Le musée Condé est un musée français localisé dans le château de Chantilly, situé à Chantilly (Oise), dans la région des Hauts-de-France, à au nord de Paris.

Henri d'Orléans, duc d'Aumale, fils du roi , lègue en 1897 à l'Institut de France le château et l'ensemble de ses collections. Le musée comprend des salles de ce château mais aussi les anciens et aménagés aux s par les princes de Condé et par le duc d'Aumale lui-même.

Sa collection de peintures anciennes est une des plus importantes en France. Elle compte principalement des œuvres italiennes et françaises : trois tableaux de Fra Angelico, trois tableaux de Raphaël, sept peintures de Nicolas Poussin, quatre d'Antoine Watteau, et cinq toiles d'Ingres. Son cabinet compte et sa bibliothèque, dont 200 sont enluminés ; le plus célèbre d'entre eux étant Les Très Riches Heures du duc de Berry. S'y ajoutent des collections d'estampes, de portraits miniatures, de sculptures, d'antiquités, de photographies anciennes et d'arts décoratifs, meubles et porcelaine notamment.

L'ensemble de ces collections n'est visible qu'à Chantilly car le legs du duc d'Aumale interdit tout prêt des collections et aucune modification des salles d'exposition n'est par ailleurs possible. La muséographie n'a en conséquence pratiquement pas changé depuis l'ouverture en 1898. Environ fréquentent le musée Condé chaque année. Des expositions temporaires sont organisées chaque année et permettent de voir notamment une partie des œuvres conservées en réserve habituellement.

Historique Tout au long de sa vie, Henri d'Orléans, désigné le plus souvent sous son titre de duc d'Aumale, acquiert en Europe des œuvres d'art ayant appartenu à ses ancêtres ou bien ayant été dispersées lors de différentes guerres et autres révolutions. Il profite notamment de son exil en Angleterre (1848-1870) pour collectionner tableaux et ouvrages. De retour en France, il entreprend la reconstruction du château dans sa propriété de Chantilly, pour y accueillir les œuvres rassemblées. Le « grand château » est achevé en 1885.

Constitution de la collection par le duc d'Aumale Héritage des Condé Les princes de Condé ont constitué progressivement toute une collection de tableaux de maîtres mais également de portraits de membres de leur famille. C'est à partir de 1643 et du Grand Condé que le château de Chantilly sert de lieu d'exposition de tableaux. Outre les portraits du Grand Condé, le château conserve des toiles représentant ses exploits lors des batailles, actuellement conservées dans la galerie des actions de Monsieur le Prince. Lors de la Révolution française, la dispersion des collections entraîne la disparition d'un certain nombre de tableaux. À la Restauration, Louis VI Henri de Bourbon-Condé tente de reconstituer ces collections et parvient à rassembler une centaine de toiles, essentiellement des portraits et des scènes de chasse des écoles françaises, flamandes et hollandaises. En tant que légataire universel du dernier Condé, Henri, duc d'Aumale, en hérite en totalitéAlbert Châtelet, Chantilly, musée Condé. Peintures de l'École française , 1970, Introduction, n.p..

Débuts de collectionneur thumb|alt=Lithographie représentant le manoir entouré de son parc avec des groupes de personne s'y promenant|Orleans House, à Twickenham, résidence du duc d'Aumale lors de son exil en Angleterre. Le duc d'Aumale achète ses premières œuvres d'art à partir de 1844 afin d'embellir les appartements qu'il vient d'aménager dans le petit château de Chantilly pour sa nouvelle épouse Marie-Caroline de Bourbon-Siciles. Il s'agit de plusieurs portraits du dont des Largillierre et des Joseph Siffrein Duplessis. Mais c'est avec son départ en exil en 1848 qu'il commence véritablement à adopter une démarche de collectionneur. En 1852, Louis-Napoléon Bonaparte le contraint, lui et toute la famille d'Orléans, à la vente de leurs biens sous séquestre. Il se retrouve donc avec des moyens financiers très importants à disposition immédiate. Dès 1850, il fait l'acquisition — à la vente de la collection de son père, après le décès de celui-ci — du Cheval sortant de l'écurie de Géricault. En 1852, installé dans sa résidence londonienne à Twickenham, il se consacre presque entièrement à la constitution de sa collection, aidé par des conseillers. Deux directions orientent ses choix : les œuvres rappelant ses célèbres ancêtres ou leur ayant appartenu et le souvenir de l'histoire prestigieuse de la France, qui l'a contraint à l'exil.

Grandes acquisitions de collections et achats ponctuels En 1854, le duc d'Aumale devient propriétaire de la collection de son beau-père Léopold de Bourbon-Siciles, ce qui représente plus de la moitié des peintures italiennes des collections actuellement exposées. Dans le même temps, il fait l'acquisition du Massacre des innocents de Nicolas Poussin. Tout en se spécialisant dans la bibliophilie, le duc d'Aumale achète des manuscrits enluminés du Moyen Âge, le plus célèbre étant Les Très Riches Heures du duc de Berry acheté en Italie en 1856. En 1861, c'est la collection de dessins mis en vente par Frédéric Reiset, conservateur au musée du Louvre, comportant les dessins les plus prestigieux de la collection actuelle : Dürer, Raphaël, Poussin, Le Lorrain. En 1869, c'est la collection du marquis Maison qu'il achète contenant des peintres du et des orientalistes du . Lors de la vente Delessert en 1869, il réussit l'acquisition de La Madone d'Orléans, de Raphaël, qui avait, comme son surnom l'indique, appartenu à sa famille.

À son retour en France en 1871, devenu académicien, le duc d'Aumale poursuit ses acquisitions. En 1876, il achète au duc de Sutherland, sa collection de portraits français, constituée par Alexandre Lenoir et jusqu'alors conservée à Stafford House à Londres : Clouet, Corneille de Lyon, Mignard et Philippe de Champaigne. Trois ans plus tard, c'est la collection de peinture de Frédéric Reiset, qui comprend des primitifs italiens, un Poussin ainsi que ses Baron Gérard et ses Ingres. En 1881, c'est au tour de la collection de 311 portraits alors attribués à Clouet de Lord Carlisle provenant de la collection de Catherine de Médicis. Par la suite, les acquisitions deviennent plus ponctuelles : Les Trois Grâces en 1885, Le Concert champêtre de Corot en 1890, les quarante enluminures extraites du Livre d'heures d'Étienne Chevalier de Jean Fouquet en 1891, Esther choisie par Assuérus de Filippino Lippi en 1892.

Aménagement d'un écrin pour les collections

thumb|alt=Buste en marbre blanc du duc, âgé, en tenue de militaire avec les tableaux de la grande galerie en arrière plan|Buste en marbre du duc d'Aumale, par Paul Dubois, au centre de la grande galerie. En 1875, le duc d'Aumale s'accorde avec l'architecte Honoré Daumet (1826-1911) sur un projet de reconstruction du grand château à l'emplacement de la plate-forme laissée vide depuis sa destruction aux lendemains de la Révolution. Dès cette date, il prévoit, en plus de ses propres appartements et salles de réception, des galeries pour accueillir et présenter ses collections accumulées, et notamment une galerie vitrée pour présenter les vitraux du mythe de Psyché, provenant du château d'Écouen. Le gros œuvre est achevé en 1882 et les aménagements intérieurs en 1885. L'architecte privilégie de petits espaces mais agrémentés d'un éclairage zénithal, comme dans le ou dans la Tribune. Il est fait appel à plusieurs artistes renommés de l'époque pour les décorations intérieures : le peintre Paul Baudry, les sculpteurs Henri Chapu, Laurent Marqueste, Georges Gardet, l'orfèvre Émile Froment-Meurice. Lors de son second exil, entre 1886 et 1889, il fait réaménager le Logis en salles de musée et le théâtre en bibliothèque de travail. Le duc fait régulièrement visiter son château et découvrir ses collections à ses invités à l'occasion de réceptions. L'ensemble des travaux de reconstruction, entre 1872 et 1897, est estimé à la valeur de .

Dès le mois de , le duc d'Aumale décide d'ouvrir son château au public pendant la belle saison, du au , les jeudis et dimanches..

Don à l'Institut de France Dans son testament du , le duc d'Aumale, sans héritier direct, lègue ses collections, avec le reste du domaine de Chantilly, à l'Institut de France. Il est lui-même déjà membre de deux académies dépendant de cette institution : l'Académie française depuis 1871 et l'Académie des beaux-arts depuis 1880. Ce don est pour lui un moyen d'éviter la dispersion des collections. Ce legs aurait été suggéré par Justin de Selves, alors préfet de l'Oise et futur ministre des Affaires étrangères. Avec la loi d'exil du 22 juin 1886, le duc est de nouveau contraint à quitter sa résidence et décide, dès lors, de faire du legs une donation irrévocable de son vivant sous réserve d'usufruit. L'acte est officialisé le . Les conditions du don sont très strictes : la présentation des œuvres ne peut être changée, elles ne peuvent être ni vendues ni même prêtées. L'acte de donation est définitivement accepté par décret présidentiel du . Il précise que la direction est confiée à un collège des conservateurs, composé de trois membres de l'Institut : un membre de l'Académie française, un membre de l'académie des beaux-arts et un autre membre issu d'une autre académie, mais en réalité soit de l'académie des inscriptions et belles-lettres, soit de l'académie des sciences morales et politiques. Un conservateur-adjoint est nommé pour la gestion quotidienne des collections, en la personne de Gustave Macon (1865-1930), jusque-là secrétaire particulier du duc. Les trois conservateurs et le conservateur-adjoint se voient attribuer un logement de fonction dans le château d'Enghien, à l'entrée du parc, même si seul le conservateur-adjoint a pour obligation d'y résider. La donation devient effective à la mort du duc, le .

Évolutions du musée depuis la donation thumb|alt=Armoiries en métal doré fixée au sommet d'une grille en fer forgé|La grille d'entrée du château comporte l'enseigne du musée surmontée des armoiries de la maison de Bourbon-Condé

Le musée de Gustave Macon Le musée Condé ouvre pour la première fois sous l'égide de l'Institut de France le , l'année après la mort du duc et reste ouvert alors de la mi-avril à la mi-octobre toujours les jeudis et dimanches après-midi .. Dès la première année, visitent le château, venant notamment en train depuis Paris. Pendant toute cette période, le conservateur-adjoint Gustave Macon s'attache à conserver la mémoire et le fonctionnement du château tel qu'à l'époque du duc d'Aumale. Cependant, quelques épisodes viennent troubler cette continuité.

Lors de la Première Guerre mondiale, l'évacuation des principales collections du musée est organisée dès le . Dix-neuf jours plus tard, les Fouquet, les Raphaël, une vingtaine de peintures, les plus beaux manuscrits, les 300 dessins de Clouet et le cabinet des gemmes prennent la direction du musée de Toulouse dans dix-neuf caisses, en compagnie des collections du musée du Louvre. Le reste est stocké dans les caves. Les troupes allemandes occupent les salles du château les 3 et , à l'occasion des combats autour de Senlis. En 1918, avec la nouvelle avancée allemande lors de la seconde bataille de la Marne, la décision est prise d'évacuer le reste des collections ainsi que les archives vers le musée de Dijon, en train ou en camion. L'ensemble des collections revient après le 11 novembre 1918..