Les Aventures du capitaine Hatteras est un roman de Jules Verne, paru en 1866 dans sa forme définitive. Il s’agit d’un roman d'aventures qui relate une expédition vers le pôle Nord.

Historique Le roman paraît en feuilleton dès le premier numéro du Magasin d'éducation et de récréation en deux parties : Les Anglais au Pôle Nord est publié du au ; Le Désert de glace, du au .

La grande édition in 8o est mise en vente à partir du , sous le titre Voyages et Aventures du capitaine HatterasVoir Piero Gondolo della Riva. Bibliographie analytique de toutes les œuvres de Jules Verne. Tome I. Pages 10-12. Paris. 1977.. Les cent cinquante vignettes qui illustrent le volume sont dues à Édouard Riou.

Différentes versions

En 1855, Jules Verne publie une nouvelle intitulée Un hivernage dans les glaces dans le Musée des familles. Elle comporte certains éléments qui figureront plus tard dans le roman. Une premiere édition paraît sous forme de feuilleton dans le bimensuel Magasin d'éducation et de récréation à partir de , dans le premier numéro de ce magazine. Une version remaniée, sous forme de deux romans séparés, Les Anglais au pôle Nord et Le Désert de glace, paraît dans une édition in-18 le et le . Les illustrations d’Édouard Riou sont rajoutées et le roman est réédité en .

Sources documentaires Les descriptions des paysages arctiques, les techniques de navigation dans les glaces, les méthodes d'exploration polaire (telles que pratiquée au milieu du ), l'étendue des connaissances géographiques sur cette région du globe encore très mal connue à l'époque, ont été puisées par Jules Verne aux meilleures sources et rendent une puissante impression de réalisme.

Ce n'est pas un hasard : Verne a eu accès à des informations de première main.

En 1845, l'expédition britannique commandée par sir John Franklin avait disparu sans retour en tentant de franchir le passage du Nord-Ouest. Dans les dix années qui suivirent, l'amirauté britannique, aiguillonnée par des mouvements de presse et d'opinion, impulsés par la veuve de Franklin, lança plus de quinze navires à la recherche de l'expédition disparue, dont ses deux navires les et . L'amirauté française en place sous la monarchie de Juillet, puis sous le Second Empire souhaita que des officiers de marine français soient associés à ces expéditions de recherche, qui, bien que coûteuses et infructueuses (les restes de l'expédition Franklin seront découverts fortuitement par un médecin attaché à la compagnie de la Baie d'Hudson, le docteur James Rae), permirent néanmoins de cartographier assez précisément le passage du Nord-Ouest grâce à des explorateurs efficaces et courageux comme Robert Le Mesurier McClure et Francis McClintock.

C'est ainsi que l'aspirant René Bellot embarqua successivement à bord du Prince Albert puis du HMS Phénix (capitaine Inglefield). Il se distingua au cours de nombreuses expéditions en traîneau sur la banquise lors des hivernages auxquels étaient contraints les navires à voile bloqués par la glace, et trouva la mort en tombant dans une crevasse entre deux blocs de glace. Son nom reste attaché au détroit de Bellot, importante voie de communication du passage du Nord-Ouest, que le navire fictif de l'expédition Hatteras, le Forward, emprunte lors de son périple vers le pôle Nord. Un personnage de l'expédition Hatteras est même donné comme un ancien compagnon de voyage de René Bellot qu'il évoque avec admiration.

Un autre jeune officier de marine, Emile Frédéric de Bray, de trois ans plus jeune que Bellot, aussi athlétique, jovial et bon vivant que Bellot était mince et de sensibilité romantique, embarque sur le HMS Resolute (capitaine Henry Kellett) ; il sera également un brillant explorateur polaire avant de faire une carrière distinguée dans la marine du Second Empire.

Le navire de Kellett, pris dans les glaces puis abandonné par son équipage, naviguera sur plus de () comme un vaisseau fantôme avant d'être récupéré par des baleiniers américains et solennellement restitué par le gouvernement américain à la Reine Victoria. Emile de Bray se liera d'amitié avec Jules Verne et lui remettra son journal de bord personnel, ainsi que la correspondance échangée entre lui et René Bellot, autorisant Verne à puiser à sa guise dans cette source d'information.

Des passages entiers du journal de de Bray (notamment descriptions d'aurores boréales, méthodes de construction d'igloos, méthode de voyage en traîneau à chiens, etc.) se retrouvent dans le livre de Jules Verne, dépôt légal .

Résumé Les Anglais au pôle Nord

À Liverpool, un brick, le Forward (en français : En avant) attire la curiosité de tous : il est visiblement conçu pour les mers polaires, mais de nombreux détails dans sa construction intriguent. De plus, les marins sont très bien payés, mais ils ignorent la destination du bateau ; en outre, celui-ci emporte une énorme quantité de poudre, mais peu d'armes. Le capitaine est absent et inconnu, et c'est le second en titre, Shandon, qui en joue le rôle. Un chien est déjà présent sur le bateau et attire la curiosité de l'équipage.

Le médecin Clawbonny arrive sur le bateau (chapitre III), mais il n'en sait pas plus que tous les autres. Il a été contacté par lettre uniquement. Cela ne l'inquiète pas, car il est avide d'expériences nouvelles.

Une première lettre apportée par le chien indique la première étape du bateau : la baie de Melville au Groenland (chapitre IV). Le bateau part (chapitre V). Ensuite, le docteur Clawbonny décrit les précédentes explorations des régions polaires de 970 à 1845. Le bateau passe par la côte ouest du Groenland, longeant l'île de Disko (chapitre VII). L'équipage récrimine : il n'est pas possible de boire de l'alcool ; de plus, le chien paraît bien étrange (chapitre VIII).

Une lettre apparaît mystérieusement, provenant du capitaine inconnu (chapitre IX) ; elle indique l'étape suivante : poursuivre au nord de la baie de Melville et s'engager dans le détroit de Smith. Le bateau fait escale à Upernavik (orthographié Uppernawik dans le livre de Jules Verne), chez les Esquimaux. Des membres de l'équipage tentent de noyer le chien ; par suite d'une illusion d'optique liée à la réfraction, il réapparaît sous la forme temporaire d'un géant, provoquant l'effroi de l'équipage (chapitre X).

Un iceberg menace le navire, le vrai capitaine apparaît enfin et sauve le navire d'un danger immédiat. Il s'appelle Hatteras et son but est d'atteindre le pôle Nord géographique, pour la gloire de l'Angleterre (chapitre XII) ; on apprend aussi le nom du chien : Duk. Un iceberg bloque le passage ; il est disloqué par des explosions de poudre à canon. Le détroit de Smith étant pris par les glaces, Haterras décide de passer par le détroit de Lancaster, à l'ouest de la mer de Baffin, pour ensuite remonter vers le nord pour atteindre une hypothétique mer libre du pôle (chapitre XIII).

Hatteras essaye vainement d'atteindre l'île Beechey pour ensuite se frayer un chemin vers le nord. Il se résout à faire escale à Port Leopold avant de s'engager vers le sud dans le canal du Prince-Régent (chapitre XV). Le capitaine s'engage ensuite résolument vers l'ouest dans le détroit de Bellot, par un temps épouvantable. Mais la route du nord reste obstinément bloquée et le Forward est forcé de descendre le vers le sud.

L'expédition atteint le pôle Nord magnétique, situé alors sur la côte sud-ouest de la péninsule Boothia, mais ce n'est intéressant que pour le médecin Clawbonny : (chapitre XVI). Arrivé aux abords de l'île du Roi-Guillaume, les conditions s'améliorent et le capitaine est enfin en mesure de remettre la cap au nord pour longer la côte occidentale de l'île du Prince-de-Galles (chap. XVIII). Haterras dépense sans compter ses ressources en nourriture et charbon, remontant vers le nord à toute vapeur, comptant toujours se ravitailler à l'île Beechey. L'expédition atteint bientôt le détroit du Vicomte-Melville (appelé « canal de Melville » ou « baie de Melville » dans le livre), où le cap est mis à l'est.

Alors que l'équipage chasse une baleine, celle-ci est écrasée entre deux icebergs. Ceci illustre l'extrême danger permanent (chapitre XIX). L'expédition dépasse le cap Dundas, à l'extrêmité nord-ouest de île du Prince-de-Galles, traverse le détroit de Barrow et atteint enfin l'île Beechey où elle pensait trouver des réserves de combustible, mais les esquimaux ont pillé ces réserves. Le maître d'équipage Johnson relate la mort du lieutenant Bellot dans une expédition précédente ; c'était un officier très estimé par ses hommes, mort courageusement dans un accident en faisant son devoir. Nullement découragé par la pénurie de charbon, le capitaine Hatteras décide de continuer à la voile vers le nord, via le détroit de Wellington.

Le brick remonte péniblement le détroit de Wellington, jusqu'à ce qu'il soit nécessaire de remettre la vapeur, ce qui provoque la mutinerie de l'équipage, qui craint de ne pas avoir assez de charbon pendant l'hivernage qui se profile. Haterras mate la mutinerie et le Forward atteint le nord de la péninsule de Grinnell, dans la baie de Northumberland, où le brick est bloqué par les glaces et contraint d'y rester jusqu'à ce qu'un passage se dégage (chapitre XXII).

Arrivé aux abords de l'île Table, le brick Forward est soulevé par les glaces et dérive avec elles pendant sept jours, pour s'échouer finalement dans une région inexplorée avec de la glace à perte de vue, par 78°15' de latitude nord, proche du pôle du froid. Il est maintenant temps de préparer l'hivernage dans ces conditions particulièrement difficiles (chapitre XXIII). Trompé par une illusion d'optique, le médecin tue un renard alors qu'il croyait tirer sur un ours. Le renard s'avère porter un collier datant d'une précédente expédition en 1848, douze ans auparavant (chapitre XXV). Le chapitre suivant (XXVI) décrit les conditions de vie dans le bateau immobilisé et l'apparition du scorbut. Comme il n'y a plus de combustible, l'équipage veut commencer à démanteler le bateau pour en brûler des morceaux. C'est un coup terrible pour le capitaine Hatteras qui doit laisser faire. Le navire continue à dériver vers le Nord (chapitre XXVII).

Le capitaine Hatteras part en traîneau à chiens pour une expédition de 250 milles, afin d'atteindre un gisement de charbon ; ses compagnons sont le médecin Clawbonny, deux hommes d'équipage, Bell et Simpson, et le chien Duk (chapitre XXVIII). Après bien des péripéties, un problème plus grave se produit : Simpson est gravement malade, puis il meurt en maudissant le capitaine Hatteras (chapitre XXXI). En voulant l'enterrer, les trois survivants découvrent que des hommes se trouvent sous leurs pieds, qui viennent d'être ensevelis vivants ; l'un d'eux est encore vivant. Il s'agissait d'une expédition américaine. Ils reviennent au brick Forward, sans le charbon espéré ; de plus, en arrivant, ils découvrent que l'équipage s'est mutiné, a mis le feu au navire et est reparti vers le Sud. Il ne reste plus que le fidèle maître d'équipage Johnson.

Le désert de glace Le Forward ayant brûlé et finalement explosé, il ne reste que quelques semaines de ressources en chauffage et nourriture aux naufragés, qui ne peuvent imaginer de rester sur place. Hatteras est résolu d'aller vers le pôle, qu'il imagine peut-être plus tempéré et même habité. Ses compagnons imaginent une longue marche vers la côte où ils pourraient trouver d'hypothétiques baleiniers ou tribus d'esquimaux. Au moment de tension maximale, le rescapé, l'Américain Altamont, arrive à prononcer quelques mots : le Porpoise, son bateau que lui et son équipage avaient abandonné avant de trouver la mort, est naufragé vers le nord avec à bord de grandes quantités de ressources. La prochaine étape de l'expédition est trouvée.