thumb|Affiche du NPA à Besançon en faveur de la révolution tunisienne de 2010-2011.|219x219px vignette|189x189px|La CNT représente depuis 1946 les courants anarcho-syndicalistes et syndicalistes-révolutionnaires. vignette|252x252px|La ZAD de Notre-Dame-des-Landes (2012).

L'extrême gauche en France regroupe les organisations et les sensibilités politiques françaises considérées comme les plus à gauche du spectre politiqueSelon Serge Cosseron (Dictionnaire de l'extrême gauche, ), le terme sert à qualifier « tous les mouvements se situant à la gauche du Parti communiste ».Olivier Piot, L'Extrême gauche, : L'expression « extrême gauche » désigne l'ensemble des groupes et organisations politiques qui se situent à gauche de ces deux courants de la gauche française que sont la social-démocratie (PS, Verts, PRG) et le PC. Contrairement à ces partis, mais aussi à certaines tendances de la « gauche radicale » (altermondialisme, José Bové), qui défendent une idéologie réformiste de gestion du capitalisme, les organisations d'extrême gauche prônent le renversement du capitalisme par la révolution.. Historiquement, l'extrême gauche rassemble la gauche révolutionnaire, par opposition à la gauche réformiste qui pense gagner démocratiquement par les électionsRoland Biard, Dictionnaire de l'extrême-gauche de 1945 à nos jours, Belfond, 1978.). Les révolutionnaires luttent pour l'abolition du capitalisme et l'instauration d'une société égalitaire par la révolution. L'extrême gauche en France rassemble aujourd'hui principalement des communistes marxistes (dont des trotskistes, des conseillistes, des maoïstes) et des anarchistes (dont des communistes libertaires, des anarcho-syndicalistes, des communalistes ou des autonomes). Ces courants politiques désignés comme d'extrême gauche rejettent parfois cette appellation. En effet, le terme se réfère à l'origine à l'emplacement des partis dans les assemblées alors que certains courants révolutionnaires rejettent le parlementarisme.

Histoire Origines Les origines de l'extrême gauche française remontent à la Révolution françaiseChristine Pina, L’extrême gauche en Europe, Paris, Les études de la Documentation française, 2005., et plus particulièrement à Gracchus Babeuf, un révolutionnaire français qui pensa à une société sans classe et créa la « Conjuration des Égaux » en 1796, une tentative pour renverser le Directoire dans le but d'établir une « parfaite égalité ». Les idées de cette Conjuration sont présentées dans un texte de Sylvain Maréchal et de Babeuf intitulé Manifeste des Égaux.

Au début du , les révolutionnaires sont d'abord des républicains opposés à Napoléon puis à la restauration monarchiste. C'est au sein de ces milieux républicains qu'apparaissent progressivement les idées socialistes et communistes à partir des années 1830 et surtout dans les années 1840. Le « babouvisme », une doctrine créée par Babeuf, va inspirer dans les années 1830 et 1840 une poignée de révolutionnaires qui seront nommés les « néo-babouvistes ». Le babouvisme est une genèse pour le communisme, ce dernier étant théorisé entre autres par Friedrich Engels, Karl Marx, puis plus tard Rosa Luxemburg, qui déclare que Babeuf est le précurseur des soulèvements révolutionnaires contre le capitalisme.. Les idées de Karl Marx, de Joseph Proudhon, et d'Auguste Blanqui se diffusent dans le prolongement de la révolution de 1848, jusqu'à l'insurrection de la Commune de Paris en 1871.

Durant le , seront qualifiés « d'extrême gauche », de nombreux républicains comme Ledru-Rollin, Blanc, George Sand, Raspail, le Gambetta de Belleville, Clemenceau, Guesde, Jaurès ou Briand, dans tout ou partie de leur vie politique.

Deux conceptions de la révolution émergent sous la République : la conception marxiste, et la conception anarchiste. À partir de 1895, l'anarchisme évolue sous la forme de l'anarcho-syndicalisme et du syndicalisme-révolutionnaire. Les anarchistes rejoignent la CGT.

De 1900 à 1945

vignette|255x255px|Marceau Pivert, fondateur du Parti Socialiste Ouvrier et Paysan (1938-1940).

Le , une majorité des militants de la SFIO réunis en congrès à Tours décident de s'affilier à l’Internationale communiste (également connue sous l’appellation « Komintern »), fondée en 1919 par Lénine à la suite de la révolution russe. Le Parti communiste français, appelé alors « Section française de l'Internationale communiste » (SFIC), qui est ainsi créé accepte par conséquent de se soumettre aux conditions explicitement formulées par l'IC. Il s'engage à construire un parti révolutionnaire, qui peut utiliser des moyens légaux, mais qui doit aussi se doter d'un appareil clandestin et ne doit pas exclure l'action illégale afin d'atteindre l'objectif d'une révolution prolétarienne en France et dans le monde. Le parti constitué doit être discipliné, suivant les règles du centralisme démocratique : les minoritaires doivent suivre la ligne décidée majoritairement. Comme les communistes reprochent aux partis de la Deuxième Internationale, dont la SFIO, de laisser aux élus une trop grande marge d'autonomie vis-à-vis de la direction partisane, seule une minorité des élus socialistes rejoint le nouveau parti. Enfin, la SFIC, comme son nom l'indique (Section française de l'Internationale communiste) est un parti internationaliste ; un parti national, comme le Parti communiste français (PCF) est d'abord une section de la Troisième Internationale. Ces principes de base vont sous-tendre toute la vie du PCF jusqu'à la dissolution officielle de l'IC en 1943, et même bien au-delà.

Certains fondateurs ou anciens dirigeants du Parti communiste s'opposent au stalinisme (appelé « marxisme-léninisme » par la propagande officielle), et animent des courants d'extrême gauche dans l'entre-deux-guerres, comme Boris Souvarine, Pierre Monatte et Fernand Loriot. Tous trois écrivent par exemple dans la revue La Révolution prolétarienne.

Des courants d'extrême gauche ont parfois fait partie des grands partis de gauche, notamment de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO, l'ancêtre du Parti socialiste), en particulier dans les années 1930 avec la tendance Gauche révolutionnaire (Marceau Pivert). Une partie de ces mouvements a donné lieu, dans les années 1950-1960-1970, à la création de la Deuxième Gauche, qui s'incarna notamment au Parti socialiste unifié (PSU).

Après la prise du pouvoir par Hitler et les événements de 1934 en France, l’Internationale communiste recommande une nouvelle ligne, moins sectaire. La lutte pour la direction du parti entre Jacques Doriot et Maurice Thorez aboutit en 1934 à l'éviction du premier qui crée son propre parti (le Parti populaire français). Maurice Thorez a alors les mains libres pour mettre en œuvre cette nouvelle ligne. Thorez est entouré d'une équipe constituée de Jacques Duclos, Benoît Frachon et du délégué du Komintern, Eugen Fried. L'équipe Thorez-Duclos-Frachon connaîtra une longévité exceptionnelle et dirigera pratiquement le parti communiste français pendant une trentaine d'années.

À la suite de la manifestation du 6 février 1934, interprété par la gauche française comme un coup d'État fasciste manqué, une union antifasciste de la SFIO et du PC se réalise progressivement. Elle aboutit le par un programme commun aux socialistes, communistes et radicaux pour les élections législatives. Au printemps, le Front populaire gagne les élections et le PC remporte 72 sièges avec 15 % des voix. Le PC soutient le gouvernement de Léon Blum sans y participer. Début , la direction du PC appelle à l’arrêt de la grève générale spontanée qui s’est déclenchée peu avant, et qui permet l’obtention des congés payés et d'autres mesures sociales qui ne figuraient pas dans le programme du Front populaire. Sur le plan syndical, la CGTU, communiste, et la CGT dont elle avait fait scission après le congrès de Tours, fusionnent à nouveau.

Les instances dirigeantes sont totalement subordonnées à l'Internationale Communiste, elle-même complètement dominée par Staline et les autres dirigeants de l’État soviétique. Cette subordination ne pose que peu de problèmes à l'intérieur du parti communiste français, tant est grand le prestige de l'URSS, et du fait que le débat démocratique y est empêché. Toute opposition à cette orientation entraîne l’exclusion (c’est le cas d’André Ferrat, ancien rédacteur en chef de L'Humanité qui rejoint la SFIO).

En 1921, les anarcho-syndicalistes quittent la CGT (socialiste) et adhèrent à la CGTU (communiste) avant de fonder la CGT-SR en 1926. Dans les années 1930, certains courants d'extrême-gauche font encore partie de la SFIO. C'est le cas de la Gauche révolutionnaire (1935-1938) de Marceau Pivert. En 1935, les trotskystes sont exclus de la SFIO. Ces militants créent en 1936 le Parti ouvrier internationaliste (POI). Le groupe de Barta adhère en 1936 au POI. En 1938, la Gauche révolutionnaire est à son tour exclue de la SFIO et devient le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP). Tout en restant membres du POI, le groupe de Barta pratique également (sur l'indication de Trotsky) l'entrisme au sein du PSOP. Le POI adhère en 1938 à la IVe Internationale mais la direction du POI s'oppose à la stratégie d'entrisme prôné par Trotsky. À la suite de ce conflit, la Internationale prononce en 1939 la dissolution du POI. La Internationale est alors représentée en France par le "Comité pour la Internationale", qui forme une tendance à l'intérieur du PSOP. En 1942, le Groupe Barta prend le nom de Groupe communiste. En 1943, le Comité pour la Internationale reprend le nom de "Parti ouvrier internationaliste" (POI). En 1944, le Groupe communiste devient l' "Union communiste". Le POI fusionne avec le Groupe Octobre et le Comité Communiste Internationaliste pour donner naissance au Parti communiste internationaliste (PCI)Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002..

De 1936 à 1939, le soutien aux républicains espagnols représente une composante majeure du Parti communiste français, tant par l'envoi de volontaires dans les Brigades internationales que par la mise sur pied de puissants moyens matériels. Le contingent français organisé par le PCF est le plus nombreux dans les rangs des Brigades internationales. De même pour l'aide logistique aux républicains espagnols, hormis le PCUS, c'est le PCF qui organise l'aide partidaire la plus importante.

David Korner, alias Barta, jeune militant trotskiste roumain qui, avec trois autres camarades, rallie en 1936 les trotskistes français exclus de la SFIO qui viennent de constituer le Parti ouvrier internationaliste. Autour de lui, le groupe s’élargit sensiblement lorsqu'avec d’autres, il entre sur l’indication de Trotsky au PSOP de Marceau Pivert (c’est l'« entrisme »). Indisposé par l’état d’esprit « petit-bourgeois » qui règne dans la internationale au moment de l’éclatement de la seconde guerre mondiale, Barta se retire à la suite d'un banal malentendu et, avec son groupe composé alors d’une dizaine de militants, il constitue l’Union communiste (UC) avec l’intention d’établir « un contact réel et étendu avec la classe ouvrière ». L'UC se consacre à la propagande contre la guerre impérialiste mondiale Barta, La Lutte contre la Guerre Impérialiste Mondiale, publié en novembre 1940, portant en sous-titre « Collection Internationale ». Texte et couverture consultables en ligne sur marxists.org..

De 1945 aux années 1950 vignette|droite|À la mort de Staline, le Secrétaire Général du PCF Maurice Thorez déclare l'attachement des communistes français à son égard en ces termes : L'extrême gauche se réjouit au contraire de la mort du « tsar Staline », comme l'écrit la revue La Révolution prolétarienne par exemple.

Après la Seconde Guerre mondiale, le Parti communiste français est stalinien. Le culte de la personnalité du PCF glorifie Staline notamment comme , ou comme Michel Winock, La Gauche en France, Perrin, 2006, p. 356.