thumb|175px|right|Femmes aux thermes, peinture de Lawrence Alma-Tadema. thumb|300px|right|Reconstitution historique virtuelle des thermes romains de Weissenburg, Allemagne.
Des thermes (nom masculin pluriel) sont un établissement de bains chauds ayant plusieurs fonctions qui mêlent le soin du corps (présence par exemple d'une palestre, élément particulier du gymnase destiné à l'entraînement), mais aussi le soin de l'esprit, rôle qui dépasse largement la propreté corporelle. Il existait de grandes catégories de thermes : les thermes publics, les thermes privés, les thermes d'été (thermae aestivales) et les thermes d'hiver (thermae hiernales)Pierre Gros, L’Architecture romaine, I, Les monuments publics, 1996, éd., Paris, Picard, 2007..
Le mot thermes vient du grec thermos (chaud). Pour désigner les bains, les Grecs utilisaient le mot qui devient en latin. Le mot thermes est employé pour la première fois pour désigner les Thermes d'Agrippa à Rome (26-29). Ensuite, ce terme ne s'appliquera qu'aux complexes les plus développés, c'est-à-dire comprenant bains, annexes, sport et cultureGinouvès René. Dictionnaire méthodique de l'architecture grecque et romaine. Tome III. Espaces architecturaux, bâtiments et ensembles. Rome : École Française de Rome, 1998, 492 p..
Les témoignages de Théophraste dans son traité Du feuen grec ancien : et celui des Caractères parlent de bains, des bains collectifs chauffés, qui impliquent sans doute une forte consommation en bois et des esclaves pour entretenir les chaudières. Dans un fragment du traité Sur le feu, Théophraste fait remarquer que, tout comme les chambres sudatoires, les établissements de bains sont plus chauds au nord qu’au sud, et en hiver qu’en été. Quant au mot , qui désigne plus tard le gérant d’un bain, il paraît exercer à Athènes la fonction d'asperger les clients à l’aide d’une patère, comme le des sources de la civilisation grecque hellénistique. : la grossièreté de l’impudentCaractère IX : l'Impudent () consiste à priver le de son dû en s’aspergeant lui-même. L'esclave du cupide des CaractèresCaractère XXX : le Cupide () est réprimandé pour avoir acheté une huile rance, et il prend, utilise celle d'un autre (se servir d'une huile rance est le propre du rustre)Caractère IV (6) : le Rustre ().
Principe architectural et critères pratiques Les Salles Dans le principe, la structure type d'un therme comporte, à l'intention des usagers, un certain nombre de salles aux fonctions bien précises. Les thermes de Stabies à Pompéi en sont un bon exemple (thermes construits au et réaménagés plusieurs fois jusqu'en 62 ). thumb|right|300px|Plan des Thermes de Stabies d'après Jean-Pierre Adam
L'édifice thermal est séparé en deux parties, l'une masculine, l'autre féminine. La section féminine est plus modeste et l'entrée se fait généralement dans une rue latérale, par une porte discrète. L'entrée principale donne accès aux bains masculins distribués autour d'une palestre ( sur le plan), espace bordé de portiques, réservé aux exercices physiques. Cet espace central donnait accès à l'apodyterium (vestiaire ) de la piscine froide (natatio ). L'apodyterium était garni de meubles ou de petites cases pour recevoir les vêtements des baigneurs.
De là, l'usager pouvait se rendre à l'étuve sèche, le laconicum, petite salle circulaire et voûtée, fortement chauffée. Cette chaleur sèche plus élevée que dans le caldarium est un moyen efficace pour nettoyer la peau en profondeur. Parfois ce type de salle était remplacé par le sudatio, à chaleur humide. Le frigidarium dit aussi « cella frigidaria » () était une salle pour le bain froid, avec divers aménagements hydrauliques : vasque, baignoire, bassin, piscine.
Les deux grandes salles majeures, accessibles de l'une à l'autre, étaient dévolues au bain tiède, tepidarium () et au bain chaud, le caldarium (). Dans ces pièces on trouvait plusieurs piscines munies de degrés ou d'une banquette permettant d'y demeurer assis. Le tepidarium est une pièce tiède dont l'hypocauste ne disposait pas d'un foyer propre, mais était chauffé par communication avec celui des salles chaudes voisines (circulation de l'air chaud dans les murs faits de tuyaux en terre cuite). Cette pièce avait un rôle de « tampon thermique » entre les zones froides et les zones chaudes du bâtiment. Elle pouvait également servir pour les massages. Le caldarium est une pièce très chaude avec sous le sol un chauffage par hypocauste muni d'un foyer propre. L'eau de la piscine y était chaude.
L'établissement thermal comportait également des galeries de service pour le stockage du mobilier et du combustible, le bureau du responsable de l'établissement (comme aux thermes de Stabies à Pompéi) ainsi que des latrines. Parfois ces galeries distribuaient sur de petits bains individuels.
Installation hydraulique et chauffage thumb|300px|Coupe du système d'hypocauste des thermes d'une villa de Vieux-la-Romaine, Calvados, France. Pour le stockage de l'eau, des réservoirs étaient généralement installés dans la partie la plus élevée du bâtiment. Leur alimentation était assurée par une dérivation d'aqueduc. Ils présentaient des aménagements d'arrivée d'eau, d'étanchéité, de vidange et de trop-pleinJean-Pierre Adam, La Construction romaine : matériaux et techniques, Paris, Picard, coll. « Grands manuels Picard », 1984, éd., in-quarto (28 cm), 756 ill., 367 p. (notice BnF no FRBNF34764024b) . À partir de ces réservoirs, la distribution de l'eau s'effectuait par des canalisations en terre cuite ou en bois, renforcées par des frettes (armatures métalliques) en fer ou en plomb, et insérées dans les murs. Ces conduits alimentaient les piscines, les vasques, les cuves et les chaudières destinées au chauffage de l'eau. L'évacuation des eaux usées se faisait vers un réseau d'égouts, à partir des dispositifs d'évacuation ou de trop-plein, ou par des ouvertures aménagées dans le sol des salles. Celles-ci étaient parfois protégées par une plaque de marbre percée d'orifices formant un motif géométrique.
Le chauffage pouvait être obtenu, dans certaines salles des thermes, par de simples dispositifs portatifs (braseros) ou par le soleil. On pouvait trouver aussi, soutenu par un renfort en barre de fer, un système de chaudières ou chauffe-eau (récipient en métal dans lequel l'eau était chauffée). Mais le procédé le plus couramment utilisé était le chauffage par hypocauste. Le foyer ou praefurnium est aménagé en sous-sol dans une pièce de service ventilée et conçue pour recevoir une réserve de carburant (charbon de bois). Dans les grands thermes, ces pièces de service sont installées sur une façade latérale du bâtiment et desservies par une galerie ouvrant sur l'extérieur pour faciliter l'approvisionnement. L'hypocauste n'était pas voûté à la manière d'un four, mais était un espace couvert d'un sol « suspendu » appelé la suspensura, reposant sur un grand nombre de pilettes, presque toujours construites de briques carrées. Ce système est caractéristique des constructions romaines (voir les thermes de Stabies à Pompéi, les thermes du Forum à Ostie, etc.). Afin que l'air circule mieux dans les salles, des étaient aménagés dans les murs. Ce sont des canalisations de céramique de section rectangulaire. Généralement, le dosage de la chaleur se faisait par la proximité ou le nombre de foyers communiquant avec les hypocaustes. Dans le schéma le plus simple ; le praefurnium s'ouvrait sous le caldarium, l'air chaud circulait sous celui-ci puis, déjà refroidie, passait par des ouvertures dans l'hypocauste du tepidarium. L'évacuation des gaz chauds se faisait le plus souvent par des cheminées.
Plan d'aménagement et itinéraire Selon les plans des établissements, on peut différencier deux types de thermes : Les thermes simples : accessibles aux hommes et aux femmes à des heures différentes Les thermes doubles : deux séries de pièces pour accueillir hommes et femmes en même temps, mais séparément. Le corps central des thermes était toujours constitué des mêmes pièces fonctionnelles, seul le nombre peut varier. Dans les thermes impériaux romains, de nouvelles pièces apparaissent consacrées à la culture du corps et de l'esprit tels que : salle de gymnastique, auditorium, bibliothèque, musée et parfois des nymphées, citernes, magasins, voire des lieux de culte (voir les thermes de Caracalla à Rome). Dans l'ensemble, la séquence des pièces indique que l'on passait d'une salle à l'autre dans un ordre bien précis. Les itinéraires proposés aux usagers participent à la compréhension du bâtiment et à son rôle dans la société d'alors. Souvent on retrouve l'ordre suivant : apodyterium - frigidarium - tepidarium - caldarium puis retour à l'apodyterium. Les thermes naturels Ces thermes sont installés sur le lieu de vaporium, des grottes ayant des sources de vapeur. Ces grottes ont été aménagées en gigantesque spa ou hammam. Le vaporium des thermes de Bagnères-de-Luchon est le plus grand d’Europe avec 150 mètres de galeries utilisés par les thermistes.
Les thermes : origine et évolution L'histoire des thermes est tributaire de l'histoire des techniques, des mœurs, des modes d'hygiène et d'hydrothérapie. Les thermes ne peuvent pas être étudiés uniquement d'un point de vue formel. Souvent le plan des établissements thermaux s'adapte en fonction de paramètres économiques, topographiques et/ou climatiques. Ces paramètres conditionnent l'extension et la forme des bâtiments. Par exemple dans les provinces africaines de l'Empire romain, on n’emploie pas ou très peu le système de l'hypocauste, car le climat y est très chaud et l'usager y recherche plutôt la fraîcheur. On distingue généralement deux « foyers » dans lesquels les thermes de Rome trouvent leurs origines : le monde hellénistique et le monde étrusque (plus précisément campanien). Les plus anciens thermes connus sont ceux de Fontaines Salées, qui remontent au moins à -600 av. J.C.Les Eaux et leur culte en Gaule. Raymond Lantier. Journal des savants, 1962, Vol. 3, , .. Les instruments indispensables aux baigneurs et aux athlètes est le racloir, qui fait office de gant de toilette.
Bains hellénistiques de Sicile thumb|right|130px|Reconstitution d'une baignoire individuelle en terre cuite. Olynthe, Grèce. thumb|left|100px|Les bains hellénistiques de Megara Hyblaea, Sicile, Italie. Les « bains grecs » peuvent être illustrés par les établissements des colonies grecques du sud de l’Italie et notamment de la Sicile comme les balnea de Megara Hyblaea. Il existe, semble-t-il, des balneion dès le à Athènes par exemple, mais cet établissement sicilien du , bien conservé et documenté, constitue une sorte de prototype des formules grecques transportées en Occident. Les bains grecs comportent une formule assez simple en plan, avec pour la salle chaude un plan circulaire en tholos ou rotonde avec des baignoires individuelles. Le système de chauffage est utilisé tant pour les salles sèches que pour les baignoires. La notion d'hypocauste n'est pas attestée dans les textes avant le apr. J.-C., mais il semble que le principe soit antérieur (voir les thermes de Syracuse) bien qu'il ne s'agisse pas encore « d'hypocaustes continus ». Les bains de Megara sont mixtes.
Les bains campaniens En suivant l'évolution des balnea italiques, apparaissent les bains campaniens. Ces bains témoignent, par leur disposition et technique, du niveau très élevé des concepteurs et bâtisseurs campaniens. La construction de ces bains résulte de la confrontation entre les traditions grecques et les traditions et nécessitées localesJohn Bryan Ward-Perkins, Architecture romaine, coll. Histoire de l'Architecture, éd. Gallimard, 1993, 205 p., . La caractéristique de ces bains est bien illustrée par les thermes de Stabies à Pompéi dont les différentes phases d'évolution s'échelonnent du Tout au long de ces phases apparaissent de nouveaux éléments qui revêtiront un caractère structurel canonique souvent repris dans les établissements ultérieurs.