vignette|upright=1.5|Carte des camps de concentration nazis.
Les camps de concentration nazis sont des centres de détention de grande taille créés par le Troisième Reich à partir de 1933 et jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour interner, exploiter la force de travail et tuer des opposants politiques, des résidents d'un pays conquis, des groupes ethniques ou religieux spécifiques, etc. Ce sont les détenus qui sont forcés de construire ces camps, les victimes travaillant dans des conditions inhumaines, y laissant souvent leur vie. Le Troisième Reich utilise les camps de concentration (en allemand : , abrégé en KL ou KZ), comme ceux de Dachau ou Buchenwald, pour éloigner et terroriser les opposants politiques au régime, puis pour y interner les Juifs, les Tziganes, les prêtres et prélats catholiques, les Témoins de Jéhovah, les homosexuels et les « éléments asociaux » comme les criminels, vagabonds
Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, ces camps se multiplient pour y enfermer les résistants et les opposants au nazisme de toute l'Europe occupée, mais aussi pour constituer un réservoir de main-d'œuvre servile, louée à de grandes entreprises allemandes comme IG Farben ou Siemens. Le travail y est épuisant, la nourriture insuffisante, les soins presque inexistants, les mauvais traitements réguliers et le taux de mortalité très élevé. Tout vise à déshumaniser les victimes et à les conduire à une mort rapide.
Dans le cadre de la destruction des Juifs d'Europe et des tsiganes. sont également créés, à partir de 1941, six centres d'extermination, dont la nature et les objectifs sont distincts de ceux du système concentrationnaire.
Évolution dans le temps Les premiers camps
vignette|upright=1.0|Le mémorial du camp de concentration de Kemna.
En 1933, l’arrivée au pouvoir des nazis s’accompagne de vagues d’arrestations visant tout d’abord leurs opposants politiques. Ceux-ci sont détenus en vertu de la Schutzhaft (détention de protection), qui autorise à restreindre la liberté d'une personne pour sa propre protection, ou pour « mettre en garde à vue des éléments séditieux en cas d'urgence ». Ce dispositif juridique, déjà utilisé par la République de Weimar, semble alors acceptable, comme solution temporaire, pour faire face à ce qui est présenté comme la menace communiste..
Les nazis s'appuient sur ce précédent. Ils l'amputent de toute garantie légale et élargissent son objectif, au-delà du parti communiste, à tous les partis qu'ils viennent d'interdire. Le , le régime institue la détention provisoire (Vorbeugungshaft) qui s'applique aux récidivistes de droit commun. L'association Schutzhaft-Vorbeugungshaft confère au régime l'outil nécessaire aux arrestations et aux détentions arbitraires applicables à n'importe quelle catégorie sociale réputée « nuisible à la communauté nationale ».
Pour loger et surveiller les dizaines de milliers de détenus résultant de ces vagues d’arrestations, les autorités improvisent des lieux de détention de plusieurs types, qui vont persister jusqu’en 1934 et appartiennent à plusieurs catégories :
camp de détention préventive (Schutzhaftlager) : les détenus sont logés dans des structures carcérales existantes sans contact avec les droits communs. La plupart des établissements pénitentiaires du Reich ont servi, à un degré ou à un autre, à la détention préventive. À l'exception du centre de détention préventive pour femmes de Münich-Stadelheim, qui opère jusqu'en , ces structures ferment fin 1933 - début 1934 ; camps de concentration (Konzentrationlager) : environ ont été établis en 1933, dans n'importe quelle structure se prêtant à la détention de prisonniers. Le premier camp est établi à Nohra (Thuringe) le dans une école, à l'initiative du Gauleiter local. Les premiers camps ne relèvent pas d'un schéma organisé au niveau central. Ils sont improvisés au cas par cas en fonction des circonstances et des disponibilités. Les détenus sont logés dans des usines désaffectées, des ateliers, des exploitations agricoles, des châteaux, une barge. La gestion est également improvisée selon les ressources locales : la garde peut être confiée aux SS, aux SA, à la police et même aux anciens combattants (Stahlhelm), voire à l'association des Femmes du parti nazi (NS-Frauenshaft) ; sites de torture (Folterstätten ou Folterkeller) : il s'agit de sites utilisés par la police auxiliaire (Hilfspolizei) pour torturer des opposants sous prétexte d'interrogatoires. Il y en aurait eu 150 à Berlin. Les SA, par exemple, utilisaient le site de la SA-Gefängnis (prison SA) sur General-Pape-Strasse ou le siège du Parti communiste allemand (KPD), dont ils s'étaient emparés, pour torturer leurs ennemis et poursuivre leur lutte contre la Gauche ; camps sauvages (wilde Lager) : cette catégorie, créée après la guerre par des accusés cherchant à atténuer leurs responsabilités, n'aurait pas de réalité historique et aucun camp n'a réellement exercé sans aucun contrôle et hors de l'orbite du pouvoir. Il est possible que de telles situations aient existé pour une durée très limitée, mais pour retomber très rapidement sous la coupe de l'État.
Hétérogène et décentralisé, ce proto-système concentrationnaire sera démantelé en 1934, à l’exception de Dachau dont le commandant, Theodor Eicke, après avoir créé l’IKL (Inspection des camps), déploiera un véritable réseau centralisé, bâti sur le modèle Dachau, indépendant des Länder et des ministères de l'Intérieur et de la Justice, et entièrement placé sous la coupe de la SS.
L'organisation mise en place par Theodor Eicke, 1933-1939 vignette|upright=0.8|Theodor Eicke. En , Theodor Eicke est nommé par Heinrich Himmler commandant du camp de concentration de Dachau, où sont alors détenus . Il y met immédiatement en place les bases du système concentrationnaire nazi, notamment en ce qui concerne l'obéissance aveugle des gardiens aux ordres, et le système de surveillance, de discipline et de châtiment des détenus, dont « le but est de briser psychologiquement, moralement et physiquement les prisonniers ». Avec Papa Eicke, surnom qui lui est donné par les gardiens de camp, on passe de la brutalité indisciplinée des gardiens à la terreur planifiée de la SS. Ses résultats font forte impression sur Himmler qui le promeut SS-Brigadeführer le .
À partir du , au lendemain de la nuit des Longs Couteaux, Eicke est promu SS-Gruppenführer et il est nommé inspecteur des camps de concentration et commandant des unités Totenkopf (Inspekteur des Konzentrationslager und Führer des SS Totenkopfverbände). En tant qu'inspecteur des camps, il est rattaché au RSHA dirigé par Reinhard Heydrich, et plus particulièrement à la Gestapo ; comme commandant des Totenkopfverbände, il relève en outre du bureau central de la SS, le SS-Hauptamt (), et prend ses ordres directement auprès de Himmler. Dès 1936, Eicke plaide pour l'agrandissement des camps existants et la construction de nouveaux centres de détention et envisage de les utiliser comme réservoir de main-d'œuvre servile.
Eicke lance une profonde réorganisation du système concentrationnaire qui sera achevée en 1939. Il ferme peu à peu les premiers camps pour regrouper, pendant , les détenus dans quatre camps principaux : Dachau, Sachsenhausen, Buchenwald et Lichtenburg, pour les femmes. Après cette diminution du nombre des camps, on assiste à une augmentation, avec la création en 1938 de Flossenbürg, en préparation au démembrement de la Tchécoslovaquie, et de Mauthausen, immédiatement après l'Anschluss, puis par le camp de femmes de Ravensbrück en 1939. Durant l'invasion de la Pologne, la SS ouvre à Dantzig le camp de concentration du Stutthof ainsi que sept autres camps prévus pour y interner des Polonais suspects. Cinq mois après l’invasion de la Pologne, la création d’Auschwitz est décidée.
Eicke met également en place le règlement interne de Dachau, promulgué le et rapidement généralisé à l’ensemble des camps. Selon la formule d'Olga Wormser-Migot, il peut être résumé par la phrase : « Tolérance signifie faiblesse ».
Dans tous les camps se mettent en place une violence, une cruauté contrôlées et disciplinées, un véritable système de terreur bien codifié qui se poursuit après le départ de Eicke. Il est notamment appliqué par des commandants de camps créés par Eicke, comme Rudolf Höß à Auschwitz, Franz Ziereis à Mauthausen et Karl Otto Koch à Sachsenhausen et Buchenwald.
vignette|upright=1.2|gauche|Inscription en allemand « Arbeit macht frei » signifiant en français « Le travail rend libre » en haut de la grille d’entrée du camp de concentration de Dachau.
Jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale, des libérations restent possibles même si elles sont rares. Les internés qui recouvrent la liberté sont contraints au secret, règle qu'ils respectent généralement, de peur de se voir à nouveau internés. Cette possibilité de « rédemption » et de libération est confirmée par un texte du commandant du camp de concentration d'Esterwegen signé par Eicke lui-même.
Eicke semble apprécié par ses troupes, ce qui explique vraisemblablement son surnom de Papa Eicke. D'après Wolfgang Sofsky, il met systématiquement en place une politique de « copinage », à l'opposé des traditions militaires qu'il déteste : Eicke demande à ses hommes de se tutoyer, fusionne les mess des sous-officiers et des officiers, protège ses hommes, même en cas d'entorse aux règles, sauf s'ils manifestent un sentiment de pitié envers les détenus, cherche le contact, lors de ses fréquentes tournées d'inspection, avec les hommes du rang, en l'absence de leurs supérieurs. Lorsque des gardiens abattent un détenu pour « tentative de fuite », il demande qu'on leur évite de subir un interrogatoire, pour ne pas les « inquiéter ».
La WVHA et l'internationalisation 1939-1945
Au fur et à mesure des annexions ou des conquêtes militaires, les camps se peuplent de détenus de différentes, Tchèques en 1938, Polonais en 1939, Hollandais, Français, Belges et Luxembourgeois à partir de 1940, mais dont la majorité ne sont internés qu'à partir de 1943 et 1944, antifascistes italiens, républicains espagnols., Danois et Norvégiens, Russes… Ce mélange des nationalités accroît les rivalités internes et instaure une hiérarchie entre déportés, en fonction de leur origine, mais aussi de leur connaissance de la langue allemande. Le , Reinhard Heydrich, chef du RSHA, établit par circulaire une classification des camps en trois catégories : Les camps de type « I », camps pour détenus susceptibles d'être amendés (Dachau, Sachsenhausen et Auschwitz) ; Les camps de type « II », camps pour détenus à la conscience chargée mais tout de même encore susceptibles de rééducation (Buchenwald, Flossenbürg, Neuengamme, Birkenau, Natzweiler..) ; Les camps de type « III » (Mauthausen). Selon Olga Wormser-Migot, cette note « semble plutôt exprimer la volonté de camoufler la réalité concentrationnaire aux yeux mêmes de ceux qui en actionnent les rouages, que celle d'établir une relation rationnelle entre le degré du crime et l'importance du châtiment ».
L'Office central SS pour l'économie et l'administration ( ou WVHA), dirigé par Oswald Pohl, est chargé, le , de la gestion de tous les camps, mais aussi de celle des entreprises de la SS.
Le fonctionnement des camps Les déportés thumb|upright=0.6|Tenue de déportés dans les camps de concentration (Musée Mémoires 39-45 à Plougonvelin).
vignette|upright=1.0|gauche|, prisonniers transis de froid dans le camp de concentration d'Oranienbourg-Sachsenhausen.