vignette|droite|Charpay, lit commun de l'Asie du Sud. Un lit est un meuble utilisé principalement pour dormir, et donc généralement placé dans une chambre dont il est le meuble caractéristique.
Description Les lits ont connu des formes et des tailles différentes. Les premiers sont constitués d'un empilement de paille. Ils sont par la suite surélevés pour éviter la poussière, le froid, et les rats, vecteurs de maladies comme la peste. La monture du lit peut être faite de bois ou de métal. Celle-ci encadre un sommier fait de lattes de bois ou de métal et pouvant être muni de ressorts.
Lits et couchage
Dans l'Antiquité vignette|droite|Lit en bois doré du de Toutânkhamon. vignette|droite|Lit et repose tête de la reine Hétep-Hérès , la mère de Khéops. vignette|Lectus triclinaris dans un Triclinium. Les premiers lits (8000 ) n'étaient guère plus que des tas de paille ou d'autre matière naturelle (par exemple, tas de feuilles de palmier, peaux parfois emplies d'eau pour s'isoler de la terre froide) posés à même le sol. L'étymologie du mot lit dérive d'ailleurs du verbe latin legere, amasser, entasser.
Lieu de sociabilité, il sert à se reposer, manger, recevoir, travailler (la fonction de ce « lit de jour » persistera jusqu'au ). Un progrès important fut réalisé, pour éviter les courants d'air, la saleté, les reptiles et les parasites, ils furent surélevés sur des pieds.
En Égypte antique, les gens aisés avaient de hauts châlits accessibles par des marches, isolés par des rideaux et munis de traversins ou d'oreillers. L'élite de la société égyptienne comme les pharaons et les reines avaient parfois des lits en bois doré incrustés de matières précieuses (ivoire, or, argent), munis de tabourets relevant les pieds et d'un appui-tête en pierre, métal bois ou ivoire sculpté servant à soutenir les volumineuses coiffes des pharaons. Plusieurs lits ont été retrouvés dans la chambre funéraire de Toutânkhamon. Les Assyriens, Mèdes et Perses avaient des lits similaires, souvent décorés avec des incrustations ou des appliques de métal, de nacre ou d'ivoire. Les bas-reliefs montrent également l'existence de lits pour manger.
En Grèce antique, la plus ancienne mention d'un lit est sans doute celui d'Ulysse, une tcharpaï, lit avec un cadre en bois et quatre pieds dont le sommier est un treillis de cordes serrées autour du cadre. Ulysse rapporte également la façon dont il a conçu le lit nuptial, pour lui et Pénélope, à partir d'un ancien tronc d'arbre énorme d'olivier. Homère mentionne l'incrustation d'or, d'argent et d'ivoire sur des lits en bois. Le lit typique grec avait un cadre en bois, avec une planche à la tête et des bandes de cuir lacées à travers sur lesquelles des peaux étaient placées. À une époque ultérieure, le châlit était plaqué de bois précieux, en ivoire massif plaqué en écaille de tortue et avec des pieds d'argent, ou le plus souvent en bronze. Les oreillers et les couvertures devinrent également plus coûteux et plus beaux. Les lieux les plus réputés pour leur fabrication étaient Milet, Corinthe et Carthage. Les lits pliants apparaissent, comme le montrent les vases peints.
Dans la Rome antique, les riches mangeaient sur des couches et dormaient de même, au besoin, recouverts de draps de lin. Plus généralement, on dormait sur de simples tapis ou nattes faits de fibres (roseau, foin), de laine, de plumes ou de crin, en se couvrant de couvertures faites de feutre ou de laine, éventuellement agrémentées de cotonnades, de fourrures ou même de soieries (selon la bourse et le climat). Des petits coussins étaient placés à la tête et parfois à l'arrière. Ils étaient souvent conçus pour deux personnes, avaient une planche ou une balustrade à l'arrière ainsi que sur la tête du lit. Les courtepointes étaient parfois luxueuses, généralement en pourpre brodée avec des figures en or. De riches tentures tombaient jusqu'au sol. Les lits des gens aisés étaient souvent en bronze incrusté d'argent, l'empereur Héliogabale en avait une en argent massif. Dans les murs de certaines maisons de Pompéi étaient aménagées des alcôves qui étaient probablement fermées par des rideaux ou des cloisons coulissantes. Plusieurs types de lits étaient utilisés : lectus cubicularis ou torus : lit de sommeil surélevé (accessible par un gradin ou un marche-pied) avec comme évolution par rapport à son modèle grec des pieds tournés, une tête et un pied de lit. lectus genialis ou lectus adversium : lit nuptial plus décoré, placé dans l'atrium à l'opposé de la porte. lectus discubitorius ou lectus triclinaris, lit de table sur lequel le Romain se couchait, posé sur le coude gauche, utilisé notamment dans le Triclinium avec trois lits disposés en U. lectus lucubratorius, lit pour étudier et travailler. lectus funebris ou lectus emortualis, lit funéraire sur lequel étaient transportés les morts vers le bûcher funéraire.
Moyen Âge vignette|Couverture du livre Tacuinum sanitatis : le lit médiéval surélevé, garni d'un traversin, de coussins et d'une couverture à franges, est bordé d'une banquette. Le chevet s'incurve, formant ciel de lit garni de tentures coulissant par des anneaux. vignette|Châlit et ciel du lit d'apparat du grand appartement de Marie-Antoinette d'Autriche. vignette|Lit de repos à la polonaise et son baldaquin relevé, petit appartement de la Reine, château de Versailles. Avec le coffre et le buffot, le lit est . Il figure dans les testaments comme objet de legs, un don intime qui marque le respect du légataire à l'héritier, plus que le don numéraire, moins personnel. Il a aussi une place de choix dans les contrats de mariage comme symbole de l'alliance matrimoniale. Dans un autre registre, il figure dans les contrats d'apprentissage : le formateur fournit un lit garni au jeune apprenti qui pourra le garder au moment de son entrée dans la vie active.
Les lits étaient de simples caisses de bois garnies (ou non), plus tard recouvertes d'un matelas. Originellement ce sont des sacs, faits de paille pour la majorité, de plumes pour les plus riches. Au fil du temps, le fourrage est remplacé par des textiles ; depuis le coton jusqu'aux fibres artificielles. Les plus fortunés dormaient sur des matelas faits de lin (comme les draps) et bourrés de duvet d'oie ou de canard, dans des lits de bois à baldaquin. Les puissants donnaient également audience allongés sur un lit de jour (à l'origine du lit de justice du roi) ou symbolisent leur haute lignée familiale par le lit de parade dans la salle d'apparat. Les classes moyennes dormaient sur des matelas faits d'un feutre fin (comme les draps) et bourrés de laine de mouton cardée, de crin ou de plume d'oie ou de plume de canard. Si les lits-armoires sont très en vogue dans certaines régions françaises (Bretagne, Poitou, Auvergne), il faut généralement se contenter de simples banquettes servant de marchepied, parfois garnies de bas flancs. Les plus pauvres dormaient souvent tout habillés sur des litières faites de foin ou sur des matelas posés à même le sol, faits d'un sac de bure, bourré de paille de blé ou de son (les fameuses paillasses), de copeaux de bois, de cosses de pois, éventuellement de feuilles de fougère (censées préserver la bonne santé) ou de Vitex agnus-castus (censées préserver la chasteté comme le recommande l'Église), bure parfois enveloppée dans des draps de chanvre pour que cela gratte moins. Ces matériaux, sains mais rustiques, avaient l'avantage d'absorber l'humidité et d'isoler des sols froids. Ils apportaient donc un certain confort, même si plusieurs personnes se partageaient le lit, comme dans les auberges. De plus, contrairement aux tissus précieux inlavablesLorsqu'ils sont infestés, les servantes enduisent le châlit de matières censées désinfecter : coriandre, eau de concombre, fiel de bœuf au vinaigre. des lits des nobles, ils étaient jetés lorsqu'infectés de puces et punaises. Dans les fermes, on dormait le plus près possible de l'âtre, dans la salle commune. Les paillasses avaient une taille importante, permettant à toute une famille de dormir sous une seule couverture..
Au Moyen Âge, il est le meuble le plus important dans la demeure des pauvres (seul meuble confortable de la maison, il est l'endroit où l’on naît, on dort et on meurt) comme des plus fortunés chez qui, il est le symbole de prestige et de pouvoir (il est l'endroit où on reçoit, on travaille, on juge comme le lit de justice du roi). Dès le , dans les traités d'hygiène et de vie, les médecins écrivent leurs recommandations pour bien dormir : le prince comme le paysan dort nu mais avec un bonnet de nuit censé protéger le cerveau, organe de l'âme jugé sensible ; le ciel de lit apparaît au avec un rôle fonctionnel (il protège de la poussière du plancher terré) et symbolique (il protège des rayons lunaires jugés maléfiques ou nocifs). Le dormeur récite une prière avant d'aller se coucher par peur de mourir pendant le sommeil, mort redoutée à l'époque car il n'a pas le temps de remettre son âme à Dieu et de recevoir l'extrême-onction ; le ciel ou demi-ciel de lit, comme le berceau, est orné de signes protecteurs (soleil, étoiles, saints). Le « lit idéal » doit avoir un dos de lit pour se protéger du froid, être accessible par un basset, être isolé par des courtines (tentures de lit) et surélevé par une planche épaisse ou estrade, garni d’un matelas moelleux, surmonté d’un ou plusieurs (selon la richesse) surmatelas appelés couettes – les médecins spécialisés en "litologie" recommandent la plume pour l’hiver, la laine ou le coton pour l’été – recouvertes de draps, couvertures et courtepointe, fourrures. Des banquettes, archebancs (coffres à couvercle plat utilisés comme banc) ou des sièges bas peuvent être disposés autour afin d'accueillir les personnes de compagnieDanièle Alexandre-Bidon, exposition « Au lit au Moyen Âge ! » dans la Tour Jean-sans-Peur, 2011.
En France et jusqu'au , le lit est appelé pour désigner le meuble du sommeil dans son ensemble ou pour les meubles les plus petits. L'utilisation du mot semble en effet ne se généraliser qu'à partir des années 1690. Le lit est composé de trois parties : le châlit (ou « bois de lit »), le coucher et la garniture. Le bois peut être , c'est-à-dire démontable et c'est ainsi que les lits sont inventoriés dans les garde-meubles des hôtels. Le coucher désigne alors la superposition de couches plus ou moins nombreuses, allant, de bas en haut, du plus raide au plus moelleux pour assurer le confort du dormeur. La garniture constitue l'enveloppe textile du bois et du coucher. Elle relève à la fois du confort et de l'apparat. Dans les descriptions de ce siècle, on distingue principalement deux types de garniture : ou , ; qui se tirent sur des tringles et d'usage plus commode. D'autres types de lit peuvent apparaitre de manière exceptionnelle comme le lit , et le lit ou , en forme de tente fixée au plafond.
Au , l'usage antique de recevoir allongé dans son lit revient en vigueur, comme le fait la marquise de Rambouillet.
Au siècle suivant, les appellations se multiplient : outre les lits et apparaissent les lits , (dérivé du précédent), (cette forme à impériale a sans doute pris ce nom en raison des origines de Marie Leszczynska, reine de France à qui il était destiné), dans les dernières années de l'Ancien Régime, , lit à trois dossiers, parallèle au mur, ou encore . Des lits à usage spécifique sont aussi inventoriés tels les lits de campagne, lits pliants qui servaient en voyage ou à l'armée ou encore les lits de veille, lits amovibles qui servaient au personnel et n'étaient déployés que pour la nuit. C'est aussi à cette époque que le lit d'alcôve fait son apparition, souvent entouré d'épais rideaux, comme le représentent les peintres, tels François Boucher et Jean Honoré Fragonard.
et thumb|left|Lit en nacelle, France, 1827.
