rattazzi, dévoué à la cause sarde, devenu une personnalité politique très influente, reçoit le portefeuille de l'instruction publique.
À peine constitué, le nouveau conseil des ministres de Gabrio Casati apprend que l'armée sarde s'est repliée derrière le Tessin. À cause de cette situation délicate, Charles-Albert confie le pouvoir à un ministère de droite, moins radical envers l'ennemi. Le ministère, présidé par Gabrio Casati ( au ), n'aura duré qu'une vingtaine de jours.
Le gouvernement Gioberti
Le , le roi Charles-Albert de Sardaigne en collaboration avec Urbano Rattazzi, appelle Vincenzo Gioberti pour former un ministère libéral et démocratique composé de députés de gauche.
Par une résolution souveraine du , le roi Charles-Albert de Sardaigne constitue avec Agostino Chiodo son nouveau ministère à Turin : Agostino Chiodo : ministre de la Guerre, puis président du Conseil des ministres, en remplacement de Vincenzo Gioberti, après sa démission du ; Le comte Ulisse d'Arco Ferrari : ministre des Affaires étrangères ; Urbano Rattazzi : ministre de l'Intérieur ; Riccardo Sineo : ministre de la Justice ; Marquis Vincenzo Ricci : ministre des Finances ; Carlo Cadorna : ministre de la Fonction et de l'Instruction publique ; Sebastiano Tecchio : ministre des Travaux publics ; Domenico Buffa : ministre de l'Agriculture et du Commerce..
Le budget de l'État est déficitaire et les coffres sont vides. Le gouvernement de Vincenzo Gioberti tient à mettre en œuvre une politique nationale engagée vers l'unification. Le parti démocrate sort vainqueur des élections du . Urbano Rattazzi perd son ministère et reprend sa place sur le banc des députés. Allié au président de la Chambre Vincenzo Gioberti, il réussit à écarter le très influent marquis Carlo Alfieri di Sostegno et ses colistiers. Le roi, se croyant entouré par une majorité politique solide et sûr de ses appuis étrangers, réorganise ses troupes. Un conseil officieux lui fait savoir qu'il lui est dévoué, mais qu'il refusera de le suivre sur une voie belliqueuse contre l'Autriche. Le , Urbano Rattazzi annonce la reprise des hostilités à la chambre des députés de Turin, en dénonçant la violation de l'armistice austro-sarde, lors de la retraite de l'armée sarde. Cette proposition suscite des applaudissements passionnés à la chambre des députés.. Vincenzo Gioberti, réservé sur l'engagement d'une guerre contre l'Autriche, et dépassé par les positions de l'aile gauche (comprenant le parti d'Urbano), démissionne le . Le nouveau cabinet se sépare de son président et Urbano Rattazzi reprend sa place de ministres.
Urbano Rattazzi, qui dirige la fraction modérée du parti, se range dans la gauche constitutionnelle. Il est en relation avec Charles-Albert qui se félicite de son soutien à sa politique belliqueuse et le recommande à son fils comme un des libéraux les plus fidèles. Charles-Albert de Sardaigne cédant aux exigences des libéraux, républicains et autres démocrates, recommence imprudemment la guerre..
Charles-Albert de Sardaigne malgré sa défiance, place au commandement de ses troupes, le général Wojciech Chrzanowski, officier polonais, major-général de l'armée sarde. On cherche un officier convenant mieux, mais sans grand succès. Gerolamo Ramorino se présente au roi qui, bien que réticent, l'engage. La mauvaise connaissance des tactiques militaires, les désaccords au plus haut niveau du commandement, l'impopularité de Chrzanowski dans l'état-major (il ne parle, ni ne comprend l'italien), la trahison attribuée à Gerolamo Ramorino, entraînent la défaite de l'armée sarde à la bataille de Novare, le . Urbano Ratazzi soutenu par le parti gouvernemental libéral, reconnaît qu'il a eu tort d'écouter de généreuses mais imprudentes incitations à la revanche et ainsi exposer la couronne royale. Ses adversaires politiques le surnomme alors « l'homme de Novare ».
Exil de Charles-Albert de Sardaigne