La période Joseon ou période Chosŏn ( ) est la période de l'histoire de la Corée au cours de laquelle le pays est gouverné par la dynastie des Yi, dont les représentants occupent le trône en tant que rois ou empereurs de 1392 à 1910. Cette période commence par la prise de pouvoir du roi Taejo en 1392 à l'occasion d'un coup d'État qui amène la fin du royaume de Koryŏ. Vingt-sept souverains de cette dynastie se succèdent jusqu'en 1910, date de l'annexion de la Corée par l'empire du Japon, point de départ d'une phase de colonisation du pays. Un éphémère empire coréen clôt la période Joseon et dirige le pays de 1897 à 1910.

Cette période se caractérise par la pénétration de la pensée néo-confucianiste qui modifie le pays en profondeur, à laquelle s'ajoute l'influence civilisationnelle de la Chine. L'administration du pays comme les relations entre le souverain et sa haute administration sont modelées pour suivre les préceptes néo-confucéens. Les pouvoirs du souverain sont fortement encadrés par les lettrés, qui se réunissent en factions politiques opposées et dont les oppositions aboutissent à de nombreuses purges lors de cette période. Ce système politique dominé par les factions tombe en déclin au , au profit des belles-familles des derniers souverains qui utilisent les périodes de régence pour accroitre leurs pouvoirs.

Le pays entretient initialement de bonnes relations avec la dynastie chinoise des Ming jusqu'à sa chute en 1644. Les échanges sont difficiles avec les Qing, la dynastie mandchoue qui le supplante, et la situation de domination de la Chine sur la Corée demeure jusqu'à la fin de la période. La Corée doit aussi faire face à plusieurs tentatives d'invasions, japonaises en 1592 et 1597 puis mandchoues en 1627 et 1636 avant de connaitre une période de paix jusqu'à sa colonisation par le Japon. Le pays devient au la cible des intérêts de puissances occidentales, ce qui met fin à son relatif isolement. La Chine, la Russie, et le Japon se montrent successivement les plus entreprenants dans le dernier quart du pour s'assurer de leurs dominations sur le pays, avant que le Japon, par le traité d'Eulsa en 1905, ne matérialise sa maitrise du pays en le transformant en protectorat.

Culturellement, la période est marquée par un foisonnement important, les nombreuses productions marquent durablement et profondément la culture coréenne : l'écriture hangŭl est développée en 1443, les couleurs tanch'ŏng gagnent en popularité, et les céramiques de type punch’ŏng atteignent leur apogée. Les lettrés yangban sont à l'origine d'une grande production littéraire, scientifique et artistique, notamment dans le domaine de la peinture. La culture populaire s'affirme aussi en parallèle, d'où sont issus la peinture minhwa, la danse talchum ou les chants pansori.

Histoire politique Chute du Koryŏ

La Corée de l'époque Goryeo (Koryŏ) fait face à des troubles externes à partir de la seconde moitié du . L'invasion du Koryŏ par les Turbans rouges venus de Chine en 1359 et en 1360 est repoussée au prix d'un bilan civil important dans les campagnes. Si le pays en profite pour reconquérir des terres perdues aux Yuan, plusieurs villes, dont la capitale Kaesŏng, sont pillées par les Turbans rouges. Par ailleurs, des pirates japonais Wakō, déjà présents sur les côtes coréennes dès 1223, rentrent dans un cycle de pillages annuels systématiques à partir de 1353. Se limitant initialement aux villages côtiers, leurs attaques s'enfoncent jusqu'à à l'intérieur des terres. Ils empêchent la collecte et l'acheminement des impôts en grain jusqu'à la capitale, menaçant l'économie d'effondrement. Ce n'est que l'utilisation de la poudre par la marine coréenne, puis un assaut en 1389 contre l'île de Tsushima qui réduisent ces incursions.

La lutte contre ces incursions étrangères fait émerger deux figures militaires, Ch'oe Yŏng et Yi Sŏng-gye. Ceux-ci ne tardent pas à s'opposer lorsque la dynastie Ming cherche à reprendre le contrôle en 1388 du nord de la péninsule. Alors que Ch'oe Yŏng prend la tête d'une armée et entend envahir le Liaodong, Yi Sŏng-gye qui le seconde dans cette invasion, refuse de franchir le fleuve Yalou. Il utilise au contraire son armée pour déposer le roi U, ainsi que Ch'oe Yŏng. Il fait nommer par la suite Ch'ang en 1388 puis Kongyang l'année suivante, avant de prendre le pouvoir en son nom propre en 1394. Il fait déplacer la capitale à Hanyang (Séoul) en 1394, pour la première fois de l'histoire du pays.

Concentration puis délitement du pouvoir de la dynastie Mise en place du pouvoir de la dynastie Yi au

vignette|upright|Le roi Taejo fait produire vingt-six portraits comme celui-ci (copie de 1872) qu'il fait afficher au travers du pays.|alt=Dessin montrant un personnage vêtu d’une robe bleue, ornée d’un grand dragon asiatique doré sur la poitrine, assis sur un trône rouge. vignette|redresse|Exemple de lettre datant de 1397, et fixant la rémunération d'un fonctionnaire à partir d'une terre.|alt=Photographie en couleur montrant une lettre sous forme de rouleau, ici déroulée de manière à en montrer le contenu. Le roi Yi Sŏng-gye, qui prend par la suite le nom de roi Taejo, commence son règne en 1394, et prend appui sur des lettrés néo-confucéens comme Chŏng To-jŏn et Cho Chun. Il cherche à mener à bien dans un premier temps une réforme agraire pour saper la puissance des grandes familles aristocratiques et s'assurer le soutien du peuple. Il fait brûler le registre identifiant les propriétaires des grandes propriétés en 1390 et promulgue en 1391 le Kwajŏnpŏp qui fixe une nouvelle répartition des terres. L'État nationalise ainsi les terres des grandes familles, causant leur faillite. Les terres servant à assurer le financement des fonctionnaires sont limitées à la région du Kyŏnggi, à proximité immédiate de la nouvelle capitale à Hanyang (Séoul), là où la surveillance est plus simple à établir. Dans le reste du pays, les terres sont exploitées directement par les paysans, qui reversent une taxe fixe. La réforme permet ainsi d'assurer au nouvel État des revenus importants et stables, tout en écartant les anciens pouvoirs et en s'assurant le soutien des paysans.

Le nouveau régime s'inspire du modèle chinois pour asseoir sa légitimité. Les rues de la capitale Hanyang suivent l'alignement des points cardinaux, comme les villes chinoises, et le nouveau roi revendique un mandat céleste pour justifier le remplacement du régime précédent, conformément aux préceptes néoconfucianistes. Des biens appartenant aux temples bouddhistes sont confisqués et redistribués aux soutiens du nouveau régime, et la présence de cette religion dans l’État est combattue. Un code de lois, le Kyŏngje yukchŏn, est publié en 1397 par Chŏng To-jŏn, qui pose les jalons de l'organisation du nouveau régime et sert de base aux textes suivants. Le récit historique du Koryŏ donne lieu à la publication de deux ouvrages d'histoire officielle, le Koryŏ-sa en 1451 et le Dongguk Tonggam en 1485, qui visent à légitimer le nouveau régime. Le nom du nouveau régime est adopté après consultation et approbation du régime chinois. Le nom de Hwaryŏng, lieu de naissance du roi Taejo, est écarté. Pour des raisons symboliques, celui du royaume de Joseon (dont le Wiman Joseon), ayant existé environ 1500 années auparavant et par la suite désigné sous le nom d'Ancien-Joseon (Gojoseon), est retenu.

Montée en puissance des factions politiques

Le pouvoir royal s'oppose régulièrement à des factions aristocratiques rivales et plusieurs rois sont déposés et remplacés par un autre membre de la dynastie Yi. Ainsi Taejo abdique en 1398 et laisse son pouvoir à son fils, Chŏngjong ; puis celui-ci est déposé par son frère Taejong qui règne de 1400 à 1418. Si son successeur Sejong le Grand règne de 1418 à 1450, deux rois se succèdent (Munjong puis Tanjong) avant que Sejo n'arrive au pouvoir au moyen d'un coup d'État. Sejo fait exécuter ou exiler des centaines d'opposants politiques pour affirmer son pouvoir, notamment les Six lettrés martyrs en 1456. Sa politique de mise au pas de l'aristocratie ne survit pas à son règne, et son successeur Sŏngchong gouverne de 1469 à 1494 en se reposant assez largement sur cette élite. Yŏnsan'gun tente de revenir sur ce système ; il est renversé en 1506.

vignette|Les Sŏwon ici celle de Sosu, la plus ancienne, se développent dans les campagnes du pays à partir de 1545 et permettent l'essor des Sarim, les factions de lettrés.|alt=Photographie en couleur montrant des bâtiments, dont les toits ont les extrémités relevées, autour d’une cour et d’un jardin. Les luttes de pouvoir ont aussi lieu entre factions aristocratiques rivales. Les rois Sejo et Sŏngchong prennent assez largement appui sur les Hun'gu, issus d'une faction nommée par le pouvoir en raison de ses mérites et des services rendus au roi. Cette faction utilise sa position dominante pour étendre son pouvoir et ses richesses. Cette concentration se fait au détriment de la paysannerie et le brigandage se développe . Face aux Hun'gu, essentiellement issus de la capitale, commence à se dresser la faction des Sarim, essentiellement issus des campagnes du royaume, qui appelle à des réformes. Elle est le résultat de l'essor d'un réseau de Sŏwon, académies néoconfucéennes, qui se développent dans les campagnes du pays à partir de 1545. Les Sarim commencent à intégrer la bureaucratie centrale sous le règne de Sŏngchong. Ces luttes de pouvoir entre factions culminent avec plusieurs purges de lettrés coréens en 1498, 1504, 1519, et 1545, lors desquelles de nombreux hauts responsables de ces deux factions sont tour à tour écartés ou exécutés. Ces rivalités entrainent l'émergence de factions politiques pendant la période Joseon, celles-ci perdurent au-delà du .

thumb|Les quarante et un ans du règne de Sŏnjo voient les premières factions de lettrés apparaitre, ainsi que les Japonais envahir le pays à plusieurs reprises lors de la guerre d'Imjin.|alt=Dessin montrant un homme vêtu d’une robe bleue et d’un haut chapeau noir à bord rouge assis sur une chaise noire. Les Sarim s'imposent avec la purge de 1545. Le nombre de postes auxquels peuvent prétendre les lettrés reste cependant fixe, alors que les effectifs des Sarim ne cessent de croitre. Ils se regroupent en factions rivales pour favoriser leurs carrières respectives. Au début du règne du roi Sŏnjo (de 1567 à 1608) a lieu en 1575 la séparation entre la faction occidentale et la faction orientale, en référence aux quartiers de Séoul où résident leurs leaders. Cette dernière se divise à son tour entre factions rivales en 1591 : la faction méridionale et la faction septentrionale. Des purges sanglantes marquent alors la vie politique du Chosŏn, même lors de guerre avec des pays voisins. L'une des plus violentes, la rébellion de Chŏng Yŏrip, éclate en 1589, trois ans avant l'invasion du pays par les Japonais.

Instabilité lors de la période de reconstruction après les invasions japonaises et mandchoues

Après les invasions japonaises de 1592 et 1598 et les invasions mandchoues de 1627 et de 1636, toutes repoussées, la reconstruction du pays est menée sous le règne de Kwanghae-gun entre 1608 et 1623. Celui-ci prend appui sur un groupe issu de la faction septentrionale. Il met en place des nouveaux registres pour répertorier les terres et la population, et permettre la collecte de taxes. Il poursuit aussi une politique étrangère visant à garantir la neutralité de la Corée, alors que la Chine des Ming est peu à peu soumise par des Mandchous, les Jürchens de la dynastie des Jin postérieurs, lesquels parviennent à fonder en Chine même la dynastie Qing (1644 - 1912). Avant que les Ming ne s'effondrent, ce roi de Corée, Kwanghae-gun, est contraint par les lettrés coréens à envoyer une force de pour aider l'empire chinois. Après la défaite de cette troupe, Kwanghae-gun est démis par le groupe issu de la faction septentrionale qui lui reproche son manque de soutien aux Ming.