thumb|upright=1.0|Le Figaro illustré 1894. thumb|upright=1.0|Publicité fin . thumb|upright=1.0|Leonetto Cappiello, affiche du grand bal masqué de la Mi-Carême 1921. Le serpentin est aujourd'hui une petite et fine bobine de papier, généralement de couleur, qu'on utilise au cours des fêtes, notamment le carnaval.

On le jette en le déroulant brusquement. Il forme un couple festif avec le confetti.

Il était jadis beaucoup plus large () et plus long (50 à ). Les premières années de son emploi à Paris, ils rendaient les arbres des Grands boulevards « tout chevelus et multicolores », à l'occasion de la Promenade du Bœuf Gras ou du cortège de la Mi-Carême au Carnaval de Paris.

Le serpentin s'est aussi appelé à ses débuts spirale ou spirale-opéra. Dans une ordonnance de police du il est appelé : serpentin-spiraleOrdonnance du Préfet de police de Paris du 7 juillet 1922, Bulletin municipal officiel de la ville de Paris, 13 juillet 1922, , ..

La spirale-opéra était une variété de serpentin ainsi décrite dans le Journal des débats le : « Après le confetti, le serpentin, la plume de paon, signalons la dernière nouveauté de cette Mi-Carême : la spirale-opéra. C'est une gerbe de courts serpentins, liée au milieu, et formant comme une sorte de grande papillote. Du boulevard de la Madeleine au boulevard des Capucines, cela se vendait couramment 40 et 50 centimes. La spirale-opéra n'a d'ailleurs pas obtenu un grand succès. »

En allemand, le serpentin porte le nom de « Luftschlange », littéralement traduisible par « serpent aérien ». En italien, le serpentin porte le nom de « stella filante », au pluriel « stelle filanti » : « étoiles filantes ». Dans plusieurs autres langues le serpentin porte un nom issu du nom français. Par exemple, en espagnol, il se nomme « serpentina », en finnois « serpentiini » et en russe « cерпантин » (serpan'tin').

Histoire du serpentin thumb|upright=1.2|Durant la cavalcade de la Mi-Carême 1893, les serpentins géants s'emmêlent dans les arbres dénudés des Grands boulevards parisiensL'Illustration, 18 mars 1893, page 212.. thumb|upright=1.0|Les spirales-opéra au bal de l'Opéra à la Mi-Carême 1894Courrier des théâtres, Journal des débats, mars 1894, , . La rosière ici mentionnée est une rosière de carnaval : la rosière du arrondissement de Paris, qui en compte en tout vingt. Il s'agit d'un jeune homme travesti.. thumb|upright=1.2|left|Les serpentins, de 1892 à 1914 au moins, furent bien plus larges et longs que ceux d'aujourd'huiPhoto parue en couverture du magazine Le Soleil du Dimanche, 21 mars 1909.. left|thumb|Interdiction des confettis et serpentins, Paris 1927Le Petit Parisien, 20 mars 1927, page 2, .. left|thumb|Bataille de serpentins au Carnaval de Paris 1895Extrait de Paris au hasard, texte de Georges Montorgueil, gravures et dessins de Auguste Lepère, Henri Béraldi éditeur, Paris 1895.. thumb|right|Les arbres des grands boulevards le lendemain du défilé de la Mi-Carême 1894Dessin de Georges Redon illustrant le balayage des confettis le lendemain de la Mi-Carême 1894, L'Univers illustré, 10 mars 1894.. thumb|right|Le char de l’École de médecine à la Mi-Carême 1895 à ParisDétail d'un dessin de Georges Redon L'Univers illustré, 30 mars 1895, page 201. Voir le dessin en entier reproduit sur la base Commons... thumb|Le cortège de la Mi-Carême vu par Camille Pissarro. thumb|Ticker-tape parade en l'honneur du candidat à la présidence Richard Nixon en 1960 à New York. thumb|Les bandes de signaux morse usagées s'entrecroisent au-dessus de João Goulart lors de la Ticker-tape parade en son honneur à New York le . thumb|Vision artistique par André Hellé, datant de 1907, des arbres des Grands Boulevards tout chevelus et multicolores au moment du Carnaval de ParisDétail d'un dessin d'André Hellé montrant le cortège du Bœuf Gras, paru dans le magazine Le Rire, le 9 mars 1907. Voir cette image en entier reproduite sur la base Commons..

Les débuts À l'origine du serpentin, on trouve le ré-emploi festif de bandes de signaux morse en papier. Il s'agit certainement de fins de bobines inutilisables et destinées à la poubelle.

Le premier exemple connu de ce ré-emploi date du . Spontané, il eut lieu à New York à l'occasion de l'inauguration de la statue de la Liberté. Le nom de ces bandes en anglais : Ticker tape, a donné Ticker-tape parade pour désigner ce genre de manifestation où on les lance, entières ou fragmentées, sur le défilé de personnes qu'on souhaite honorer.

En 1892, durant le Carnaval de Paris, un employé parisien du télégraphe dont on ignore le nom imite l'exemple new-yorkais. Il travaille au bureau de poste de Paris 47. C'est le bureau de poste de la Bourse, à l'époque le plus important de Paris, ouvert jour et nuit et relié à la Bourse par un souterrainEn 1892, le bureau de poste de Paris 47 se trouve à un autre emplacement que l'actuel bureau de poste de la Bourse qui en est l'héritier.. Le fait que cet employé travaille au télégraphe de ce bureau en relation avec la Bourse new-yorkaise explique sans doute la transmission de l'idée depuis les États-Unis. Les auteurs français qui parlent du début du serpentin, quant à eux, ignorent complètement l'exemple américain de 1886 et parlent d'une invention faite par un télégraphiste parisien resté anonyme.

De nos jours, aux Ticker-tape parades à New York, les débris d'annuaires remplacent les bandes de signaux morse en papier qui ne sont plus fabriquées et utilisées.

Le succès Dès ses débuts, la vogue du serpentin est extraordinaire à Paris. L'emploi massif qui en est fait avec le confetti durant la période 1891-1914 des confetti et serpentins au Carnaval de Paris en fait une véritable épopée.

La fabrication des serpentins pour le Carnaval est réalisée à l'aide d'une machine spéciale qui est décrite ainsi en 1902 : « Pour les serpentins, on enroule le papier sur des disques de bois armés de couteaux circulaires convenablement espacés, et qui coupent le papier, au fur et à mesure de son enroulement, en bandes de de largeur sur une longueur de environAlcide Jollivet, Confetti et serpentins, Le Journal du dimanche, 16 février 1902, page 3, colonne.. »

Les Parisiens en Carnaval les jettent par la fenêtre du haut des immeubles et depuis les trottoirs dans les arbres, les rendant tout « chevelus et multicolores ».

Un auteur, décrivant le Carnaval de Paris en 1893, parle des « arbres enguirlandés de rubans multicolores, banderoles de papier formant comme des traits d'union entre les maisons et la verdure, tandis que, dans le bas, se pressent des foules compactes saupoudrées de confettisLe Livre et l'image. Revue documentaire illustrée mensuelle, mars 1893, page 128. ».

Le Journal des débats rapporte qu'au cours du défilé de la Mi-Carême 1893 « Rue Turbigo, les étudiants lâchent des pigeons avec de longs serpentins aux pattesActualités, La fête de la Mi-Carême, Journal des débats, édition du matin, 10 mars 1893, , colonne. ».

Le même journal écrit : « les spirales déroulées en longs rubans flottent accrochées aux balcons, aux enseignes et aux arbres. Nous avons remarqué, au coin du boulevard Saint-Denis et du boulevard Sébastopol, un arbre magnifique tout couvert de serpentins ; on eut dit un très haut saule pleureur aux feuilles multicolores. » Le mot « spirale » est ici utilisé comme synonyme de serpentin.

La Préfecture de police de Paris cherche très tôt à circonscrire l'usage des serpentins et confettis. En juin 1893, le Gil Blas débute ainsi son article annonçant l'ouverture de la fête de Neuilly, dite : fête à Neu-Neu, dans la banlieue proche de ParisA la fête de Neuilly, Gil Blas, 20 juin 1893, page 3, colonne. Voir l'article reproduit sur la base Commons.. :

« Hier dimanche, beaucoup de monde à l'ouverture de la fête de Neuilly.

Les serpentins, les confetti et les plumes de paon avaient été formellement interdits par la préfecture de police. »

En , un certain Heisler cherche à innover dans le domaine des serpentins. Le Bulletin de la papeterie écritBulletin général de la papeterie, janvier 1894, page 10, colonne. :

Serpentin-spirale.

M. Heisler a pris un brevet pour un nouveau serpentin-spirale. Il se compose de plusieurs rubans superposés dans leur roulement ; ils peuvent être indépendants ou réunis d'une manière quelconque. Chacun de ces rubans peut être, sur les deux faces, d'une couleur semblable ou différente, tes couleurs seront combinées de manière à produire les effets les plus variés.

À l'occasion de la Mi-Carême 1895, Georges Clemenceau décrit les boulevards parisiens envahi de confettis et serpentins : « assourdis d'un épais tapis de haute lisse aux pointillés multicolores, entre deux rangées d'arbres follement enrubannés, festonnés, pelotés de banderoles flottantes agitant au vent tous les rayons de lumière enchevêtrées à plaisirGeorges Clemenceau, Le Grand Pan, pages 339-344, Paris Bibliothèque-Charpentier, Eugène Fasquelle, éditeur, 1919 (la première édition est de 1896). Ce livre a été réédité par l'Imprimerie Nationale en 1995, avec une préface de Jean-Noël Jeanneney.. »

Une blanchisseuse qui vient de défiler sur son char à cette même fête s'exclame :

« Est-ce assez joli tout de même ce truc des serpentins. Lancés d'un balcon à l'autre, ces rubans de toutes couleurs formaient au-dessus de nos têtes de gracieux arcs de triomphe et tous les arbres des boulevards disparaissant sous ces banderoles ressemblaient de loin aux arbres de Noël, ou à ces bouquets qu'en mon pays les jeunes gens accrochent aux fenêtres des jeunes filles aux premiers jours de maiLes Annales politiques et littéraires, revue populaire paraissant le dimanche, 24 mars 1895, page 181, article Les Échos de Paris. !... »

On lit dans le compte-rendu du défilé fait par le Journal des débats : « Les confetti pleuvaient, les balais-serpentins fouettaient le visage, mais on ne se plaignait pasLa Mi-Carême, Sur les boulevards, Journal des débats, édition du matin, 22 mars 1895, , colonne.. » Ces « balais-serpentins » dérivent visiblement du serpentin, tout comme la « spirale-opéra » inventée deux années auparavant et le « serpentin-spirale » inventé l'année précédente.

Dans le programme du cortège des étudiants parisiens à la Mi-Carême 1895, un char met les serpentins à l'honneurLe Cortège officiel, Troisième section, Cortège des étudiants, La Presse, 21 mars 1895, page 3, . Voir l'article reproduit sur la base Commons.. :

« 1° Le char de l’École de Médecine, représenté par une table de dissection sur laquelle est un macchabée ; de son ventre un interne retire les intestins qu'il jette à la foule (quantité de serpentins). »

Un dessin de Georges Redon, paru dans L'Univers illustré, immortalise ce char pittoresque.

Le , dans son compte-rendu de la première journée du défilé de la Cavalcade du Bœuf Gras, L'Intransigeant écrit La Promenade du bœuf gras, L'Intransigeant, 18 février 1896, , colonne. Voir la page du journal reproduite sur la base Commons.. :

Bientôt Paris se couvre d'une fine toile d'araignée, toile multicolore que tissent les serpentins d'un arbre à l'autre, d'un balcon à un lampadaire.

Le , on lit dans le compte-rendu fait par le Journal des débats de la première Promenade de la Vache enragéeLa « Vachalcade », A Montmartre, Journal des débats, 13 mars 1896, , . :

Dans les rues de Jessaint, Stephenson et Doudeauville, déjà jonchées de confetti, les volutes multicolores des serpentins se balancent au gré du vent. Sur les boulevards de Clichy, Barbès et Ornano, les arbres sont enguirlandés de ces spirales de papiers.

Un gâteau en l'honneur du serpentin Un gâteau, orné d'une spirale, porta jadis en l'honneur du serpentin le nom de spirale-opéra.

Le spirobole La Justice du écrit à propos du cortège du Bœuf Gras qui sort le dimanche suivantLE BŒUF GRAS, Répétition générale[], La Justice, 16 février 1896, page 2, . :

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