La musique arabo-andalouse ou musique .. ou bien musique mauro-andalouseARS. Dedicado a Manuel de Falla. Revista de Arte.- Año XXV - 1965 - DE FALLA, Manuel et SOPEÑA, Federico. Escritos sobre música y músicos: Debussy, Wagner, el cante jondo. Espasa-Calpe, 1950.(), aussi appelée al musiqa al andalusiya, ou en Algérie, gharnati, sanâa et malouf pour les variantes régionales et aroubi, chaâbi, hawzi pour les genres dérivés et tarab al-ala, tarab al-andaloussi au Maroc, malouf en Tunisie et en Libye est un genre musical profane, classique ou savant, du Maghreb, distinct de la musique arabe classique pratiquée au Moyen-Orient (ou Machrek) et en Égypte.

Dénominations

L'expression ne s'est imposée que depuis quelques décennies, c'est un point de vue strictement occidental pour désigner un ensemble de pièces musicales et poétiques originaires d'Al-Andalus, elle est préférée à musique (andalusiyya). Cette dénomination n'est pas toujours comprise de la même façon et n'a cessé de se modifier depuis son apparition. Si le terme de musique « arabo-andalouse » s'est généralisé en France, il ne recouvre pas toujours la même réalité. Ce vocable englobe le répertoire traditionnel « classique », mais aussi les chants citadins qui lui sont périphériques tels le Hawzi, le Aroubi, le Mahjouz et parfois le Chaâbi algérien.

La première mention de apparaît au début du dans les textes de Jules Rouanet, un musicologue français établi à Alger. Il fait imprimer avec l'aide d'Edmond Nathan Yafil, musicien juif d'Alger, une série des transcriptions du répertoire des noubas, intitulée Musique arabe et maure et non . Toutefois, les auteurs insistaient sur le souci de sauvegarder un patrimoine de . Il est difficile de savoir si Rouanet, le premier qui a entériné par écrit le terme de , a inventé l'expression ou bien, il l'a emprunté à ses informateurs algérois Yafil et Cheikh Sfindja.

Au cours du , cet héritage a été véhiculé sous le vocable de (andalusiyya) et non celui d', en Afrique du Nord et plus particulièrement en Algérie. Les Algériens considèrent en effet l'héritage andalou comme le reflet de leur propre culture et la musique andalouse ne peut être qu'arabe. En 1921, Mohamed Ben Smail, un Algérien de Tlemcen, fonde en 1921 à Oujda l'association musicale andalouse (al-Jam'iyya al-andalusiyya), la première au Maroc et la première du genre à endosser cette dénomination.

Dans les années 1930, il y a eu un regain d'attention pour le répertoire savant arabe par les Espagnols, lié sans doute à leur présence dans le nord du Maroc. Pour eux, il existe une musique andalouse, mais, elle est différente de celle d'Afrique du Nord. Pour lever toute équivoque, les Espagnols ont adopté le terme al-Andalus pour désigner le patrimoine légué par les Arabes, et Andalucia quand il s'agit de la région espagnole.

En Algérie, après de la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle dénomination est apparue : (mûsîqá klasikiyyah). En 1951-1952, El Boudali Safir publie une étude sur l'héritage musical andalou : La musique arabe classique. Cette nouvelle expression s'affine en (Bouali, 1968), puis en (Guettat, 1980). Enfin, Ahmad Sefta publie à Alger en 1988 un ouvrage intitulé Musique classique andalouse.

En 1932, se produit le Congrès de musique arabe du Caire, un événement capital pour le développement de la musique arabe. La musique dite andalouse y apparaît fractionnée en trois entités distinctes : musique maghrébine-andalouse, musique algérienne-andalouse, musique tunisienne-andalouse.

Dès 1962, Mohamed Ghali El Fassi, Ministre de la Culture du Maroc, va bouleverser toutes les données. Il donne une conférence sur le thème : La musique marocaine dite musique andalouse. Il dénonce ouvertement l'Occident pour avoir imposé à tort le terme de et propose de le remplacer par un autre vocable qui reflète mieux la réalité : . Le ministre fait remarquer que cet art n'est pas figé et a toujours été renouvelé par l'apport de ses interprètes successifs. L'appellation d'andalou-marocain a été adoptée au Maroc tout en faisant des émules, en Algérie, où, bien que timide, l'expression est désormais employée.

Le Proche-Orient revendique également des liens avec les legs d'Al-Andalus. Les pays du Machrek voient apparaître l'expression dès la seconde moitié du , en l'appliquant au mouachah, une forme à la fois poétique et musicale.

Chacune des musiques régionales était autrefois dotée d'un vocabulaire spécifique qui lui assurait une identité propre. Ce vocabulaire n'apporte cependant aucune information sur un lien hypothétique avec al-Andalus, sauf dans le manuscrit algérois d'Ahmad Bin Ali Bin 'Isa (), al-Safina wa-hiya ashar al-Arab wa-kalâm ahl al-Andalus ().

Dans les textes manuscrits des , le terme nouba est le plus souvent utilisé pour désigner l'art arabo-andalou. Mais le vocabulaire en vigueur varie d'une région à l'autre. Au Maroc, c'est le terme âla''' qui revient pour exprimer ce répertoire. En Algérie, le terme san'a (), s'impose notamment à Alger. À Constantine comme en Tunisie, la musique savante traditionnelle est appelée malouf ().

Histoire

La musique arabo-andalouse est l'héritière de la tradition musicale arabe transmise au de Bagdad (alors capitale des Abbassides) à Cordoue et Grenade grâce notamment à Abou El Hassan Ali Ben Nafiq ou Ziriab (qui en est considéré comme le père.), musicien brillant qui en créa à l’époque les bases, en composant des milliers de chants et en instituant le cycle des noubat (nūbāt. ou nawbat.), composées de formes poétiques tels le muwashshah ou le zadjal (qui furent l'une des sources des Cantigas de Santa Maria du roi , du flamenco et des troubadours). Cette musique aura également une influence sur la musique occidentale contemporaine, notamment sur les œuvres de Camille Saint-Saëns à la suite de ses contacts avec des musiciens Algériens, tel Mohamed SfindjaUn patrimoine en danger, par Faouzi Adel, Insaniyat (Revue), Numéro 12. ..

La nouba se distingue de la waslah et de la qasida arabes tant par ses modes que par ses formes. À sa suite, Abu Bakr Ibn Yahya Al Sayih, dit Ibn Bâjja ou (Avenpace), poète et musicien lui aussi, a mis au point l’accord du oud, a perfectionné la nouba et a laissé un grand nombre de compositions.

La musique arabo-andalouse développée en Espagne s'est propagée grâce aux échanges importants entre les centres culturels d’Andalousie formant trois grandes écoles dont se réclameront des centres culturels du Maghrebhttp://www.magharebia.com/cocoon/awi/xhtml1/fr/features/awi/features/2005/02/03/feature-01 : Grenade (à Tlemcen., OranBaron Rodolphe d'Erlanger, La musique arabe, Paris, Paul Geuthner, t.VI, 1959, rééd. 2001 . NedromaLa voyante du Hodna Par Rabia Abdessemed, p 110 et Sidi Bel-Abbès en Algérie – Rabat., OujdaThe Literature of Al-Andalus, pages 72 / 73 de son ouvrageChristian Poché, La musique arabo-andalouse, coll. Musiques du monde, éd. Actes Sud, Arles, 2001, Origine grenadine du Gharnati d’Oujda pp. 17 et 21 ., Tétouan, Tanger. et Chefchaouen au Maroc) Cordoue (à Meknès au Maroc – Alger, Béjaïa, Mostaganem., Cherchell., Miliana, Médéa, Blida et Koléa en Algérie) Séville (à Fès au Maroc – Constantine, Skikda, Annaba et Souk Ahras en Algérie – Tripoli en Libye – Kairouan et Testour en Tunisie) Valence (à Tunis en Tunisie)

Les centres maghrébins de musique andalouse ont transféré le savoir-faire à d'autres villes du Maghreb. Il est à noter que dans une même ville pouvaient coexister plusieurs styles de musique arabo-andalouse.

Il y a deux écoles de Grenade : du , elles rivalisent avec les styles de Cordoue, Séville et Valence ; au , lorsque les arabo-musulmans se retirèrent elles héritent de leurs répertoires. D'après Al-Tifâshî, les pôles musicaux andalous seraient plutôt : Cordoue, Saragosse et Murcie.

L'implantation maghrébine s'est accentuée avec les Morisques et les Juifs sépharades expulsés de l’Andalousie devenue catholique en 1492 lors de la Reconquista arrivant en masse en territoire maghrébin.

La musique arabo-andalouse, bien que reposant sur des règles très strictes, est une musique non écrite se transmettant oralement de maître à élève. Bien avant la chute de Grenade, de nombreux musiciens musulmans s'étaient repliés en Afrique du nord. La tradition musicale arabo-andalouse s'y est développée jusqu'à nos jours, particulièrement dans les villes ayant accueilli les réfugiés andalous.

Il y a une différence entre la nouba « orientale », imprégnée d'éléments turcs, persans et même byzantins, et la nouba « occidentale », qui, elle, est restée intacte, telle qu'elle existait au Moyen Âge. Il semble que plusieurs siècles de présence ottomane dans certaines régions du Maghreb n'ont pas altéré certaines écoles de musique dite andalouseJules Rouanet 'La musique arabe', in Encyclopédie de la musique, Paris, Delagrave, 1922, , , et 'La musique andalouse dans le Maghreb', ..

Ce n'est qu'à partir du qu’apparaissent des corpus recueillant ce répertoire poétique menacé, écrits par le Tétouanais Muhammed Ibn al-Hasan al-Hayik. Le début du verra lui un recueil systématique sous forme de transcriptions musicales ainsi que l'organisation de congrès internationaux au Caire et à Fès, puis ailleurs.

Système musical

La musique arabo-andalouse est constituée autour d'un cycle de 24 noubats originelles, dont seule la moitié subsistent et seraient inaltérées. Elles s’inspirent largement des modes byzantins, perses, et arabes. Bien des noms sont encore en résonance, avec leurs origines : Ispahan, Iraq, Hijaz, Mashriq, etc. Ces 24 noubat (pour chaque heure d'une journée) étaient jouées sur 24 modes correspondant chacun à une heure des 24 que compte un jour (système similaire au râga indien). Chaque nouba est composée d'une suite fixe alternante de mouvements musicaux instrumentaux et poétiques.

Il n'existe pas de répertoire unique et commun au Maghreb ; des noubas de même nom diffèrent d'école en école, et à l'intérieur même d'une école, il peut y avoir des dizaines de versions d'une même nouba.

École algérienne vignette|Extrait d'un Mseddar, premier mouvement de la nouba algérienne, 1863 En Algérie, il y a 12 nouba complètes. : al-dhîl, mjenba, al-hussayn, raml Al-mâya, ramal, ghrîb, zîdân, rasd, mazmûm, rasd Al-Dhîl, mâya ; et 4 inachevées : ghribet Hassine – araq – djarka – mûal.

Elles sont composées chacune de cinq mouvements de base : msaddar - btâyhî - darj - insirâf - khlâs, mais des préludes et des interludes en portent le nombre jusqu'à sept ou neuf. :

Mestekhber çanâa (Alger) ou Mishalia (Tlemcen): prélude instrumental de rythme libre, exécuté à l'unisson ; Tûshiya : pièce instrumentale servant d'ouverture ; Msaddar : pièce vocale et instrumentale la plus importante, de l'arabe sadr : pour signifier l'importance de cette pièce vocale ; Btâyhi : deuxième pièce vocale et instrumentale, construite sur le même rythme que le Mçedder, de l'arabe bataha : étendre, étaler qui donnera batha désignant un vaste lit de torrent. ; Darj : troisième mouvement chanté et instrumental construit sur un rythme binaire, plus accéléré que les deux précédentes pièces, du verbe daraja : ; Tûshiya el Insirafate : pièce instrumentale annonçant une partie accélérée et vive, construite sur un rythme ternaire, seules deux tushiyyat al-insirâfât subsistent : l'une dans la mode ghrib, l'autre dans le mode hsin ; Insirâf : quatrième mouvement vocal et instrumental à rythme ternaire, de l'arabe insirâf : ; Khlâs : ultime pièce chantée exécutée sur un rythme alerte et dansant ; Tûshiya el Kamal : pièce instrumentale construite sur un rythme binaire ou quaternaire, de l'arabe kamâl : .

Le sous-système constitué de nqlabat connaît le rythme n'sraf emprunté à la nuba, plus d'autres rythmes spécifiques (bashraf, sûfiân, berwâli, etc.).

Les formes poétiques qui existent encore sont : Muwashshah - Zadjal - Msaddar- Shugl (poème chanté populaire)- Barwal (pratiqué à Constantine) - Melhoun.