Le Grumman OV-1 est un avion américain de surveillance du champ de bataille. Il a été conçu dans les années 1950 par la société Grumman sous la référence G-134.
Conception En 1954, l'US Army et l'US Marine Corps étudient le remplacement de leurs appareils de surveillance du champ de bataille. En , ils aboutirent à un cahier des charges relatif à un avion pouvant assurer des missions d'observation visuelle et photographiques de jour comme de nuit puis plus tard de surveillance électronique. C'est l'US Navy qui assura la responsabilité du programme pour le compte du Marine Corps.
Pour répondre à ce cahier des charges, Grumman présenta le projet G-134 dirigé par Mike Pelehach. Ce projet fut sélectionné le , et en neuf prototypes furent commandés soit quatre YOF-1 et cinq YAO-1, pour un total de $. En , le Marine Corps se retira du programme, n'ayant pas les crédits nécessaires. Malgré tout, l'US Navy conserva la responsabilité technique notamment sur les essais en vol tandis que l'US Air Force était responsable de la motorisation, L'US Army n'ayant donc pour seule responsabilité que les essais opérationnels.
Le , l'US Army passa commande pour 35 appareils de la série AO-1AF. Du fait du retrait du Marine Corps, certaines caractéristiques furent abandonnées telles que le montage d'un hydroski ; mais la capacité d'attaque au sol fut tout de même conservée. L'avion fut surnommé puis .
Le , l'YAO-1 effectua son premier vol à Bethpage aux mains de Ralph D. Donnell. Ces essais montrèrent ses capacités de décollage et d'atterrissage court (ADAC), de vol à basse vitesse et une vitesse en piqué atteignant .
Le premier AO-1AF vola pour la première fois le et pendant l'été, il fut livré à l' pour les essais opérationnels ; tandis que les essais techniques se déroulaient au . Au total 64 AO-1AF furent commandés. Deux autres versions furent commandées, il s'agissait de l'AO-1BF équipée d'une nacelle SLAR AN/ASP-94, un radar à balayage oblique, et de l'AO-1CF équipé pour l'observation infrarouge avec un système de détection AN/UAS-4. Le premier AO-1BF fut livré le et le premier AO-1CF, le . Au total, 90 AO-1BF et 134 AO-1CF furent commandés.
Les premiers appareils furent attribués le , à la Army qui les basa à Sandhoffen en Allemagne de l'Ouest. Pendant la crise de Berlin en 1961, onze appareils arrivèrent en renfort. À l'origine, on pensait qu'il y aurait suffisamment de Mohawks pour en distribuer quatre à chaque régiment et division de cavalerie blindée, ainsi que pour en fournir aux corps et aux unités de soutien du théâtre d'opérations, mais à la fin de 1962, seuls 30 des 62 Mohawks autorisés étaient arrivés sur le théâtre d'opérations..
1962 voit la livraison des premiers appareils à destination de l'Asie du Sud-Est, avec la création d'une unité d'entraînement au Japon destinée à préparer un futur emploi au Sud-Viêt Nam. La même année, la désignation des aéronefs américains est harmonisée, les AO-1AF, AO-1BF et OV-1CF devenant respectivement OV-1A, OV-1B et OV-1C.
Pendant ce temps, Grumman tente d'exporter son appareil notamment auprès de l'Allemagne de l'Ouest et de la France. Un OV-1B et un OV-1C furent testés par l' mais aucune commande ne fut passée. En France, malgré deux évaluations à Buc du 6 au et à Metz-Frascaty du au , et un accord avec Breguet qui devaient produire le équipé d'un turbopropulseur De Havilland Gnome en échange de la construction sous licence du Br 1150 Atlantic, là non plus aucune commande n'aboutit.
Au début des essais, l'US Army envoya un groupe d'évaluation à Stewart en Floride où Grumman détenait une usine acquise en 1950 auprès de Glenn Martin Co. Celle-ci produisait des éléments du . Lorsqu'en 1966, l'US Army fut enfin responsable du programme et relança la commande supprimée sur l'année fiscale 1965, Grumman fit progressivement transférer toutes les activités liées au dans son usine de Floride. Le de cette même année, le premier des 31 OV-1C modifiés fut livré à l'US Army. Les améliorations concernaient les équipements radio, de navigation, de détection et de transmissions des données infrarouges. Le conflit du Viêt Nam entraîna plusieurs améliorations directement sur la chaîne d'assemblage.
En , le département de la Défense des États-Unis demanda à Grumman d'améliorer les capacités de détection radar et infrarouge des . Dans ce but deux OV-1B et deux OV-1C furent modifiés à partir de . Ceux-ci furent affectés pendant deux ans au basé à Cần Thơ. Il s'avérèrent être les meilleurs aéronefs pour la détection de cibles, aussi bien pour l'artillerie, les hélicoptères de combat, les navires ou les avions de l'USAF. Ces appareils servirent en fait de prototypes à l'OV-1D. Le principal intérêt de cette version était de pouvoir effectuer toutes les missions des versions A, B et C, passant d'une mission SLAR à infrarouge en une heure.
Le premier des quatre appareils de présérie YOV-1D effectua son premier vol en aux mains de Bill McFarlane. Ils furent suivis de . Les livraisons prirent fin en 1970. Jusqu'en 1981, l' convertit 63 OV-1C à ce standard, puis entre 1982 et 1987, ce fut le cas pour 17 OV-1B. Au total, 121 OV-1D entrèrent en service.
vignette|gauche|Le dernier vol d'un OV-1D de l’US Army à lieu en Corée du Sud en 1996.
Entre-temps, dès 1962, Grumman entama la transformation de certains appareils en avions d'écoute de signaux électroniques, RV-1D. Dans le cadre du programme Silver Lance, le second YOV-1A et un OV-1C furent envoyés en Europe afin de déterminer les capacités des équipements d'interception électronique. À la fin des années 1960 deux autres OV-1C furent convertis dans le cadre du programme Quick Look I, ils reçurent des nacelles contenant des récepteurs AN/APQ-142 spécialement prévus pour localiser les radars d'acquisition soviétiques servant à guider les canons antiaériens. Ces deux appareils furent évalués entre 1970 et 1971 le long de la frontière entre la RFA et la RDA. Ces tests servirent à la mise au point de la version Quick Look II en 1974. Les premiers RV-1D furent livrés en . Au total d'OV-1B furent convertis entre 1977 et . Ils furent intégrés aux unités d'OV-1D basée en Corée du Sud et en Allemagne de l'Ouest.
À partir de et du premier vol d'un OV-1D doté d'un moteur Lycoming T55-L-7 de . L' lança un programme de modernisation désigné . Celui-ci visait à prolonger la durée de vie des appareils de et à moderniser les équipements de navigation et de communication. Le premier OV-1D modernisé effectua son premier vol en .
Ainsi en 1989, 120 étaient encore en service au sein des et basés en Allemagne de l'Ouest, du MIB en Corée du Sud, des , et MIB aux États-Unis ainsi qu'au sein d'unités d'entraînement.
Au total, près de 380 furent produits.
Engagements Guerre du Viêt Nam
vignette|Maintenance d'un OV-1 au Vietnam du Sud en 1966. En , les six premiers OV-1A arrivèrent au Sud Viêt Nam, ils servaient au sein du , chargé de la surveillance. Leur équipage est constitué d'un pilote américain et d'un observateur sud-vietnamien. Du au , les OV-1 effectuèrent 785 missions pour la perte de deux appareils.
En , c'est au tour des OV-1B et OV-1C du d'arriver sur place. En , les deux unités sont réunies au sein de la . Ainsi 30 appareils sont basés à Vung Tao, avec six appareils mis à disposition de la sur la base de An Khe, celle-ci utilisant des versions armées JOV-1A.
Suivant l'heure de la journée, les missions et les appareils différaient. Le jour, les missions étaient effectuées par une patrouille de deux avions armés volant à environ et entre 250 et d'altitude. Ces missions avec charges externes duraient près de deux heures. Ces appareils ne devaient utiliser leur armement que pour riposter ; dans ce cas les deux appareils descendaient à une altitude d'environ pour attaquer. Consigne était donnée que si une seconde passe devait être effectuée, celle-ci devait s'effectuer depuis une autre direction afin de compliquer la tâche à l'ennemi.
De jour toujours, un autre type de mission pouvait être réalisé à partir d'OV-1A ou d'OV-1C. Celle-ci ne se déroulait qu'avec un seul appareil, elle consistait une mission de pénétration à basse altitude, puis une fois l'appareil en zone ennemie celui-ci prenait un peu de hauteur afin d'obtenir une meilleure image photographique ou infrarouge de la zone, puis replongeait au ras des arbres.
Les missions de nuits étaient effectuée en solo par des OC-1B et OV-1C. Le but de ces missions étaient de surveiller les mouvements nocturnes de l'ennemi et seuls ces appareils pouvaient réaliser ces observations que ce soit au sein de l'US Army ou de l'US Air Force. Lors de ces missions, les avions évoluaient entre 300 et d'altitude et effectuaient 10 passes en sept minutes, balayant ainsi une zone de sur . En cas de mission dans une zone de combat, les tirs d'artillerie devaient être stoppés où si cela n'était pas possible la mission était annulée.
De retour de mission les équipages, aidaient à interpréter les informations qui étaient ensuite communiquées aux autres armées. Ces informations servirent souvent à désigner les cibles de B-52.
Du fait de sa capacité à les survoler avant d'avoir été entendu, les OV-1 furent surnommés « la mort silencieuse » par les vietcongs.
Les OV-1B participèrent à de nombreuses opérations, telles que : Lightning Bug qui consistaient à repérer les bateaux vietcongs circulant la nuit sur les rivières, ceux-ci étant ensuite attaqué par des hélicoptères UH-1B ; ou Snipe Hunt qui a vu les OV-1B opérer en collaboration avec de AC-47 de l'US Air Force pour détruire ces bateaux.
Le se révéla particulièrement efficace tant que le théâtre d'opération restait limité ou pour surveiller les mouvements de troupes sur la piste Hô Chi Minh, mais quand les zones de combats devinrent plus grandes, l'US Army dut intégrer les informations de l'US Air Force pour avoir une vision complète de champs de bataille. De plus, la reconnaissance visuelle étant prioritaire, certains OV-1B dépourvus de leurs équipements et des JOV-1C furent affectés à ce type de mission.
Finalement, l'OV-1 a été utilisé par les , , , et . Les pertes subies lors de ce conflit furent élevées : 36 furent perdus par accident, 27 furent abattus par les Vietnamiens, 1 fut détruit au sol, 1 fut abattu par un MiG lors d'une mission au Nord Viêt Nam.
Autres engagements des années 1970 et 1980 À partir de 1970, des avions en surplus furent versés à l' en Géorgie en Oregon. À la fin de l'année 1980, l' possédait 13 OV-1B, 24 OV-1C et 16 OV-1D, tandis que l' comptait 12 OV-1B, 2 OV-1C et 68 OV-1D.
Dans le même temps, 18 autres étaient employés par différents organismes, dont la NASA qui en utilisaient deux en tant que banc d'essai volant. D'autres notamment des OV-1A furent utilisés par la pour l'entraînement des pilotes au vol avec puissance asymétrique jusqu'en 1988, deux furent utilisés par Israël, un par le groupe privé Thunderbird Aviation.
Durant cette période, les 4 furent aussi mis en œuvre par l' à des fins de lutte contre les trafiquants de drogue lors de l'opération Grass Catcher renommée Linebacker. En 1971, ces OV-1C reçurent un tourelle FLIR permettant de repérer de loin les appareils illégaux. Ils furent utilisés durant une quinzaine d'années avant d'être remplacés par des E-2C Hawkeye et des P-3 ASW Orion.
En 1974, Israël acquit deux OV-1D. Ils étaient basés sur l'aéroport Ben Gourion. Ils furent utilisés pour des missions d'observation secrètes. Ils furent ensuite remplacés par des drones et renvoyés aux États-Unis.
Le participa aussi dans les années 1980 à des opérations secrètes, notamment après l'arrivée au pouvoir au Nicaragua des marxistes de Daniel Ortega.
Guerre du Golfe
Lors de la Guerre du Golfe, toutes les unités basée en Europe et aux États-Unis effectuèrent des rotations tant pendant l'opération Bouclier du désert que pendant l'opération Tempête du désert.