Domínikos TheotokópoulosEn grec moderne . Il signe toute sa vie ses œuvres de son nom complet en caractères grecs. Ses œuvres byzantines sont signées Cheir Domenico (de la main de Domeniko) et plus tard de la formule grecque Domeniko Theotocopoulos epoiei (a peint), à laquelle il ajoute en Italie Kres (« le Crétois »)., dit le GrecoSon surnom vient de l'italien greco, auquel on adjoint l'article défini espagnol el (le), et non de l'espagnol griego. C'est pourquoi dans la tradition française, on le nomme Le Greco., né le à Candie (aujourd'hui Héraklion) en Crète (alors possession de la république de Venise) et mort le à Tolède, est un peintre, sculpteur et architecte qui fut principalement actif en Espagne.

Il est considéré comme le peintre fondateur de l’École espagnole du . Son œuvre picturale, synthèse du maniérisme renaissant et de l'art byzantin, est caractérisée par des formes allongées et une palette de couleurs diversifiée, confondant vivacité et austérité. S'il a été célébré de son vivant, il a par la suite été oublié pendant plus d'un siècle. Redécouverte au milieu du par les romantiques français en particulier, sa peinture atypique a suscité des commentaires innombrables, souvent en contradiction avec les faits historiques avérés. Sa singularité a influencé de nombreux artistes du , parmi lesquels Pablo Picasso et Jackson PollockJackson Pollock a fait de nombreux dessins et études d'après Le Greco, et Picasso s'est directement inspiré de certaines compositions du peintre..

Biographie Débuts en Crète Il semble que le Greco ait été formé dans sa ville natale puisqu'il y est reçu maître-peintre en 1566. Il porte alors le nom grec de Menegos, dont la traduction latine est Dominico Fernando Marias, El Griego de Toledo, Fundacion El Greco, 2014, .. Il est alors peintre d'icônes dans la tradition byzantine orthodoxe, aidé par son frère Manuso, de dix ans son aîné. On possède de lui différentes icônes.

Séjour en Italie Le Greco séjourne de 1568 à 1570 à Venise, où il est identifié comme « disciple » du Titien, bien qu'il n'utilise pas la même technique. Il y est aussi influencé par le Tintoret et Bassano. Il vit à la marge de la communauté grecque de Venise et collabore alors avec le géographe crétois Georgios Suderos Kalopados à qui il envoie en 1568 des dessins cartographiques de Crète.

Après un voyage à Parme, où il voit l'œuvre du Corrège et du Parmesan X. de Salas et F. Marias, El Greco y el Arte de su tiempo, las notas del Greco a Vasri, Madrid, 1992., il arrive à Rome où il se met au service du cardinal Alexandre Farnèse en 1570. C'est ainsi qu'il se lie à Fulvio Orsini, bibliothécaire du cardinal, qui devient son protecteur et qui acquiert plusieurs de ses œuvres pour ses collections, dont une Vue du mont Sinaï et le Portrait de Giulio Clovio. Ce dernier, miniaturiste d'origine croate, auteur du livre d'heures du cardinal, devint son ami.. De cette époque date le portrait de Charles de Guise qui organisa la protection des grecs orthodoxes après la bataille de Lépante. Ce tableau, conservé à Zurich, qui fut longtemps attribué au Tintoret, a été attribué au Greco en 1978.

Le Greco quitte le palais Farnèse en 1572, sans que l'on connaisse la raison de son départ. Selon Giulio ManciniDans ses Considérations sur la peinture., c'est la proposition du Greco de détruire et de repeindre les fresques de la chapelle Sixtine qui provoque le courroux du cardinal et de sa courGiulio Mancini , Considérations sur la peinture, 1617-1621 ; rééditées en 1956 par A. Marruchi.. Selon certains, il aurait voulu en éliminer les nus « indécents ». Si ce n'est pour cette raison, son opposition avec Michel-Ange est assez bien documentée et remonte à sa période romaine. Il mentionne dans ses notes que Michel-Ange n'a jamais su ni peindre les cheveux, ni imiter les carnations, par manque de colorisOn trouve la même remarque lors de la visite de Pacheco, in lArte de la Pintura.. On conserve cependant la lettre de demande d'explication du Greco au cardinal Farnèse, restée sans réponse.

Le , il est inscrit à l'Accademia di San Luca comme peintre de miniatures, ce qui laisse perplexes les historiens de l'art. Il semble qu'il reste en Italie jusqu'en 1576 avec ses deux assistants, Lattanzio Bonastri da Lucignano et Francesco Preboste. Ce dernier l'accompagnera en Espagne. vignette|redresse|La Sainte Alliance, ou le rêve de Philippe II, entre 1577 et 1580, Escurial. Proposition rejetée pour la décoration de l'Escurial. vignette|redresse|Le Martyre de saint Maurice, vers 1580-1582, Escurial. rejetée pour l’Escurial.

Installation en Espagne Il arrive en Espagne, sous , à la période considérée comme le Siècle d'or, où affluent les richesses et se développent les arts, malgré la censure de l'Inquisition.

Il semble que le Greco vive à Madrid près de la Cour, quand il reçoit la commande de L'Expolio pour la cathédrale de Tolède. Le doyen de la cathédrale, , est le père de Luis de Castilla avec lequel Le Greco s'était lié d'amitié à Rome. La composition du retable de la Trinité commandée en 1577 pour Santo Domingo el Antiguo de Tolède semble avoir été également approuvée par ce même Diego de Castilla.

En 1578, son fils Jorge Manuel naît à Tolède. On ne sait rien de la mère de l'enfant, Jeronima de las Cuevas, que le Greco n'a pas épousée. L'enfant est élevé par la famille Cuevas et Le Greco ne s'installera lui-même à Tolède qu'en 1585.

En 1579, Philippe II d'Espagne lui commande Le Martyre de saint Maurice, destiné au palais de l'Escurial, mais le tableau, pas plus que La Sainte-Alliance, ne plaît au roi, ni à la Cour, ni à l'Inquisition qui ne le trouvait pas assez fidèle à l'esprit du Concile de Trente Fray José de Sigüenza, description de la construction du monastère de l'Escurial, in : Historia de la Orden de San Jerónimo (1595-1605).. Lors de ce concile, point de départ de la Contre-Réforme dans les pays catholiques, il avait été décidé de mettre au premier plan les aspects mystiques et surnaturels de l'expérience religieuse. : le martyre du saint dans le tableau du Greco est au second plan, peu lisible. C’est finalement au peintre italien Rómulo Cincinato que revint la commande. Le Greco retiendra la leçon dans ses œuvres ultérieures, mais son succès à Tolède le tint ensuite éloigné de la cour d'Espagne.

La même année, le théoricien italien du maniérisme, Federigo Zuccaro, lui rend visite et lui offre La Vie des peintres de Vasari, livre que l'on a conservé, annoté de la main du GrecoFernando Marias en 1981, les Marginalia du Greco..

vignette|redresse|L'Enterrement du comte d'Orgaz, 1586-1588, Tolède, église Santo Tomé.

Succès à Tolède Tolède était depuis fort longtemps le centre de la vie artistique, intellectuelle et religieuse de l'Espagne, quand le , Le Greco reçoit la commande de l'Enterrement du comte d'Orgaz pour l'église Santo Tomé.. Il y représente le mythe fondateur de Tolède et les portraits des nobles et autorités de la ville qui assistent au miracle de l'enterrement. En haut, l'âme du défunt est accueillie au ciel.

En 1587, il participe à la décoration monumentale de la ville de Tolède pour la venue de Philippe II et de la Cour.

Vers 1592-1593, il annote le traité d'architecture de Vitruve, où il exprime ses idées esthétiques en particulier sur les déformations.

Il vit alors à Tolède, dans une maison louée au marquis de Villema, où il dispose, selon le témoignage de Jusepe Martínez, . En 1604, Le Greco et sa famille occupent 24 pièces de la maison.

vignette|redresse|Cardinal Fernando Niño de Guevara, 1600-1601, New York, Metropolitan museum of art.

Les commandes religieuses et privées affluent, en particulier de nombreux portraits. En 1596, il reçoit la commande du retable majeur du Collegio de la Encarnación à Madrid, puis en 1603 de celui du Collegio de San Bernardino de Tolède et celui de l'hôpital de la Caridad de Illescas, enfin celui de Tavera, pour lesquels il réalise peinture, sculpture et architecture.

En 1603, son fils Jorge Manuel se marie, il apparaît comme assistant de son père ou comme peintre indépendant dans le style inventé par son père. Le peintre est également assisté de Luis Tristán. En 1604, le frère du Greco, Manuso, meurt à Tolède, où il est enterré.

Entre 1605 et 1608, le graveur Diego de Astor reproduit une série de ses tableaux.

Dernières années, ruiné et malade

L'année 1606 marque le début des procès des commanditaires des retables contre le Greco et son fils. Ils sont souvent la conséquence des procédés commerciaux du peintre qui, par exemple, demandait à son assistant Francisco Prebloste de passer un accord avec un Génois de Séville pour que ses tableaux soient reproduits en broderie. Son atelier reproduit trois, quatre fois chacune de ses toiles en différents formats, en particulier les tableaux de dévotion comme la série consacrée à saint François d'Assise. De plus, à partir de 1608, son état de santé se dégrade, et son fils Jorge Manuel falsifie sa signature sur des contrats.

En 1611, Francisco Pacheco, peintre, théoricien de l'art et théologien, lui rend visite à Tolède. Il décrit sa rencontre avec le Greco qui lui montre ses modèles, maquettes et sculptures en cire faits de sa main, servant à la composition des toiles, puis les originaux peints à l'huile de petites dimensions de toutes ses compositions. À la question : , Greco aurait répondu . À cette occasion, il confirme son opinion sur Michel-Ange et ajoute : Point de vue sur Michel-Ange.. Pacheco qualifie le Greco de « peintre-philosophe » Francisco Pacheco, El arte de la pintura, Madrid, Cátedra, 1990 ..

En 1612, son fils lui achète une sépulture. Le Greco meurt ruiné le à Tolède en ne laissant pas de testament. Il y est inhumé religieusement dans l'église de Santo Domingo el Antiguo. Son fils fait l'inventaire des biens de son père en tentant d'échapper aux saisies de l'hôpital Tavera avec lequel il est en procès pour le retable toujours inachevé.

En 1619, les restes du Greco sont transférés à l'église de San Torcuato de Tolède. L'église est détruite en 1868, les tombes dispersées. Il ne reste de son tombeau que la description du poète espagnol Luis de Góngora, contemporain du Greco, Tombeau de Domenico Greco, excellent peintre :

Cercle social à Tolède vignette|redresse|Vue de Tolède sous l'orage, 1596-1600, New York, Metropolitan Museum of Art. vignette|redresse|Portrait de Jerónimo de Cevallos, maire de Tolède, 1613, Madrid, musée du Prado. vignette|redresse|Frère Hortensio Felix de Paravicino, vers 1609, Boston, musée des Beaux-Arts.

Au cercle de la famille du Greco à Tolède, telle que nous la connaissons actuellement, c’est-à-dire avec Manuso, le frère aîné marchand, Jorge Manuel, le fils, Jeronima de las Cuevas, la mère de l’enfant, ainsi que les différents assistants de l’atelier, s’adjoint un groupe restreint d’amis et d’érudits tolédans dont on connaît les noms et dont le Greco a peint les portraits.

Le Greco fréquente Luis de Castilla, doyen de la cathédrale de Tolède et fils naturel de Diego de Castilla, qui possède quelques-unes de ses toiles. Andrez Nunez de Madrid, curé de l’église de Santo Tomé, et apparenté à la famille de La Fuente, possédait également des toiles du Greco, et a aidé le peintre à obtenir des commandes de clients, parmi lesquels un médecin, Martin Ramirez de Zayas, professeur de théologie à l’université de Tolède. Alonso de la Fuente Montalban est le trésorier de La Ceca de Tolède. Au conseil du gouvernement de la ville, l’orthodoxie doctrinale des peintures est la charge du docteur Pedro Salazar de Mendoza qui, semble-t-il, possédait la Vue de Tolède. Ce conseil compte également parmi ses membres Jeronimo Oraa de Chiroboga, Rodriguez Vazquez de Arce, dont le portrait est actuellement au musée du Prado, Francisco Pantoja de Ayala, Domingo Perez Ribedaneira, Juan Bravo de Acuna.