Bouaké, appelée Gbêkêkro jusqu'en 1900, est une ville du centre de la Côte d'Ivoire, située entre et au nord-nord-ouest d'Abidjan par la route et à seulement 288 km à vol d'oiseau. Capitale du district de la Vallée du Bandama et chef-lieu du département homonyme et de la région du Gbêkê, la grande commune affiche lors du recensement de 2021 une population de répartie sur , mais l'aire urbaine dense de la ville limitée à comprend . Son aire d'attractivité englobe environ d'habitants en comptant toutes les localités agglomérées qui y sont rattachées. Bouaké est la deuxième ville la plus peuplée du pays après Abidjan.

Desservie par la ligne des chemins de fer Abidjan-Niger qui relie Abidjan à Ouagadougou au Burkina Faso, Bouaké constitue un carrefour commercial important et le plus important pôle de transport de l'arrière-pays : il abrite à cet effet un marché de gros de renommée sous-régionale, le seul d'Afrique de l'Ouest. La grande ville, nœud de communication ferroviaire, routier et aéroportuaire dispose aussi d'un réseau de transports urbains moderne qui comprend des bus et des taxis.

La population bouakéenne (ou bouakoise) dont la langue véhiculaire ou du marché est majoritairement le dioula, est constituée essentiellement de Baoulés , peuple autochtone, dont les puissants groupements, à pratiques exogamiques, venus du Royaume Ashanti au , ont fini par peupler densément la savane boisée environnante. Appelée capitale des populations d'ethnie baoulé, Bouaké était restée, de 2002 à l’élection présidentielle de fin 2010, sous le contrôle des Forces armées des forces nouvelles, et était devenue la capitale de la rébellion. La ville s'est également rendue célèbre à travers son carnaval, événement culturel fortement médiatisé jusqu'à une date récente. La ville renaît et connaît un développement.

Géographie Situation thumb|Grains de café au stade de la maturation.|250x250px

La ville de Bouaké se trouve au centre de la Côte d'Ivoire, sur un relief plat et peu élevé à 312 mètres d'altitude, avec une importante constellation de villages autour d'elle : sont dénombrés dans un rayon de Valentin Kouassi N'Guessan, Processus d'Extension spatiale urbaine et subsistance des activités agricoles à Bouaké.. Bouaké est recouverte d'une savane boisée et traversée par la rivière Kan, affluent du N'Zi. Le Centre de la Côte d'Ivoire étant un peu plus « touffu » que le Nord, cela explique la présence de plantations de cacaoyers et de caféiers dans la région bouakéenne, y compris l'anacarde Côte d'Ivoire géographie et climat, www.routard.com..

Bouaké, située à la latitude 7°69 N et à la longitude 5°03 O, s'étend sur une superficie d'environ « Direction régionale de Bouaké », www.cnra.ci.. Desservie par les autoroutes A3 et A8, elle se situe au nord des villes de Tiébissou et Didiévi, au sud de Dabakala et Katiola, à l'est de Béoumi, Botro et Sakassou et à l'ouest de Brobo et M'bahiakro sur l'A8, Satama-Sokoro et Satama-Sokoura sur l'A10Aperçu sur la commune de Bouaké par Joseph Amenan, en lien externe..

Climat Bouaké est influencée par un climat tropical humide. Bouaké possède un climat plus « sain » qu'AbidjanClimat : la Côte d'Ivoire peut être divisée en deux zones climatiques, www.mfe.org. Le climat de la Côte d'Ivoire sur Côte d'Ivoire Tourisme.. Le climat du Nord est plus contrasté que celui du Sud : l'amplitude thermique est plus élevée ( à = 13). L'ensoleillement est plus constant et l'hygrométrie (pluies) plus faible qu'au sud.

On distingue deux saisons pour le climat du nord, la saison des pluies allant de mai à novembre et la saison sèche allant de novembre à mai. L'harmattan, le vent du Sahara ou du Sahel, intervient dans la saison sèche vers janvier-février, transportant du sable et desséchant tout sur son passage. La période la plus confortable pour voyager est celle de novembre à mars : le ciel est bleu, l'air sec et les nuits plus fraîches. On distingue quatre saisons pour la ville de Bouaké« Reprise post-partum et cyclicité des vaches trypanotolérantes en fonction de la variation saisonnière en région centre Côte d'Ivoire », Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développementCirad. : saison chaude, sèche et non pluvieuse (novembre à février) ; saison chaude, humide et pluvieuse (mars à juin) ; saison fraîche, humide et peu pluvieuse (juillet à août) ; saison fraîche, humide et pluvieuse (septembre et octobre).

Les précipitations moyennes annuelles avoisinent d'eau de fin mars à novembre dans les années 2010. Le barrage sur la rivière Loka, formant une retenue optimale de 33 millions de mètres cubes depuis sa construction en 1964, à l'ouest, assure d'ordinaire les trois quart de la ressource en eau de la ville. L'ancien barrage sur la rivière Kan au sud de la ville est quatre fois plus modeste en étendue. L'évaporation intense surtout en début d'année, cumulée à des mauvaises recharges pluriannuelles, peut entrainer des pénuries importantes en eau, ainsi les sécheresses successives amènent la pénurie d'eau dramatique du printemps 2018Sécheresse sans précédent à Bouaké.

vignette|gauche|Climat - Ville de Bouaké. vignette|Carte climatique format Walther et Lieth (mesure métrique et température en degré Celsius) rédigé en allemand en 2006.|250x250px Mois Température (C) Précipitations (mm) janvier 27.1 13 février 28.0 46 mars 28.4 92 avril 27.9 140 mai 27.2 154 juin 26.1 135 juillet 24.8 99 août 24.5 108 septembre 25.5 225 octobre 26,0 140 novembre 26.7 35 décembre 26.7 23 vignette|centré|Changement climatique à Bouaké, observé de 1886 à 2022 par diagramme de températures moyennes, Ed Hawkins, Université de Reading|400x400px

Géologie et pédologie Sur le vaste plateau du massif libérien, d'âge précambrien qui forme l'intérieur du pays, il est rare d'apercevoir les roches sous-jacentes, à savoir les schistes cristallins ou orthogneiss. Au nord de Bouaké, il existe aussi une zone de schistes et quartzites fortement redressés, par plissement. Les roches schisteuses fortement dégradées donnent naissance, soit par formation locale de latérites qui amenuisent les bancs de quartz, à des éluvions, soit, par mobilisation et transport par l'eau, à des alluvions : les éluvions demeurant in situ et les alluvions des rivières peuvent être exceptionnellement aurifères. Les pegmatites de Bouaké sont aussi susceptibles de fournir des plaques de micas blancs ou muscoviteCommissariat de l'AOF, Le sous-sol de l'Afrique occidentale française, Rochefort-sur-Mer, exposition coloniale internationale de Paris, 1931, 17 pages avec carte géologique finale.. Des couches de minerais à base de chalcopyrites peuvent être exploitées dans le pays baoulé.

Les sols autour de Bouaké, et d'une manière générale du Baoulé, dans le triangle formé par la Bandama à l'ouest et le N'Zi à l'est, sont des terrains argileux et poreux, qui supportent une végétation de savane arborée et de lambeaux de forêts sèches, en conséquence de bois et de savane herbeuse, cette dernière après une longue dégradation anthropique. L'exploitation abusive des sables du bassin de la rivière Loka, au cours de la croissance de la ville, explique la faiblesse du ruissellement des eaux de surface des divers affluents à faible marnage, parfois leur disparition temporaire, entrainant la diminution irrémédiable du débit de la rivière collectrice Loka. L'interdiction des sablières ou autres carrières de sable dans les anciens lits de rivières est mieux appliquée depuis la fin des années 2010. En période de sécheresse, la multiplication des forages assez profonds apportant une ressource en eau modeste reste une solution onéreuse.

Toponymie vignette|Monument urbain Gossan Kwa Gbêkê, statue du vieux fondateur légendaire de Bouaké, janvier 2022|295x295px Avant la fin du , le nom de la ville était Gbékékro. Kro signifiant un "endroit habité et protégé", soit au choix une ville ou une agglomération, un village ou un campement en baoulé, Gbékékro signifie donc la « ville de Gbéké » en référence au chef Gossan Gbéké, ancien roi de Gbékékro au . S'agissant du nom actuel, Bouaké, deux hypothèses peuvent être formulées. Le nom du chef Kwa Gbéké a connu des déformations successives pour devenir Bouaké ; Gbouéké est cité comme le roi de race baoulé qui fonde la ville en 1865, le nom Bouaké proviendrait selon une tradition populaire de deux mots baoulés : « Boua » qui signifie mouton et « Ké » qui signifie sec D’où vient le nom de Bouaké ?, Jeune Afrique.André Cherpillod, Dictionnaire étymologique des noms géographiques, Masson, Paris, 1986, 528 p., en particulier à l'entrée Bouaké, page 77.. En effet, « Boua ké », était un carrefour commercial du village de Gbêkêkro où des commerçants Dioulas faisaient sécher des peaux et viande de moutons. Ce simple carrefour commercial, s’est progressivement développé grâce à l’installation de commerçants, notamment dioula, ainsi que de populations venues des régions voisines, du Mali et du Burkina Faso. Cette expansion a fini par englober le village de Gbêkêkro, dont le nom a peu à peu été supplanté par celui de Bouaké, devenu plus reconnu et référentiel, et occupe une place en terme economique pour cette.

Histoire La savane boisée des Baoulés du , ce "pays baoulé" charnière entre terres arborées de plantations et cultures villageoises, n'a pas toujours existéIl s'agit ici d'un pays au sens d'une description biogéographique. Jean-Claude Bille, tout en rédigeant un manuel de pastoralisme à Bouaké, a étudié l'herbe de Guinée des savanes ivoiriennes, en particulier le Megathyrsus maximus. Jean-Claude Bille, Réparateur de pâturages, Carnet d'Afrique, éditions L'inventaire, Paris, 1994, 343 pages avec tables . En particulier, paragraphe "En mission", p. 112.. De nombreux indices, sans mentionner les mythes de "petits hommes" premiers habitants, témoignent de la présence d'une grande forêt dense et humide.

Histoire précoloniale Ce recul forestier aurait duré des millénaires et explique l'importance cruciale des échanges au nord entre les amonts des fleuves Sénégal et Niger, et la position complètement marginale de la contrée étudiée aux temps des florissantes entités successives (royaume de Ghâna vers l'an mil, l'empire musulman du Mâli vers 1300 et l'empire Songhai vers 1500). Mais il ne faudrait nullement en conclure, du fait de l'ancienne variété des paysages et de l'adaptation des techniques plurimillénaires, à un effacement ou une moindre puissance des groupements ashantis.vignette|right|Masque solaire baoulé en or, Musée de Troyes, février 2023En dépit d'un premier désenclavement maritime du Golfe de Guinée par les navigateurs portugais, à la fin du (à l'initiative du prince Henri le Navigateur)Au , le Traité de Tordesillas avait partagé le monde en deux : aux Espagnols l'Amérique (à l'exception du Brésil) et aux Portugais l'Afrique., l'économie régionale, marquée longtemps par des axes fluviaux médiocres et des routes caravanières secondaires, reste invariablement tournée vers l'arrière-pays, apportant du nord le sel et la poudre. Avant le , l'agglomération initiale devenue Bouaké est une des multiples stations des routes caravanières, alimentant également au Sud un important marché aux esclaves des Portugais dans le cadre du commerce triangulaire Présentation de la Côte d’Ivoire sur Diplomatie.gouv.fr..