Christophe de Grèce (en ), prince de Grèce et de Danemark, est né le au palais de Pavlovsk, en Russie, et mort le à Athènes, en Grèce. Père de l'écrivain Michel de Grèce, c'est un membre de la famille royale hellène surtout connu pour son intérêt pour l'occultisme.
Dernier enfant du roi et de son épouse Olga Constantinovna de Russie, le prince Christophe grandit entre le royaume hellène et l'Empire russe. Il reçoit une éducation soignée, avant de suivre une formation militaire. En 1912-1913, il sert durant les guerres balkaniques, sans s'y faire remarquer pour ses actions. Fasciné par le monde des esprits, Christophe découvre le spiritisme avec le journaliste W. T. Stead, en 1910. Tout au long de sa vie, il se livre ainsi à l'écriture automatique, aux tables tournantes et à la ouija. Il raconte, par ailleurs, avoir eu plusieurs contacts avec des fantômes. En 1914, Christophe tombe sous le charme d'une riche Américaine, Nancy Leeds. Décidé à passer sa vie avec la jeune femme, il se fiance officiellement avec elle. Cependant, son frère, le roi , lui refuse l'autorisation d'épouser une roturière, veuve et divorcée qui plus est. Dans les années qui suivent, la Grèce est secouée par un violent conflit qui oppose le roi au Premier ministre Elefthérios Venizélos à propos de l'attitude à avoir face à la Première Guerre mondiale. Le roi des Hellènes refusant de s'allier aux forces de la Triple-Entente, il est déposé en 1917, ce qui aboutit à l'exil de la plupart des membres de la famille royale.
Réfugié en Suisse durant trois ans, Christophe y retrouve Nancy Leeds, qu'il peut finalement épouser en 1920 sans renoncer à ses titres. Peu de temps après, est rappelé sur le trône, ce qui permet à Christophe et à sa femme de s'installer à Athènes. Cependant, leur bonheur est de courte durée. Nancy contracte en effet un cancer, qui l'emporte en 1923. Dans le même temps, la situation de la Grèce se complique et la république y est proclamée en 1924. Contraint à l'exil pour la seconde fois, Christophe s'installe à Rome, où il acquiert une demeure baptisée villa Anastasia. Ayant hérité d'une part importante de la fortune de son épouse, il mène grand train pendant plusieurs années. Remarié à Françoise d'Orléans en 1929, Christophe devient père d'un petit garçon dix ans plus tard. En 1935, le prince assiste à la restauration de la monarchie hellène mais choisit de rester vivre en Italie. L'administrateur de sa fortune s'étant enfui avec son argent, les dernières années de Christophe sont marquées par les difficultés financières. Il meurt peu avant l'entrée de la Grèce dans la Seconde Guerre mondiale, en 1940, et sa dépouille est enterrée à Tatoï.
Famille
Le prince Christophe est le plus jeune des huit enfants du roi (1845-1913) et de son épouse la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926). Par son père, il est le petit-fils du roi (1818-1906), surnommé le , tandis que, par sa mère, il est l'arrière-petit-fils du tsar (1796-1855).
Le , Christophe épouse, à Vevey, en Suisse, la roturière américaine Nonie May Stewart (1878-1923), qui devient, après sa conversion à l'orthodoxie, la princesse Anastasia de Grèce. De ce mariage ne naît aucun enfant, mais la jeune femme est déjà mère d'un adolescent avec lequel le prince Christophe reste très lié après la disparition de son épouse : William B. Leeds (1902-1971), qui épouse, en 1921, la princesse Xenia Georgievna de Russie (1903-1965), elle-même nièce de Christophe à travers sa sœur, la princesse Marie de Grèce (1876-1940).
Le , Christophe s'unit en secondes noces, à Palerme, en Italie, à la princesse Françoise d'Orléans (1902-1953), fille du prétendant français Jean d'Orléans (1874-1940), duc de Guise, et de son épouse la princesse Isabelle d'Orléans (1878-1961). De cette union, qui constitue l'un des rares exemples de mariages mixtes entre un prince orthodoxe et une princesse catholique, naît un seul enfant : Michel de Grèce (1939-2024), prince de Grèce et de Danemark, qui épouse, en 1965, la roturière grecque Marína Karélla (1940).
Biographie Une jeunesse dorée Une enfance entre Grèce et Russie
Dernier fils du roi des Hellènes et de son épouse la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie, le prince Christophe voit le jour en 1888, vingt ans après son frère aîné, le diadoque Constantin. Nostalgique de la Russie et consciente que son dernier né a très peu de chance de monter un jour sur le trône de Grèce, sa mère fait le choix d'accoucher sur sa terre natale et de faire du bébé son « petit Russe ». Baptisé à la chapelle du palais de Pavlovsk, le prince reçoit pour parrain et marraine le tsar et son épouse la tsarine Maria Feodorovna. Par la même occasion, il est fait chevalier de l'ordre de Saint-André.
Dans les années qui suivent, la reine Olga retourne régulièrement en Russie, où elle reste chaque fois plusieurs semaines en compagnie du jeune Christophe. Dans le port du Pirée, l'enfant et sa mère empruntent alors lAmphitrite, le yacht royal grec, à bord duquel ils gagnent Odessa, sur la mer Noire. De là, ils prennent le train impérial russe qui les emmène jusqu'à Saint-Pétersbourg. Dans la capitale, ils rendent quotidiennement visite à la famille d'Olga et sont même parfois invités chez le successeur d', à Tsarskoïe Selo. La reine des Hellènes est en effet l'un des rares parents du tsar à trouver grâce aux yeux de la tsarine Alexandra Feodorovna et Christophe est donc régulièrement invité à jouer avec les enfants du couple impérial. De ces voyages, le prince Christophe garde toute sa vie une grande affection pour le pays des Romanov et ce n'est qu'après la Révolution de 1917 et le massacre de la famille impériale qu'il cesse de se rendre dans le pays de sa mère.
Malgré ses liens avec la Russie, Christophe n'en est pas moins un prince grec et il est éduqué en tant que tel à Athènes. Élevé avec ses neveux plus qu'avec ses frères et sœurs, il est très proche du futur , qui n'a que deux ans de moins que lui. Au palais royal de la place Sýntagma, les journées du prince commencent à six heures par un bain froid. Après un premier petit-déjeuner, il suit des cours de sept à neuf heures trente puis prend un second petit-déjeuner avec ses parents. Les leçons reprennent ensuite de dix heures à midi et sont suivies d'exercices physiques dans les jardins du palais. Après un déjeuner en famille, d'autres cours s'égrènent de quatorze heures à seize heures. Puis, Christophe suit des exercices d'équitation et de gymnastique. Après une séance d'études et un dîner, il se couche à dix neuf heures trente. Le prince suit ce rythme jusqu'à ses quatorze ans, âge auquel il est finalement autorisé à dîner avec ses aînés avant d'aller se coucher à vingt-deux heures précises.
Un prince sans réelle fonction officielle
À l'instar de ses frères aînés, Christophe embrasse très jeune une carrière militaire et intègre l'école des Évelpides, au Pirée.. Cependant, son rôle dans l'armée hellène reste extrêmement mineur. Obligé à démissionner de l'armée après le « coup de Goudi », un coup d'État militaire survenu en 1909, le prince passe l'essentiel des trois années qui suivent à l'étranger. Il participe, malgré tout, aux guerres balkaniques de 1912-1913, sans toutefois s'y faire remarquer pour ses actions.
Réputé bon mais peu intelligent, Christophe se passionne pour l'occultisme et le monde des esprits. En 1910, il rencontre, à Londres, le journaliste W. T. Stead, qui lui fait découvrir le spiritisme.. Quelques années plus tard, il lit Les Grands Initiés d'Édouard Schuré et en conseille la lecture à sa belle-sœur, la princesse Alice de Battenberg, qui traverse bientôt une crise mystique. Le prince se livre aussi à l'écriture automatique, aux tables tournantes et à la ouija. Dans ses Mémoires, il relate par ailleurs nombre de rencontres avec des fantômes, et notamment avec celui de Dorothy Walpole, à Sandringham House..
Prince polyglotte maîtrisant sept langues, Christophe se passionne également pour le piano. Ses talents musicaux sont d'ailleurs tels que le ténor italien Enrico Caruso lui déclare, un jour, qu'il aurait pu faire fortune en tant que concertiste. Le prince se désintéresse par contre totalement de la politique, même s'il partage la méfiance de sa famille vis-à-vis du Premier ministre Elefthérios Venizélos. En 1912, des monarchistes portugais proposent à Christophe de ceindre la couronne de leur pays, mais ce dernier refuse, autant par amitié pour le roi légitime que par manque d'ambition personnelle. Dans les années qui suivent, le nom du prince est également associé au trône d'Albanie, sans qu'il s'y intéresse davantage..
Entre fiançailles et guerre mondiale Vie sentimentale
Prince sans fortune ni réelle fonction, Christophe passe plusieurs années à la recherche d'une épouse. Vers 1910, un premier projet matrimonial, imaginé par la princesse Victoria du Royaume-Uni, prévoit de l'unir à lady Alexandra Duff, une petite-fille du roi . Cependant, la combinaison n'aboutit pas et d'autres plans sont donc échafaudés pour trouver une compagne au jeune homme. Christophe songe à épouser sa cousine Olga de Russie, fille aînée de , mais le tsar y met son veto.. En 1912, la princesse Alice de Battenberg envisage de le marier à sa sœur Louise, future reine de Suède, mais le projet échoue, les deux jeunes gens étant tout aussi désargentés l'un que l'autre.
Peu avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, Christophe rencontre, à l'occasion d'un dîner chez lady Paget, à Paris, une richissime Américaine connue sous le nom de Nancy Leeds. Veuve de William B. Leeds Sr, surnommé le « roi de l'étain », elle est à la tête d'une fortune considérable et cherche, depuis plusieurs années, à se mêler à l'aristocratie européenne. Fasciné par la jeune femme, qui lui apparaît tout à la fois belle, intelligente et drôle, Christophe passe tout le printemps 1914 avec elle en France et la rejoint ensuite en Angleterre, où il lui demande finalement sa main lors d'une soirée à Covent Garden.
Cependant, la famille royale de Grèce regarde d'un très mauvais œil l'union d'un des siens avec une roturière, non seulement veuve mais aussi divorcée. L'institution du mariage morganatique n'existant pas en Grèce et Christophe s'entêtant dans sa volonté d'épouser Nancy, son frère, le roi , lui propose de renoncer à la nationalité hellène pour devenir sujet danois. En échange de l'abandon de ses titre et prédicat grecs, il pourrait ainsi contracter une union inégale, mais son épouse ne deviendrait pas princesse. Après réflexion, Christophe refuse cette option et son mariage avec Nancy est donc sans cesse repoussé durant six ans.
La Première Guerre mondiale et l'exil
Lorsque survient l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche et de son épouse à Sarajevo, le , Christophe se trouve encore au Royaume-Uni. Malgré la montée des tensions en Europe, le prince refuse d'abord de rentrer en Grèce et il assiste, le , à la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à l'Allemagne chez sa tante, la reine Alexandra, à Sandringham House. Après quelques semaines, toutefois, Christophe retourne à Athènes, où le roi entreprend une politique neutraliste, qui s'oppose bientôt à celle du Premier ministre Elefthérios Venizélos, acquis à la Triple-Entente. En 1916, le conflit entre le souverain et le chef du gouvernement débouche sur le « Schisme national », c'est-à-dire sur une guerre civile larvée entre monarchistes et vénizélistes.