thumb|SdKfz 6 allemand en Grèce (mai 1941). thumb|Civils grecs massacrés par des parachutistes allemands à Kondomari, en Crète, le 2 juin 1941.
La Grèce, qui résistait victorieusement aux Italiens depuis 1940, doit capituler en avril 1941 devant l’invasion conjuguée de la Wehrmacht et des troupes mussoliniennes. Commence alors une période d’occupation de la Grèce par les forces de l’Axe : l’Allemagne nazie, Italie fasciste et Bulgarie. L’occupation (en grec moderne : / ) prend fin en octobre 1944 avec le retrait des troupes allemandes de la partie continentale du pays. Cependant, dans quelques îles, comme en Crète, les garnisons allemandes restent présentes jusqu'en mai-.
Le , l’Italie envahit la Grèce à partir de l'Albanie qu'elle occupe déjà depuis avril 1939. Cependant, l'armée grecque résiste et contre-attaque, forçant l'armée italienne à battre en retraite. En mars 1941, une nouvelle offensive italienne échoue, mettant fin aux prétentions italiennes en Grèce, et obligeant l'Allemagne à intervenir pour venir en aide à son allié. Le , l'Allemagne envahit la Grèce depuis la Bulgarie : la bataille de Grèce s'achève le avec la chute de Kalamata, et la Grèce est divisée en trois zones d'occupation entre les Allemands, les Bulgares et les Italiens.
L’occupation de la Grèce s'avère être une dure épreuve pour la population civile : plus de meurent de faim, des milliers d'autres des représailles des occupants (le pays abrite un des mouvements de résistance les plus actifs de l'Europe occupée), et l'économie du pays est ruinée. Des groupes de résistance luttent ouvertement contre les puissances occupantes, contrôlant même certaines régions montagneuses dans le nord-ouest du pays, mais commencent à s'entre-déchirer à la fin de 1943 entre communistes et non-communistes. Lorsque la Grèce est libérée en octobre 1944, elle se trouve dans un état de crise qui la plonge dans la guerre civile.
Contexte
Contexte politique et diplomatique Le , l'ambassadeur italien à Athènes, Emanuele Grazzi, adresse au Premier ministre grec, Ioánnis Metaxás, un ultimatum demandant le libre passage des troupes italiennes sur le sol grec. Le refus de Metaxas déclenche l'offensive italienne contre la Grèce. Mussolini estime que la Grèce fait partie de la sphère d'influence naturelle de l'Italie et espère, par la même occasion, imiter les succès militaires de Hitler. Mais l'armée grecque résiste, puis contre-attaque à la mi-décembre, occupant un quart du territoire albanais (où les minorités grecques les fêtent, à Argyrokastron et à Tepeleni ; à titre anecdotique, les habitants de Menton, en France, apposent à la frontière italienne une pancarte portant l'inscription « Grecs, arrêtez votre avance, ici territoire français »Louis Caperan-Moreno, Histoire de Menton, SAHM, 1986). En , une nouvelle offensive italienne échoue, et l'Italie est à nouveau humiliée.
Le , l'Allemagne envahit la Grèce depuis la Bulgarie afin de « venger » son allié italien et, par la même occasion, sécuriser son front sud (les Britanniques ayant débarqué des troupes au Pirée). L'armée grecque, largement inférieure en nombre et en équipements, s'effondre. Athènes tombe le pendant que le Commonwealth réussit à évacuer près de . Après la chute de la Crète le premier juin, la Grèce est sous la domination des puissances de l'Axe.
Contexte idéologique Durant les années 1920, les raciologues allemands, encouragés par les autorités du Reich, développent la thèse de la parenté raciale entre les populations grecques et allemandes. En 1929, Hans Günther reprend ce lien de parenté, déjà mis en avant par l'historiographie de langue allemande dans les années 1820 (le précurseur de ce courant historiographique, Karl Ottfried Müller, assure que les Doriens seraient un peuple nordique). Günther, utilise tous les domaines de l'érudition pour affirmer le lien entre la Grèce antique et le Nord médiéval : mythes et légendes antiques (comparant les mythes grecs aux mythes de l'Europe septentrionale), récits d'historiens grecs, linguistique, onomastique. Suivant cette impulsion, d'autres intellectuels nazis cherchent aussi des liens de parenté raciale entre les Grecs de l'Antiquité et les populations germaniques : l'helléniste Hans-Konrad Krause affirme en 1939 que les langues grecques et allemandes présentent de nombreuses similitudes au point de vue de leur structure, tandis que Walther Darré se livre à une étude comparée du grec et du sanskrit et affirme que les Indiens, comme les Grecs, emploient le même mot pour désigner le champ et la steppe : or la steppe est définie par Darré comme une terre sans arbres, ayant connu une déforestation, comme dans le Nord de l'Europe. L'onomastique focalise aussi l'attention des chercheurs nazis, qui défendent l'idée de la parenté des prénoms, Gottlieb et Théophile (aimé des dieux) ou encore Diether et Démostratos (armée du peuple)<. D'autres intellectuels sont plus simplement à la recherche d'éléments communs aux deux psychologies raciales, allemande et grecque : Le personnage d'Ulysse est alors utilisé pour mettre en avant son esprit de décision, propre à la race nordique.
Mais la préparation idéologique de la conquête de la Péninsule hellénique ne se limite pas à la recherche de la parenté raciale entre les Grecs de l'Antiquité et les Allemands du Reich; elle se concrétise par le déploiement de toute une propagande visant à créer des parallèles culturels entre ces deux populations. En effet, le personnage d'Athéna est mis en avant pour faire le lien entre l'Antiquité grecque et le Reich, en 1933, lors de la journée de l'Art allemand, puis en 1937, lors de l'inauguration de la maison de l'art allemand. Cependant, ce sont les Jeux olympiques de 1936 qui contribuent plus que tous les discours et autres manifestations organisées par le Reich à la préparation intellectuelle des Allemands à la conquête de la Grèce : en 1936, le Schwarze Korps fait de Pélops, fondateur d'Olympie, un conquérant nordique.
Une triple occupation L'attaché militaire allemand à Athènes assurait qu'un faible contingent allemand aurait suffi pour tenir la Grèce, à condition qu'il n'y ait pas d'occupation italienne. Pour l'Allemagne, la Grèce n'a pas l'importance stratégique que peuvent avoir d'autres pays conquis, tels la Norvège. Pour les nazis, elle est aussi plus acceptable de leur point de vue racial et la façon dont les Grecs se sont battus contre les Italiens suscite chez Hitler une réelle admiration. Mais le Führer est pressé de rapatrier ses troupes vers le nord, et comme il n'a pas de projet à long terme pour la Grèce, il annonce le , avant même l'invasion de la Crète, son intention de partager le pays avec les Italiens.
Finalement, c'est une triple occupation qui s'installe. Le pays est partagé entre Allemands, Italiens et Bulgares. À l'exception d'Athènes, dont autorités allemandes et italiennes sont cogérantes, la division du pays est stricte. Les trois zones sont gérées différemment, et le pays est divisé en treize régions économiques hermétiquement closes. À cause du blocus britannique, la navigation entre les îles est soumise à un strict contrôle militaire, rendant les communications difficiles et isolant les îles. Même la pêche est interdite, les occupants se méfiant à juste titre des Grecs, dont les sympathies vont massivement aux Alliés.
Zone allemande thumb|350px|Carte montrant l'occupation tripartite de la Grèce entre mai 1941 et octobre 1943 ; d'octobre 1943 à octobre 1944, les Allemands se substituent aux Italiens.
L'Allemagne se réserve les régions clés du pays : Athènes et son port du Pirée, Thessalonique et son arrière-pays dans une région comprise entre l'Aliakmon à l'ouest et le Strymon à l'est, une zone-tampon le long de la frontière turque correspondant à l'actuel nome de l'Évros, la Crète à l'exception de sa partie la plus orientale, les îles du golfe Saronique, et quelques îles de l'Égée, dont Milos, Lemnos, Mytilène et ChiosVoir aussi, en filmographie, Les Canons de Navarone. Si les Allemands se contentent de ces quelques régions, c'est dans le souci d'économiser des hommes.
La zone allemande constitue, avec la Serbie occupée, le commandement du Süd-Ost (Sud-Est), lui-même sous l'autorité du Wehrmachtbefehlshaber Süd-Ost (ou W.B. Süd-Ost - Commandement des forces armées du sud-est), dont le quartier-général est à Céphisée (Kifisia dans la banlieue d'Athènes) avant de déménager à Thessalonique>. Jusqu'au mois d', le commandant des forces armées est le maréchal Wilhelm List, qui avait dirigé l'armée allemande au cours de l'invasion. Il est remplacé par Walter Kuntze, lui-même remplacé en par Alexander Löhr, général de l'armée de l'air et officier le plus gradé jusqu'au départ des Allemands en .
Parallèlement à l'organisation militaire, Hitler nomme Gunther Altenburg comme plénipotentiaire du Reich en Grèce (Bevollmaechtigter des Reiches für Griechenland - B.d.R.f.G) afin de gérer les relations avec les officiels grecs dans les affaires internes du pays. Mais bien souvent, le W. B. Süd-Ost outrepasse l'autorité du plénipotentiaire.
Zone bulgare En rejoignant l'Axe le , la Bulgarie espère réaliser la Grande Bulgarie, récupérant au passage les territoires de Macédoine et en Thrace occidentale, perdus à l'issue de la Deuxième Guerre balkanique au profit de la Grèce.
Le jour de la reddition grecque (), l'armée bulgare entre en Grèce, occupant le nord du pays, et offrant ainsi à la Bulgarie un accès à la mer Égée en Thrace et en Macédoine Orientale. À aucun moment, les forces bulgares ne prennent part aux opérations militaires. En accord avec des arrangements pris avant l'offensive allemande et en remerciement pour avoir servi de base à la Wehrmacht, l'Allemagne permet toutefois à la Bulgarie d'occuper cette partie de la GrèceThe German campaign in the Balkans - Operation Marita.
La Bulgarie occupe et annexe les territoires à l'est du Strymon, à l'exception du nome stratégique d'Evros occupé par les Allemands. La Bulgarie prend aussi possession des îles qui font face aux côtes de Thrace : Thasos et Samothrace. Dans cet espace géographique, on trouve les villes d'Alexandroúpoli (Дедеагачь, Dedeağaç), Komotiní (Гумурджина, Goumourdjina), Serrès (Сяр, Syar), Xánthi (Гзанди), Dráma (Драма) et Kavala (Кавала).
Ces régions sont « bulgarisées » : noms de villages, patronymes, pierres tombales, liturgie doivent être en langue bulgare. L'usage du grec est interdit en public, les livres en grec sont détruits, les entreprises grecques reçoivent un patron bulgare. De nombreux Grecs cessent d'envoyer leurs enfants à l'école. Les Bulgares n'apprécient pas plus les de cette région, dont sont pourtant bulgarophones : ce sont les Pomaques, qui se voient imposer un baptême collectif. En 1942, les Grecs et les musulmans vivant dans la zone doivent se bulgariser ou quitter la région, ce qui provoque le départ de vers la Macédoine, et d'un nombre indeterminé de musulmans vers la Turquie. Aussi, en 1943, les Allemands, qui pensaient confier toute la Macédoine aux Bulgares afin de pallier la défection italienne, préfèrent y renoncer et se contentent de confier à la Bulgarie la région de Kilkis, la Chalcidique, et le nord du nome de Thessalonique (mais à titre d'occupation, non d'annexion).
Zone italienne thumb|300px|Carte montrant l'extension maximale italienne pendant la Seconde Guerre mondiale. Le reste du pays est confié aux Italiens, soit la majeure partie de la Grèce continentale et la plupart des îles. Plusieurs projets d'annexion de ces territoires sont envisagés par Rome, mais aucun n'est vraiment appliqué au cours de la guerre, en partie à cause des réticences de Victor Emmanuel III et des Allemands, déjà opposés aux annexions bulgares. Seules les îles Ioniennes, jadis territoire vénitien, et cible de longue date de la politique expansionniste italienne, forment un État ionien, annexé de fait par l'Italie, comme l'Albanie voisine.