Le parc national des Calanques est un parc national français, couvrant, notamment, les calanques de Marseille et les calanques de Cassis, dans le département des Bouches-du-Rhône, au cœur de la métropole d'Aix-Marseille-Provence. Créé en 2012, il est le premier parc national périurbain d'Europe à la fois terrestre et marin.
Il s'étend sur un massif littoral constitué de falaises calcaires et de poudingue, de criques et d'îlots qui constituent des écosystèmes relativement préservés pour de nombreuses espèces vivantes. Le plus haut sommet du parc national des Calanques est le mont Carpiagne (645 m) au cœur du massif de Saint-Cyr. Depuis plus d'un siècle, le site est fréquenté par de nombreux usagers dans un cadre professionnel ou touristique et sportif : pêcheurs, chasseurs, promeneurs, randonneurs, grimpeurs, plongeurs et, plus récemment, traileurs.
Zone cœur et aire d'adhésion
La zone cœur du parc national s'étend sur les communes de Marseille, Cassis et La Ciotat et l'aire d'adhésion comprend les communes de Marseille, Cassis et La Penne-sur-Huveaune. Le parc englobe notamment les calanques de Marseille, les îles de l'archipel du Frioul et de l'archipel de Riou, l'île Verte, le massif du cap Canaille et le massif de Saint-Cyr.
Site et situation Au total, les espaces en cœur s'étendent sur environ 8 500 hectares pour la partie terrestre et 43 500 hectares pour la partie marine. L'aire d'adhésion s'étend sur 2 630 hectares et l'aire maritime adjacente (orientations de développement durable en mer à l'instar de l'aire d'adhésion à terre) s'étend sur 97 700 hectares.
Géologie Le massif des Calanques est essentiellement constitué de roches calcaires datant du Mésozoïque (250 à 65 millions d'années). Ces roches sédimentaires ont été formées pour la plupart dans les mers chaudes du Jurassique et surtout du Crétacé, par l'accumulation de particules minérales et organiques compactées et cimentées entre elles. Les fossiles d'organismes marins (ex. algues, oursins, rudistes) témoignent de cette origine marine. À la suite de mouvements tectoniques (surrection des Alpes), les roches ont ultérieurement émergé. Vers 1,5 Ma, un dernier mouvement tectonique surélève toute la régionVoir « La Basse Provence calcaire ».
Le nord du massif de Marseilleveyre et le massif de Carpiagne sont constitués de roches plus anciennes (Jurassique). Dans la majorité du massif et des îles, le calcaire à faciès urgonien (blanc, à rudistes et formé dans une mer tropicale peu profonde) marque le paysage. À l'est de Cassis, le massif de Canaille est constitué de roche récifale et deltaïque datant de la fin du CrétacéD'après carte géologique Collina-Girard, 1996.
À plus petite échelle, le découpage du littoral sous forme de dizaines de calanques a été causé par l'érosion des cours d'eau, creusant des vallons jusqu'au débouché à la mer, et aux variations ultérieures du niveau de la mer. La roche calcaire très fissurée et des phénomènes karstiques ont formé un nombre important de grottes et cavités souterraines (ex. Saint-Michel d'Eau douce), sources (ex. Port-Miou et Bestouan à Cassis).
Histoire
Préhistoire thumb|upright=0.8|Main négative, BP, grotte Cosquer.
Si les traces archéologiques sont rares, la présence de l'homme est certaine sur l'actuel littoral marseillais, du Paléolithique inférieur (1,5 million à BP) jusqu'au NéolithiqueCollina-Girard Jacques, « La grotte Cosquer et les sites paléolithiques du littoral marseillais (entre Carry-le-Rouet et Cassis) », Méditerranée, Tome 82, 1995, p 7-19. lire en ligne.
La grotte des Trémies a révélé les plus anciennes traces humaines dans les Calanques, rattachées à la culture de l'homme de Néandertal : un foyer « pré-moustérien » (probablement avant BP), avec des traces d'habitat, des silex et outils taillés par petits éclatsBonifay Eugène, « Circonscription des antiquités préhistoriques sous-marines », dans Gallia préhistoire, t16, fasc2, 1973, p.530 lire en ligne.
La grotte Cosquer révèle des mains négatives vieilles de . Des peintures et sculptures ultérieures, et quelques outils (lampe), sont datées de (époque du Solutréen)« La grotte Cosquer (Cap Morgiou, Marseille, France) : évolution du karst et occupation préhistorique », compte-rendu Académie des sciences..., 1995 lire en ligne. Ces hommes vivant de chasse, pêche et cueillette, étaient installés aux pieds des falaises, alors que le niveau de la mer étaient plus bas et le littoral éloigné d'une quinzaine de kilomètres. Les figures préhistoriques représentent des chevaux, bouquetins, chamois, bisons, aurochs, cerfs, antilopes, félin mais aussi quelques espèces marines dont le pingouin et le phoque, qui témoignent du climat extrêmement froid lors la dernière période glaciaire.
Les traces sont plus nombreuses pour les époques plus récentes. L'abri du Puits de Sormiou révèle des outils magdaléniens. Sur l'île de Riou, des traces d'habitation humaine (poterie, outils, coquillages) datées d'environ (Néolithique) attestent de l'occupation du site, qui à cette époque formait encore une presqu'île reliée au massif de Marseilleveyre. Les hommes y vivaient principalement de la pêche. Avec la montée du niveau de la mer, le massif du Riou cesse d'être accessible à pied à l'âge du bronze (vers 2000 ).
Antiquité
Avant l'arrivée des Phocéens, la région est occupée précédemment par la tribu des Segobriges du peuple des Ligures. Aucune trace de leur présence n'a été découverte dans les Calanques, mais des ruines attestent de leur présence en bordure du massif au : oppidum Baou Redoun et Baou de Saint-Marcel. Des éléments archéologiques témoignent aussi de la fréquentation de l'île de Riou par des marins ligures et étrusques.
Avec les activités de pêche et de commerce du port antique de Marseille (fondé vers 600 ), de nombreux bateaux naviguaient le long des côtes des Calanques, comme l'attestent les épaves antiques retrouvées sur le littoral. Des carrières étaient exploitées pour la construction des routes romaines et bâtiments, à l'exemple de Port-Miou pour l'extraction de la « pierre de Cassis ». Certains vallons étaient aménagés en exploitations agricoles, fournissant principalement des céréales, mais aussi des fruits, de l'huile (olive) et du vin.
Moyen Âge et époque moderne
De l'Antiquité à l'époque moderne, les Calanques sont principalement exploitées pour des activités agricoles et pastorales. Des domaines agricoles importants (comme Luminy) datent peut-être de l'Antiquité. On y cultive des céréales, des légumes supportant la sécheresse (pois), des arbres fruitiers (amandier, olivier) et la vigne.
De nombreux éleveurs faisaient paître des troupeaux, sur les terres et l'île de Riou (dite « l'île aux Chèvres ») et contribuent certainement à la déforestation du massif et des îles, en incendiant les espaces forestiers pour favoriser les étendues herbeuses (brûlage pastoral). Des vestiges de bergeries attestent de ces anciennes activités.
La pêche et le façonnage du corail, attestés dès l'Antiquité, continuent au Moyen Âge. Les faucons pèlerin de l'île du Riou étaient capturés pour être revendus pour la chasse au vol. Vers 1300 des tours de vigie sont construites dans les Calanques, afin de signaler dans la cité la présence de pirates (Sarrasins, Aragonais) : sommet de Marseilleveyre, Maïre, Riou.
Époque contemporaine vignette|right|upright=1.2|Logotype du parc national des Calanques. Aux , des batteries militaires sont construites sur le littoral et les îles, pour lutter contre la piraterie et principalement les attaques et incursions de la marine anglaise : fortin du cap Morgiou, batterie de Marseilleveyre, du cap Croisette, du Four de Caux, île de RiouRiou Et Les Calanques Avant 1813.
À partir du , les activités de pêche et de pâturage décroissent progressivement, au profit d'activités industrielles et artisanales : exploitation de pierre, extraction de chaux et ciment, fabrication de charbon de bois. Le cœur du massif est finalement délaissé par les activités humaines. Sur le littoral et le long des routes, des usines chimiques sont construites au début du (Callelongue, Saména, Goudes) pour la production de soude, plomb, soufre, etc. En 1898 est construit le grand émissaire, déversant les eaux usées de Marseille dans la calanque de Cortiou. Les industries ont progressivement disparu à la fin du , laissant subsister des vestiges (cheminées, ruines) et des friches polluées, parfois transformés en décharges.
À partir du début du , le cœur du massif des Calanques commence peu à peu à être fréquenté par les promeneurs, à l'instigation notamment des Excursionnistes marseillais (1897) et du Club alpin qui font la promotion de ce loisir et aménagent des refuges et sentiers de randonnée. Sur le littoral et dans les calanques habitées, de Cassis aux Goudes, l'activité de pêche artisanale périclite à partir des années 1950, transformant progressivement les hameaux de pêcheur en ports de plaisance et destinations touristiques (cabanons).
Milieu terrestre Milieu terrestre L'étude de l'habitat effectuée dans le cadre du programme européen Réseau Natura 2000 permet de recenser plus de vingt-six milieux naturels, auxquels il faut ajouter quarante habitats mixtes. On a identifié neuf cents espèces végétales environ, et quatre-vingt trois espèces protégées.
Faune Parmi les espèces d'oiseaux, l'aigle de Bonelli, le puffin cendré, et le puffin de Méditerranée fréquentent les lieux.
On dénombre douze espèces de reptiles, quatre d'amphibiens, et parmi les mammifères, le rhinolophe a son refuge dans les cavités karstiques du massif.
Milieu marin vignette|left|Bleu typique du parc national (mars 2019). thumb|Herbier à posidonie. thumb|right|Le mérou brun, une espèce protégée. Le relief sous-marin est constitué principalement par deux types d'écosystèmes : le coralligène sur les tombants et l'herbier à posidonie sur les replats d'érosion.
Près d'une soixantaine d'espèces végétales et animales bénéficient de l'attention des chercheurs ou d'un statut de protection : l'algue verte Caulerpa prolifera, l'algue rouge Lithophyllum lichenoïdes, posidonie, corail rouge, dentelle de Vénus, spondyle pied d'âne, datte de mer, grande nacre, triton (Charonia lampas). Parmi les crustacés comestibles, la petite cigale de mer et la grande cigale, la grande araignée de mer, la langouste rouge et le homard européen. L'oursin diadème et la figue de mer. La grande patelle semble avoir disparu, en raison de sa récolte excessive.
Certaines espèces de poissons sont menacées : le mérou brun, le corb, le denti, l'hippocampe moucheté.
Parmi les espèces parfois rencontrées dans les eaux côtières : des tortues, des dauphins. Le dernier phoque moine des Calanques a été tué vers 1945.
Activités
Promenade et randonnée vignette|Vue partielle de la calanque de Morgiou. Le massif attire toute l'année de nombreux visiteurs, randonneurs et grimpeurs grâce au vaste choix de sentiers suspendus entre la mer et les reliefs tortueux. Le GR 51-98 traverse le massif des Calanques d'ouest en est. Cet espace préservé à proximité de villes importantes cristallise les problèmes de surfréquentation en milieu naturel fragile. Les chemins sont escarpés, certains passages sont risqués pour un marcheur inexpérimenté, d'autres sont vertigineux et dangereux en cas de mistral (risque de déséquilibre sur les crêtes en raison du vent). Aucun point d'eau n'existe à l'intérieur du massif (à l'exception faite du puits du Cap-Gros dont la présence et la qualité de l'eau ne sont pas garanties) et l'ombre est rare.
Les calanques de Callellongue, Sormiou, Morgiou sont habitées et accessibles par la route. Il est possible à partir de Callellongue et de Luminy de rejoindre les transports publics, exploités par la Régie des transports métropolitains. Cassis est également un point de départ important pour visiter les calanques en partant de Port-Miou.