La chirurgie plastique est la spécialité chirurgicale qui concerne principalement la peau et les tissus mous non viscèraux de l'organisme dans un but de reconstruction principalement et d'esthétisme. Touchant toutes les régions anatomiques, excepté l'intérieur du crâne, du thorax et de l'abdomen, son champ d'action est vaste. Dans ces localisations multiples, elle traite des conséquences de traumatismes ou d'infections, de tumeurs, ainsi que des malformations et des conformations jugées inesthétiques. Ses grands champs d'activités sont : chirurgie esthétique, chirurgie de la main, chirurgie craniofaciale, chirurgie des brûlés, chirurgie reconstructrice et chirurgie plastique pédiatrique.

Histoire Origines 200px|droite|vignette|Une illustration du traité de Gaspare Tagliacozzi (1546-1599).

Des traités antiques de chirurgie plastique existent, tels ceux écrits en Inde, , par Sushruta, ou par Charaka (). Ceux-là ont été traduits en arabe sous le califat abbasside (750 ap. J.-C.)., et passèrent ainsi en Europe à l'issue du processus de traduction des écrits arabes vers le latin. Le médecin italien Gaspare Tagliacozzi (1546-1599) recueillit ainsi ces écrits, rédigeant lui-même un traité intitulé , lequel s'attardait sur une technique de « greffe du nez », en réalité une reconstruction à partir de lambeaux de peaux prélevés ailleurs sur le corps..

Progrès de la médecine Cependant, il s'agit moins de chirurgie esthétique que réparatrice, l'idée de retoucher les créations de Dieu n'étant pas encore envisageable dans le contexte chrétien post-médiéval. Pour que la chirurgie esthétique en tant que telle émerge, il aura fallu trois conditions note l'historien Sander Gilman : l'anesthésie, l'asepsie et les Lumières, ce mouvement philosophique autorisant la « poursuite du bonheur » : .

Diverses expériences eurent lieu dès le début du , dont celles du médecin britannique (1764-1846), qui pratique a Londres le 14 janvier 1815 la première opération de chirurgie réparatrice en Occident. L’opération touchait une réparation du nez avec des éléments de peau du front et une prothèse de cire s'inspire des pratiques indiennes. De l'auteur de l'ouvrage Rhinoplastique (1818), (1787-1840), de Johann Friedrich Dieffenbach (1792-1847), chirurgien en chef de l'hôpital de la Charité de Berlin, de l'Américain (1787-1875) ou encore de James Israel (1848-1926) puis de Jacques Joseph (, 1928). La rhinoplastie devint ainsi l'une des premières opérations de chirurgie plastique. Des instituts de chirurgie esthétique se développent, notamment aux États-Unis, portés par la publicité, même si les opérations restent encore rudimentaires. En 1911, l'actrice française Sarah Bernhardt vient à Chicago faire un lifting.

Depuis la Première Guerre mondiale La rhinoplastie est généralisée après la Première Guerre mondiale à des visées d'abord thérapeutiques : si le développement de la chirurgie maxillo-faciale concerne d'abord les « gueules cassées », rapidement des instituts de beauté proposent leurs services, les médecins ayant travaillé pour les militaires s'étant reconvertis dans le civil. Par ailleurs, la demande touche de plus en plus les femmes, actrices d'Hollywood et le public qu'elles inspirent avec l'émergence du cinéma et du star system, dans un contexte de concurrence matrimoniale accrue après la saignée d'une génération d'hommes lors de la Grande Guerre. La chirurgienne Suzanne Noël, qui a réparé le lifting raté de Sarah Bernhardt, devient une pionnière de la discipline, revendiquant de se consacrer entièrement à la chirurgie plastique. Le Néo-Zélandais Harold Gillies s'illustre alors en tant que père de la discipline moderne, son travail étant poursuivi par son disciple et neveu lors de la Seconde Guerre mondiale.

C'est dans la deuxième partie du XX siècle que la chirurgie esthétique gagne en légitimité et cesse d'être honteuse, précise Le Monde. Les prothèses mammaires sont mises au point dans les années 1960, des liftings plus approfondis dans les années 1970 puis la liposuccion et les injections dermatologiques dans les années 1980-1990.

Mieux acceptée et portée par le poids de l'image véhiculée par les réseaux sociaux, la chirurgie plastique est aussi un sujet cinématographique et télévisuel qui a évolué, de l'épouvante (Les Yeux sans visage en 1960, Fedora en 1978, Brazil en 1985) à la transparence (Nip/Tuck dans les années 2000, en 2004, Real Housewives la décennie suivante).

Domaines dépendants de la chirurgie plastique

Tumeurs de la peau et des tissus mous

Tumeurs bénignes, avec exérèse de nævus (grain de beauté) Tumeurs malignes (carcinome basocellulaire, carcinome spinocellulaire, mélanome...) Tumeurs intermédiaires (dermatofibrosarcome de Darier et Ferrand) Angiomes

Infections et nécroses de la peau et des tissus mous

Infections aiguües (dermohypodermite, fasciite nécrosante, gangrène) Infections chroniques (hidrosadénite suppurée, kyste pilonidal)

Reprise de cicatrices

Cicatrices inesthétiques Cicatrices hypertrophiques Cicatrices chéloïdes Cicatrices rétractiles

Reconstructions/Changement d'aspect

Du sein notamment : à la suite d'une mastectomie, pour une hypertrophie mammaire, cure de ptôse - comme les seins qui tombent de manière inesthétique à la suite d'une perte de poids importante ou après plusieurs grossesses Faciale (après traumatismes, oreilles décollées, malformations congénitales du nez, etc.) Abdominale (après grossesses, perte de poids importante, malformation de type diastasis des muscles abdominaux) Comblement de pertes de substance (après exérèse de tumeurs ou post-chirurgie délabrante)

Soins aux brûlés

Pansements en stérile pour les brûlés en attente de greffe cutanée (greffe de peau) Greffes de peau pour remplacer celle brûlée Retouches de la peau greffée (section des brides éventuelles qui limitent les capacités de mouvements)

Chirurgie de la main

Ce domaine est partagé avec la chirurgie orthopédique. Amputation Kystes synoviaux Traitement du syndrome du canal carpien Lésions des tendons fléchisseurs Lésions des tendons extenseurs Replantation Revascularisation Microchirurgie nerveuse Lésions des poulies (trochlée, façon doigt à ressaut) Transferts tendineux, réhabilitation des tétraplégies

Chirurgie esthétique

La chirurgie esthétique est une des applications de la chirurgie plastique.

Correspondant à une demande de la personne qui souhaite y avoir recours, la chirurgie esthétique n'est motivée ni par une pathologie ni par ses séquelles, mais par les conséquences morphologiques du vieillissement (exemples : lifting cervicofacial, resurfaçage cutané par laser, blépharoplastie, calvitie, ptôse mammaire, etc.), de la grossesse (ptôse mammaire, plastie abdominale), ou de disgrâces acquises ou constitutionnelles non pathologiques (exemples : rhinoplastie, implants mammaires, lipoaspiration, mastopexie). Elle comprend des actes thérapeutiques effractifs (c'est-à-dire chirurgicaux) et non effractifs (c'est-à-dire médicaux). Non pris en charge par les organismes sociaux, ces actes doivent être effectués en France dans le strict respect de la loi Kouchner de mars 2002 et de ses décrets d'application et circulaires de 2005, par des spécialistes autorisés par la loi, dans des structures agréées.

La chirurgie esthétique ne peut être pratiquée que par des chirurgiens compétents dans le territoire anatomique de leur spécialité (par exemple paupières par un chirurgien ophtalmologiste, ou rhinoplastie par un chirurgien ORL). Les actes médicaux à visée esthétique ne peuvent être « effractifs » selon la définition de l'Académie de Médecine (qui définit l'acte « chirurgical » comme « un acte médical effractif, à visée diagnostique ou thérapeutique, dont la réalisation est confiée à un membre d’une profession médicale ayant été dûment formé et validé dans une spécialité chirurgicale officielle, acte effectué dans les conditions réglementaires en vigueur ») et ne peuvent introduire dans l'organisme, par effraction ou injection, de matériels ou de substances non résorbables. Ces actes médicaux ne peuvent être éventuellement pratiqués que par les mêmes chirurgiens ou par les médecins spécialisés en dermatologie. En France, seule la qualification hospitalo-universitaire et ordinale (Conseil national de l'Ordre des médecins) donne le droit d'exercice, les diplômes d'université n'étant que des formations complémentaires.

Chirurgie crâniofaciale Domaine s'intéressant au traitement et à la reconstruction des traumatismes et des malformations congénitales impliquant entre autres le crâne, les orbites, le maxillaire et la mandibule. Chez l'enfant, cela peut impliquer le remodelage de la voûte crânienne, la chirurgie fronto-orbitaire, la chirurgie orthognathique et la réparation de fissures labio-palatines. Chez l'adulte, cela implique le traitement de cancers ORL, mais surtout la reconstruction du visage post résection oncologique et le traitement des fractures faciales.

C'est le domaine notamment de la chirurgie maxillofaciale.

Dimension psychologique du changement d'aspect

L'image de soi est un élément important de l'équilibre psychologique. L'apparence conditionne en effet le premier jugement que l'on se fait d'une personne, le regard de l'autre est un « reflet ».

La chirurgie plastique a donc un grand rôle dans la guérison de maladies ou d'accidents défigurants.

Mais elle peut aussi être voulue non pas en tant que soin réparateur, mais par volonté de changer d'apparence. C'est alors un problème qui peut être complexe : une personne est-elle « mal dans sa peau » parce que son apparence ne correspond pas à son idée, ou bien la personne attribue-t-elle son mal-être à son apparence alors qu'il y a une autre cause ?

C'est le concept du corps écran où l'aspect physique décrit et vécu comme une difformité cache en fait un lourd problème psychologique, c'est aussi en psychiatrie ce que l'on nomme la dysmorphophobie.

Dimension sociologique : le cas de la chirurgie d’amélioration des organes génitaux Les pratiques de chirurgie plastique peuvent également être abordées d’un point de vue sociologique, en analysant comment elles s’insèrent dans des normes et des rapports sociaux propres à un contexte particulier. C’est ce que Hélène Martin, Rebecca Bendjama et Raphaëlle Bessette-Viens ont fait pour comprendre les pratiques de chirurgie d’amélioration des organes génitaux, telles que la labiaplastie ou la vaginoplastie pour les femmes, et la phalloplastie pour les hommes. Dans leur analyse de sites web de cliniques et cabinets médicaux suisses, ces chercheuses ont montré que le discours de promotion de ces interventions reproduit des normes concernant les hommes et les femmes. En s’adressant principalement aux femmes, ces sites web répondent à des normes sociales comme l’injonction des femmes à la beauté et contribuent à reproduire l’image du sexe féminin comme tendanciellement défaillant, contrairement au sexe masculin. Cette manière d’analyser la chirurgie plastique s’inscrit dans une perspective constructiviste, qui considère les pratiques proposées comme révélatrices de normes sociales, propres à un contexte social et historique particulier.

Techniques chirurgicales Cicatrisation dirigée Les pertes de substances (morceaux de chair ayant disparu) causées par la chirurgie ne sont pas systématiquement remplacées pour diverses raisons. On laisse alors la peau se reformer seule, seulement facilitée par quelques pansements qui protègent la zone en cours de cicatrisation contre d'éventuelles infections. Dans une faible mesure, ces pansements peuvent diriger la cicatrisation.

Greffes cutanées Les greffes le plus souvent pratiquées sont les auto-greffes, c’est-à-dire que la peau est celle du patient. On dispose de plusieurs épaisseurs de coupe possible pour la peau :