Jean Lacouture, né le à Bordeaux et mort le à RoussillonRelevé des fichiers de l'Insee, est un journaliste et écrivain français.
Biographie Famille, études et débuts Jean Lacouture est le fils du chirurgien Joseph Lacouture et d'Anne-Marie Servantie« Jean Lacouture », Who's Who.fr.. Sa famille est catholique ancrée à droite, et propriétaire viticole. L'un de ses oncles est général dans l'armée coloniale (en poste à Madagascar), l'autre magistrat en Indochine française. Ses parents sont abonnés à Gringoire et à La Victoire mais ne sont pas antisémites.
Il fréquente le lycée Sainte-Marie Grand Lebrun, tenu par les marianistes, à Caudéran. Il fait ses études secondaires chez les jésuites du lycée Saint-Joseph de Tivoli, puis des études supérieures à Paris. Il est diplômé en lettres, en droitMohammed Aïssaoui, « Jean Lacouture : mort d'un grand biographe », Le Figaro, samedi 18 / dimanche 19 juillet 2015, page 22. et de l'École libre des sciences politiques (promotion 1941).. En 1969, il soutient une thèse de doctorat en sociologie..
Attaché de presse du général Leclerc à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il découvre l'Indochine et y fait ses débuts dans le journalisme où il rencontre les chefs du Việt Minh, dont Hô Chi Minh.
Journalisme engagé Après un séjour de deux ans à la résidence générale de France à Rabat au Maroc (1947-1949), Jean Lacouture commence sa carrière de journaliste et de reporter à Combat en 1950, qu'il poursuit au journal Le Monde en 1951 puis à France-Soir, en tant que correspondant au Caire entre 1953 et 1956.
Il revient au Monde en 1957 où il est chef du service outre-mer puis grand reporter jusqu'en 1975. Il collabore également au Nouvel Observateur.
D'abord sympathisant de droite, deux évènements l'ont conduit, selon lui, à se tourner vers la gauche. En premier lieu, le procès intenté à son père, influent chirurgien ayant accepté à sa retraite de prendre la tête d'une clinique mutualiste, par le corps médical bordelais sous un prétexte futile : « La vraie raison était qu'il trahissait sa classe. Il passait chez des gens qui font payer le même prix à tous les malades. Une médecine qui sentait le syndicalisme. » Puis, après avoir rejoint l’armée française en Indochine à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la découverte de la réalité du colonialisme français. Son engagement à gauche, contre le général de Gaulle et la , mais surtout pour le Front national de libération du Sud Viet-Nam et les Khmers rouges (), seront l'objet d'ardents débats et de justifications a posteriori de sa part. Il déclarera plus tard s'être trompé et reconnaîtra le caractère génocidaire du régime.
Biographe Biographe de nombreuses personnalités, Jean Lacouture revendique, lors d'un débat en 2001 avec Philippe Bertrand sur France Inter (émission Café littéraire) sa subjectivité et son empathie pour les personnages dont il écrit la biographie (par exemple la personnalité « savoureuse » d'Hô Chi Minh). Ainsi, dit-il, s'il ne peut faire de biographie de personnages qu'il n'apprécie pas, il reconnaît écrire des biographies d'admiration et pour lesquelles il n'hésite pas à s'écarter de la règle de l'objectivité. Partant ainsi du constat que « le biographe est dominé par son personnage », il ne croit pas à cette règle (défendue par Pierre Milza) et reconnaît traiter le sujet de manière engagée et personnelle.
Pour Jean Lacouture, l'art du biographe consiste à laisser des zones d'ombre pour permettre au lecteur de se faire une idée.
Écrivain ou historien de l'histoire immédiate ou contemporaine, Jean Lacouture a regretté de ne pas avoir mis l'accent sur « l'encagement » des hommes au Viêt Nam. En revanche, il ne cache pas certaines dérives du régime nassérien dans L'Égypte en mouvement (éditions du Seuil, 1956), coécrit avec sa femme Simonne Lacouture :
Parcours professoral Jean Lacouture enseigne à l'Institut d'études politiques de Paris.
Mélomane et passionné d'Ovalie Grand mélomane, passionné de musique et surtout d'opéra, après avoir écrit sur Carmen, Jean Lacouture est le président de l'Association des amis de Georges Bizet.
Il est aussi depuis toujours un fin connaisseur du milieu rugbystique français en commentant notamment, dans le journal Le Monde, les matchs du tournoi des Cinq nations. Il écrit sur ce sujet un livre Voyous et gentlemen, Une histoire de rugby en 2006.
Décès Jean Lacouture meurt à 94 ans le « Mort de Jean Lacouture, journaliste et biographe, vorace et humaniste », Luc Cédelle, Le Monde.fr, 17 juillet 2015 (consulté le 24 juillet 2015)., quatre ans jour pour jour après son épouse, Simonne, née Simonne Grésillon. Il est inhumé le au cimetière de Roussillon dans le Vaucluse, en présence notamment de l'ancien secrétaire d’État et historien Jean-Noël Jeanneney, de l'ex-ministre de la Justice Élisabeth Guigou et du journaliste Jean-Louis Servan-Schreiber« Dernier au revoir à l'écrivain Jean Lacouture », La Provence.com, 20 juillet 2015 (consulté le 24 juillet 2015)..
Engagements Anti-colonialiste
C'est sa rencontre avec Hô Chi Minh — , selon lui, — qui détermine l'engagement de Jean Lacouture dans la cause de la décolonisation. C'est ainsi que, dans les années 1950, il est un des premiers partisans de la décolonisation de l'Algérie et de toutes les autres colonies encore françaises.
Il est membre du comité de soutien du centre Primo-Levi (soins et soutien aux personnes victimes de la torture et de la violence politique).
L'anti-américanisme des années 1970 et ses conséquences
En 1970, dans Le Nouvel Observateur, Jean Lacouture fait l'éloge du nouveau gouvernement nationaliste de Penn Nouth (lequel sera rapidement renversé par un coup d’État appuyé par les États-Unis), mis en place au Cambodge et du programme politique du Front uni national du Kampuchéa (FUNK). Il n'est alors pas le seul intellectuel à prendre parti pour les régimes hostiles à « l'impérialisme américain ». Il côtoie Jacques Decornoy, Jacques Julliard, Jean-Paul Sartre, etc.
En 1975, après avoir salué la chute de Saïgon, il salue la venue imminente d'un « meilleur Cambodge » avec les Khmers rouges alors que l'édition du du Monde titre : « L'écroulement des illusions » (de Long Boret, successeur de Lon Nol) et que les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh.
À cette époque, pour Jean Lacouture, les Khmers rouges sont Son point de vue, et son scepticisme envers la présence de Nord-Vietnamiens au Cambodge, sont mentionnés par François Bizot, Le Portail, La Table ronde, 2000, ..
Il faudra deux ans à Lacouture pour appréhender la réalité de l'idéologie des Khmers rouges et des Vietnamiens du nord et plus encore pour admettre les massacres perpétrés au Cambodge. En 1977, il prend connaissance du livre de François Ponchaud Cambodge année zéro, qui fait découvrir au monde l'horreur du régime institué par les Khmers rouges. Dans un article consacré à cet ouvrage, publié d'abord dans Le Nouvel Observateur avant d'être traduit dans une revue américaine, la New York Review of Books (), il mêle dénonciation du régime khmer et mea culpaFrançois Hourmant, Le désenchantement des clercs : Figures de l'intellectuel dans l'après-mai 68, Presses universitaires de Rennes, coll. « Res publica », mai 1997.. Cet article connaît un certain succès dans la presse d’outre-Atlantique, qui lui consacre bon nombre d’éditoriaux. Néanmoins, Noam Chomsky compara l'article avec le livre de Ponchaud et s'aperçut « que la plupart des affirmations de Lacouture n’avaient pas de fondement dans l’ouvrage cité ». Lacouture fit amende honorable quant aux inexactitudes dévoilées en justifiant son action par l'urgence de dénoncer et condamner le régime de Pol Pot, fût-ce au prix d'erreurs.
En , revenant sur sa présentation du Viêt Nam et des Khmers rouges dans un entretien à Valeurs actuelles, il déclare :
Toutefois en 1980, après quelques hésitations dues à des rumeurs sur la continuation du génocide des Cambodgiens par l'armée vietnamienne, il approuve l'intervention du Viet-Nam communiste de l'hiver 1978-1979 au Cambodge. Il exprime ainsi dans le Monde son incompréhension devant le soutien, relatif, de l'ONU aux Khmers rouges qui semble ressortir de la formule .
Au moment où le Cambodge est en peine de reconnaissance et où les États-Unis soutiennent PolPot revenu dans l'opposition pour compliquer la tâche des vietnamiens, cette « position » lui paraît .
De Gaulle Dans les années 1950 et 1960, il fut un vigoureux détracteur du général de Gaulle et un fervent partisan de François Mitterrand.
À la fin des années 1980, sa biographie de De Gaulle (De Gaulle ou l'éternel défi) tranchait avec ses opinions de jeunesse. Il reconnut alors avoir évolué et être devenu un de ses admirateurs.
L'affaire Boudarel En 1991, il prend la défense de Georges Boudarel, universitaire, visé par une plainte pour « crimes contre l'humanité » déposée par d'anciens prisonniers français d'un camp vietminh où celui-ci était commissaire politique au début des années 1950.
Tauromachie
Jean Lacouture se qualifie lui-même de revistero-amateur dans l'introduction de son livre Signes du taureau qui est un recueil des chroniques tauromachiques qu'il a fait paraître dans Le Monde de 1968 à 1979sur l'Observatoire des cultures taurines.. Il a également préfacé un grand nombre d'ouvrages tauromachiques dont La Tauromachie de Claude Popelin et Yves Harté dans une introduction qui porte le titre Notre ami Claude (Popelin), avec François Zumbiehl. Il a aussi publié avec Robert Ricci, Corridas, détails de passion, où il revient sur la nature de l'afición.
Il continue d'être un ardent défenseur de la tauromachie, s'insurgeant contre l'interdiction catalane qu'il considère comme une décision politiqueun geste politique AFP- Sud-Ouest.. Les opposants ne manquent pas de l'attaquer notamment au moment où la tauromachie a été inscrite au patrimoine culturel immatériel de la FranceLes attaques., parce qu'il fait partie des signataires de la lettre que les intellectuels et les artistes ont signée pour remercier Frédéric Mitterrand..
Publications
L'Égypte en mouvement, en collaboration avec Simonne Lacouture, Le Seuil, 1956 Le Maroc à l'épreuve, en collaboration avec Simonne Lacouture, Le Seuil, 1958 La Fin d'une guerre, en collaboration avec Philippe Devillers, 1960, nouvelle édition en 1969 Cinq hommes et la France, Le Seuil, 1961 Le Poids du Tiers-Monde, en collaboration avec Jean Baumier, Arthaud, 1962
De Gaulle, 1965, Le Seuil, nouvelle édition en 1971 Le Viêt Nam entre deux paix, Le Seuil, 1965 Hô Chi Minh, Le Seuil, 1967, nouvelle édition en 1976 Israël et les Arabes, le troisième combat, avec Jean-Francis Held, Simonne Lacouture, Éric Rouleau, coll. L’histoire immédiate, 1967 Quatre Hommes et leurs peuples, sur-pouvoir et sous-développement, Le Seuil, 1969 Viêt Nam, de la guerre française à la guerre américaine, avec Philippe Devillers, coll. Esprit, 1969 Nasser, Le Seuil, 1971 L'Indochine vue de Pékin, entretiens avec le Prince Sihanouk, Le Seuil, 1972 Un sang d'encre, Stock-Seuil, 1974 Les Émirats mirages, en collaboration avec Gabriel Dardaud et Simonne Lacouture, Le Seuil, 1975 Viêt Nam, voyage à travers une victoire, en collaboration avec Simonne Lacouture, Le Seuil, 1976 André Malraux, une vie dans le siècle, Prix aujourd'hui, Le Seuil, 1973 ; , 1976 . Léon Blum, Le Seuil, 1977 ; , 1979, Prix Fondation Pierre-Lafue 1978, Survive le peuple cambodgien !, 1978 Le rugby, c'est un monde, Le Seuil, 1979 Signes du Taureau, Julliard, 1979 François Mauriac, « Bourse Goncourt de la biographie », Le Seuil, 1980 ; , 2 volumes, 1990 Julie de Lespinasse, mourir d'amour, en collaboration avec Marie-Christine d'Aragon, Ramsay, 1980 ; Complexe, 2006 Pierre Mendès France, Le Seuil, 1981 et 2003 Le Piéton de Bordeaux, ACE, 1981 En passant par la France, Journal de voyage, en collaboration avec Simonne Lacouture, Le Seuil, 1982 Profils perdus, 53 portraits contemporains, A.M. Métailié, 1983