L'architecture arménienne s'est développée au fil des siècles de manière singulière. Des spécificités sont apparues, comme les gavits ou les jamatounsClaude Mutafian, Raymond Hasratian, Les douze capitales d'Arménie, éd. Cofimag, 2006 .. La très grande majorité des constructions, notamment caractérisées par la coupole, sont religieuses et les forts, par exemple, se font plus rares. L'évolution de l'architecture arménienne est parallèle, voire similaire à l'évolution architecturale des monastères d'Arménie. L'architecture chrétienne est principalement constituée de plusieurs périodes de développement : l'essor des , et s qui voient la formation de cet art original, qui aboutit à un âge d'or au . Après une période sombre au vient la « première renaissance » arménienne ( - s) puis la seconde vers la fin du Moyen Âge.

L'architecture arménienne connaît enfin un renouveau avec l'apparition du style néo-arménien au .

Temps païens

L'architecture urartéenne doit être distinguée de l'architecture arménienne, car elle relève d'une civilisation différenteVoir l'introduction de l'article Art arménien.. Cependant, des historiens ont formulé l'hypothèse de l'héritage du dôme urartéen dans l'architecture arménienneSelon K. Hovhannissian, même s'il y a beaucoup de différence entre les deux arts (Source : J-M. Thierry de Crussol)..

Si l'architecture arménienne concerne principalement les temps chrétiens, la période païenne a toutefois été productive en art, notamment dans le domaine religieux. Il n'en reste cependant que peu d'exemples. Les constructions sont d'abord influencées par la Perse, comme l'illustre la construction de somptueuses demeures agrémentées de parcs animaliers privés (des « paradis ».)., mais les modèles hellénistiques et romains prennent peu à peu l'ascendant sous les Séleucides, à commencer par l'urbanisme : si les cités fondées par les Orontides, Ervandachat et Ervandakert, présentent encore largement des caractéristiques achéménides, on y retrouve également des influences hellénisantes.. Cette influence sur l'urbanisme s'accroît sous les Artaxiades : les fouilles effectuées à Artachat, la nouvelle capitale, ont révélé des éléments dignes d'une métropole hellénistique... La tendance se confirmeAvétis Aharonian, Les anciennes croyances arméniennes, coll. « Arménies », Parenthèses Éditions, 1980 . avec notamment les villes de Dvin, d'Artachat ou bien encore d'Armavir, protégées par des citadelles.

Le temple de Garni (77 ), dédié à la déesse Anahit, est un des rares exemples d'architecture arménienne païenne conservés.

Architecture religieuse chrétienne

L'architecture religieuse devient chrétienne à partir de la conversion officielle de l'Arménie. D'autre part, la plupart des nombreux témoins connus de l'architecture arménienne sont chrétiens. Selon la légende l'apôtre Thadée après avoir évangélisé l'Arménie, aurait couvert ce pays d'églises et de couvents. Toutefois les plus anciennes constructions arméniennes seraient du sixième siècle. D'après l'historien de l'architecture , les premières églises arméniennes furent probablement en bois, ce qui explique leur complète disparition Macler Frédéric. L'architecture arménienne dans ses rapports avec l'art syrien.. In: Syria. Tome 1, 1920. pp. 253-263. DOI : 10.3406/syria.1920.2848 Lire en ligne.

Dans un pays montagneux tel que l'Arménie, la construction d'églises à l'aide de pierres volcaniques paraît incontournable. On utilise notamment le tuf, mais aussi le granit, le basalte, etc. Les bâtiments doivent également résister aux températures qui peuvent être extrêmes dans cette région ; par ailleurs, pour résister aux séismes assez fréquents, un blocage de béton avec des parements de tuf de différentes couleurs (jaune, rosé, rouge ou gris) a été mis au point.

Les architectes et les constructeurs sont souvent des gens pauvres dont les noms n'ont pas subsisté. La connaissance de l'architecture arménienne concerne donc principalement celle des types architecturaux ou « architectoniques » et des monuments les illustrant.

La toute première basilique, Sainte-Etchmiadzin, l'une des plus anciennes de la chrétienté, datant vraisemblablement de 303, aurait été un édifice carré à trois nefs.

Les trois siècles qui suivent peuvent être chronologiquement définis comme la période d'émergence de l'art religieux arménien, qui connaît un grand essor au . Il s'agit donc d'une époque importante durant laquelle se forgent les différents types qu'emprunteront les monuments.

Époque paléochrétienne : Les Arméniens ont commencé par copier le style architectural des édifices des régions adjacentes à l'Arménie. Les monuments de cette période sont nommés « paléochrétiens ».

Les églises de plan oblong Les architectes s'inspirent en premier des basiliques romaines et syriennes pour les églises de taille importante. Les plans des églises sont dits « oblongs » ; ils ne comportent pas de coupole.

Églises mononefs

Les églises mononefs, rarement très vastes, sont des édifices ne comportant qu'une seule nef. Ce type est assez répandu en Arménie au cours des . Il s'agit la plupart du temps d'une salle rectangulaire, possédant généralement sur son côté est une abside, soit semi-circulaire, soit outrepassée. Elles sont souvent complétées d'annexes, des petites salles quadrangulaires sur chaque côté de l'abside, dont la fonction n'est pas totalement clairement établie (peut-être étaient-elles construites à des fins martyriales ?). Certaines constructions possèdent des galeries extérieures, soit au nord ou plus rarement au sud. Parmi les églises mononefs, on peut citer le monument de Lernakert, Tanahat (qui semble dater du ; située dans le Syunik), la mononef d'Agarak () ; l'église de Baïbourt (), située près du mont Ararat

Églises trinefs Il s'agit d'églises, nommées basiliques, possédant trois nefs, dont la nef centrale est un peu plus large. Elles sont plus vastes, mais moins importantes en nombre que les mononefs. On en distingue principalement trois formes : une cruciforme, l'autre en T, la dernière rectangulaire. Les murs latéraux sont parfois creusés de niches, et les voûtes sont simples, mais elles peuvent être éventuellement agrémentées de doubleaux. La longueur n'est pas très importante : elle va de 5 à à peu près. Les absides des églises sont généralement semi-circulaires, mais pas toujours : on en rencontre des saillantes, des rondes, etc. Le nombre d'annexes varie d'un bâtiment à l'autre. La forme des toits est souvent « en bâtière unique » et, extérieurement, les églises sont en général d'apparence rectangulaire.

Les églises de Kassagh (), la basilique d'Eghvard (fin du ), celle d'Ererouk, d'influence syrienne, Aghts (), Djiranavor d'Achtarak, sont les exemples les plus significatifs de ce type. Ces édifices sont aussi dits « longitudinaux ».

Architecture mémoriale

Mausolée et martyrium Les mausolées et les martyria sont présents en Arménie surtout aux alentours des . Il s'agit d'édifices généralement de petite taille, plus ou moins enterrés et possédant une voûte. La forme de ces constructions est généralement rectangulaire, mais est parfois complétée d'une abside, comme pour le martyrium de Sainte-Hripsimé à Etchmiadzin. On les retrouve souvent à côté d'une église. Les principaux exemples sont le mausolée d'Aghts (construit vers 360, dans lequel sont enterrés des rois arsacides), le martyrium de Zovouni (450 ?), celui d'Amaras (située dans le Haut-Karabagh, édifié en 489), celui de Sainte-Gayané d'Etchmiadzin (le premier date du début du ), etc. Les cas d'Ani et d'Igadzor sont intéressants : il s'agit de mausolées rupestres.

Chapelle mémoriale Comme à Zovouni ou Aghts, les chapelles mémoriales se situent souvent au-dessus d'un mausolée, ou sur le côté. Il s'agit là encore de petits édifices, dont les plus anciens remontent aux années suivant l'adoption du christianisme comme religion d'État. Deux principaux types se dégagent : le premier correspond aux chapelles mononefs à coupole, ou « coupoles sur carré » ; on les retrouve notamment dans des pays ou des régions voisins. Il en existe bien sûr en Arménie, comme les monuments de Katchet (église Sourp Kevork) ou encore la chapelle de Voghtchaberd. Le second type correspond aux chapelles mononefs voûtées, comme l'édicule Sourp Astvatsatsin d'Avan. Il existe quelques exceptions, comme le monument mémorial de Bardzrial, à l'aspect circulaire.

Les édifices à plan central

Un édifice dit « libre » est un monument se résumant à son plan central, c'est-à-dire une pièce principale très souvent en forme de croix. Une église dite « semi-libre » est une construction encadrée généralement par deux salles ou annexes. Enfin, un édifice dit « à croix inscrite » est un monument qui est entouré par quatre pièces sur tous ses côtés. Il forme très logiquement une croix inscrite dans un bâtiment et prend l'apparence d'un rectangle ou d'un carré. Très vite apparaît un élément architectural qui peut être considéré comme le pilier des constructions arméniennes : la coupole.

Il ne reste que quelques petits édifices à plan central de cette époque. Jean-Michel Thierry les qualifie de « prototypes », car ils sont les premiers du genre et annoncent la floraison du .

La coupole sur carré est une forme d'édifice simple, mais peu utilisée. Il s'agit essentiellement de chapelles mémoriales (voir plus haut). La datation de ces constructions est assez difficile, bien qu'ayant été logiquement édifiées entre les . Les églises possèdent en plus quatre bras.

Les tambours de ces édifices sont souvent octogonaux. Les monuments apparaissent en « croix libre » d'un point de vue extérieur, la forme des bras varie, et l'on distingue par conséquent trois types architecturaux bien précis : L'édifice en plan de tétraconque : ses quatre bras, sans exception, prennent la forme de conques. Il semble que le plus ancien monument de ce type soit l'église Sourp Astvatsatsin de Djrviz, qui remonterait aux alentours de l'an 500. Un autre exemple est l'église Sourp Kiraki d'Arzni (vraisemblablement du début du ). L'édifice en plan de monoconque : trois de ses bras ont un fond plat et sont en voûte, le dernier étant une conque (voir photo). L'église Sourp Kevork d'Ardjovit, construite de cette manière, daterait du . L'église Sourp Astvatsatsin du monastère de Lmpat à Artik a été supposée appartenir aux temps préarabes, or il semble qu'elle soit plus récente. Enfin, un autre monument, Saint-Lazare de Sarnaghbiour, a été érigé sur le même plan (si ce n'est son sanctuaire qui présente la particularité d'être plat). Enfin, un édifice est en plan de triconque lorsque trois des quatre bras de l'édifice sont en conques. L'église de Djrvej, construite par Yohan Bagarantsi à la fin du , en est un exemple.

Ces trois types d'édifice tirent leurs origines des temps païens. Certaines de ces formes ont été également retrouvées autour de l'Arménie. La décoration sculptée des églises pré-arabes reste modeste : arcatures des fenêtres, corniches, chapiteaux, etc. Parmi les thèmes ornementaux, on distingue des figures géométriques (entrelacs, losanges barrés, cannelures…), des motifs végétaux (feuilles d'acanthe, palmettes, …) ou encore des croix de Malte. Les thèmes figuratifs sont rares.

Outre les petits édifices à coupole, il existe des églises plus vastes, comme l'église de Tekor et la cathédrale d'Etchmiadzin. Tekor est un monument en croix inscrite et Etchmiadzin, depuis lors remaniée, aurait été, après la destruction de la première basilique, un carré tétraconque datant de la fin du (voir aussi plus bas « tétraconques »).