L' identification à l'agresseur est un mécanisme de défense décrit par Anna Freud en 1936 dans Le Moi et les mécanismes de défense (), où cette auteure reprend une expression qu'utilise Sandor Ferenczi dans son texte « Confusion de langue entre l'adulte et l'enfant » (1932-33).
Définition et origines de la notion thumb|upright=0.6|Anna Freud Anna Freud est la première à décrire et à isoler en tant que concept le mécanisme de défense de l'identification à l'agresseur dans son ouvrage Le Moi et les mécanismes de défense (, 1936). Elle montre comment : à ce stade, l'agression resterait , elle ne serait pas encore .
Sans utiliser cette expression d' « identification à l'agresseur » qui sera introduite par Sandor Ferenczi, Freud n'était pas sans en avoir décrit le mécanisme au troisième chapitre d’Au-delà du principe de plaisir (1920). Anna Freud se réfère à l’observation de son père dans cet ouvrage, où celui-ci évoque Michèle Bertrand et Geneviève Bourdellon, « Argument » à « L'identification à l'agresseur, Revue française de psychanalyse, 2009/1, , : Au cours de son jeu, . Les élaborations respectives de la notion d'identification à l'agresseur par Ferenczi en 1932, puis par Anna Freud en 1936 sont différentes, et Anna Freud ne mentionnera pas en 1936 le travail précédent de Ferenczi, . thumb|left|upright=0.6|Sandor Ferenczi Ferenczi recourt à cette expression d'« identification à l'agresseur » dans son texte « Confusion de langue entre l'adulte et l'enfant » () en lui donnant un sens particulier ayant trait à la notion de séduction : . Comme le précise Clara Duchet, c'est en s’identifiant à son agresseur que l’enfant introjecte le sentiment de culpabilité de l’adulte, et place de la sorte Clara Duchet, « Sandor Ferenczi, « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant. Le langage de la tendresse et de la passion (1933) », in Psychanalyse 4 Œuvres complètes, t. IV : 1927-1933, Payot, 1982, 125-135 », dans : Jean-Yves Chagnon éd., 45 commentaires de textes en psychopathologie psychanalytique, Paris, Dunod, « Psycho Sup », 2012, . DOI : 10.3917/dunod.chagn.2012.02.0055. . D'après Jean-Yves Chagnon, Anna Freud reprend le concept introduit par Ferenczi en mettant l'accent sur l'imitation ultérieure, par la victime, des comportements de l'agresseurJean-Yves Chagnon, « Identification à l'agresseur et identification projective à l'adolescence », Topique, 2011/2 (), . La victime va donc internaliser l'agresseur, ses pulsions autant que ses répulsions (son "ça" et son "surmoi"), d'où les vécus de honte qui suivent également le chocSerge Tisseron, La Honte, psychanalyse d'un lien social, Dunod, 1992.. Par rapport aux répercussions de la notion de trauma chez Sandor Ferenczi sur la théorisation d'autres auteurs, Judith Dupont explique comment pour Ferenczi , se soumettre à ses attentes ou à ses lubies, Judith Dupont, « La notion de trauma selon Ferenczi et ses effets sur la recherche psychanalytique ultérieure », Filigrane, 2008, .. Pour Jay Frankel, le concept d'identification à l'agresseur chez Ferenczi est foncièrement différent de Jay Frankel, « La découverte impardonnable de Ferenczi. Comment son concept d'identification à l'agresseur continue à subvertir le modèle thérapeutique de base », Le Coq-héron, vol. no 174, no. 3, 2003, , . : il s'agit .
Michèle Bertrand et Geneviève Bourdellon distinguent donc deux formes d'identification à l'agresseur : .
Description et occurrence du mécanisme Pour Anna Freud, le comportement observé dans le mécanisme de l'identification à l'agresseur . À un premier stade, . Dans un deuxième temps, .
Selon Anna Freud, l'identification à l'agresseur peut se produire dans divers contextes: agression physique, critique, etc., et elle peut avoir lieu . Clifford Yorke rapporte des cas d'analyses d'enfants dans la pratique d'Anna Freud où le mécanisme de l'identification à l'agresseur est mis en lumière, . Comme elle l'a mis en valeur, l'identification à l'agresseur : même si la critique extérieure est introjectée, , et dès que la critique est intériorisée, , ce qui implique le mécanisme cette fois de la projection de la culpabilité. Anna Freud a ainsi cette formule : .
Aujourd'hui, dans le domaine de l'agression sexuelle de fait et par rapport au traumatisme chez Ferenczi, Saverio Tomasella propose les formulations « identification à l’agresseur et à l’agression », puis « inclusion de l'agresseur et de l'agression »: la personne violentée internalise le violenteur, son acte et son intention. La haine double la jouissance ; elles sont désormais incluses dans la psyché du sujetSaverio Tomasella, Oser s’aimer, Eyrolles, 2008, p. 95 ; Le surmoi, Eyrolles, 2009, pp. 46-52..
Le concept d'identification à l'agresseur dans la théorie psychanalytique Alain de Mijolla considère que de la notion même d'identification .
Le concept d'identification à l'agresseur a fait l'objet d'autres élaborations théoriques: dans Le non et le oui (No and Yes, 1957), René Spitz l'utilise pour montrer comment l'enfant parvient à l’étape du « non »; Daniel Lagache . Dans le texte « Pouvoir et personne » (1962), Lagache montre en effet comment l'enfant .
Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis s'interrogent en 1967 sur l'articulation du concept d'identification à l'agresseur à l', en remarquant cependant que le mécanisme observé ne se situe pas dans le cadre d'une relation triangulaire, mais au fond , qu'à la suite de Daniel Lagache, ils estiment être .
Références
Voir aussi
Bibliographie
Textes de référence Sándor Ferenczi, Confusion de langue entre les adultes et l'enfant (), Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2004 . Anna Freud, Le Moi et les mécanismes de défense (, 1936), Paris, PUF (1949), PUF 2001 .
Études sur le concept Michèle Bertrand et Geneviève Bourdellon (dir.), « L'identification à l'agresseur : argument », Revue française de psychanalyse, 2009/1, , , dossier « L’identification à l’agresseur », Clara Duchet, « Sandor Ferenczi, « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant. Le langage de la tendresse et de la passion (1933) », in Psychanalyse 4 Œuvres complètes, t. IV : 1927-1933, Payot, 1982, 125-135 », dans : Jean-Yves Chagnon éd., 45 commentaires de textes en psychopathologie psychanalytique, Paris, Dunod, « Psycho Sup », 2012, . DOI : 10.3917/dunod.chagn.2012.02.0055. Jay Frankel, « La découverte impardonnable de Ferenczi. Comment son concept d'identification à l'agresseur continue à subvertir le modèle thérapeutique de base », Le Coq-héron, vol. no 174, no. 3, 2003, , . Christian Jouvenot, Freud, un cas d'identification à l'agresseur, PUF, 2003. J. Laplanche et J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), entrée: « Identification à l'agresseur », Paris, Puf, 1984, . .
Articles connexes Mécanismes de défense Identification Introjection
Catégorie:Mécanisme de défense